I. h, p. 137; Neschri, Idris , Aali
Chios, c'est cette circonstance qui aurait donné au sultan l'idée (1) de transporter sa flotte par terre du Bosphore, où elle était à l'ancre devant Diplonkion (Beschiktasch), dans l'intérieur même du port. La distance n'est guère que de deux petites lieues; mais le terrain est inégal et ondulé. Mohammed fit établir sur cet espace une espèce de chemin de planches, qui furent frottées de graisse de bœuf et de bélier, pour faire glissçr plus facilement les vaisseaux. Soixante-douze galères à deux rangs de rames et quelques autres à trois et cinq rangs furent mises en mouvement , et , dans l'espace d'une nuit, à travers vallées et collines, elles se trouvèrent transportées du rivage du Bosphore dans le port; chaque bâtiment à deux rangs de rames portait le capitaine a l'arrière et le pilote à l'avant; les voiles étaient déployées, afin de profiter du vcn'. Les tambours battaient, les trompettes sonnaient, et le jour, en se levant, découvrit aux assiégés stupéfaits, en face des murailles, appuyée à la mer, une flotte turque de plus de soixante-dix voiles, qui semblait être descendue d'en haut et d'un seul coup dans leur port.
Jean Giustiniani résolut aussitôt d'incendier la flotte ennemie dans la nuit suivante; mais le projet fut trahi a ix Turcs par les Génois de Galata (2), qui, durant tout le siège, en affectant de beaux semblants de fidélité, se montrèrent perfides envers les deux partis. Tandis que dans la nuit ils faisaient passer des secours secrets aux Grecs, ils s'em, louaient le jour dans le camp des musulmans , et fournirent la grande quantité d'huile doni les Turcs avaient besoin (3) pour nettoyer le gros canon après chaque décharge, espérant ainsi l'empêcher de se fendre et d'éclater (4). Quand Giustiniani s'approcha de la flotte ennemie au milieu des ténèbres, les Turcs, qui avaient épié ce moment , firent une décharge sur son vaisseau, qui fut percé par les boulets, et s'enfonça avec cent cinquante jeunes guerriers italiens délite qui le montaient. Giustiniani se sauva avec peine et saisi d'effroi, et les Turcs poussèrent un
(1) Léon. Cbipns,i.s.
(2) Ducas, I. xxxviii, p. 156.
(3) /bid.,p. 155.
(4) Jbid., p. 154.
grand cri de victoire, qui fut répété par les rivages de la mer et les sept collines de la ville. Quand le jour parut, les Turcs eurent la satisfaction de faire un second essai du jeu de leur artillerie, et cette fois ce ne fut pas sur un vaisseau grec, mais bien sur un bâtiment génois richement chargé, qui était à l'ancre devant Galata. Ils visèrent juste, et le vaisseau vola en I éclats. Les colons de Galata se plaignirent par des députés d'une telle récompense donnée à leur secours sans lequel la flotte de quatre- J vingts voil s n'aurait jamais pu être transportée par terre dans le port ; mais les vesirs s'excusèrent en disant qu'on avait cru que ce bâtiment appartenait aux ennemis, et que d'ailleurs toute indemnité devait être accordée après ] la prise de la ville. Les prisonniers que les Turcs avaient faits dans la nuit furent menés devant les murs de la ville, puis égorgés sous les. yeux des Grecs. AussLôt Mohammed fit établir \ un pont sur le port. Des tonneaux attachés ensemble par de forts crampons de fer formèrent deux lignes sur lesquelles furent poussées desi planches. Le pont avait une largeur de cinq aunes, en sorte que cinq soldats pouvaient passer de front , et il était assez solide pour supporter la marche des troupes et le poids d'un canon que l'on y plaça. Les vaisseaux jetèrent l'ancre tout contre les murs de la ville. Alors les Grecs songèrent a brûler le pont et les vaisseaux, et cette difficile entreprise fut confiée au Vénitien JacopoCocco (1). Celui-ci prittroispe* tits navires d'une marche rapide sur lesquels il fit monter quarante jeunes gens délite, et qu'il munit de feu grégeois et d'autres matières combustibles. Ils s'avancèrent pendant la nuit; deux jeunes gens furent laissés sur le pont pour y mettre le feu aussitôt que la flamme brillerait sur les vaisseaux des Turcs; mais les gardes veillaient, et des masses de pierre, lancées avec force , brisèrent les légers esquifs ou les coulèrent bas. Une seule galère fut brûlée; le feu allumé eu même temps sur le pont fut éteint; les équipages des petits bâtiments tombèrent entre les mains des Turcs, et furent égorgés le lendemain sous les yeux des Grecs, qui, par représailles, plantèrent sur les cré-
(1) Phiauzes, 1. m , c. 4, p. 57.