Les Empereurs de Russie
nùtres d'Autriche, de Russie et d^
d'Autriche et te roi de Prusse tt-
Prusse.
viennent se mettre à la tête de. leurs
12 — Entrée du comte d'Artois à Paris.
armées qui marchent contre la
16 — Convention pour Tévacualion de
France.
l'iulie.
!«<' Juin. Assemblée du Gbamp de
20 — Départ de l'Empereur pour nie
Mai.
d'Elbe.
2 — L'empereur nomme .118 pairs.
Evacuation de Venise.
7 — Ouverture des Chambres.
21 — Evacuation de Gènes.
9 — Fin du congrès de Vienne.
8 mai. Arrivée de l'Empereur à 111e
12 — L'Empereur quitte Paris pour
d'Elbe.
aller se mettre à la tête de l'armée.
Fari». • i IM flnprinicrie de Aiairoiii et C*, riM des flnne»-IkM|rgeois<Saial«liidwl , S.
WATERLOO. — SAlNTE-HÉLENE.
A son retour, Napoléon n'avait trouvé en France que 80,000 soldats armés, alors que les puissances étrangères cninptaicnt encore plus de 8<)0,000 hommes sous les drapeaux. Son activité prodigieuse , un travail opiniâU« de seize heures par jour, suppléèrent au temps, et recréèrent l'armée. Au l"" juin , l'effectif de nos forces avait été porté à 400,000 hommes : avec deux mois de plus , en septembre, il se fût élevé à 700,000. Mais l'insurrection ranimée dans la Vendée , la garde des ports, et des frontières du midi et de l'est , les garnisons des places fortes ne laissaient pas sur la ÎTontitre du nord plus de 120,000 hommes disponibles. Néanmoins l'Empereur se décida à prendre l'offensive.
L'armée était divisée en trois corps. Ney commandait la f[auche , forte de 48,000 hommes et de 116 pièces de canon; Groucby, i droite, comptait sous ses ordres 38,000 hommes et 112 bouches à feu. Enfin, au centre , l'Empereur avait réuni 30,000hommesetl34caDons. C'étaient l'élite des troupes, et la garde à pied et à cheval.
Le lâjuin, l'armée franchit la Frontière, passa la Sambre et prit Gharleroi. Les armées ennemies , ignorant les mouvemens des Français , n'avaient pas encore effectué leur réu-
nion; le but de TEropereur était de frapper an centre de leur ligne et de fa couper.
Le maréch;U Ney devait marcher «or la potttion des Quatre-Bras, foiui oA se réunissent les différaites chaussées qui conduisent ft Bruxelles, a&n de contenir les Anglais, et de les empêcher de porter secours aox Prussiens , ipieVEmpereur ,- avec le reste de ses forces , se proposant d*actaqner. Mais le mauvais état des chemins einpècha te martchtl d'exécuter ce mouvement, dans la journée, comme il en avait reçu Tordre.
L'Empereur trouva, le 16 , pria de Fleurus, entre Saint- Amand etSoodmf, rannéede Blucher, forte de 100,000 hommes, rangée en bataille, et fiiisant face à la Sambre. L'armée française se mit en ligne devant les Prussiens, afin de les occuper de front , et Napoléon envoya aussitôt à Ney Tordre de laisser seulement un détachement en observation aux Quatre-Bras, et de rabattre en toute hâte sur Bry , pour venir prendre Tennemi à dos.
Il attendait avec sécurité TefiFet de cette mesraie, qui devait assurer la destruction de Tannée prussienne, et il s'apprêtait à commencer te combat aussitôt que le canon annoncerait Tarrivée du marédial. Deux lieues et demie seuleoHmt séparent Quatre-Bras de Sombref. Le temps s'écoulait ^ Ney ne paraissait pas. A quatre heures après midi , mal^ le retûrd de son lieutenant , TEmpereur se résohit à attaquer. Les moments étaient précieux : en laissant finir la journée, il risquait de ne plus retrouver Toocasion de battre l^armée prussienne isolée. L'effort de nos troupes se porta d*abord sur la gaudie, vers Saint-Amand, afin d'attirer.Blndier de ce côté opposé è sa ligne de retraite; tout était disposé pour enfoncer son centre aussitôt qu'il T^urait dégarni. Les Prussiens ae battirei^ aveé résolutim. A six heures, rien encore n'étnt décidé. Une dernière et vî^ouwuse attaipie eut lieu ; le village de Ugny , ipiî couvrait te centre de Tannée ennemie , fut pris et ce centre fut culbuté. La déroute des Prussia» était complète. Mais Ney n*avait pas débouché de Quatre-Bras, et le village de Bry n'était ps» occupé. Cette ftute sauva Tarmée ennemie, qui fila txM entière p^ ce vâlage.
L'obsoirité de la miit favorisa sa retraite.Elie perdit néamnoins 40 pièces de eanon , et eut environ 20,000 hommes hors de eombat. Le désordre fiit même td , après eette défaite , que le LendemaÎQ Biucher n'avait pas encore rallié 30,000 hommes.
Le retard maleneootfeax de Ney avait eu pour cause un combat. Ce maréchal, ayant mis de la lenteur dans sa marche, avait trouvé les Anglais déjà établis à Quatre-Bras, et malgré rqpiniàtrelé de ses attacp^ , n'avait pu réussûr à les ai détona*.
Cependant le bui de rjEraperenr était atteint ; la sligne ennemie se trouviait coupée, et Blacber séparé de Wellington ; Groiidliy^ récemmeiit élevé à la dignité de maréchal, fut cbargé de poursqîvre les Prusûens, tandis que Napoléon , se rabattant sur la gauebe , alla rejoindre Ney pour attaqua* Tarmée anglaise.
La mollesse de Groiiieby , dans eette poursuite, fitt encore plus &tale à l'armée française que ne l'avait été la lenteur du maréchal Ney. L'un avait sauvé les Prussii^s, Tautre sauva les Anglais , et, en laissant tes troupes de Blueher arriver sur le chan^^ de bataîUe, fut la cause déterminante du désastre de Waterloo.
L'armée anglaise/ avait pris position en avant de l^ forêt de Soignies. Elle s'élevait à 120,000 hommes : Anglais, Écossais , Belges et Haw WQs^ Wellington paraissait décidé à accepter la bataille. L'JSmper<s^r en fut ravi. C'était un premier succès 4e se$ combinaisonpis , et un véritable coup de tortum ijwe d'obliger les deux généraux epoemis à combattre ainsi successivement et isolément. 11 envoya aussitôt à Grouidby l'ordre d'occuper en toute bâte le 4éfilé de Saint- Lambert, ftfin que si ce maréchal ne prenait puis une pari active i la bataille en jtombant sur û gauche de l'armée anglaise , il préservât du moins le flaup dmt de l'armée française.
La phûe, qui n'avait pas cessé un instant de tomber , pendant la journée du 17 , et dans la nuit du 17 au 18, avait
HISTOIRB
tellement détrempé la terre, qu'il était impossible d'y manœuvrer , bien que le temps se fût éclairci le 18 au matin ; il fallut attendre, pendant quelques heures, que le soleil eut rendu au sol quelque consistance. L'Empereur avmt reconnu la position de Tennemi (en avant du village de Mont-Saint- Jean, à l'embranchement des routes Hle Nivelle et de Gharleroi à Bruxelles). C'était une colline en pente douce , favorable à l'artillerie , et d'où Wellington pouvait apercevoir tous nos mouvemens. Vers dix heures et demie , TEmpareur ordonna l'attaque sur la droite de Mont-Saint- Jean , par Papelotte ; mais le maréchal Ney , ayant trouvé que| le terrain , coupé par un ruisseau encaissé, formait un bas-fond bourbeux y où il était inm)ossible de passer avec de l'infanterie , proposa à l'Empereur de remonter à la naissance du ravin qui conduisait au centre de l'ennemi , vers la Haie - Sainte. Napoléon y consentit ; deux raisons l'y décidèrent : la première, c'est qu'on allait attaquer l'ennemi par son centre, genre d'attaque dont il appréciait justement l'avantage ; la seconde, c'est que la position ennemie, adossée à la forêt de Soignies , n'avait pas d'autre retraite que la chaussée de Bruxelles : en perçant l'armée anglaise par le centre , et eo poussant directement par cette chaussée , on pouvait se rendre maître du débouché de la forêt de Soignies, et alors les deux ailes , séparées l'une de l'autro^ et privées de communications avec Bruxelles , se seraient trouvées gravement compromises.
Le combat s'engagea vers onze heures par une attaque de la gauche française contre la droite ennemie : attaque ordonnée afin de tromper le général anglais. Et, en effet, Wellington renforça aussitôt sa droite de ses meilleures troupes. Cependant un événement fâcheux arrivait à nos colonnes d'attaque. Ney ,Tormé devant Pàpelotte, avait mis ses divisions en marche pour opérer l'attaque convenue ; mais son artillerie, embourbée dans les terres .délayées par huit jours de pluie, ne pouvait pas les suivre: la cavalerie ennemie s'élança sur une de nos brigades et sur ces pièces, éloignées de tout secours; l'infanterie était trop serrée pour combattre ; quelques bataillons furent entamés , et les ca-
valiers anglais sabrant les conducteurs , coupèrent les traits ainsi que les jarrets des chevaux, et mirent momentanément quelques-unes des pièces hors de service. Une brigade de cuirassiers français accourut et anéantit cette cavalme. Le Maréchal Ney. se vit forcé de continuer sans artillerie sa marche sur la Haie-Sainte. Néanmoins , soutenu par les batteries françaises du centre, il aborda la position avec résolution , et culbuta tout devant lui. Notre cavalerie exécuta plusieurs charges brillantes sur la ligne anglaise , et perça jusqu'aux réserves de Wellington. La vigueur de la défense répondait à celle de Tattaque. Malgré la supériorité de Tartilîerie ennemie qui , favorisée par son immobilité , pouvait continuer à tirer, nos colonnes faisaient de sensibles progrès. Déjà la Haie-Sainte avait été emportée, et Ney s'y était établi. Tout à coup on annonça à l'Empereur que des troupes en marche se montraient du côté de Saint-Lambert. Il crut d'abord que c'était le corps de Grouchy attiré par le bruit du canon , et venant prendre part au combat. Mais bientôt des prisonniers lui firent connaître que la colonne, qui débouchait du défilé (il n'avait pas été occupé !) , était le corps deBulowqui, ayant opéré sa jonction avec Blucher, formait Tavant-garde de l'armée prussienne. L'Empereur eut peine à le croire; mais il fallut se rendre à l'évidence. Aussitôt, et sans cesser de combattre au centre , il donna l'ordre à la jeune garde, qui se mettait en mouvement pour soutenir le maréchal Ney, de se porter sur la droite afin de contenir les Prussiens.— Il n'était encore que deux heures de l'après midi et il espérait avoir le temps d'achever la défaite de Wellington avant l'arrivée deBlucher.—Notre cavalerie s'élança de son côté, et chargea les masses anglaises qui occupaient le plateau du Mont-Saint-Jean. Ce dernier effort devait être décisif; mais Wellington avait été prévenu de l'approche de son allié; il comprit l'importance de tenir en ligne jusqu'à ce que l'armée prussienne pût y entrer à son tour. Le combat s'engagea donc avec fureur , et un carnage horrible commença. Les fantassins anglais , formés en carrés , mouraient à leurs postes ; et pendant deux heures , nos cuirrassiers continuèrent à décimer leurs bataillons. L'artillerie ni les
baïonnettes ne purent arrêter leurs charget impétaeoses : 12,000 Anglais tombèrent sous leurs coops. Déjà U route de Bruielles était couverte de fuyards ; les soldats , jetant leurs armes , cherchaient un refuge dans la forêt voisine. Wellington, se considérant comme vaincu , et , désespérant de prolonger la résistance , allait dilnner le signal de la retraite , lorsque Blucher apparut. Une partie de ses divisons, en débouchant sur le champ de bataille , lia le corps de Bulùvf avec la gauche de Wellington , et le reste prol<mgea notre droite pour la tourner.
La certitude d'être secourus ranima Télan des Anglais, n passèrent d'une défense passive à une offensive impétueuse ; nos soldats , épuisés par le combat de la journée ^ firent un mouvement rétrograde. La garde s'avança en vain pour les soutenir : l'arrivée des Prussiens sur la Haie^Sainte changea la face du combat. Ce plateau fut repris par les Prnsnens et les Anglais réunis. La garde, formée en carré, fit en vain une héroïque résistance. Les forces supérieures de Tennemi , la nuit qui survint, un cri fatal de saui^e gui peut , échappée quelque lAche ou lancé par quelque traître, décidèrent la déroute de l'armée française. L'Empereur voulait mourir, on rentratna presque de force hors du champ de bataille.
Seuls, les bataillons de la garde, le brave Gambronne à leur têle , ne reculèrent pas : au milieu des chaires opiniâtres et sans cesse renouvelées , leur général put alors , avec vérité, faire, aux sommations de l'ennemi, cette réponse célèbre : « La garde meurt et ne se rend pas. » S'il ne la fit pas, comme plusieurs le prétendent , sa conduite tint lieu de paroles , et dans cette circonstance , offrit aux Français une généreuse ' pensée et un héroïque exemple.
L'arrivée de l'Empereur à Paris , après ce grand désastre, aurait pu exciter encore l'enthousiasme populaire et créer de nouveaux défenseurs à la patrie. Lui seul était capable de rallier les soldats. La Chambre des représentans ne comprit pas quel rôie elle devait prendre pour résister à Tétrauger. Au lieu d'appuyer l'Empereur , elle manifesta contre lui des
DB L'EMPEREUR NAPOLÉON. 47i
Mntimeiia hostiles. Elle se déclara en permanence, comme avait fait autrefois la Convention nationale, et ainsi que cette assemblée qui 6ta le trône à Louis XYI, elle obligea TEm* pereur à déposer la couronne; mais du moins la Gonventioii avait su vaincre la coalition.
Napoléon annonça au Peuple Français le nouveau sacrifice que lui imposait Tattitude de la Chambre :
«En commençant la guerre pour Tindépendance nationale, <xje comptais sur )a réunion de tous les efForts, de toutes les « volontés, etsur le concours de toutes les autorités nationales. «J'étais fondé à en espérer le succès, et j'avais bravé toutes aies déclarations des puissances contre moi. Les circonstan- «ces me paraissent changées. Je m'offre en sacrifice à la «haine des ennemis de la France. Puissent- ils être sincères n dans leurs déclarations , et n'en avoir voulu seulement qu'à « ma personne ! Ma vie politique est terminée, et je proclame <c mon fils , sons le titre de Napoléon 11^ Empereur des fi Français. Les ministres actuels formeront provisoirement « le conseil du gouvernement. L'intérêt que je porte h mon « fils m'engage à inviter les Chambres à organiser sans délai « la régence par une loi. Unissez-vous tous pour le salut pu- «blic et pour rester une nation indépendante. »
Les Chambres, étonnées peut-être d'avoir si facilement obtenu cette abdication , qu'elles avaient provoquée , envoyèrent des députations à l'Empereur. Il leur répondit :
«Je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez. Je «désire que mon abdication puisse faire le bonheur de la «France; mais je ne l'espère point. Elle laisse l'État sans uchef, sans existence politique. Le temps perdu à ren* «verser la monarchie aurait pu être employé à mettre la «France en état d'écraser Tennemi....»
En obligeant Napoléon à dépouiller le caractère impérial, on n'avait pas pu lui enlever les talens militaires, qui avaient fait la gicûre du général Bonaparte. Il offrit de les mettre à la disposition de la patrie menacée. Mais les hommes qui venaient de se liguer contre lui , ne permirent pas que cette main, qui avait porté le sceptre de l'Empereur, ressaisit répée db général. On le força de quitter Paris et même
d'aller chercher im refuge hors de France. Sa présence gênait la trahison, et efFarouchait rimbéciilité. Ceux qui auraient craint Tascendant de Napoléon se laissaient duper par Fouché; ils formaient encore la majorité dans les deux chambres.
Lorsque l'Empereur quitta Paris , il n'était déjà plus libre, la commission du gouvernement provisoire lui avait donné un surveillant qui l'accompagna jusqu'à Rochefort. On avait choisi pour cette mission un général qui avait eu à se plaindre de Napoléon ; mais dans le cœur de cet officier, l'honneur parlait plus haut que Tinimitié , et il conserva toujours un respect profond pour son illustre captif. L'Empereur renonça à s'embarquer pour l'Amérique, comme il en avait eu d'abord le dessein. De Rochefort, il écrivit, le 13 juillet, au prince régent d'Angleterre, cette lettre que le général Gourgaud fut chargé de porter à Londres.
«Altesse royale, en butte aux factions qui divisent mon «pays et à Finimitié des plus grandes puissances de TEu- «rope, j'ai terminé ma carrière politique, et je viens, a comme Thémistocle , m'asseoir au foyer du peuple britan- « nique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je «réclame de Y. A. R. , comme du plus puissant, du plus «constant et du plus généreux de mes ennemis.
«Napoléon.»
Cependant le temps pressait ; Paris avait été occupé par Tétrauger. Un des capitaines de la station navale anglaise, M. Maitland, déclara, le 14, « qu'il n'avait pas encore de saufs-conduits pour TEmpereur ( ces saufs-conduits avaient été demandés depuis le 10); mais que si FEmpereur voulait s'embarquer pour l'Angleterre , il était autorisé à l'y conduire et à le traiter avec tout le respect et les égards dus an rang qu'il avait occupé.» — Sur la foi de ces paroles, l'Empereur se rendit, le 15, avec sa suite à bord du Beliérophon. Il y fut reçu avec tous les honneurs militaires. Au moment de quitter le port, il dit an général Becker, qui se préparait à l'accompagner jusqu'au vaisseau anglais : « Retirez-vous,
c( général , je ne veux pas qu'on puisse croire qu'un Français «soit venu me livrer à mes ennemis. »
Le capitaine Maitland avait reçu communication de la lettre adressée au prince régent. L'Empereur, en mettant le pied sur son vaisseau, lui dit :« Je viens à votre bord me «mettre sous la protection des lois de rAngleterre.»
Les vents contraires retinrent le Belléropfwn en mer pendant neuf jours , il ne mouilla que le 24 dans la rade de Torbay. Gourgaud revint, il ne lui avait pas été permis de parvenir jusqu'au prince régent. C'était d'un funeste augure. En effet, le 30 juillet, Napoléon apprit qu'il allait être à jamais captif. Un sous-secrétaire d'État et un amiral anglais ( lord Keith ) lui remirent une déclaration ministérielle ofi on lisait :
«Il ne peut convenir ni à nos devoirs envers notre pays, ni à nos alliés, que le général Bonaparte conserve le moyen de troubler de nouveau la paix du continent. L'tle de Sainte- Hélène a été choisie pour sa future résidence. Le climat est sain y et la situation locale permettra qu'on l'y traite avec plus d'indulgence qu'on ne le pourrait faire ailleurs, vu les précautions indispensables qu'on serait obligé d'employer pour s assurer de sa personne..,.»
A cette violation manifeste dès droits du malheur et de l'humanité, l'Empereur, indigné, répondit par cette protestation éloquente adressée à lord Keith :
«Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des «hommes , contre la violence qui m'est faite , contre la vio- « lation de mes droits les plus sacrés , en disposant par la «force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu libre- «ment à bord du Bellérophon. Je ne suis pas le prisonnier, «je suis l'hôte de l'Angleterre. J'y suis venu à l'instigation «même du capitaine, qui a dit avoir des ordres du gouver- «nement de me recevoir et de me conduire en Angleterre «avec ma suite, si cela m'était agréable. Je me suis présenté «de bonne foi , pour venir me mettre sous la protection des «lois de l'Angleterre. Aussitôt assis à bord du Bellérophon^ «je fus sur le foyer du peuple britannique. Si le gouveme- Àment, en donnant des ordres au capitaine du Bellérophon
«de 0ie recevoir ainsi que ma suite, s'a voulu que me tendre « une embûche , il a- forfait à Tbonneur et fl^i son paviUoiL a Si cet acte se eonsommait, ce serait en vain que les An- « glais voudraient parler désormais de leur loyauté , de leurs « lois et de leurs libertés. La foi britannique se trouvera per- «due dans Thospitalité du Bellérophon. J'en appelle à « lliistoire ; elle dira qu'un ennemi qui fit vingt ans la guerre «au peuple anglais, vint librement, dans son iniGortune, «chercher un asile sous ses lois. Quelle plus éclatante preuve «pouvait-il lui donner de son estime et de sa confiance! Mais «comment répondit-on en Angleterre à une telle magnani- «mité P On feignit de tendre une main hospitalière à cet en- «nemi ; et quand il se fut livré de bonne foi, on Timmola. »
Le ministère britannique , en consommant son œuvre de trahison , ne devait pas être arrêté par cette énergique réclamation.
Le 6 août, TEmpereur fut transféré à bord du NorUmmberkmds où se trouvait déjà Tamiral Gockburn, nommé gouverneur de Sainte*Hélène , et ce vaisseau mit à la voile le 10 août. Le 17, Napoléon, passant en vue du Gap de la Hogue , salua la France pour la dernière fois :« Adieu, «s'écria-t-il, adieu, terre des braves! adieu, dière France ! «Quelques traîtres de moins , et tu serais enonre la grande «nation et la maîtresse du monde.»
Le 17 octobre 1816, deui mois après avoir fait ses derniers adieux à la France, Napoléon aborda dans Tile qui devait être son tombeau. Sa captivité dura six années; elle a fait, pour sa mémoire plus peut-être que ses plus glorieuses victoiresi Nous lui devons de bien le connaître et d'avoir pn apprécier son caractère et admirer son génie , que les calomnies contemporaines se sont tant efforcées d'obscurcir. Elle a avancé, pour Napoléon, Theure de la postérité; toua les voiles dont les partis avaient cherché à envelopper le grand homme ont été déchirés. Enfin, FEmpereur, en écrivant, comme il Tavait promis à ses soldats, \ histoire des grandes choses qu'ils avcUent faites ensemble , a
DE L'BMPBRBUR NAPOtÉON.
élevé un éternel monament à la gloire dés années françaises.
Mais, hélas ! ces années, que la mort^devait terminer par d'atroces douleurs , se passèrent bien misérablement pour lui. Des commissaires de toutes les grandes puissances de FËDf ope vinrent assister son gardien anglais. L'amiral Gockbum, franc et généreux marin,' fut remplacé par Hudsoù Lowe , « homme hideux , à face patibulaire et dont Tâme était plus ferocè que la physionomie. » Le ministère anglais craignait sans doute que l'Empereur ne s'éteignit pas assez vite dans cette lie où les' fleurs même s'étiolent. Les tracasseries , les outrages d'un geôlier, furent un supplément nécessaire à l'insalubrité du climat. On voulait user à la fois son âme et son corps. Sa vigoureuse constitution et son caractère ferme résistèrent pendant cinq années. Mais le momeirt arriva , enfin , où Napoléon devait succomber. Déjà les rangs des amis qui lui étaient restés fidèles s'étaient éclaircis. Le comte de Las^Gases et son fils avaient été déportés hors de Sainte-Hélène sur Tordre du gouverneur. Le général Gourgaud s'était vu contraint , par le délabrement complet de sa santé , à quitter un poste où sans doute il aurait voulu mourir, si l'Empereur n'eût pas pensé que son retour en Europe pouvait être utile. Le comte et la comtesse Bertrand, le œmtâ4M»i«MÉats^Montholon, le docteur Antomarchi, habile médecin, compatriote de Napoléon ^ ; les abbés Vignaliet Buonavita, nés aussi en Corse, le fidèle Marchand, valet de chambre de l'Empereur, et quelques serviteurs obscurs , mais loyaux et dévoués, formaient le seul cortège qui restât à celui qui avait eu pour courtisans les princes et les rois de l'Europe.
Quand le docteur Antomarchi arriva à Sainte - Hélène, en septembre 1819 , il trouva l'Empereur déjàtatteint d'une grave maladie. Napoléon ne se faisait pas illusion sur son état Le docteur vit avec peine qu'il serait impossible de lui
■ Le docteur 0*Meara , noideGiii de Northumberland, que TEmpereur avait attaché à sa personne, et qui montrait de Taffection et des égards à son illustre malade , avait été expulsé de Sainte-Hélène par Hudson-Lowe. M. Antomarcbi fut envoyé par le cardinal Fesch , pour le remplacer; mais lorsqu'il arriva, depuis un an TEmpereur était sans médecin.
cacher la vérité ; il la lui tut cependant. Quelques mois s'écoulèrent.
Le 17 mars 1821, Napoléon disait au docteur Antomarchi : ttCe n'est pas la faiblesse, c'est la force qui m'étouffe, c'est a la vie qui me tue. d Et regardant le ciel bleu et sans nuages : « Il y a six ans , à pareil jour ( il était à Auxerre , reve- «nant de File d'Elbe ) , il y avait des nuages au ciel, ah ! je se- «rais guéri, si je voyais ces nuages. 2> Puis, posant la main du docteur sur son estomac : «C'est un couteau de boucher « qu'ils m'ont mis là , et ils ont brisé la lame dans la plaie. i>
Le 2 avril, un domestique lui annonça qu'on avait aperçu la nuit une comète vers l'orient. «Une comète! s'écria-t-il avec «vivacité; ce fut le signe précurseur de la mort de César.»
Le 11 avril, (le docteur Arnold, médecin d'un régiment de la garnison , était présent ) , l'Empereur souffrait beaucoup ; Antomarchi cherchait à lui réchauffer , par des fomentations , les extrémités inférieures atteintes d'un froid glacial. «Laissez-moi, s'écria le malade, ce n'est pas là , c'est «à l'estomac, c'est au foie ^qu'est le mal : vous n'avez point «de remèdes, point de préparations, point de médicamens «pour calmer le feu dont je suis dévoré !» Arnold essaya de lui persuader que le foie était intact. « Il le faut bien , ré- « pondit-il avec amertume, puisque votre Hudson fa décrété. »
Le 15 avril, la chambre de l'Empereur fut fermée à tout le monde, excepté au général Montholon et à Marchand. L'Empereur arrêta ses dernières volontés et fît son testament. Lorsque M. Antomarchi put entrer : «Voilà mes apprêts , lui «dit Napoléon, je m'en vais, c'en est fait de moi.» Le docteur voulut lui représenter que son état offrait encore bien des chances; il l'arrêta : «Plus d'illusions , dit-il , je sais ce «qui en est , je suis résigné. »
Enfin le 18, Antomarchi ayant insisté sur la nécessité de quelques médicamens. «Non, docteur, répondit-il, l'Angle- « terre réclame mon cadavre , il ne faut pas la faire attendre. »
Le 19, rEmpereur paraissait beaucoup mieux ; ses fidèles compagnons d'exil n'en dissimulaient pas leur joie. «Vous «ne vous trompçz-pas, leur dit-il , je vais mieux aujourd'hui ; «mais je n'en sens pas moins que ma fin approche. Quand je
«serai mort, chacun de vous aura la douce satisfaction de «retourner en Europe. Vous reverrez, les uns vos parens, les «autres vos amis, et moi je retrouverai mes braves aux « Champs-Elysées. Oui , continua-t-il en haussant la voix , «Kléber, Desaix, Bessiëres, Duroc, Ney, Murât, Masséna, «Berthier ; tous viendront à ma rencontre ; ils me parieront
«de ce que nous avons fait ensemble Nous ^causerons
« de nos guerres avec les Scipions , les Ânnibal , les César, ('les Frédéric... , à moins, ajouta-t-il en souriant, qu'on n'ait «peur là-bas de voir tant de guerriers ensemble. »
Le docteur Arnold entra en ce moment. L'Empereur , après lui avoir adressé quelques mots sur ce qu'il éprouvait, dit : « C'en est fait , le coup est porté, je touche à ma fin ; j6 «vais rendre mon corps à la terre.... Approchez, Bertrand ; «traduisez à monsieur ce que vous allez entendre.... N'omet- «tez pas un mot... J'étais venu m'asseoir au foyer du peu- « pie britannique; je demandais une loyale hospitalité. Contre «tout ce qu'il y a |de droits sur la terre, on me répondit « par des fers. J'eusse reçu un autre accueil d'Alexandre , de «l'empereur François, du roi de Prusse lui-même. Mais il «appartenait à l'Angleterre de surprendre, d'entratnei* les «rois, et de donner au monde le spectacle inouï de quatre «grandes puissances s^acharnant sur un seul homme. C'est « le ministère anglais qui'a choisi cet affreux rocher où secon- « somme , en moins de trois ans, la vie des Européens, pour «y achever la mienne par un assassinat. Et comment m'a-t-on « traité depuis que je suis sur cet écueil ? Il n'y a pas une in- « dignité dont on ne se soit fait une joie de m'abreuver. Les «plus simples communications de famille, celles même qu'on «n'a jamais interdites à personne, m'ont été refusées.... Ma « femme, mon fils , ne vivent plus pour moi : on m'a ainsi tenu « six ans à la torture du secret.... Dans cette lie inhospitalière, «on m'a donné pour demeure l'endroit le moins fait pour «être habité, celui où le climat meurtrier du tropique se fait « le plus sentir ; il a fallu me renfermer entre quatre cloisons , «moi qui parcourais à cheval toute l'Europe ! Le gouveme- « ment britannique m'a assassiné longuement, en détail,[avec « préméditation, et Tinfâme Hudson Lowe a été son exécuteur
a des haat«8 œuvres.... Ce gouTernement finira comme la su- « perbe république de Venise. Quant à moi, mourant sur cet af- (c freux rocher , privé des miens, et manquant de tout, ye a lègue l'opprobre de ma mort à la maison régnante « d'Angleterre. »
Le 21 , TEmpereur fit appeler son aumAnier : «Je sois né « dans ta religion catholique , lui dit^il , je veux remplir les ffdev<Hrs qu'elle impose et receveur les secours qu'elle admi* tt nistre. »— Huit jours se passèrent encore, pendant lesquels il lutta, avec des chancesdiverses, contre la onaladie qui le tuait. Le 28 avril , il chargpea Antomarchide faire Tautopsie de son cadavre, et il lui ordonna de porter son oœpr à sa chère Marie • Louise. « Quand je ne serai plus , ajouta - 1 - it, «vous vous rendrez à Rome; vous irez trourer ma mère, «ma famille; TOUS leur raconterez ma maladie et ma fin; « vous leur direz que Napoléon est mort dans Tétat le plus «déplorable, abandonné, manquant de tout*..»
Le 29, après avoir bu de Teau d'une fontaine , située i une lieue de h^DgvfooA : «Si la destinée , dit-il , veut que je me « rétablisse , j'élèverai un monument au lieu d'oi cette source « jaiUit, en mémoire du soulagement qu'elle m'a donné... Si , «après ma mort , on ne proscrit pas mon cadayre comme «on a proscrit ma personne, si Ton ne me refuse pas un peu «de terre, je souhaite qu'on m'inhume auprès de mes an- «cètres, dans la cathédrale d'Ajaccio en Corse, ou sur les «bords de la Seine, au milieu du peuple français que j'ai « tant aimé.... Mais s'il ne m'est pas permis d'y rqposer, qu'on « ensevelisse mon corps U où coule cette eau si douce et si pure. »
Le 2 mai , la fièvre redoubla , le délire s'y joignit , l'Empereur parlait de la France , de son fils, de ses compagnons de gloire. «Steingel , Desaix, Masséna! ah ! la victoire s^dé- «cide; allez, courez, pressez la charge; ils sont à nous.»
Le lendemain au matin il était plus calme, mais le mal continuait ses rapides progrès. Il appela ses exécuteurs testamentaires , MR Bertrand et Montholon. «Je vais mourir, «leur dit-il avec solennité; vous retournerez en Europe. Je «vous dois des conseils sur la conduite que vous avez à y « tenir. Vous ayez partagé mon exil ; vous serez fiâmes â
« ma mémoire ; vous ne fèrtz riéo qui puisse la blesser. J'ai « sanctionné tous les principe^, je les ai infusés dans mes lois, «dans mes actes; il n'y eji a pas un seul que je n'aie conc( sacré. Malheureusement les civconstances étaient, graves; ((j'ai été obligé de sévir, d'ajourner; les revers sont venus; ((je n'ai pu débander l'arc, et la France a été privée des (c institutions libérales que je lui destinais. Elle me juge (( aTec indulgence; elle me tient compte de mes intentions; elle «chérit mon nom, mes victoires : //TwYdz-te, soyez fidèles ^LauoR opinions que nous avons d^endues^à la ghire « que nous aidons acquise ; il nya^ hors de /à, que Iwnte aet con/usùxTLn
((Le 4 mai, dit le docteur Ântomarchi, l'Empereur allait plus mal. Le temps était affreux , la pluie tombait sans inteiTuption , le vent menaçait de tout détruire. Le saule sous lequel Napoléon prenait habituellement le frais avait cédé ; nos plantations étaient déracinées, éparses; «n seul arbre à gomme résistait encore lorsqu'un tourbillon le saisît , Vealève et le couche dans la boue. Rien de ce qu'aimait l'Empereur ne devait lui survivre. »
La violence de la tempête, le brait de l'oaragan n'ava^nt pas tiré l'Empereur de l'assoupissement où il était plongé. A cinq heures et demie, on l'entendit murmurer ces mots : (( Tète... armée, d A six heures moins onze minutes , une légère écume couwit ses lèvres..., son âme devint libre.
Les fonctions du geôlier ne cessèrent pas à la mort du prisonnier. — Hudson Lowe s'opposa à ce que le corps de Napoléon fût transporté en Europe. 11 laissa seulement lui rendre les honneurs militaires. ^ On inhuma l'Empereur à Sainte-Hélène. C'est là qu'il repose, dans un quadruple cercueil, auprès de la fontaine dont l'eau fut un jour douce à ses lèvres; sa tombe, ombragée de deux saules pleureurs, est recouverte d'une large pierre que ne décore aucune inscription. Mais qu'importe? la mémoire des hommes oublierat-elle jamais Napoléon!
UÉ&UMÉ CHRONOLOGIQUE.
WATERLOO. ~ SAINTE^HÉLÈlNE.
15 Juin, Gommenceinenl det bosUlités. 8ytfiV/W.Ben(réedeIiOai«XVII14Piu>is.
— Priste et combat de Cbarleroi. 13 — Napoléon écrit m prinœ régent • 16 — BaUille de Ligny. d'Angleterre.
18 — BaUilie du Mont-Saint-Jean ou 15 — Napoléon t*embarqiie i bord du
de Waterloo. Bellérophon.
21 — Retour de FEropereur à ParU. 24 — Le BeUéropJton arrîTe en An-
22 — Abdication de rEmpercuren fa^ ' gleterre.
Ycur de Napoléon U. 6 <^oùt. Napoléon est transféré à bord
23 — Constitution d'an gouvernement ' du Piorthiunberland. provisoire. tO — Départ du NorthumberUmd
26 — Convention «e Chollct. — Pacifl- pour Sainte-Hélène.
cation de Ja Vendée. 1' oct^re. Débarquement de Napo 2.S — Paris est mis en éUt ^ siège. i^n à Sainte-Hélène.
29 — I^poléon quitte Paris pour se 1819.
« ^^J^}^^^^' . ^. Septembre ^ Commencement de la
ZjuiUeL L'armée française se. retire ^^^^ de Napoléon.
derrière la Loire. • ^^^^ ^^ ^^^ Anlomarchi.
6>tti7/é?^Entréedcs armées étrangères
à Paris. 1821.