TOME IX
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i5G8. trateur zëlé de cette île jusqu'alors inaccessible et sauvage^ eclaircissant les forets^ perçant des chemins y desséchant les marais ; il y introduisit des cerfe, du bétail , établit des pêcheries, des salines» en un mot employa tous ses moyens à embellir ce désert. Un air plus salubre tempéra bientôt Tâpreté du climat. C'est dans le couvent de Solovky que l'immortel Sylvestre , aimé, respecté de Philippe, avait terminé sa carrière (aS). il est vraisemblable que le déplorable changement de caractère du tzar avait été plus d'une fois le triste objet de leurs «entretiens , et que l'exilé avait ouvert au prieur son âme, autrefois charmée de la conversion du jeune prince, heureuse de la tranquillité , du bonheur de l'État. Ces entretiens avaient pu préparer Philippe au grand exploit qui lui était réservé , bien que ce pieux anachorète, retiré à l'extrémité de l'univers, fût loin de pressentir une semblable gloire. Personne ne songeait à lui, à l'exception de Jean qui, après avoir rejeté Germain, imagina de donner la métropole à Philippe, de préférence à tous les évêques ou archimandrites , afin de témoigner par là le prix qu'il mettait aux vertus chrétiennes , afin de prouver que les déserts les plus reculés ne les dérobaient point à ses yeux. Le prieur de Solovky ayant reçu du tzar une
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lettre flatteuse qui l'appelait à Moscou^ pour ises. un conseil ecclésiastique y célébra FoffiGe divin , donna la communion à tous ses frères^ et quitta ^ en pleurant^ sa solitude chérie , comme s'il eût prévu que son corps seul y retournerait un jour. A trois verstes de Novgorod, il fut accueilli par tous les habitans de cette ancienne capitale qui le comblèrent de félicitations, de présens , et le supplièrent d'intercéder pour eux auprès du tzar, carie bruit avait couru qu'il les menaçait de sa colère. Jean reçut Philippe avec des honneurs extraordinaires : il le fit dîner à sa table, et après un entretien rempli de bienveillance, il lui annonça qu'il. le nommait chef de l'Eglise. Le pieux solitaire, saisi d'étonnement, fondit en larmes et refusa ce brillant fardeau , conjurant le souverain de ne pas confier un poids si énorme à une aussi faible barque ;\e tzar fut inflexible. Alors Philippe donna son consentement sous une condition. Prince , lui dît-il^ Je me soumets à votre volonté^ niais calmez ma conscience^ par la suppression de Vopritchnina ! Qu^il ri y ait qu^une Russie ! car y selon les paroles du Très^ Haut y tout empire divisé deviendra désert. Il mi* est impossible de vous bénir sincèrement lors' que je vois la patrie en deuil» Jean avait de l'empire sur lui-même : il réprima à l'instant un
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iM6. mouvemeiit de colère , et répondit avec calme : IgnoreZ'^ous donc que les miens veulent me dé^ i^orer ? que mes proches préparent ma perte ? Il commença à démontrer la nécessité de sa iiou-* velle institution; mais impatienté bientôt par les courageuses objections du vieillard^ il lui ordonna de se taire. Chacun pensa que Philippe serait^ comme Germain, ignominieusetnent éloigné. On vit le contraire. Jean ne voulait point encore lui donner la gloire d'être persécuté pour sa vertu ; il désirait seulement l'engager au silence , le faire paraître faible aux yeux de la Russie, et le ^rendre, pour ainsi dire, complice des principes de son règne , projet dans l'exécution duquel les principaux prélats lui servirent d'instrumens. D'après ses ordres, ils supplièrent Philippe d'accepter, sans Conditions, la dignité de métropolitain ; de ne songer qu'au bien de l'Église, et, au lieu d'irriter le monarque par son audace , de calmer , au contraire , son courroux ; d'employer la douceur pour le convertir. Ils prétendaient que, dans cette occasion, la fermeté de Philippe serait là preuve d'un orgueil incompatible avec l'esprit d'un véritable serviteur de Jésus-Christ; le devoir d'un prélat étâht de prier et de guider le tzar sur la voie du salut , mais non pas de s'ingérer des affaires du
gouverDement. Plusieurs d'entre eux approuvaient intérieurement la hardiesse de Philippe , sans laposse'der eux-mêmes; d'autres, particulièrement Pimen de Novgorod et Philothée de Rezan y ambitionnant les honneurs du monde j flattaient les passions de Jean. Leurs représentations ébranlèrent Philippe : il n'était pas plus intimidé par la colère du tzar, qu'ébloui par l'éclat de la tiare, comme la suite l'a prouvé; mais il fut troublé peut-être par la crainte que le refus de cette haute dignité ne fût en effet la suggestion d'un secret orgueil, une coupable obstination , un manque de confiance en celui qui règnç sur lés rois et ne leur permet pas d'outrepasser les limites de ses décrets suprêmes, dictés sans doute par la sagesse, bien qu'inexplicables pour l'esprit humain. Il répondit en conséquence : Que la isolante du monarque et des pasteurs de V Église soit accomplie.
On dressa un acte dans lequel il fut stipulé que le métropolitain nouvellement élu donnait aux évêques , ainsi qu'aux archevêques , l'assurance formelle de ne se mêler en rien de ce qui concernait Y opritc/mina ; de ne pas abandonner la métropole sous prétexte que le tzar n'avait pas satisfait à ses demandes et lui avait défendu de s'occuper des affaires séculières. Les prélats
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iSeè. ayant apposé' leurs sceaux à ce traite' , Philippe , Fennemi déclaré des légionnaires y fut proclamé métropolitain^ nomination qui excita une satisfaction générale parmi les Russes, et le mécontentement des vicieux favoris de Jean. Il semblait que le monarque eût remporté sur ses passions , une glorieuse victoire , en rendant hommage à la vertu. Le métropolitain avait cédé, il est vrai ; mais il avait pu faire connaître aux Russes sa noble manière de penser: ils connaissaient le but de ses désirs, et, sous un tel pasteur, ils osaient fonder quelques espérances pour l'avenir. Tous les gens de bien entendirent avec enthousiasme le discours vraiment pastoral adressé à Jean par le nouveau chef de l'Église; ce discours avait pour objet, I*. l'obligation imposée aux souverains de se regarder comme pères de leurs sujets, d'observer la justice, de récompenser les services rendus à l'Etat; 2®. les vils flatteurs qui se pressent autour du trône, s'emparent de l'esprit des princes en servant leurs passions et non pas la patrie , louent ce que l'on doit blâmer, ravalent ce qui est digne d'éloges; 3o. la fragilité des grandeurs^ humaines; 4°. les victoires d'un amour 6ans armes que les bienfais publics font remporterai et plus glorieuses encore que les triomphes de la
guerre. Jean lui-même paraissait écouter avec >5«L attendrissement la voix du chef de FÉglise re-< tentir sous les voûtes de ce temple ^ abandonné depuis si long -temps au silence. On aurait dit que ces accens^ jadis chers à son cœur^ lui rap-^ pelaient des temps fortunés et lui faisaient goûter une douceur dont il avait perdu le souvenir. Fendant plusieurs mois^ la paix et l'espérance régnèrent dans la capitale; les plaintes contre les légionnaires se calmèrent. Le monstre som« meillait!... Le tzar flattait le métropolitain^ et ce vertueux vieillard, comme s'il eût craint d'oublier le désert dé Solovky et l'austérité de ses premiers vœux y fit ériger dans Moscou une église en l'honneur de saint Sosime et saint Sabatius , vénérés dans cette île.
Ce calme, effet des remords ou de la dissimulation, de Jean, était le précurseur d'un nouvel orage j du fond de son antre d'Alexandrovsky , le tyran portait sur Moscou un regard féroce. Lui qui avait voulu étonner là Russie par l'élection d'un métropolitain auquel personne ne songeait , ne tarda pas à regarder Philippe comme un instrument des boyards , objets de sa haine. Il se persuada que l'idée d'exiger l'abolition de Vopritchnina (^4) lui avait été suggérée par eux, et qu'ils excitaient le peuple
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i566. contre cette légion. En effets les satellites qu'il envoyait comm« espions dans la capitale ^ lui rapportaient que , dans les rues et les places publiques ^ on leis fuyait comme la peste; que partout où Ton voyait paraître un opritchnik^ les citoyens gardaient un profond silence. L'imagination de Jean se remplit bientôt d'intrigues et de complots qu'il croyait urgent de découvrir, de prouver, et la circonstance suivante donna
1567. lieu à de nouveaux massacres. Un iour on remit
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mcepoqiie eu secret, aux princes Belzky, Mstislavsky, Vo-
des rnaKftfl—
«res. rotinsky, ainsi qu'au grand e'cuyer Fe'odorof, principaux boyards moscovites, une lettre signée par le roi Sigismond et par Kotkévitch, hettmann de Lithuanie, dans laquelle on les engageait à abandonner un prince cruel pour entrer au service de Pologne, leur promettant de riches fiefs. Le roi et l'hettmann rappelaient aux deux premiers qu'ils étaient d'origine lithuanienne ; au troisième que jadis il avait , été prince souverain; enfin, à l'écuyer Féodorof que y dans plus d'une occasion, le tzar lui avait déjà fait pressentir son courroux. Les boyards s'empressèrent de présenter cette lettre à Jean j ensuite ils répondirent au roi quHl était contre les lois de l'honneur d'exciter à la trahison de fidèles sujets^ prêts à mourir pour un monarque
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redoutable seulement pour des criminek. Que '^' dans le cas où Sigismond désirerait les attil'er à sa cour , il devait leur céder alors toute la Lithuanien la Gallicie^ la Prusse ^ la Russie blanche n la Volhynie et la Podolie. Comment^ écrivait Féôdorof à Sigismond ^ avez -vous pu imaginer qu^ ayant un pied dans la tombe ^ je i^oudrais perdre mon âme par une infâme tra^ hison ? Et qu^lrai-je faire auprès de vous ? Je ne suis plus en état de conduire vos légions y je n'aime point les festins , je n'ai pas appris vos danses et j'ignore l'art de vous amuser* Dans sa lettre à Kotkévitch^ il ajoutait : par quoi avez-vous cru me séduire ? je suis riche et respecté! Fous me menacez de la colère du t&ar^ je n^en reçois que des marques de faveur I U est * vraisemblable que Jean se chargea lui-même de faire parvenir à Sigismond ces réponses écrites toutes dans le même style ; toutefois on ignore s^il les expédia ; du moins , lui qui se plaisait à accuser le roi de secrètes intrigues ^ ne parla jamais ^ dans ses relations avec la Pologne , de cette imprudente et déloyale invitation à nos boyards^ Si.^ en fabriquant de semblables lettres au nom de Sigismond ^ le tzar avait pour but d'éprouver la fidélité des grands de sa cour , il en eut en cette circonstance une preuve suffi-
'^« santé à ses yeux , mais de peu d'importance pour la Russie ; car un citoyen qui laisse aux ennemis Fespoir.de Fengager un jour à la trahison y est en quelque ^sorte environné déjà des ombres du soupçon. Four cette fois les princes Belzky, Mstislavsky et Vorotinsky furent e'pargnés ; mais Féodorof ^ homme fidèle aux anciens usages^ honoré pour ses exploits^ blanchi dans l'administration de l'État , revêtu depuis diineuf ans de la dignité de grand-écuyer , seigneur généreux , magnifique , se vit tout à coup l'objet de la calomnie. 11 faisait encore son service avec zèle , achevant ses jours auprès de sa sainte épouse^ dont il n'avait pas eu d'enfant j il se préparait, en un mot, à rendre compte de sa vie au tribunal suprême, lorsque son juge terrestre le déclara chef de conspirateurs , croyant bu plutôt feignant de croire que ce débile vieillard songeait à détrôner le tzar pour régner sur la Russie. Jean eut Fair empressé de déjouer cette prétendue conjuration alarmante : en présence . de toute sa cour (26) , il revêtit Féodorof des ornemens royaux , plaça la couronne sur sa tête^ le fit asseoir sur le trône, un sceptre dans la main ; puis, se découvrant, il lui fit une profonde inclination et dit : Salut j 6 grand tzar de Russie! tu reçois de moi Vhon-
neur que tu ambitionnais ^ mais si y ai eu la «567. puissance de te créer souverain,]^ ai aussi celle de te précipiter du trône. A ces mots il lui enfonce un poignard dans le cœur. Ses satellites achèvent le vieillard ^ traînent hors du palais son corps défiguré et Fabandonnent aux chiens. La femme de cet infortuné fut également égorgée. Ensuite on punit de mort tous les prétendus complices de l'innocent Féodorof , tels que les princes Kourakin-Boulgakof^ Dmitri Riapolovsky, illustre guerrier qui avait remporté plusieurs victoires sur les Tatars de Crimée, et trois princes Rostovsky, dont Fun était voïévode à Nijni- Novgorod (26). Trente légionnaires expédiés de Moscou vinrent le trouver au moment où il était en prières à l'église, et lui dirent : Prince Rostovshy y au nom du tzar y vous 'êtes notre prisonnier. Le voïévode, à ces mots, ayant jeté son bâton de commandement, se remet entre leurs mains. On le dépouille et on le conduit, entièrement nu, jusqu'à vingt verstes de la ville, sur les bords dti Volga, où Fon s'arrêta. Que voulez-vous faire? demande-t-il de sang froid : Nous allons abreuper nos chepaux j hiï répondent les opritchniks. Ce ne sont pas lescheuaux^ diè le malheureux , c^est moi gui dois boire de cette eau ! Au même instant il est décapité, et on
x5^- jette son corps dans le fleuve. On apporta sa tête à Jean , qui, la poussant du pied ^ dit, avec un sourire barbare : Il aimait naguère à se baigner dans le sang des ennemis sur le champ de bataille^ il s^est enfin baigné dans le sien propre (27). Le prince Tche'niatef, capitaine distingué. Crut pouvoir éviter la mort en se renfermant dans un monastère; il renonça au monde^ à sa femme, à ses enfans; mais les assassins Farradièrent de sa cellule et le firent expirer au milieu d'affreux tourmens. Kourbsky rapporte qu'ils le grillèrent dans un poêle et lui enfoncèrent des aiguilles sous les ongles. Le prince Tourontaï-Pronsky, qui avait servi le père de Jean, qui avait participé aux campagnes les plus glorieuses pour la Russie, voulut également se faire moine; il fut noyé (28)!.Tutin , trésorier du prince, connu par ses richesses, fut haché en morceaux avec sa femme, ses deux jeunes filles, ses deux fils en bas âge, et cet horrible supplice fut exécuté par le prince Tcherkasky, frère de la tzarine ! . . . . Kazarin Doubrovsky, chancelier du conseil, périt de la. même manière : grand nombre de gentilshommes furent massacrés au moment où ils se rendaient à Féglise et à leurs tribunaux, sans soupçonner aucun danger. Les opfitchniks, ar-
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mes de longs poignards, de haches, parcou- 1567, raient la ville pour chercher des victimes , immolant publiquement de dix à vingt personnes par jour. Dams les rue^, sur les places, on voyait partout des cadavres auxquels personne n^osait donner la sépulture; car les citoyens craignaient de sortir de leurs maisons, et le lugubre silence qui régnait dans Moscou n'était interrompu que par les cris féroces des bourreaux du tzar. Le vertueux métropolitain luimême était muet pour les citoyens et les boyards désespérés. Mais Dieu voyait son cœur ! Dans ses secrètes exhortations au tzar, il lui adressait les plus sanglans reprocKes, malheureusement inutiles, car ce prince l'évitait et ne voulait plus le voir : les gens de bien venaient trouver Philippe ; ils lui montraient en gémissant les rues teintes de sang, et ce vertueux prélat consolant les affligés au nom du Père céleste , leur promettait de ne pas épargner sa vie pour sauver celle de ses compatriotes , engagement sacré qu'il sut remplir.
. Un dimanche , à Fheure de la messe , Jean , i568. accompagné de quelques boyards et d'une foule de satellitiss , se présente dans la cathédrale de r Assomption , couvert, lui et sa suite, de soutanes noires et dé bonnets élevés : le métropoli-
i568. tain occupait sa place ordinaire; le tzar s'approche de lui et attend sa bénédiction ; mai& sans proférer une parole^ le prélat avait les yeux fixés sur l'image du Sauveur, Saint père ! lui dirent alors les boyards, ifoici le prince y donnez'luivotre bénédiction. Alors Philippe jetant un regard sur Jean , répondit : non ! dans cet appa-reily sous ces étranges vétemensyje né puis reconnaître le tzar orthodoxe» Je ne le reconnais pas daifantage dans le gouvernement de l^ Empire... O prince! nous offrons en ces lieux des sacrifices au seigneur y et derrière V autel le sang de chré-^ tiens innocens coule d grandsflots:jamaisy depuis que le soleil luit aux yeux des mortels ^ on n^a vu un monarque y éclairé de la vraie foi ^ déchirer aussi cruellement ses propres Étais (29).' Chez les païens eux-mêmes , dans les pays infidèles j on trouve des lois ^ de la justice y delà compas^ sion pour les hommes ; il n*en existe point en Russie ! Les biens y la vie des citoyens n^ont plus de garanties : on ne voit que meurtres , que brigandage y et tous ces crimes se commettent au nom du tzar! Vous êtes élevé sur le trône , mais il est un être- suprême ^ notre juge et le vôtre. Comment paraitrez-vous devant son tribunal couvert du sang des justes ! étourdi de leurs cris de douleur ! car les pierres que vous
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foulez aux pieds crient vengeance au ciell O iSfiS. prince y je vous parle comme pasteur des âmes^ et je ne crains que Dieu seul. Jean^ frémissant * de rage y frappe de son bâton le pave du temple, et s'écrie d'une voix terrible ; Moine audacieux ! jusquHcije vous ai trop épargnés y rebel-les que vous êtes ! à dater de ce jour ^ je serai tel que vous me représentez*... A ces mots il sort de l'église , le regard menaçant^ et dès le lendemain les assassinats recommencent. Au nombre des grands on vit périr le prince Pronsky (3o). Les principaux officiers du métropolitain furent tous arrêtés, torturés , mis à la question
à l'effet de leur faire avouer les secrets des-
seins de Philippe ; tourmens inutiles qui ne produisirent aucune découverte. Jean n'osait pas encore portier la main sur le prélat lui-même, plus que jaipais chéri ^ respecté par le peuple : il suspendait le coup qu'il voulait lui jK)rter, En attendant que faisait-il ? Voici , à ce sujet , le rapport de témoins oculaires*
. Au mois de juillet i568 (3i), à minuit, les favoris du prince, Viazemsky, Maluta-Skouratof , Griaznoï , à la tête de la légion des élus , enfoncent les maisons d'un grand nombre de seigneurs, de négocians , enlèvent les femmes connues par leur beauté, et les conduisent hors de la ville.
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»568. Au lever du soleil / ils sont rejoints par le tzar en personne, escorté de mille satellites. On se met en route : à la première couchée on lui présente les femmes , parmi lesquelles il en choisit quelques unes , abandonnant les autres a ses Êivoris. Ensuite il fait avec eux le tour des murs de Moscou , brûlant les métairies des boyards disgraciés, mettant à mort leurs fidèles serviteurs, exterminant jusqu'aux bestiaux, surtout dans les villages de Kolomi^a qui appartenaient au grand écuyerFéodorof(52); rentré dans Moscou , il fit reconduire chez elles les femmes enlevées , dont plusieurs moururent de honte et de douleur.
Jean fuyait le métropolitain , mais il le voyait quelquefois à l'église. Un jour (le 28 juillet) Philippe officiait dans le couvent de Novodiévîtchié , et faisait le long des murailles une procession où se trouvait le tzar avec ses opritchniks. Le métropolitain s'étant aperçu qu'un de ceuxci avait eu l'effronterie de se mettreune calotte sur la tête, s'arrêta, et saisi d'indignation, il en avertit le monarque ; mais déjà le soldat avait enlevé et caché sa calotte. On persuada au tzar que cette accusation était un conte forgé à plaisir pour exciter le peuple contre ses favoris, et ce prince oubliant toute bienséance, insulta publî-
quement le métropolitain y le traita d'îmfxistetEir , t^de séditieux^ de scélérat; il protesta qu'il saurait prouyer ce qu'il ayançait, et^ sans tarder dayantage y il fit procéder à l'instruction de la procé* dure^ d'après les conseils de l'artificieux Eus* tache 9 son confesseur ^ ennemi secret de Philippe. Aussitôt on expédia à Soloyky ^ Paphnutius^ éyéque de Souzdal y Tkéodose y archimandrite du couvent d'Andronik^ et le prince Temkin^ jadis illi»tre guerrier^ mais devenu depuis , ainsi que les Basmanols et autres^ serviteur zélé de la tyrannie. Fallait-'il aller aussi loin pour trouver d'infèmes calomniateurs? On pouvait s'en dispenser ; maig c'était à la soutx^e même x>ù elle avait brillé avec tant d'éclat, que le tzar •voulait ternir la vertu. C'est dans cette île éloignée oh Philippe s'était rendu illustre par sa sainteté, qu'il prétendait mettre au jour l'hypocrisie, l'impm^té de son âme, idée qui paraissait à Jeaù im admirable artifice. *Ses envoyés employèrent tour à tour tes caresses et les menaces potir engager les moines à calomnier impudemm\ent leur ancdén prieur ; tous répondirent que Philippe Aait saint de fait et de cœur : un ^ul esa soutenir le contraire. C'était Payssi, leur nouveau directeur , guidé par l'espoir de devenir évêque. On fit un^ recueil de délations supposées; Tome IX. 9
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i568. de faux témoignages ; on le présenta au tzar^ et le métropolitain reçut l'ordre de comparaître devant son tribunal , composé du souverain , des évéques et des boyards. Le plus profond silence régnait dans cette assemblée, et le prieur Payssi, faisant l'office d'accusateur^ calomniait le saint homme avec une inconcevable audace. Au lieu d'entrer dans. une justification devenue inutile, le métropolitain se contenta de dire tranquillement à Payssi que le mauvais grain qu'il semait ne lui rapporterait point d'heureux fruits; ensuite s'adressant au tzar : prince, lui dit-il, pous pensez que je vous crains ou que je redoute la mort : désabusez- vous ! Parvenu avec honneur à un» vieillesse avancée ; étranger pendant ma vie solitaire aux passions tumultueuses y aux intrigues du monde ^ je n^ai d'autre ambition que celle de remettre ^ dans le même état , mon, âme entre les mains dû Très-^Haut ymonsouve-* rain maître et le vôtre : mieux vaut périr, mar^, tyr innocent y que de souffrir en silence, dans la dignité de métropolitain , les horreurs, les im-^ piétés de ce malheureux temps. Agissez comme il vous plaira à mon égard, f^oicile bâton pas^ toral, voici la mitre blanche et le manteau, marques d* honneur dont vous ni* avez revêtu. Et vous , prélats , archimandrites , abbés , serviteurs
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des autels y paissez avec zèle le troupeau du i568. Christ : préparez-vous à en rendre compte et r^ doutez le juge céleste plus encore que celui de ce monde (35). Après ces mots^ il allait s'éloigner, lorsque le tzar s'y opposa et lui dit que ne pouvant être son propre juge, il devait attendre sa sentence ; il le força de reprendre les ornemens de métropolitain. et d'officier encore le 8 novembre jour de Saint- Michel- Archange : mais au moment où Philippe , revêtu de ses habits sacerdotaux, disait la messe dans le temple de T Assomption , on voit paraître le boyard Basmanof , tenant un papier à la main ^ accompagné d'une troupe d^opritchniis armés. A son aspect le peuple est frappé de stupeur. Basmanof fait lire à àaute voix, l'écrit dont il était porteur, et Ton apprend que, par décision de l'assemblée du clergé, Philippe est dépouillé du rang de chef de PEglise. Aussitôt les soldats pénètrent .dans le sanctuaire, saisissent le métropolitain , lui arrachent les marques de sa dignité, le .revotent d'une s6utane grossière, le chassent de l'égjise à coups de balais, et le conduisent en traîneau 9U couvent de l'Epiphanie. Le peuple en larmes courait après son pasteur qui , d'un air serein, loiénissait les citoyens et leur disait, priez le Sei^ gneurl Le lendemain il fut amené, pour entendre
t568. Sa s^irtenôe ^ à un tribunal prësiéë pair Jean lui^ même. Mie portait qiie^ convaincu de délita graves et de sortilèges^ Philipjpe devait terminer ses jours en pt*ison : alors il fit au Éaondè âè magnanimes et touchans adieux > sans adresser aucun reproche à ses juges. Néanmoins il conjura pour la dernière fois le tzai* d'avoir pitié de la Russie^ de ne pas déchirer son peuple; niais 9 pour âôu bonheur et celui de ses États ^ de se rappeler comment avaient régné ses aïeux ^ et lui-même datns sa jeunesse. Le prince^ au lieu de lui répondre^ fait Un signe à ses soldats qtd se saisissent de Philippe, l'entraînent et le jettent dans un cachdt , chargé de fers. Il y resta huit jours. On le tt^ansféra ensuite dans lé monastèi*e de 'Saînt-Nîcolas , au bord de là Moskva, où oA le laissa dans uh entier dénûmcnt, souffrant et h'ayaiit^ 'pour se soutenir, d'aufrè ressource q'ué la pt^èi*è. Dans le même temps le tzar éxfertninait nilustre femille ^es Kôlitchëf : il envoya à Philippe la tête de Jean Boi^issovitch , lion neveu, et lui fil dire, pàîldles i^estes de ton parent ch^^r^i ; tés ènchdntemens n^orit pu le sau^ pér! PhîKppe se l^e à ces infots : il prend la tête , la bénit et là remet â renvi>yé de Jean; Cependant ce prince craint 'bientôt leis suites de rattachement des Moscovites pour le inétro-
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politain déposé : il apprit que du matin au soir i^ils se portaient en foule autour à\K couvent de^ Saint-rNicolas^ el qijie 1^ , les yeux fixé^ sur la cellule de TiUu&tre captif^ ils se racontaient mutuelleni^ntlesmiirafcles opérés par sa sainteté', n prit le parti dç faire conduire le prisonnier aumotnastèred'Ojtrotcb^ situé dans le gpuTemement de Tyer et fit procéder sur-le-champ à Vélection dVi^ nouveau métropolitain* Cette dir gnité fut accordée à Cyrille ^ archimandrite de TroïtzJky , en dépit d^ Pimen qui nourrissait l'espoir de succéder à Philippe^
Df^vré d'un p^^iiir sévère, inflexible, qu'il venait de faire remplacer par un homme honnête^ à la vérité, mais faible et sans caractère, Jean se trouva libre de* s'abandonner désormais à sa férocité; jusque-là il av^itfait périr des individus, il commença à exterminer des villes entières ! Torjek fut le premier théâtre de ces^ meurtres. Bans un jour de foire une querelle s'était élevée entre les opritchniks et les habîtans, le tzar déclara aussitôt ceux-ci coupables de réb^Ui^ et les fit mettre à h^ torture ou précipiter da^ la rivière* Les mêmes scènes se renouvellèrent à Kolomna , ville dans l'arrondissemeiM; de laquelle se trouvaient les propriétés de l'infortuné Féodorof: l'affection qu'ils lui por-
i5C8. talent 9 était aux yeux de Jean un motif suffisant pour les traiter en traîtres et en rebelles- En un mot ^ ta tyrannie avait atteint son plus haut période; mais combien de temps elle devait durer encore !.... Rien ne pouvait désarmer le barbare! ni la résignation, la générosité de ses victimes , ni les fléaux qui , à cette époque,
Pe»te. affligeaient la Russie. En proie aux horreurs de la persécution, elle était dévastée en même temps par une peste qui y avait pénétré dé TEsthonieet de la Suède. Au mois de juin i566, l'épidémie commença à exercer ses ravages dans la province de Novgorod, le mois suivant à Novgorod même ainsi qu'à Polotsk, à Ozéritché , à Nevle, à Veliki-Louki , à Torôpetz et à Smolensk. Les hommes mouraient subitement , d'un signe y di- ' sent les chroniques; ce qui signifie sans doute une tache ou un abcès. Bientôt un grand nombre de villages, et, dans les villes, des rues entières devinrent, un désert : les églises ne retentissaient plus du chant des prêtres qui s'immolaient à la sainte obligation de secourir les citoyens, et, pour les remplacer, il fallut faire venir des pasteurs des autres villes.* En général il mourait plus d'ecclésiastiques et de gens du peuple que de militaires : la peste étant parvenue jusqu'à Mojaïsk, le tzar y fit établir un cordon de troupes
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chargées de veiller à ce qu'aucuae personne ar- '^^• rivant des lieux infestés de la contagion , ne pût pénétrer dans la capitale. La communication entre plusieurs villes fut également interrompue. La crainte^ la faim ^ une cherté excessive augmentaient les souffrances générales^ et , pour comble de malheur^ la récolte manqua dans plusieurs provinces. Dans celle de Kazàn et autres environnantes 5 on vit paraître tout à cotip une innombrable quantité de rats qui^ sortant des forêts par nuées y rongeaient le blé sur pied , en gerbes 9 et dans les greniers. Les laboureurs faisaient d'inutiles efforts pour arrêter les dégâts de ces animaux destructeurs. La peste commença à diminuer au retour du printemps^ mais elle se renouvela plusieurs fois encore.
Pendant le cours de ces calamités intérieures de ^l^ "" l'Etat , au milieu de l'abattement des crands et . Opéra-
, , , lions ml-
du peuple , Jean ne négligeait pas les affaires lîtaires et de la guerre ou de la politique extérieure, et^tions. dans ses rela4;ions avec les puissances étrangères^ il se montrait encore avec éclat, avec grandeur : les Polonais n'avaient obtenu aucun succès dans leurs attaques ccmtre la Hussie , car le boyard Morozof qui se trouvait à Smolensk , et le prince Nogtef, commandant à Polotsk, annoncèrent au tzar que de légers détachemens de l'armée russe
i565— battaitsnt Feniieini sur tous les points. La Russie '^- désirait Ti vre en bonne intelligence avec la Tauride; mais le prince Spat, Yamgourtchey-Azi ^ Oulan-Achmet^ transfuges kazanais> en faveur à la cour du khan ^ lui persuadèrent qu'il était la dupe des protestations du tzar , qui , tout en parlant de paix y donnait aux cosaques l'ordre de construire une ville sur le Don , et de préparer des barques sur la Psla y sur le Dnieper y dans l'intention de prendre Azof et de s'ouvrir une route jusque dans la Tauride. Us ajoutaient que Jean était plus habile y plus heureux et par con- . séquent plus à redouter que tous les princes de Moscou^ ses prédécesseurs; car, nialgré la guerre qu'il avait eue avec la Tauride, il avait su conquérir Kazan^ Astrakhan, la Livonie, Polotsk; qu'il s'était emparé d«L pays des Tcherkesses , et dominait encore sur les Nogaïs, 'Exx&n que si Devlet-Ghireï abandonnait Sigismond , le tzar serait en moins d'un an maître de la Pologne , et qu'après l'avoir écrasé il ne manquerait pas la première occasion favorable pour détruire le dernier royaume de Bâti, Ces représentations produisirent un efffet d'autant plus certain qu'elles étaient appuyée^ d'un présent de 3o,ooo diucats envoyés aux avides Tatars par Sigismond. Aussitôt le khan se mit en campagne , ayant écrit
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au tzar : rappeUe-toi que tes ancétrea se oanten-^ ^5 t de leur paye et respectaient le territoire
mueulman : si tu veu»lapcdxy rends^moiKazan et Astrakhan : mais Jean avait îsAt ses disposi*lions et se tenait sur ses gardes. Les cosaques parcouraient les déserts du Don à FefFet de dé* couvrir les premiers mouvemens de Fennemi ; les villes frontières étaient garnies de troupes j et le principal corps d'armée y commandé par les princes Bekky et Mstisiavsky> était campé sur le bord de l'Oka* Au mois de septembre de Tannée i565^ Le khan passa le Done^^ conduisant de la grosse artillerie sur des chariots, et y le 7 octobre, il forma le siège deBolkhof, qui fiit valeureusement défendue par les voïévodes Zolotoï et Kachin. Dans une sortie vigoureuse , ik firent un grand nombre de prisonniers et empêchèrent les Tatars de brûler le faubourg : en même temps l'armée russe s'approchait. Le khan intimidé profita de la nuit pour battre en retraite , se plaignant des Polonais dont le roi avait promis , en l'engageant à porter la gueri;^ en Russie , d'agir activement de so^ coté , et n'avait pas tenu parole.
Cependant Nag<u, ambassadeur russe > i^es^ taît en Tauride où il déployait une cwstante activité. Il soudoyait les Juifs , gageait par ses
1569. " largesses les officiers du khan ; entretenait de nombreux espions ; . réfutait les faux bruits que l'on faisait courir sur la mort de Jean; de sorte qu'instruit de tout ce qui se passait^ il donna avis à ce prince des intelligences que Devlet- Ghireï entretenait avec les tatars de Kazan ^ les Mordviens et les Tchére'misses. « De secrets émis- » sairesdeces traitres^écrivait-il, assurent aux » Tatars qu'en entrant dans leur pays , ils trouve- » ront soixante-<lix mille auxiliaires zélés etqu'à » Kazan comme à Syiaj sk ^ on massacrera les Rus- » ses jusqu'au dernier. » Devlet-Ghireï voulut forcer Nagoï à quitter la Tauride ; mais ^ en sujet dévoué aux intérêts de son maître , celui-ci répondit : je mourrai ici ou je n*en sortirai qu'après r arrangement des affaires, voulant . parler de la paix qu'il conservait l'espoir de conclure; car le parti de la Russie ou celui de la Pologne avaient tour à tour le dessus dans le conseil du khan. Par exemple en 1567, Devlet-Ghireï ravagea^ sous l'autorisation du sultan, une partie des possessions du roi, pour n'avoir. pas payé le tribut avec exactitude : toutefois il ne se déterminait pas , pour cela , à ratifier la paix avec les Russes. 11 demandait à Jean de plus riches dons , de la valeur de ceux que Moscou envoyait jadis à Mahmed-Ghireï, et lui faisait défense de
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s'emparer du pays des Tcherkesses. A la suite ï5(>5 — de plusieurs conseils tenus arec ses boyards , le tzar^ éli^^t les demandes du kban^ lui proposa en mariage 9 pour son fils ou son petit-fils 9. la fille du tzar Schih^Aleï ^ qui lui apporterait en dot la YÎUe de Kassimpf ^ apanage de son père (celui-ci venait de mourir presqu een même temps que les deux princes de Kazan y Alexandre etSimeon): mais Devlet-Ghireï he'sîta; il fit des réflexions dont le résultat fut de nouvelles et inadmissibles demandes eu restitution de Kazan et d'Astrakhan.
Les négociations avec la Pologne se continuaient égal<;ment. Sigismond semblait désirer la fin d'une guerre onéreuse pour lui, et, de son côté, le tzar paraissait aspirer au repos j ce qui apportait dans les prétentions réciproques de ces deux princes une modération rare. Ce fut uniquement pour se conformer à l'ancien usage qu'à leur arrivée à Moscou , les ambassadeurs du roi revendiquèrent Smolensk et que les boyards russes réclamèrent Kief , la Russie Blanche et la Volhynie. Personne, dans le fait, ne songeait sérieusement à ces restitutions devenues impossibles. Sigismond consentait même à céder Polotsk aux Russes , et Jean fit dire aux ambassadeurs : . désirant par dessus tout le re^
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Vaceordent.. Le p^int le plus Utig^fl^ iVaAX la Lâvonie ; laa propositions de S^gismqnat^pbd^ieat à conaerveif cette provioçe ^oy^ la dlQP^io^tiQa des deux puissances^ qui^ râwissai^jt le^irs forces pour ckasser 1^ Suédois de i^Esthonie ^ aiu^ient dBfiuite partagé ceUerci ^ par portion égale , entre la Pologne et la Russie. A cas çpnditioxiSji il s'engageait à devenir l'aimi sincère de Jean et à lui donner le titre de tzar. M^is celui--ci exigeait Riga y Yénden^ Volmar^ lloiuiebourg ^ Kokenhausen ; en échange desquelles villes il cédait t au roi Ozeritcbé^ liOuJkoiiile^ Drissa, la Courr
lande avec doiize petites villes en Livonie , consentaajb à rendre , sans rançon 9 tQfis les prisonniers lithuaniens et à racheter tes siens. Les ambassadeurs faisaient au sujet de Riga et de Venden de fortes objections; enfin'' ils dirent aux boyards que les dçux toiiYerains concluraient plus facilement la paix dans une conférence personnelle sur la frontière y et cette idée sourit d'abord à Jean : on fit choix d'un lieu ccmvçnable. Le tzar et le roi , escortés chacun de cinq mille gentilskommes ^ devaient se rendre^ le premier à Smolensk , le second a Orscha ; mais les ambassadeurs ne voulurent pas prendre sur eux
d'àt^f^r le tëréMidiiiàl dé Ptott*evtie. Par exem- '565-
pie, Jeàh VMltiit > le ijremte^ JDttr > refcevoir dMds ^ téiité et traiter le tnn Sigismend ; ce qui pa>» rai&l^ait AUt 'efûvoyës polonais iiicmtipatible avec la ài^îê âe leur sdtiTeraiti > de sorte que deux nïôis se passèrent en inutiles potarpamlers.
Au mois de fuillet 1 566 , Jean offrit à la Rus- Assemsie un spectacle extraordinaire. Il réunit en con- Euts. seil gétiêral , ndUHsenlèittent le haut cierge ^ les boyards ^ officiers de la eourohne , trésoriers ^ sect^tâires, gentilshothmes dés première et seconde ctesi^ ; tnais endbrë les ^bourgeois y les marchands et les propriétaires des provinces . Il soumit à leur examen les négociations entamées avec la !l^ologûe^ et les consulta avant de ^ àéciâer à la paix ou à la guérite. L'ayiS târianihié de t^dis eeut trenteneuf membres de icefle àsi^embléë^ lut que le tsar ne pouvait montrée tirie plus gt^tide côiKlescett*éalice^ sans iiùire e^entieUement aux intérêts de là Russie '; que Riga > VendM ^ étaient indispensables pour protéger I)orpat^ ainsi que Pskof ^ et même Novgorod > dont le commerce souffrirtit où s'^uéantiriait peut^-être erittèl'eAiertt , si ces villes livotiiemxes ^restaiebt entre lés ttiains du roi. Ils ajdutaiéât que les 'deux -souverains étaient lesÉiaîtres de se voir sur là -fréntièi^^ pour assurer k tranquillité des chrétiens , mais
i565-- qu'à en juger par les apparences ^ Sigismond ne 1569. 1 11 • j* 1
cherchait qu a 'gagner du temps pour arranger ,
dans cet intervalle « les affaires difficiles de son royaume , faire sa paix avec Fempereur et grossir son armée en Livonie. Prince y dit le clergé, ifous êtes libre d^agir selon que Dieu vous l^inspirera. Notre devoir est de prier pour le tzar et il ne nous convient pas de lui donner des conseils !..... Les militaires ^'écrièrent qu'ils étaient tous prêts à verser leur sang dans les c^ombats : les citoyens offrirent le sacrifice de tout ce qu'ils possédaient pour subvenir aux frais de là guerre, si le fier Sigtsmond refusait les conditions de paix qui lui étaient proposées. Mais, dans cette assemblée nationale, les opinions étaient-elles libres? La franchise régnait-elle dans sa réponse? Voilà ce qu'il serait difficile de déterminer : au moins ce conseil avait quelque chose de so- ^ lennel , et le peuple pénétré de vénération voyait
son souverain , non pas au milieu de ses ;Odieux satellites, mais .dans la vraie splendeur d! un monarque, écoutant la voix de la patrie par la bouche de tout ce qu'elle avait de plus illustre. Spectacle digne d'uûe autre époque de ce règne ! L'assemblée ayant confirmé sa décision par un acte authentique , les seigneurs polonais reçurent pour réponse que le tzar s'expliquerait avec
lé roi y par le moyen de ses ambassadeurs ^ con- i5€5 — sentant^ jusque-là^ à suspendre les hostilités^ de même qu'à échanger les prisonniers. Ainsi se termina cette importante affaire. Après le départ des grands de Pologne (iSôy) le boyard Kolitchef et Nagoï^ intendant du palais, furent expédiés à Sigismond, en qualité de plénipo* tentiaires chargés de conclure la paix , ce qui ne s'était jamais vu; car, jusque-là, tous les traités avec la Pologne avaient été signés à Moscou. Sigismond reçut les boyards russes à Grodno : à leur entrée chez lui , tous les seigneurs polonais se levèrent; mais les ambassadeurs , qui avaient aperçu le prince Kourbsky parmi eux , détournèrent la face d'un air de dédain. Il leur était ordonné de demander la tête de ce traître. Us eurent neuf conférences avec les grands officiers du roi, sans pouvoir s'accorder sur aucun point; Jean exigeait impérativement la cession de la Livonie entière , aussitôt qu'il en aurait chassé les Suédois et les Danois, abandonnant la Courlande à Sigismond. Le roi avait un désir sincère de faire la paix ; cependant il crut devoir rejeter ces propositions et refusa de livrer Kourbsky ; on résolut alors de continuer la guerre. Je pois, écrivit-il à Jean , que vous voulez F effusion du sang. Vous -parlez de paix et vous mettez vos
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iS65^ armées en maup&nenti j^ espère que le Seigneur béniramekatineè'danBWuinâiapeneaile et juste défense.
En eifet les trempes russes^ parties de Yiaaina^ ttorogobouge ^t Smcieûsk y tt |»rtaieiit sur Ve* liki-Louki^ ayant poiir but l'occuji^aticm de la Litonie. Après avoir fait constraire ^ sur les frontières dç Lithuanîe ^ les nionveUes forteresses d^0ttsviat> Oula^ Sokol^ Kopié:^ le monarque, a(5cenipagné dn t£ariëviteh Jean > sertit de Moscou pour se r^dre à Farmée. Le 5 octofere on lui présenta > près de Medno^^ l'ambassadeur dé SijgisMond y Youry Bonikovsky^ qui lui remit k lettre du roi y dont tious venons de oiter ui^ passâtge. Jean était dans sa tente au milieu de ses boyards armés > comme lui, de pied en cap. Ytmry , dit-41 à Tenvôyé , yums apom ern^oyé d notre ftkte Sigismond nùèplus illustres boyards, ùèveédes prùpc^iticfns tnodfiréee. îl a fait arrêter nùé ambiÊtSéadàUrs y il iés a outras ^ déshonorés I Né soyez donc pas Surpris de nous poir ar^ mes de lii sorte , car vous venett de la part de w>tre frère avec des traits empoisonnés. Après ces mots il s'informa de la santé du roi > ordonna h Youry de s'asseoir y sans lui donner isa main à baiser ; puis ayant fait sortir de sa tente tons les officiers^ k l'exception des conseillers ^ des
grands boyards et des secrétaires -y il écouta le >^ discours de l'ambassadeur. Ensuite il le fit traiter magnifiquement dans une autre tente et partir immédiatement après pour les prisons de Moscou : violation du droit des gens que ne sauraient excuser , ni les grossières expressions de la lettre de Sigismond y ni les plaintes que les boyards Kolitchef et Nagoï, arrivés en même temps qu'Youry au camp du tzar^ lui avaient portées sur les mauvais traitemens qu'ils avaient essuyés en Pologne,
Indépendamment d'une multitude d'officiers , de gardes'-du-corps , qui formaient la suite de Jean^ l'évêque de Souzdal, Paphnuti, l'archimandrite Théodose , le prieur Nicon , l'accompagnèrent encore jusqu'à Novgorod où il resta huit jours , priant avec assiduité dans l'ancienne église de Sainte-Sophie, ets'occupant de la disposition des troupes destinées à se porter contre les villes frontières de la Livonie. Tout à coup son ardeur guerrière parut se ralentir. Il se présenta des embarras y des dangers que le tzar n'avait pas prévus et au sujet desquels il convoqua un conseil des boyards. Le 1:2 novembre, ils se réunirent da^is le village d'Orchansky, près de Krasnoï , et délibérèrent avec le souverain s'il était à propos d'entamer le siège des