‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 119 sur 288 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Entre le port Théodose ( Wlangabostan ) et le Kyclobion ( les Sept-Toui s ) était situé le palais Psamatia (1), contre la porte qui porte encore aujourd'hui 1 ■• même nom.

Sur le côté qui regarde la mer, depuis la pointe du sérail jusqu'au quartier desBIachernes, quatorze portes s'ouvrent aujourd'hui sur le port : cinq seulement figurent dans l'histoire du siège : 1° la porte du Kynegion (2) ; 2° la X\ loporfe. ou porte de Bois: 3° la grande porte du palais des Blachernes; 4° la pore de Petra.dans le Farnar actuel , ou quartier des Grecs; S" enfin la ported'Oraa, aujourd'hui dite porte des Juifs ou du Marché aux Poissons. Près de la i -partie inférieure du palais des Blachrrncs se trouvait une sortie souterraine, Cercoporta, ou ! ;porte du Cirque ; mais Isaac Comnéne l'avait Ijfait murer afin de prévenir l'accomplissement Ijd'une prédiction annonçant que l'empereur Frédéric pénétrerait par-là dans la ville (3); le passage ne fait qu'une seule et mè;ne chose avec la [porte de Rois.

Si no^is nous abstenons de nommer les autres points de cette partie regardant la mer, nous [levons suivre pas à pas le côté de la terre , car r;'est là que se portèrent surtout les efforts des l'issaillants, et chaque point est signalé dans le ;iéj;e. La première porte, sur celte ligne, s'ap- )elait Chars as , et aussi Caligaria , nom que les I Turcs ont altéré à leur manière pour lui donner m sens dans leur langue, et dont ils ont fait . îgri-Kapu ( la porte courbée ) (4). On la nomme Iracore la porte des Bulgares; on aurait pu aussi riien l'appeler la porte des Allemands, car l'hisoirc byzantine cite deux Allemands auxquels lia défense en fut confiée, ArnulphGilprccht(5), | u temps de Comnène, et Jean Graut (fi), sous Ile dernier Constantin. Venait ensuite la porte A .lyriandri ou Polyandri, parce que, à l'époque ■•le la construction des murailles, les deux (rouies d'ouvriers qui avaient commencé leurs tra- | aux, l'une a l'extrémité de droite, ou des Bla-

f (1) Pbraozes,!. m, c.3,p. 56.

(2) Aujourd'hui Haiwau serai Kapusi, c'est-à-dire i porte du palais des animaux.

i3j Nicetas Chômâtes , I.H , p. 4.

(4) Constantinople et le Bosphore, 1. i, p. 106; dans éouard de Chios , Caligaria.

(5) Anne Coinnene , I. h, p. 3.

(6) Johannis grandi aliiu.ini ( Léon. Chiens. ).

chernes, l'autre à l'extrémitéde gauche, prèsdes Sept-Tours, avaient fini par se rencontrer tous ensemble et parmillierssur ce point. Déjà, lorsque les Turcs vinrent assiéger la ville, un combat acharné s'était livré entre cette porte et la plus voisine ( 1 ) ; mais cette fois, les principales attaques des Turcs se portèrent près de la troisième porte , cille de Saint-Romanus, qui , de l'énorme canon pointé contre elle, a reçu le nom de Top- Kapusi ( porte du canon ), qui lui est resté. Elle élait flanquée des deux tours de Saint-Romanus et de Bagdad (2). Venait ensuite la porte conduisant au palais des Sources ( aujourd'hui Baliklu), puis par Rhegium ( Tschekmedsche ) à Sclymbria(Silivri),etdont le nom indique cette tiiple destination; aujourd'hui on ne l'appelle plus que la porte de Selymbria, ou plutôt de Silivri. Enfin la cinquième est la porte d'Or, par laquelle entraient les triomphateurs, et qui était ornée de statues et de bas-reliefs en marbre. Divers triomphes se dirigèrent de l'Acropolis par l'hippodrome pour se rendre à la grande église (Aja-Sofia); ainsi le triomphe sur les Vandales, dans lequel furent portés devant Bélisaire les vases d'or pillés à Rome par Genseric, et repris à Gelimer, celui de l'eunuque Narsès sur les Goths, celui d'Héraclius sur les l 'erses, celui de Jean Comnène pour célébrer sesvicloires sur les Pannoniens et les Dalmates; néanmoins la plupart des triomphateurs passaient sous la porte d'Or , et suivaient directement la grande rue qui traverse la ville pour gagner la porte d'airain du grand palais. FI en fut ainsi pour les quatre triomphes sur les Bulgares: d'Héraclius, de Jean Tscimisces, JNicéphore Phocas, et de Basile; et pour celui de Théophile sur les Sarrasins, à son retour de Tursus et de Mopsuesta. Bientôt après le triomphe du grand exterminateur des Bulgares, Basile, la porte d'Or fut murée, de crainte de l'accomplissement des prophéties qui annonçaient l'entrée des Latins dans la ville par ce passage (3). Le même motif fit murer, à l'extré-

(1) Conslanliuople et le Bosphore, l.l,p. 107; Codinus , Chronicon , Pnscali in Heraclio.

(2) Turris Bactatinea ( Léon. Chiens.); Constantinople et le Bosphore, 1. î , p. 210.

(3) Radulpbus dediceto; Malhieu Paris; Rogerus hovedeuus, dans Dueange; Constantinopolis christ, 1. 1, p. 363.

mité opposée, le passage souterrain du Cirque (1); mais, daus le siège, comme nous le verrous , il fut rouvert , et ce Fut par-lft que se précipitèrent, non pas les Latins et l'empereur Frédéric, mais les Turcs. Quant à la porte d'Or, elle demeura fermée, et la prophélie se répète encore; seulement le changement des possesseurs de la ville en a introduit dans les rôles , et , selon la croyance maintenant adoptée par les Turcs , la porte d'Or, qui vit si souvent les triomphes des empereurs adorateurs du Christ, livrera passage aux chrétiens, qui rentreront un jour en vainqueurs dans la ville de Constantin rendue à la religion de leurs pères.

Il se répandait encore d'autres prédictions de diverses espèces ; elles concernaient les destinées de la capitale , ou de l'empire tout entier, des Paléologues , ou de toute la chrétienté. Nousne parlerons pas des paroles vagues tirées de l'Écriture , et qui sont lancées à l'avance pour enflammer l'ardeur des conquérants et abattre les assiégés, ni de ces passages des prophèles commentés après l'événement pour annoncer le châtiment d'offenses trop nombreuses, ou pleurer ensuite de profondes misères ; nous ne citerons pas les lamentations d'isaïe (2), d'Ézéehiel, d'Amos et Jérémie, appliquées par l'historien Ducas aux désolations delà conquête. Relativement à la ville, une prophétie annonçait que l'ennemi pénétrerait jusqu'au milieu de son enceinte, jusqu'à laplacedu Taureau (3), mais que la les habitants poursuivis se retourneraient, le repousseraient vaillamment, et conserveraient la cité (4). Un saint homme, du nom de Morenus , annonçait aussi qu'un peuple armé de flèches devait s'emparer du port de Constantinople, et qu'il exterminerait les Grecs. 11 y avait ainsi contradiction entre ces deux prédictions , dont l'une menaçait du plus grand danger, tandis que, suivant l'autre, la nation serait enveloppée dans une entière destruction. Mais la première était la seule de cette espèce, et elle était étouffée par toutes les voix surnatu-

(1) Wilken , Histoire des croisades, iv liv.,p. 78, d'après Godefr. Monalus ; Ducas , 1. xxxvii , et Cantacuzène , I. m , p. 48 et I. îv , p. 28.

(2J Ducas , 1. xxxvu , p. !49, 164 et 165.

(3) Forum tauri. f'oy. Oonsiantiipople et le Bosphore, . l , p. 170.

(4) Chalcondylas , i , vm , édit. de Basle , p. 124.

relies qui proclamaient la fin de la ville , de l'empire et delà maison régnante. Au reste, les paroles du pieux Morenus étaient bien vagues; elles pouvaient s'appliquer aux Arabes, aux Persans , aux Turcs, aux Slaves, aux Bulgares, aux Avares , même aux Francs, aux Latins et Grecs, en un mot a tous les peuples portant des arcs, qui vinrent mettre le siège devant Constantinople. Quant à l'empire, il était question d'une prédiction attribuée à Léon le Sage, mais trouvée tout récemment dans le couvent de Saint-Georges, près de l'arsenal, à la pointe du sérail. C'étaient deux tablettes, divisées en plusieurs colonnes, dont l'une contenait la série des empereurs , et l'autre celle des patriarches depuis Léon ; mais à chaque série manquait le nom du dernier empereur et celui du dernier patriarche. Dans les oracles attribués à la sybille d'Erythrée, on lisait encore la ruine desGrecs. La troisième classe de prophéties, qui désignait directement la maison des Paléologues , avait fixé à sa domination les mêmes limites qu'à la dynastie des Ottomans , comme Michel Paléologue et Osman s'étaient saisis presque au même moment, l'un du trône des Comnènes, l'autre de celui des Seldschuks; leurs descendants devaient en être précipités ; en même temps. On racontait que Michel, ayant consulté un devin sur la destinée de l'empire entre les mains de ses héritiers, n'avait obtenu, pour toute réponse, que le mot mamaimi ; cela signifiait , selonles interprètes, que le trône serait occupé successivement par autant de ses descendants que le mot renfermait de lettres, d'où l'on concluait la fin de la souveraineté dans leur famille par le septième Paléologue , qui régnait en même temps que le septième Ottoman. Enfin, sur les dangers dont les Turcs menaçaient la chrétienté tout entière , des paroles sinistres se répandaient, acquérant chaque jour plus de crédit ; c'est Hunyady qui les aurait entendues de la bouche d'un vieillard , après la perte de la bataille de Kossova : «Les chrétiens, disait ce prophète, pour consoler le héros qui se plaignait de sa défaite , les chrétiens ne subiront que désastres tant que les Grecs ne seront pas entièrement exterminés. Pour mettre fin aux revers des chrétiens , il est nécessaire que Constantinople soit détruite par les Turcs.» Toutes ces prophéties , annonçant la ruine des

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