‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 29 sur 38 · HJ&TOIAK · texte numérisé non relu

HJ&TOIAK

i^t pHété0. de mon Empire. Anéantissona de co^ cett ses injaufiee projets: balayez la mer et le chemmde la Dvina (wec des uaisaeaux de guerre^' taitiii^ que, d'après mes ordres, des troupes de. terre vont occuper les ports de VOcéan sep^ tentrional ^ pour mettre vos négocians d Vahri deJa\!vi0kwe des Dàngis* Cependant Frédéric ;n^ âf^ma, a^çiup^ $uite à $e8 pii^ç'teotiops dépl^(|$s>' car. U. nt. pouvait songer à faire la gvùd^re. au;!i Jlu3ses^ dans Icss déserts sauvages de la L#i[;M>p.ie.9 çt il craignait d'indisposer F Anglet^re?! 4éiÀ puiç^antô sur mer.

iVpprpAvée par la raison d'État^ l'alliance swcère- de çoi$ deux puissances se fondait également sut* r.amitié personnelle que Jean portait à la jpcine; amitié alimentée par ce que les nér gQciaû^ anglais établis à Moscou publiaient des grajç^^ qualité j des actions djç cette princesse ^ par teui^ récits sur 9a noble figure > ^u aiuahil^téy $Ç9 ];M>nnQ& dispositioQ^ ft son apiitié pour Jf Uai;* On a ^èpixe. prétendu qu'il p^* stiii, à. éppusf^r cejtte beauté quinquag^éuaire ; mais ce bruit n'a éfé conj&rmé par. aucun tëmoigu^giQ }ij^toriq^ çx^nteniporain, Néanmoins Jean ^ mairie en siiKÎèmes ou septièmes noces ^ connaissant Vétat dfi grossesse de Marie j et dans la première année de ce malheureux et

dernier kymen, cherchait effectivement pour ^585. lui une illustre fiancée eu Angleterre ^ afin de raffermir encare son alliance avec Elisabeth. Nous allons exposer avec quelque détails lés circonstances de cette intéressante affaire*

Robert Jacobi^ un des médecins de là cour d'Angleterre, arriva à Moscou dans Pété de 1 58 1 , porteur d^une lettre dans laquelle la reine écrivait au tzar : « Je vous cède , mon frère chéri , » l'homme le plus habile dans Fart de guérir, » bien qu'il me Soit très-utile , mais parce qu'il » vous est nécessaire ; vous pouvez en toute » confiance lui abandonner votre santé. Je vouts » envoie avec lui des pharmaciens et des chi- » rùrgiens, expédiés de gré ou de finrce, quoi- » que nous n'ayons pas nous-même un nombre » suffisant de gens de cette espèce. » Dans son entrevue avec Robert, Jean hii defnnwnda s'il se trouvait en Angleterre quelque personne veuve ou fille^ digne de la main d'un souverain. « Je n n'en connais qu'une seule ^ répdndit le. xnéden cin; c'est Marie Hastings , âgée dé trente àn^, )) fille du ùxate de Huntington , prince apana- » gé, et nièce de la reine par sa mère. i> Il est probable que, devinant un dessein si favorable aux intérêts de l'Angleterre, Robert captiva l'imagination de Jean par la peinture des qua-

«683. litës supérieures de Marie ^ car ce prince fît partir incessamment pour Londres le gentil— homme Pissemsky. Il devait ^ d'après les instructions dont il était porteur^

1°. Convenir d'une alliance intime entre FAnleterre et la Russie ;

!3l\ Solliciter une audience particulière de la reiiie et lui confier en secret les idées du tzar relativement au mariage projeté^ dans le cas cependant où Marie Hastings aurait les qualités requises pour être fiancée au tzar; demander à cet effet une entrevue avec elle, ainsi que son portrait peint sur bois ou sur papier;

3"*. S'informer de son âge; examiner si elle était grande , si elle avait de Fembonpoint et le teint blanc ;

4^. Prendre des informations sur sa parenté avec la reine, sur le rang de son père, sur le nombre de ses frères et soeurs ; recueillir enfin sur sa personne le plus de renseignemens possibles. Dans le cas. oà la reine aurait objecté que le tzar avait une femme , on devait lui répondre que cela était vrai ; mais que son épouse n'étant ni fille de roi, ni princesse issue de famille souveraine , elle lui déplaisait et serait répudiée pour la nièce de la reine ;

5". Déclarer que, Marie aurait à embrasser la

religion grecque ^ ainsi que tes personnes de sa i583. suite qui voudraient rester à la cour de Moscou; que rhéritier d^ l'Eiupire serait le tzarévitch Fëodor ; mais, que les enflas mâles de la princesse anglaise auraient des possessions particulières ou des apanages^ ainsi que de tout temps cela s'était pratiqué en Russie; enfin que ces conditions éiaLi^nt immuables j et que> dans l'hypothèse où la reine ne voudrait pas y souscrire^ l'envoyé serait d^nsi l'obligation de quitter l'Angleterre,

Pissemsky^ s'étant embarqué à Kholmogore le } I août 1 582 , arriva en Angleterre le 1 6 septembre suivant^ c'est-à-dire ^ au moment où la maladie contagieuse qui ravageait Londres avait forcé Elisabeth à quitter cette capitale pour habiter Windsor, et y mener une vie retirée. L'ambassadeur fut conduit d'une maison de plaisance à l'autre au milieu de fêtes continuelles : on lui fît connaître l'Angleterre, ce qui ne l'empêchait pas. de se plaindre de l'ennui que lui causait une. inactivité prolongée pendant six ou sept semaines. Ënfîn^ le 4 novembre, lui, Néoudatcha son secrétaire, et l'interpVète Beckmann, furent présentés à 1^ reine au château de Windsor, dans une nombreuse assemblée des lords, des pairs, des dignitaires de la cour, et

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]583. des nëgocians de la compagnie russe de Londres. Au nom de Jean^ Elisabeth se leva, fit quelques pas en ayant, et reçut la lettre avec les presens du tzar, disant avec un sourire qu'elle ne savait pas la langue russe. Elle s'informa ensuite de la santé de son ami; témoigna des regrets de la mort du tzarévitch; en un mot, m<mtra beaucoup de bonne humeur et d'alSabilité. Sur ce que Pissemsky lui disait de l'attachement que le tzar avait pour elle , de préférence à tous les autres souverains de l'Europe, elle répondit : Je Paime avec autant de sincérité^ et je désire vivement le voir un jour de mes propres yeux* Elle voulut savoir si l'Angleterre plaisait à l'ambassadeur, et si la tranquillité régnait en Russie. Pissemsky fit l'éloge de l'Angleterre, fertile et bien peuplée; il assura la reine que toutes les révoltes étaient apaisées en Russie, et que les criminels avaient^ par l'expression de leur repentir , excité la clémence du tzar, et obtenu leur pardon.

Satis&it de l'accuei] et des honneurs qu'il avait reçus autant que des bontés d'Elisabeth , Pissemsky se plaignait de la lenteur apportée dans les affaires qu'il avait à traiter. 11 refusait les parties de plaisir ou de chasse qui lui étaient proposées, répondant : n Notre voyage a eu pour

yy objet la coûclusiioa d'affaires importantes et i583. » non des divertissçmeus. Nous sommes des » ambassadeurs et nou pas des chasseurs. » Le i8 décembre^ il eut à Greenwich la première conférence officielle avec les ministres d'Angleterre , auxquels il dit que Batory , allié du pape et de l'Empereur , était J'ennemi de la Russie; que le tzar ^ aimant les Anglais comme ses propres sujets^ avait depuis long-temps l'intention de resserrer les liens d'amitié qui l'unissaient à Elisabeth y par un traité solennel d'après lesquels ils auraient les mêmes amis^ les mêmes ennemis^ et feraient de concert ou la guerre ou la paix. Il ajouta que la reine pourrait secourir le souverain de Moscovie^ sinon avec ses troupes^ au moins par des subsides ^ et que celui-*ci^ mettant à la disposition de l'An-gleterre toutes les productions de la Rui^sie y lui demandait en échange des armes à feu y des armures^ du soufre , de la naphte^ du cuivre^ de l'étain : choses dcmt il avait besoin pour faire la guerre, u Mais> demandèrent les mi- » nistres d'Elisabeth^ la guerre avec la Pologne » n'est - elle donc pas encore terminée ? Le » pape se vante pourtant d'avoir réconcilié le » tzar avec Batory. — Le pape , répondit Pis- » semsky^ peut dire ce qu'il lui plaît; notre

i583. » monarque connaît mieux que personne ses >^ amis et ses ennemis. » Les ministres annoncèrent alors l'assentiment de la reine à toutes les propositions du tzar^ et dressèrent les principaux articles du traite. Us avaient donné à ^ Jean 9 dans la rédaction^ le titre de frère et cousin d*£lisabe^h^ et employé la formule suivante : Le tzar supplie la reine; ajoutant que les Anglais pourraient seuls> à l'exclusion de tous étrangers^ faire le commerce dans le pays de la Dvina ^ à Solovky, sur les rives deTOby, de la Petsckora et du Mézène; mais ces conditions déplurent à Pissemsky ^ qui exprima son mécontentement en ces termes : « Mon maître est le » frère et non pas le cousin d'Elisabeth. Un tzar » de Moscovie fait connaître sa volonté ; il exige> » mais ne supplie jamais , et n'accorde à per«- » sonne le droit exclusifde commercer dans ses » Etats. Nos ports sont ouverts à tous les navi- » gateurs étrangers. » Les ministres effacèrent le titre de cousin , en expliquant que loin d'ar voir quelque chose d'humiliant , il n^exprimait que de la bienveillance. Ils consentirent à retrancher aussi le mot supplier. Quant aux prérogatives dont ils voulaiimt jouir ^ ils démontrèrent que les Anglais ayant découvert, à travers mille dangers et à force de dépenses, les

DE Russie: 55g

côtes dé la Russie septentrionale y pouvaient ^ en i583. toute justice^, rédaiher un privilège exclusif pour le commerce de la Dvina. Ils se plaignaient des nouveaux droits d'importation^ onéreux pour leurs négocians. Pissemsky répliqua qu'exemptés pendant long-temps de toute contribution^ ces négocians s'étaient enrichis en Russie d'une manière incroyable , et que la taxe légère imposée par le tzar n'était que la moitié de celle que l'on payait ordinairement; qu'en 1 58 1, au moment d'une guerre ruineuse avec la Pologne , avec le khan de Tauride et ses autres ennemis^ ce prince avait ordonné aux marchands anglais de verser I9O00 roubles au trésor de Moàcou, et 5oo roubles en iâ82; mais que ces dispositions avaient été communes à tous les autres marchands^ étrangers ou russes^ qui avaient fourni aux frais de la guerre en proportion de leur fortune. Les négociations relatives aux affaires d'Etat étant ainsi terminées , on entama celles du mariage.

Le 18 janvier, Elisabeth fit appeler l'iinpatient Pissemsky, le reçut seule dans son appar^ tement , et lui adressa diverses questions relatives à l'affaire secrète que le tzar avait confiée à ses soins, et dont elle avai^ déjà connaissance par un rapport du médecin Robert. Elle écouta l'en-

54o HISTOIRE

i583. voyé russe avec une extrême attention ^ témoigna la reconnaissance que lui ifîspirait le désir du tzar d'entrer en liaison de parenté arec elle, ajoutant qu'elle ne croyait pas que Marie Hastings^ distinguée uniquement par ses qualités morales , pût plaire à un prince connu pour amateur de la beauté. « D'ailleurs, ajouta ÉK- » sabeth, elle Tient d'aroit la petite vérole; » je ne souffrirai jamais que vous la voyiez dans » cet état, ni que le peintre fasse son portrait }} lorsqu'elle a le visage pourpré et couvert des » marques de cette maladie. » Cependant Fambassadeur insistait. La reine promit alors de le contenter, en demandant le temps nécessaire pour l'entier rétablissement de la prétendue, et l'on parla des conditions de ce mariage. La fille de Henri VIII, mari de six femirièsl, n'était point étonnée de voir le tzar, qui avait une épouse, en chercher une autre encore; mais elle voulait, préalablement , assurer, par un traité solennel , les droits de la future tzarine et de ses enfans. Après cet entretien > elle congédia l'ambassadeur, qui attendit pendant plusieurs m^is l'honneur de voir Marie Hastings.

Sur ces entrefaites, la tzarine accoucha, le I g octobre, d'un fils, qui reçut le nom de Dmitri, dont la destinée fut aussi malheureuse pour lui-

mên^eque pour la Russie ^ et la cause innocente iSB3. d'une longue série de crimes* et de calamités 1 Le bonheur d'être pk*e ne toucha point cette £>Î5 le cœur de Jean. Il songeait toujours à re*^ pudier la mère de Dmitri pour épouser la nièce d'ÉjLiisabeth ; car il ne fit parvenir à Pissemsky aucunes nouveUes instructions; de sorte que celui-ci ayant appris à Londres la naissance du tzarévitch^ ne voulut pias ajouter foi à cette noa^ veUe. .(< Des maUntentionnés^ disait*-il aux. mi- H nistres anglais^ ont imaginé. cette fable afin » d'interrompre le cours des négociations rela* i) tives à un mariage aussi favorable pour votre it>. patrie que. pour la mienne; la reine d^^its'en n rapporter uniquement à la lettre du tzar et >; à. mes assertions, n Enfin^ le î8 mai^ Pissenxsky reçut l'ordre de se rendre au jardin du chancelier Thomas Brùmley^ qui vint au devant de lui avec le frère dé la prétendue^ comte de Huntington. Il fut conduit par eùzrdans un superbe pavillon, .où> peu d'instans après , arri*vèrent aussi Marie avec la femme du chancelier^ la comtesse de Huntington et plusieurs autres dames anglaises. « La voici ^ dit Bruinley à ^ l'ambassadeur, i^ous pouvez ta regarder y la }> contempler à loisir^ la reine a voulu que Marie » vous fui montrée eu plein jour ^ et non pas sous

i583. >i lapoûtê obscure d'un appartement. » La prétendue fit alors une révérence 9 et se tint immobile devant celui qui devait apprécier ses char-* mes : examen pénible pour Fampui^propre d'une femme î Pissemsky^ qui avait à cœur de jxtsiifier la confiance de son maître dans cette circonstance importante^ fixa sur la timide Anglaise des regards curieux et pénétrans^ afin d'avoir une idée exacte de ses attraits ^ et de pouvoir en transmettre le détail au tzar. Il dit enfinf^ c^esi assez! et se protmena avec la prétendue dans les allées du jardin; il la quittait^ puis se rapprochait d'elle et l'examinait encore. Son rapport.

Portrait à ce sujet, s'cxprimait ainsi : ce Marié Hastings

de la prë- , , .

tendue. » a la taille élevée ^ spelte et bien prise; le teint » clair y les yeux bleus ^ les cheveux châtains^ » le nez aquilin, et les doigts allongés. » Il ne parlait ni de sa beauté ni de ses agrémens. Elisabeth , qui avait consenti avec une sorte de répugnance à laisser ainsi examiner sanièce, était curieuse de connaître l'opinion de Pissemsky à cet égard. Elle disait que sans doute Marie n'était pas de son goût, et que le portrait à lui confié, pour être remis au tzar, et dans lequel l'artiste n'avait pas flatté l'original , serait peu propre à séduire ce prince difiicile en fait de beauté; supposition que l'ambassadeur s'en!-

pressa de détruire par des éloges qui firent plaisir i583. à Elisabeth. On peut en conclure que ce mariage entrait dans ses vues. Marie Hastings le désirait aussi ; mais efirayée bientôt par divers récits sur la férocité du tzar^ elle changea d'idée^ et parvint ,. sans beaucoup de peine ^ à persuader la reine de lui épargner le dangereux honneur qui lui était offert.

A la suite d'un festin splendide^ donné à l'ambassadeur au . palais de Greenwich , Elisabeth lui remit deux lettres pour Jean. L'une contenait des remercimens de la proposition d'alliance; l'autre y de l'intention qu'il avait manifestée, de visiter l'Angleterre, non. pas pour fuir un danger quelconque 9 au cas d'une révolte ou d'une calamité y mais uniquement pour faire connaissance avec une tendre sœur-, prête à prouver que son royaume serait pour lui une autre Russie. Jérôme Bows fut envoyé à Moscou avec Fis- Ambassa^ semsky en qualité d'ambassadeur d'Angleterre «rbeih à ^

. • J'i2'i» A •• 1 Moscou,

pour y terminer dennitivement ^ ainsi que le déclara Elisabeth y toutes les affaires politiques et secrètes.

JeaU) satisfait^ reçut Bows d'une manière très-^gracieuse, le :i4^<^^^^^ i585; après s'être informé, avec le plus vif intérêt ^ de la santé d'Elisabeth y il ordonna au boyard Nicétas You-

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i583. rief ^ à Belsky et au secrétaire André Tchelkalof ^ de réf^Vy sur-le-champ ^ arec cet envoyé^ les conditions d'une alliance entre l'Angleterre et la Russie , afin de s'occuper immédiatement ensuite de. l'affaire secrète du mariage. Il était persuadé y d'après les rapports de Pissemsky^ que ces deux négociations étaioit également Êiciles y leur succès également assuré ; cependant il était dans l'erreur. Peut-être Elisabeth s'étaitelle trompée dans le choix de l'ambassadeur chargé de consolider* son alliance avec Jean. En effet y Bows était un kom^me grossier^ d'un caractère peu conciliant ^ qiii , au premier mot d'af^ faires> déclara positivement qu'il ne pouvait ùiite le plus léger changement ausc articles que les ministres anglais avaient remis à l'ambassadeur russe pendant son séjéur à Londres ; qu'Elisabeth était f»^te à employer sa médiation pour aider à conclure la paix entre le tzar et d'autres puissances ; mais quHl était loin de ses idées dé iàïre la guerre a/nx ennemis des Russes^ parce que ^ dPabord^ elle avait h cœur de ménager le sang des hommes que Dieu lui avait confiés ; ensuite que l'Angleterre était en relations d'amitié avec la Pologne ^ la Suède et le Danemarck. « Gimment youlez-vous], répondit » Jean^ que je devienne l'allié de la Reine , si

» mes plus grands ennemis SjQOât ses amis? U >^' » faut ou quf J^isabeth engage Batory à ecmclare 3> ùBe paii solide ayec la Ri^sie, en le foirçant » k me restitua la liiY'Onie et le tenritoire de >> Pokilsik^ ou bien qu'elle déclare ^ d^ eemert » avec moi 9 la guerre k la Pologne* ^ Bows répcMddit; a^ec chaleur ; m La reine me preaadrait » pour un insensé 5 si je conseifitais à u^ ttaité » de cette nature. » Cependant il insistait fiur obtenir, en &yeur des Anglais, le privilège ex**clusif d'entrer dans les ports septentrionaux de l'Empire, ainsi que cela s'était pratiqué autre^ fois. Alors les baya|{{ïs lai expliquèrent qu'à cette époque la Russie possédait le pisrt de Narva, $ui: la Baltique , entrepôt du commerce général de l'JSurc^, tombé depuis au pouvoir de^ Suédois; <( matiktenant, ajoutaient^ils, ks ports du I» nord sonjt les seuls oii les négo^aus d'Aile* )> magM, de France et des Pays-Bas ^ trafiquent iè avec la Bussiè , et îl est impassible de les ea » chasser pour eompâaire à Ëliflabetb. La plus »- aaidrie de toNites ks toia est l'intérêt du peu- D. jAt ; elk nous prescrit un libre négoce avee n tous les Européens , et nous ne pouvons mus n metlare soua la dépendanee des Anglais, qui n viennent pour commereer en Btwsie , et. nm » pour y dominer^ IXailleiiÊrs, ils ne rongiaseuf Tome IX. 55

i583. » pas de leur mauvaise foi dans les affaires y et » nous apportent des draps aràriés.. Quelques- » uns d'entre eux entretiennent de secrètes in- » telligences avec les rois de Suède et de Dane- » marck^ ennemis du tzar; ils leur rendent des » services , écrivent en Angleterre des horreurs » contre les Russes> qu'ils traitent de barbares » ignorans. Jean n'a pu oublier de si graves of- » fenses que par respect pour la reine ^ et sans » doute il ne peut entrer dans l'esprit de cette >} princesse de dicter des lois à un souverain » qui jamais n'en a reçu ni des empereurs y ni » des sultans 9 ni des plus Ulustres monarques. » Aussitôt l'ambassadeur répondit avec l'accent du dépit : « Il n'existe pas de souverain plus M illustre qu'Elisabeth; elle ne le cède en puis- » sance ni à l'empereur^ soudoyé par Charles YIII » pour faire la guerre à la France ^ ni au tzar » lui-même. » A ces mots, Jean^ courroucé^ fit sortir Bows du palais^ ainsi que celui-ci le rapporte. Toutefois sa colère se dissipa bientôt^ et^ donnant des éloges au zèle avec lequel l'ambassadeur soutenait Ja gloire de sa souveraine, il ajouta : (f Plût à Dieu que j'eusse xnoi-même un » G^rviteur aussi fidèle I » Pour témoignage de sa condescendance particulière , le tzar consentit à laisser aux Anglais seuls le droit d'entrer dans

DB aûssiE. 547

les ports de la 'Karelie ^ de Vargons > de Mësène , i583. de Petsclienga et de Schoutnsk^ destinant ceux de Poudogersk et de Kola/aux autres commerçans. Bows répétait sans cesse : « Nous ne voulons au^ » cuns concurrena. » Comme il soupçonnait les hauts dignitaires du tzar^ et principalement le secrétaire d'État André Tchelkalof, d!être gagnés par l'or des marchands hollandais , il de*- ^ mandait à traiter directement avec le tztir^ qui le faisait yenir souvent^ et le renvoyait toujours • comme un homme opiniâtre et inflexible.

Dans l'espoir de terminer au moins les négociations de mariage ^ le tzar ordonna ^ le 1 3 décembre^ à Bows de.se rendre secrètement au palais 5 sans épée ni poignard. Dès qu'il parut ^ tous les . courtisans sortirent de la salle d'audience -y OÙ il ne resta que les boyards prince Théodore Troubetzkoï^ Nieétas Yourief, Dmitri Gi^ounof 7 Belsky^ et les gentilshommes du conseil Tàtistchef 9 Tchérémissinof^ Voïékof ^ tous assis dans un coin élpigné. Les secrétaires Tchelkalof ^ Trolof et Streschnef ^ se tenaient debout près du poêle. D'un signe de la main^ Jean fit approcher de lui Bows avec son interprète ^ Yourief 9 Belsky et Tchelkalof. Il leur raconta tout ce qui était relatif aux négociations de s6n ma-^ riage en Angleterre ^ tout ce qu'il avait appris

548 HisraiRR

iS«3. à ce sujet de Pigg^nsky et du médecia Robert : il parla de son iateutran d'ëpouser Marie Hasp* tings ^ désirant savoir si la reine donnait son agrément à cette union ^ et si elle ne s'exposerait pas à ce que la prétendue embrassât la religion grecque, k Le christianisme^ répondit » Bows^ est partout le même> et il n'est pas » présumable que Marie consente à changer de » religion* Elle est d'ailleurs d'une santé &ible ^ • >^ d'une physionomie peu agréable^ et la reine » a des parentes à un degré plus rapproché^ n infiniment plus belles ; je ne puis les nommer » sans son assentiment; mais le tzar peut de- » mander la main de celle qu'il trouvera le plus » à son goût. — Dans quelle intention étes-vous » donc venu ici ? repartît Jean , était-ce pour » me signifier des refus , me prodiguer d'inutiles >j discours, élever des prétentions immodérées » au sujet desquelles nion ambassadeur à Lon-* » dres a déjà répondu aux ministres d'Élisa« I) beth ? Venez-vous m'offrir une nouvelle négo- >i ciation de mariage , sans me donner le nom j^ delà ppétendue, et conséquemmentii|ipratica« » ble ? Vons êtes un ambassadeur ignorant et n insensé. Je ne demande pas k Elisabeth d'in-» B tervenir comme arbitre entre Batory et moi , » mais seulement une alliance avec l'Ange-

DE RUSSIK. 549

N ferre* » Après ces mots^ il ordonna à Bows i^^de se préparer à partir. Alors celui-ci regrettant ie maurais succès de sa mission • chercha à s'excuser par son ignorance des usages Russes : il supplia le tzar de s'expliquer encore ayec Elisabeth ^ l'assurant que flattée de l'idée d^un lien de famille avec xm si grand monarque ^ elle lui ferait parvenir les pcutraits de dix , et peut-être davantage , des plus illustres ^ des plus belles demoiselles de Londres^ et que^ malgré sou amour lie la paix^ elle pourrait^ eaicas de guerre , fournir à la Russie des secours en hommes et en ar^ gent 7 si Jean voulait consentir à rexidre aux né«gociaoft anglais toois leurs anciens droits exclusif sur k commeroe de la Dvina septentrionale. L'espdir de devenir l'époux d'une anglaise ai- i58.{. mable ^ charmait encore l'imagination du tzar : il mettait ausd beaucoup de |Hrix à l'amitié d'Elisabeth y de sorte qu'il se décida à faire partir pour Londres une nouvelle ambassade. Bien 'qu'il làt personnelieraent irrité contre Bows^ il fit punir, sans examen 9 quelques fonctionnaires russes àxxA celui-ci disait avoir à se plaindre 9 ^^ que cet homme bourru et rapace y selon les expressions des actes ministériels > ne quittât point la Russie avec un sentiment ^e haine contre elle ; mais ayant le départ de Bows ^ avant la nomi-

55o HISTOIRE

t5S4. nation d'un ambassadeur à Londres ^ un événement vint changer le cours des choses.

Maladie If ous touchons à la description d^une heure

et mort de ^

Jean. grande , solennelle !...•. Après avoir tracé la vie de Jean ^ nous allons voir sa fin, également étonnante ^ et faite pour effrayer l'imagination^ car le tyran mourut comme il avait vécu, c'està-dire f en exterminant les hommes. Les traditions contemporaines ne désignent pas ses dernières victimes. Peut-on croire à l'immortalité de l'âme et ne pas frémir à l'idée d'une semblable mort? Ce moment terrible que sa propre conscience et d'innocens martyrs lui. avaient depuis long-temps prédit , approchait en silence, bien que ce prince n'eût pas atteint une vieillesse avancée et qu'il conservât , avec • sa force d'esprit^ toute l'ardeur de ses.désirs. Il jouissait d'une santé robuste et croyait pouvoir espérer encore de longues années; mais quelle force physique pourrait résister au choc des. passions ' effrénées qui agitent la sombre existence d'un tyran? Le délire continuel de la. rage et de la crainte, le remords sans repentir, les odieux transports de la dissolution , les tourmens de la honte, une impuissante fureur dans les revers des armes , enfin le ver rongeur de l'infanticide, tourment anticipé sur celui des enfers , avaient.

DE RUSSIE. 55l

pour Jean, excédé la mesure des forces humai- >584. nés. Souvent il e'prouvait une langueur douloureuse^ symptôme .précurseur de destruction; mais il luttait contre elle et ne commença à s'affaiJblir visiblement que dans rhiyer de l'année i584« A cette époque^ parut une comète dont la queue avait la forme d'une croix. Le tzar s'étant rendu ^ pour la voir, sur V escalier rouge , l'observa long-temps et dit à ceux qui étaient près de lui : Voilà le présage de ma mort! Poursuivi par cette idée , il fit chercher en Russie et en Laponie , des astrologues , de prétendus magiciens^ en rassembla environ soixante et leur assigna pour résidence une maison dans Moscou; tous Icis jours , son favori Belsky allait discuter avec eux au sujet de la comète. Bientôt Jean fut attaqué d'une maladie alarmante. Ses entrailles commençaient à se corrompre et son corps s'enflait; on assure que les astrologues lui ayant annoncé qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre, c'est-à-dire, jusqu'au iSmars, il leur avait imposé silence en les menaçant de les faire brûler vifs, s'ils avaient Taudace de répandre cette prédiction : dans le courant de février , il s'était encore occupé d'affaires; mais le lo mars on expédia un courrier poui: retarder, en raison de la maladie du tzar, l'arrivée de l'ambassa-

i^^4- deur polonais qui se rendait à Moscou : Jettn avait lui-même donné cet ordre. H conservait encore (juelqufe espoir de se rétablir. Néanmoins il convoqua les boyards et dicta son testament^ dans lequel il déclarait le tzarévitch Féodor^ l'héritier de la couronne; il choisit des hommes marquans pour conseillers^ chargés de TeîHer à la prospérité de FEtat, et d'alléger k ce jeune grincé , faible de corps et d^ âme ^ le fardeau des affaires." c^étaît le prince Jean Schouïsky, célèbre par la défense de Pskof ; Jean Mstisla vsky , îGls de la propre iiîèce du grand duc Vassili ; Nicétas Yourief, frère de là vertueuse Anastasie^ première tzarine; Boris (îodounof et Belsky. Il assigna la ville d*Ouglitch pour apanage au tzarévitch Dmîtri, encore en bas âge, et à la mère de ce jeune printe dont l'éducation fut confiée au seul Belsky. Pour témoigner sa reconnaissance à tous les boyards et voîévodes, il les appelait ses amis , ses compagnons d'armes dans la conquête des royaumes infidèles ^ dans les victoires remportées sur les chevaliers de l'ordre de Livonie , sur le khan et le sultan. Ses exhortations à Féodor avaient^ pour but de rengager à regner avec piété , amour et charité , lui conseillant , ainsi qu'aux cinq principaux dignitaires de l'Étal^ dVviter la guerre

M RÏÏ5SIE. 555 *

eitec les puissances chrétiennes. Il parla des i^4« suites désastreuses de celle de Livome et de Saède^ déplora l'ëptiisemetit de la Russie^ pres- (fHyit une diminutkm d'impôts et la mise eu liberté de tous les détenus y même des prison^niers polonais et allemands. Il semblait que se préparant à quitter le trône et le itionde^ il voulût se réconcilier avec sa conscience , avec rhumanité^ avec ïe Tout-Puissant. On aurait dit que son âme, plongée jusque-là dans un criminel délire, revenait à elle-même; qu'il désirait préserver son fils de ses funestes erreurs ; qu'un rayon de la grâce éclairait au pied de la tombe , ce cœur ténébreux ^t glacé ; qu'au moment ou l'ange de la mort lui était apparu pour l'appeler à la vie éternelle , le repentir avait enfin trouvé place dans son cœur!....

Cependant, que &iisait-il dans les momens oii la maladie lui donnait quelque relâche ? un douloureux silence régnait à la cour , car toujours la cour pleure ou feint de pleurer un monarque mourant. La charité chrétienne portait l'attendrissement dans tous les cœurs : oubliant la cruauté du tzar, les citoyens, prosternés dans les temples, y fermaient des vœux pour son rétablissement; les familles persécutées, les veuves, les oi'phelins des innocens immolés par

554 HISTOIRB

1584. sa fureur imploraient en sa faveur Fassistance

céleste et lui^ touchant au seuil de la tombe^

il se faisait porter ^ dans un fauteuil^ à l'appartement qui renfermait ses trésors ! ... il contemplait ses pierres précieuses ! Le 1 5 mars , il les montrait avec satisfaction à un anglais nommé Horsey^ lui expliquant^ dans le langage d'un savant connaisseur ^ la quaUté des diamans ou des hyacinthes. S'il faut en croire encore un re'cit affreux, sa belle-fille, l'épouse de Féodor, s'é tant. approchée du malade pour lui prodiguer de tendres consolations, recula d'horreur, et s'enfuit épouvantée de sa lubricité ! . . . Etait-ce là un pécheur repentant? Pensait-il gu prochain .et terrible jugement de Dieu?

Déjà les forces du tzar diminuaient sensiblement , et le délire de la fièvre égarait ses idées. Etendu, sans connaissance, il appelait à haute voix le fils qu'il avait tué; il le voyait en imagination; il lui parlait avec tendresse... Toutefois, le 17 mars, il se sentit un peu mieux par l'effet d'u^i bain tiède, de sorte qu'il fit dire à l'ambassadeur de Pologne, alors à Mojaïsk, de se rendre incessamment à Moscou. Le lendemain, s'il faut en croire Horsey, il dit à Belsky : « Al- » lez annoncer la mort à ces imposteurs d'as- » trologues. D'après leurs contes , c'est aujour-

}} d'huî que je dois mourir, et je sens renaître "5«4- >j mes forces . >y attendez, répondirent ceui-ci> la journée n'est pas écoulée. On prépara un second bain dans lequel il resta environ trois heures; ensuite il se coucha, et prit quelque repos. Un instant après, il se lève, il demande un jeu d'échecs, et assis sur son lit, en robe de cfhambre, il arrange lui-même les pièces pour jouer avec Belsky. Tout-à-coup il tombe et ferme les yeux pour Fétemité ! . . . Les médecins accourent aussitôt, et le frottent avec des essences spiri- lôMar», tueuses pour le rappeler à la vie, tandis que • le métropolitain , exécutant : sans doute la vo lonté du tzar à lui connue depuis long-temps, lisait. sur le corps les prières du sacre; monastique dans lequel il reçut le nom de Jonas... Dans ces momens solennels, un profond silence régnait au palais. Bien que tout le monde s'attendît à révénement, on craignait de s'interroger à ce sujet. Jean n'était plus qu'un cadavre .inanimé; cejpendant il paraissait encore redoutable aux courtisans qui le regardaient sans oser en croire leurs propres yeux, ni publier sa mort : mais enfin le Kremlin retentit bientôt de la grande nouvelle : on entendit crier le tzar n^ est plus! et à l'instant, le peuple poussa des cris lamentables A quoi les attribuer? Cet

»584. attendrissement preiimtt41 sa source dans les jcratntes que la faiblesse de Feodor inspirait sur le sort <de VÈtSit? Était*-ce pour payer le tribut d^iltie religieuse pitié aa monanijue dëfuBt^ bien qu'il eût éké ftmce et sanguinaire?... Ses obsè^ ques eurent lieu avec une grande pompe y dans Téglide de Saint-Michel. Le$ assistans versaient des pleurs ; toutes ks physienoMies ex|»imaient l'affliction • et la terre reçut dans son sein les restes de Jeanne-Terrible l L'opinion des hommes était muette detant le jugement de Dieu> et pour ses contemporains le rideau tomba sur la scène de son eiistence. Les souvenirs et les tombeaux restèrent pour la postérité !

Attache- Parmi les nombreuses «et cruelles épreaves Busses au accomulées par le destin sur la Russie^ après absolu, les <calamités d«i système iéodsAy soustraite à peine au joug des Mogpls > elle atait dû se Toir encore la p]x)ie d'un tyran ! Elle le supporta , et conserva l'amour de l'aristocratie ^ persuadée que Dieu lui-4néme envoyait parmi les hommes la pesFte, les tremMemens de terre et les tyrans. Au lieu de briser entre les mains de Jean le sceptre de fer dont il l'accablait^ elle se soumit au destructeur pendant vingt-quatre années^ sans autre soutien que la prière et la patience , afin d'obtenir, dans des temps plus heureux, Pierre-

le-Grand et Catberûie U. ( L'histoire n'aime pas <58f à citer les vivans» ) Camme les Grecs aux Thernsopyles^ d'humbles et généreux martyrs péris* ^ient.sur les écha&uds> pour 4a patrie» la religion et la foi jurée ^ sans concevoir même ridee de la révolte. €'est en vain que 5 pour excuser la cruauté de Jeau , quelques historiens étrangers ont parlé des factions qu'elle avait anéanties : d'après le témoigiaage universel de nos annales^ d'après tous les documens officiels, ces factions n'existaient que dans l'esprit troublé du tzar* Si les' boyards, le clergé, les ciV>yens eossènt tramé la trahison qu'on leur imputait a^ee autant d'absuddté tpm des sortilèges, ils n'auraient point rappelé lé tigre de son antre d'Alexandrovsky*. Non, il s'abreuvait du sang des agneaux, et le dernier regard que ses victimes jetaient sur la terre demandait à leurs , contemporains, ainsi qu'à la postérité, justice et un souvenir de cpmpassîon*

Malgré toutes les explications possibles^ mo* Compa-

raison en-

raies et métaphysiques , le caractère de Jean , tre jean et

, , j / j • X • d'aulre»

héros de vertu dans sa jeunesse, tyran san^m-* tyrans. naire dans l'âge mûr et au déclin de sa vie;, e$t une énigme pour le eooiur humain, et noua aurions révoqué en doute les rapports les plus authentiques sur sa vie, si les annales des autres.

558 UISTOIRB

i584. nations n'offraient des exemples aussi étonnans; Caligula j d^ abord modèle des souverains , en^ suite monstre affreux ; Nëron , l'élève du sa^ Senèque^ objet d^ amour j objet d^ horreur ^ n'onV ils pas régné à Rome ? A la vérité ils étaient payens; mais Louis XI était chrétien, et ne le cédait à Jean ni en férocité^ ni en deTotion^ moyen qu'ils croyaient propre à effacer leurs crimes. Tous les deux étaient pieux par crainte, tous les deux également cruels et voluptueux. Ces êtres dénaturés, contraires à toutes les. lois de la raison , paraissent dans l'espace des siècles comme d'effrayans météores > pour . nous montrer l'abîme de dépravation où peut tomber

UtiiiuSde l'hommc, et nous faire trembler !... La vie d'un istoire. |.yj.g^jj gg|. ^^^ calamité pour le genre humain ;

mais son histoire offre toujours df utiles leçons aux souverains et aux nations. Inspirer l'horreur du mal, n'est-ce pas répandre l'amour du bien dans tous les cœurs? Gloire^à l'époque où l'historien , armé du flambeau de la vérité , peut , sous un gouvernement autocrate, dévouer les despotes à unéternel opprobre, afin de préserver l'avenir du malheur d'en rencontrer d'autres! Si l'insensibilité règne au-delà du tombeau , les vivans au moins redoutent la malédiction universelle et la réprobation de l'histoire.

Celle-ci est insuffisante pour corriger les me- i58j. chans^ mais elle prëyient quelquefois des crimes toujours possibles^ parce que les passions exercent aussi leurs fureurs dans les siècles de civilisation. Trop souvent leur violence porte la raison à se taire ou à justifier d'une voix servile les excès qui en sont le résultat.

Ainsi , Fesprit supérieur de Jean , ses lumières Mélange et ses connaissances unies à une éloquence peu de mai .

, dans le ca-

eommune ^ ne Fempéchaient pas de se livrer , ractère de sans pudeur , à une honteuse dissolution : doué d'une mémoire rare y il savait par cœur la Bible, l'histoire des Grecs et des Romains^ celle de Russie 3 et ne s'en servait que pour leur donner d'absurdes interprétations en faveur de la' tyraanie. Il se vantait de sa fermeté, de son empire sur lui-même , parce qu'il savait rire aux éclats dans des momens de craiilte et d'agitation intérieure : il se vantait de sa justice en punissant des mêmes peines , et avec un égal plaisir, le mérite ou le crime; d'avoir l'àme élevée et véritablement royale , de savoir conserver la dignité de son ^<^Tig, en donnant l'ordre de mettre en pièces un éléphant qu'on lui' avait envoyé de Perse , parce que cet animal n^avait pas voulu s'agenouiller devant lui ; en faisant châtier de malheureux courtisans qui osaient

56o HlSTOfBB

i584. jouer miem qn^ lui aux C9xte^ on aiut échecs: il prétendiiit ei^fiii ^iToir m esfurit prefinidéiDent politique^ en détruÂs^MUt par âystème^ à de& époques détermioéos et avec une sorte de fireid calcul 5 les faucilles hs ^km illustres^ sous le Taiu prétexta qu'elles étaient daVi^reuses; peur le pouvoir souverain; en ékTani à lettr place des ûiiuilles nouvelles et obscures; eu portant sa main exterutinatrice jusque sur les temps à ve* nir^ ear > sefi^blaibles à ees uuéea d'insecicâ uatjBûsans qiii U|if)erteiiiit la fawbo, la bande de délatjiluijs j, de calomniateurs > ^epritohnitsy fay mée par ses soins ^ laissa^ eu disparaissait ^ le germe du mal parmi le peuple^ et si le joug ^ de BÂty avait abaissé Fesprit national des Russes^ le règue de Jean, fut sans doute bien loin de le relever.

Cependant il faut rendre justice même à ua tyran. Dans les accès du mal^i Jean upiontrait quelquefois eneore le simulai^re d'uu gpwd xwt* ua^rq^e , zélé ^^ infatigable ^ faisait preuve d'une grande pénétration dans les affaires* U aimait k se comparer à AleiLandre4e-Grand5 pour les vertus guerrière a> lui qui u'aiiait pas ToBabre de courage dan& Tàme^ ce qui ne Tempecha pas de paisaeir pour conquijrant^ Quant à la po<^ litique oi^térieuare > il suivîrt sanipuleusement

les grands desseins de son aïeul. Il aimait la i584. justit^e dans les tribunaux y et souvent il exa-» minait lui-même les procès, écoutait les parties^ lisait tous les papiers, et décidait sur-le-champ.* Les oppresseurs du peuple, les fonctionnaires iniques , les concussionnaires étaient punis par des peines corporelles et diffamantes : couverts d'habits somptueux , il les faisait placer sur un char et promener de rue en rue par des bourreaux. Il défendait au peuple tout excès de vin. Seulement aux fêtes de Pâques et de Noël, il était permis aux Moscovites de se divertir dans les cabarets; dans tout autre temps, les gens ivres étaient envoyés en prison ^ Jean n'aimait pas les reproches hardis, mais quelquefois il détestait une basse adulation; nous allons en rapporter une preuve : les voïévodès princes Joseph Scherbatoï et Youry Boriatinsky, prison*niers en Pologne , rachetés par lui , comblés de . ses faveurs, eurent Fhonneur de dîner avec lui. Il leur fit diverses questions sur la Pologne : Scherbatoï disait la vérité, tandis que Boria- , tinsky avançait de grossiers mensonges , assurant que le roi n'avait ni troupes ni forteresses >et qu'il tremblait au seul nom du tzar. « Pauvre roi, dit Jean en secouant la tête, que je le plains!» et tout-ànîoup , saisissant sa canne, il la mit en Tome IX. 56

502 HLiSTOlRE

15^4. pièces sur le (los de Boriaiinsky^ eu s^ecmnt : fi Foilâ ton salaire , impudené impost^tml ^ £o iiriatière de religion ^ celle de« Jui& exeeptée^ il se distinguait par une sage tolérance : il avait permis aux luthériens et aux calvinistes d'avoir des églises à Moscou. Il est vn^i qiii'il les fit brûler Tune et l'autre eiucf ans plus tard y soit par craiiiite du scandale, soit parce qu'elles excitaient le spécontentement du peuple. Nëa&* moins il n'empêcha jamais ceu^ qui professaieat ces communions de s'assembler pour la prière dans la maison de leurs, pasteurs. tVainokait à soutenir des disputes théologiques contre les savans allemands, et tolérait la coutradictiou. C'est ainsi qu'en iSyQ il eut une discussion solennelle, dans le fîalais du Kremlin, avec un certain Rotzita, théologien luthérien, qu'il voulait convaincre d'hérésie. Rot^itei, a^tSÎSt sur une place élevée, couverte de riches t^pis, pariait avec une entière liberté, et diéfendait les doigmes de la confession d'Augsbourg^ il reçut d'honorables marques de la Ê^yeur du tsar, et écrivit un volume s^iir cette conférence reniarquable. Un prédicateur allemand , nopimé Gaapard ^ voulant conxplaire à Jean ^ embrassa la religion grecque à Moscou^ et plaisantait avec lui sur la doctrine de Luther, au grand scandale de ses

compatriotes. Aucun d'eux toutefois ne se plai- i^sj. gnit jamais d'avoir spuffert la moindre vexation. Us vivaient tranquillement à Moscou, dans le nouveau faubourg allemand, sur le bord de la Yaouza., et s'enrichissaient du produit de leur industrie et de leurs métiers. Jean témoignait son estime pour les sciences et les arts, en comblant de ses faveurs lés étrangers éclairés. Sans établir des académies, il Êivorisa l'instruction publique en augmentant le nombre des écoles ecclésiastiques, où les laïcs pouvaient aussi apprendre à lire, à écrire, la religion- et même l'histoire, à la honte de boyards, qui en général ne savaient pas écrire h cette époque. En général, Jean est célèbre dans les annales russes comme administrateur et législateur de ses Etats.

Il est hors de doute que Jean III, ce prince réellement grand , avait , après avoir donné un code civil à son peuple, institué diverses administrations pour activer l'action du pouvoir absolu ; outre l'ancien conseil des boyards , les actes du temps font mention d'une cour du trésor et des collèges ; mais c'est là tout ce qui est parvenu jusqu'à nous, tandis que nous avons des notions précises et authentiques sur plu-

sieurs tribunaux et cours de justice qui exis- nanx.

Tribu-

158}. talent à Moscou sous Jean IV. Les colléges> cours principales^ ou tchètéSj portaient leâ dénominations suivantes : cour des amba^ades ^ de la guerre^ des domaines et de Kazan; La première connaissait pai:*ti)culièrement des affaires extë-^ rieures ou diplomatie : la seconde ^ de / l'administration de l'armëe : la troisième ^ des terres concédées aux fonctionnaires et aux enfansboyards pour prix de leurs services : la dernière enfin > des affaires des royaumes de Ka* zan^r d'Astrakhan > de Sibérie et de toutes les villes situées sur le Volga i Indépendamment des attributions susdites ^ les trois premières cours s'occupaient aussi de l'administration deS' villes de provinces : singulière ^ organisation ! Les plaintes y les procès commencés dans les provinces où les gouverneurs rendaient la justice avec leurs tiouns (j^g^s) et les atarostes (espèce de maire d'une commune ou d'un village) ^ aidés de centeniers^ étaient portés ensuite devant les tchètea^ où siégeaient les plus illustres dignitaires de l'État j ensuite chaque affaire importante^ civile ou criminelle ^ passait au conseil des boyards^ de sorte que personne ne pouvait être condamné ni à mort^ ni à la confiscation des biens j sans la sanction du tzar. Les gouverneurs de Smolensk^ de Fskof^ de Novgorod et

de Kàzan^ que Ton changeait presque tous les 1^8}. ans^ pouvaient seuls ^ et dans des circonstances extraordinaires^ faire punir les coupables. Les nouvelles lois et institutions ^ les impôts ^ etc., étaient toujours publiés par la. voie des tchètes. Le domaine particulier y ou apanage du tzar , avait sa propre juridiction. On fait encore mention des cours ou administrations, nommées izbas des strélitz , des postes , de la niaison du tzar^ du trésor, de la commune bu de la ville dé Moscou, du bureau des armemens et approvisionnemens , du tribunal criminel et de celui des serÊi, où se décidaient les pçocès relatifs aux domestiques esclaves des siéigneurs* Dans toutes ces cours, ainsi que dans les administra-' tion& ou tribunaux de provinces , les personnages les plus importans étaient les dfaks lettrés , ou Sccrëtaisecrétaires : on les employait aussi dans les né- de robe. gociations avec les puissances étrangères, dans les affaires de la guerre, pour la correspopdance et les contributions , ce qui excitait Fenvie et le mécontentement de la noblesse militaire. Ces diaks , ou gens de robe , qui non-seulement savaient lire et écrire mieux que les autres , mais qui connaissaient à fond les lois, coutumes et réglemens , composaient parmi les serviteurs de l'État un corps particulier, classé d'un degré

>^- au-dessous des gentilshommes et plus kaut gue les enfans-boyards de la cour et les négocians de marque. Les secrétaires du conseifùe le cédaient en dignité qu'aux ccmseillers d'État^ tels que les boyards ^ les okolniks et les mouueaux gentilshommes du conseil y itistitués par Jean en 1672,- afin d'ouvrir la porte du conseil à des dignitaires plus distingués par leur esprit que par leur nais^nce; car à traYek*s tous les abus d'un pouvoir illimité^ il respectait ipielquefoi» les anciens usages; par exemple^ il ne Toulut jamais accorder le titre de boyard à son plus cher favori, Malufa Skouratof, craignant de ravaler cette dignité suprême par là rapide élévation d'un homme de basse extraction. Jeaai augmenta le nombre des fonctionnaires publies, et leur donna plus de considération dans l'ordre social; en chef habile^ il organisa encore de • nouveaux degrés d'illustration pour les princes et les gentilshommes, en divisant les premiers en deux chapitres , princes simples et princes serviteurs de l'Etat ; et les seconds , en gentils- Gentils- hommes pairs et sentilshûmmes cadets. Le nom-

pairs et brc dc gcus de cour s'accrut aussi par la création Princes de stolniks y OU échansous , k la fois officiers de

de l'Eut, bouche et chargés de fonctions militaires, avec omiKs. ^jj YKnç^ de pW que- tes gentilshommes cadets.

DE nussiiE. 5Ô7

Nous avons déjà fait mention des institutions ^^

\ , Règle -

militaires de ce règne.' Jean ^ dont la làcbeté sur mens pour le champ de bataille couvrait de honte les dra* peaux de la patrie , lui laissa cependant une ai> me'e -mieux disciplinée et beaucoup plus nombreuse qu'elle n'en avait jamais eu jusqu'alors. Il extermina les plus célèbres voïévodes sans détruire le courage des guerriers qui, surtout, en faisaient preuve dans l'adversité : en effet, Batory, cet illustre ennemi de la Russie, parlait avec admiration, ati jésuite Possevin, de leur mépris de la hiort dans la défense des villes , de rimperturbable sàng-froid avec lequel ils prenaient la place de leurs camarades tués par l'ennetaii , où. sautée en l'air par l'explosiotf des mines , formant sur la brèche un rempart de leurs corps ; obligés de combattre jour et nuit , n'ayant que du pain pour nourriture , succombant à la famine , ils ne se rendaient pas , pour ' rester firlèles. à leur sauuerain. Leurs femmes paraissaient auprès d'eux au milieu du danger, cherchant à éteindre les incendies, lançant sur l'ennem i des poutres ou de groisses pierreis . Étaî^Mils en campagne? ces guerriers dévoués à la patrie se distinguaient sinon par leur habileté , au moins par une admirable patience : ils supportaient, sans murmurer, la rigueur des hi-

i564. vers et l'intempérie du climat^ n'ayant pour abri que des tentes légères ou de misérables huttes ouvertes à tous les yents. Dans les temps antérieurs^ il n'avait été fait mention que de voïévodes : à l'époque que nous décrivons on parle ordinairement des golopas^ ou che& de division (i), qui, conjointement avec les premiers, devenaient responsables envers le tzar du résultat de chaque affaire.

Loii. Jean compléta le code civil promulgué pa r son aïeul, en y insérant de nouvelles lois, sans, néanipoins , changer l'esprit ou le système des anciennes. L'aïeul avait fait défense aux magistrats de s'enrichir aux dépens des plaideurs ; le petit-fib imposa une forte amende sur les juges convaincus de concussions ou d'injustices préméditées ; celles commises sans intention étaient, seules , exemptes de châtiment. Les secrétaires coupables étaient punis par l'emprisonnement; les employés subalternes par le knout. Ceux qui avaient des plaintes à porter contre un gouverneur de province , devaient le faire avant qu'il ne fût destitué; mais les calomniateurs recevaient une punition corporelle et payaient en outre une amende pour l'atteinte portée à l'honneur du dénoncé. Les impôts ou taxes au profit des ma-

(a) Du mot russe golova, tête.

gistrats de la couronne ne furent point aug- i584, mentes^, bien quç le rouble eût perdu de sa valeur : ^n i55j il e'tait évalué à i6 schellings 8 pences; et en 1682^ environ à trois anciens zlotes ou florins de Pologne ; sous le règne de Fe'odor , il valait un marc^ et au commencement du dix*septième siècle^ deux rixdalers et dix dengas. Ainsi que cela s'était pratiqué jusqu'alors y on adipettait^ pour la décision des procès ^ les témoignages y le serment^ le duel^ et le sort entre les étrangers et les Russes, Le ^ecrét^ire enregistrait l'affaire ^ qui était signée ensuite par les anciens et les jures. En cas d'amiable accommodement^ pliget constant des désirs du législllteur^ les parties étaient déchargées de toute rétribution. S'il y avait accusation de vol y on prenaijt^ dans le voisinage y des inforniations sur celui qu'elle concernait : un hpn^me connu par sa mauvaise conduite était soumiei à la question et enfermé pour la \ie y s'il n'avouait pas son crime. Celui dont l'instruction de la procédure faisait reconnaître les bonnes moeurs y était jugé conformément à la loi. Les peines étaient celles en vigueur jusqu'alors: le knout pour le premier vol : la mort pour le second^ ainsi que pour le meurtre^ la haute trahison 9 la reddition ^ par perfidie^ d'une place à l'ennemi y le sacrilège. La peine capitale était

5jO HISTOIRE

1584. généralement appliquée aux incendiaires et aux brigands^ et même aux imposteurs malintentionnés ^ aux calomniateurs. Il fallait ^ pour qu'on ajoutât foi aux délations d'un voleur, qu'elles fussent appuyées du témoignage de vingttîitojrens connus par leur probité. Les gens ou employés des gouverneurs ne pouvaient arrêter ni mettre aux fers un individu , sans en avoir préalablement donné eoniiaissance aux anciens et aux jurés. Nous remarquons ici plus de précautions , . plus de respect pour l'humanité que dans les lois tie Jean III. Celtes du code t\yil sont aussi plus pariaites , plus complètes i pàrelettipte, les biens patrimoniaux et cent éc^ûis y sont déjà distingués : en cas de Venté comme d'engagement dies pt*emiers , les parens du vendeur ou propriétaire de Timmeuble engagé, pouvaient, dans l'espace de 'quarante ans , racheter lesdits biens , s^ils n'avaient pas signé, comme témoins, le contrat dé vente ou l'acte d'hypothèque. S'ils pouvaient établir la preuve que ce bien ne valait pas la somme mentionnée aw titre d'achat , ils n'étaient ténus qu'au paiement de sa valeur réelle pour résilier le marché.

Les biens acquis ne se rachetaient pas. Pour qu'une lettre de change f4t valable, il fallait qu'elle fut revêtue du sceau du boyard et de la

sigDatare tltt secrétaire^ formalités pour les- i584. quelles il y avait un droit à payer. Dans les poursuites i>éclitiiaires on deyait toujours consulter les registres oh se trouvaient désignés les noms y les facultés des citoyens et la qualité de Vimpét par eux payé à la couronne. Une copie de ces registres était déposée dans les cours de Moscou^ une autre cliez les anciens et lès jurés. Toute demande qui excédait les moyens de l'accusé f i^estait à la charge du demandeur. Saiis déroger aux droits des seigneurs relativement à leurs vassaux ou serfs ^ le législateur apporta divers ehangemens aux anciennes institutions : \^ enfans nés^ avant la servitude^ d'un sujet qui avait vetadu sa liberté, restaient gens libres : les sommeliers, les intendans de villages he pouvaient être considérés comme esclaves , sans un titi^ d'achat particulier portant la siguatute de& boyards. lMi*6C[tL^ les «pères et nrères a va'ien timbrasse l'état bionastique , ils perdaient le droit de mettre leurs en&ns en esclavage. Les'créaffK ciers ne pouvaient asservir leurs débiteurs, qui étaient obligés seulement à leur ^ftyer les intérêts de la dette. S'ils retenaient chez eux un de ceux-ci à titre d'esclave, et que cet homme vint à prendre la fuite en volant son maigre, ce dernier n'avait le droit de réclamer ni justice

S'JH HISTOIRE

i^^. ni satisfaction. Les enfans-boyards et leur postérité ne pouvaient jamais perdre la liberté.

En confirmant la yalidité des lettres d'affranchissement^ le tzar défendit de les accorder ailleurs qu'à Moscou y Novgorod et Pskof ^ sous le sceau des boyards ou de.s gouverneurs^ faute d'être de nulle valeur, lors Biéme qu'elles seraient écrites de la propre main des seigneurs. La loi relative au libre changement de séjour des paysans ou leur passage d'un village à l'autre^ portait 5 qu'indépendamment d'une rétribution pour la maison précédemiiient habitée par eux ^ ils étaient tenus depayer deux altines par maison au propriétaire ,i poi^r ' Jes frais .occasionnés par cette niutation : dans le cas' Qit ils auraient laissé des terres ensemencées^ ils devaient ^ après en avoir fait la récolte y donner encore deux autres altines au seigneur : il leur jetait permis de se vçndre comme serfe aux projpriétaires. Conformément aux ' anciens usagés y le jts^r confirma "tI pouvoir judiciaire aux évêques, leur laissant le droit de juger les* prêtres^ les diacres , les moines y les veuves âgées nounnes aux dépens de l'église : il permit aux mendians et défendit aux bourgeois de loger dans les monastères. Le règ)[ement concernant les niarchés fut complété par les articles suivans:

1*». Rien ne peut être acheté à un marché ou i584. dans une boutique sans caution.

3*. Chaque cheval vendu doit être marqué par les agens du timbre y et enregistré par eux : on payera deux deniers à la couronne pour éviter toute espèce de contestation : le contrevenant à cette disposition sera puni d'une amende de deux roubles au moins.

On doit encore faire mention d'une loi nouvelle relative aux offenses à Fhonneur : elles se payaient aux enfans-boyards en proportion de leurs revenus ou de leurs appointemens y et aux secrétaires de la cour, d'après l'évaluation du tzar; pour un étranger ou un négociant de marque, l'amende était portée à 5o roubles ; pour les marchands, bourgeois, ou gens de moyenne classe , et les bons serviteurs des l>oyards , 5 roubles ; pour la basse classe et les paysans , i rouble. On payait toujours aux femmes le double de ce qui était fixé pour leurs maris , comme marque d'une estime particulière pour l'honneur d'un sexe faible.

Jean avait déclaré à la fin du code que ses lois n'avaient pas d'effet rétroactif, et ne changeraient rien aux décisions antérieurement prononcées , bien que celles-ci ne fussent point encore mises à exécution; ensuite, que de nouveaux

5j4 HISTOIRE

i58i. cas pouvant ae rencontrer dans les jugemens des tribunaux^ ils donneraient lieu à. de nouveaux règ}emçns qui seraient ajoutes au Code : en effets depuis i55o jusqu'en i58o^ il publia plusieurs ordonnances additionnelles. 11 supprima en i556 le droit sur les jugemens rendue ^ et le remplaça par des appointemens accordés aux gouyerneurs; il établit un impôt général sur les villes et les communes^ remettant l'instruction des affaires criminelles aux juges élus par les cita-dins ou par les habitans des campagnes^ aux chefs de villages^ aux anciens^ aux centeniers; il défencKt les duels judiciaires dans tous les cas où l'affaire pouvait être décidée par témoignage ou par serment , c'est-à-dire qu'il abolit pour jamais cet antique usage ^ reste des temps de la chevalerie et des siècles d'ignorance. Il ordonna de punir les faux témoins par le knout et une amende pécuniaire très-onéreuse. Enfin il ajouta aux lois les articles suivans :

1*. « Si y dans l'instruction d'une procédure, » les dépositions des témoins se contredisent , et » n'éclairent pas suffisamment la cause, il faut » alors s'en rapporter à la majorité de cin- » quante ou soixante voix : si des deux cotés le » nombre des voix était égal, on devra ordon- » ner une nouvelle enquête, et convoquer les

DE AUâsii;. 5j5

» habîtans des villages voisins pour décoiivrir

» la vérité. Le. témoignage de cinq ou six per-

» soDues p^u cosQxiues est insuffîsaat pour la u condamnation de l'accusé : mais la parole

» d'un boyard, d'un secrétaire ou d'ùii fonc-

M tionn^ire est toujours regardée comme digne

>) d^ loi. Si les deui^ parties s'en rapportent au

n témoignage d'un même homme, celui-ci dé-

» cide l'aiFaire. Un boyard ou un gentilhomme

» devient responsable du laux témoignage de

» ses gens, et c'est sur lui que tombe la colère

» du tzar : toutefois il est innocent si lui-même

» il dénonce leur imposture au tzar« Lé premier

)» devoir ^es anciens est de prévenir les fraudes

» et complots dans les déclarations des gens de

» leur commune; en cas de négligence, de mau-

n vaise foL, de partialité de leu^ part, ils sont

» punis sans misérisorde. »

2"*. « Un serf affranchi ne doit plus servir son

» ancien maître, autrement sa lettre d'affran-

» chissement serait de nul effet. »

5°. « Si un homme, qu'un maître se serait

» approprié comme esclave, justifie de son état

» libre , et si , ayant été relâché sous cautionne--

>^ ment , il s'évade , sa caution doit payer pour

» lui au demandeur la somme de 4 roubles , sauf

n toute poursuite ultérieure. »

i5»i. 4". ff Celui qui ferait un faux contrat de vente n d'un homme libre doit être puni de mort. >i

5*. i( Un prisonnier de guerre peut devenir » esclave; mais la mort de son maître FafFran- » chit : quant à ses enfans > ils restent toujours » libres^ à moins qu'il ne se soit marie à une » esclave, ou qu'il ne se soit vendu par contrat : » les étrangers qui ont embrasse le christia- » nisme peuvent se faire iesclaves , toutefois en » le déclarant au trésorier du tzar , et dans le » cas où ils ne serjaient pas au service de la » couronne, n

6*. w Pour le paiement d'une dette de 100 >i roubles, on accordera le délai d'un mois, et )) celui de deux à un homme au service de la » couronne ; ce terme expiré, le débiteur inexact )) est livré en personne au créfùicier- jusqu'à ce » qu'il se rachète , sans néanmoins que cela n puisse devenir esclavage à vie. »

Cette poursuite pour dettes se nommait pravége : voici comment elle se faisait : un agent de police amenait le débiteur nu-pieds , dans la rue, à la porte de la chambre de justice, et, pendant la durée de la séance > il le frappait sur le pied avec une verge : quelquefois il ne le faisait que pour la forme jusqu'au moment où les juges retournaient dans leurs maisons. Cet

usage asiatique a été aboli par Pierre -le-Grand. 1584.

7®. « On exigera des gens au service le. paie- » ment de leurs anciennes dettes dans l'espace » de cinq années^ de i558 à i565^ sans intë- » rets ; le remboursement des dettes récentes » aura lieu avec les intérêts réduits de moitié , >» c'est-à-dire à raison de dix pour cent ^ au lieu » de vingt y taux ancien et onéreux que le tzar » supprima. »

8*. « Un mari , après le décès de sa femme , » s'il n'a pas d'enfans d'elle, rendra sa dot aux » parens sans intérêts. »

9®. H Celui qui ne retire pas des effets en- » gagés doit être prévenu de l'expiration de son » terme, que l'on peut prolonger de deux ou » trois seniaines; ce nouveau délai expiré, les » effets engagés seront portés chez l'ancien ou » chez les jurés , et vendus loyalement devant » témoins dignes de foi : on retiendra sur le » montant de la vente la dette avec les inté- » rets : l'excédant sera remis au débiteur; mais » dans le cas où le produit de cette vente ne » suffirait pas pour solder le créancier, le dé- » biteur serait obligé de faire face au déficit. »

10^. « Le créancier poursuivant n'est tenu à la » production d'aucun titre^ si, en présence des j u- » ges, sa partie adverse se reconnaît son débiteur.

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