‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 140 sur 288 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

troupes, invesiissaitLeontari et Akoba dépendant des possessions de Thomas (1). Mais le fléau le plus désastreux, c'étaient les Albanais «ce peuple, suivant Phranzes, le plus pervers cl le plus inutile, qui, passant continuellement d'un despote à l'autre , reniait trois fois son maître dans un seul dimanche. » Les Turcs de Corinthe, Patras et Amyklœ , saisissant l'occasion, pillaient, massacraient, et se raillaient encore des despotes et des archontes, qui couraient ainsi d'eux-mêmes sous le tranchant de leurs sabres (2). Mohammed, qui se trouvait alors à Skopi, où Mahmud-Pascha lui amena les prisonniers de l'expédition de Hongrie, destitua le fils d'Urachan , auquel il attribua la faute de ce soulèvement et de ces désordres, et confia le gouvernement de la Morée à Hamsa (3). Celui-ci fil lever le siège de Patras aux tirées, puis il se présenta comme allié du despote devant Leontari où Thomas était renfermé. Celui-ci se laissa entraîner à accepter la bataille qu'on lui présentait; il fut vaincu surtout par les manœuvres habiles d'Innis-Bcg, général des sipahis, cf perdit deux cents hommes (4). Ce qui avait échappé aux Grecs, aux Albanais, aux archontes et aux despotes, devint alors la proie des Turcs (5) , et les dévastations continuèrent jusqu'à ce qu'enfin les deux frères, mesurant l'étendue de leurs perles et la faible distance qui les séparait de leur ruine complète, eurent une entrevue a karriza; ils assistèrent ensemble à la messe du métropolitain de Sparte, et scellèrent la paix par de nouveaux serments (fi).

Mohammed , instruit de l'alliance des deux frères, en rejeta cette fois la faute sur Mamsa- Pascha , comme il venait d'attribuer le tort de la guerre civiles Omar; et il nomma pour le remplacer Sagauos-Pascha, gouverneur de Gallipoli, commandant de la Motte. A l'arrivée de Saganos dans le Péloponèse, on vit se disperser aussitôt les troupes auxiliaires desdespotes, qui déjà étaient en rupture déclarée, lhomas.de

(1) Phranzes, I. iv , p. 14

(2) Ibid.,y. 88.

(3) Chaleondylas , I. xx , p. 144.

(4) Ihiil.

(5) Phranzes, . iv,c. 1C, édit de Bislc, p. 87.

(6) /Mrf.,p.SS,

nouveau parjure, se saisit violemment de la Lacouie el de la Messénie, domaines de son frère, et assiégea Kalamala ; en même temps il négocia pour lui-même avec le sultan. Mohammed, occupé de préparatifs pour une expédition en Asie contre Usun-Hasan , prêta l'oreille aux offres de Thomas , moyennant l'accomplissement de trois conditions : que les troupes grecques s'éloignassent des châteaux turcs, que 3,000 livres d'or fussent pavées annuellement comme tribut , et qui' , dans l'espace de vingt jours, le despote parût a Corinthe, où se rendrait un envoyé turc. Thomas promit tout, mais ne put fournir le tribut. Mohammed, irrité, remil à l'année suivante l'expédition d'Asie, et marcha en personne contre les deux frères vers le Péloponèse L 13 avril 1460] (1). A Corinthe, il mit dans les fers Asanes, beau-frère de Déniétrius, el bientôt il parut devant Sparte. Démétrius, trahi par son frère, chercha un abri contre sa perfidie , en trahissant lui-même la cause générale de la Grèce. Il se rendit dans le camp du sullan, qui l'accueillit gracieusement, lui promit de nouveau d'épousersa fille, et de lui accorder des dédommagements pour la cession du Péloponèse. Mohammed le conserva dans le camp, et mit une garnison turque à Sparte; puis il marcha vers kaslriza (2). La ville fut aussiiot emportée d'assaut et saccagée ; mais lecfaàtraa, placé sur un plateau inaccessible, opposa de la résistance , et beaucoup de janitschares furent précipités du haut des murs; néanmoins la garnison de trois cents hommes se rendit Pour récompenser la vaillante défense de ces guerriers et leur confiauce en sa parole , Mohammed les fit réunir sur une place, où ils furent égorgés; le commandant lu1, scié en deux. De là le sultan s'avança vers Leontari; 1rs habitants avaient abaudonné la villepour.se réfugier, avec leurs femmes et leurs enfants. dans laforteresse de Sardika, el la ils se défendirent vaillamment contre les assauts des Asabes (3). La ville fut emportée, six mille ca-

(t) Phranzes, . iv ,c. 16, p. 88; Chaleondylas, I. ix, p. 148.

(2) Kastoria , dans Chaleondylas, est une faute d'écriture ; cela est clair, car Kastoria est en Thessalie, et non pasdans le Péloponèse. Phranzes, I. îv, c. 18, donne le vrai nom de Kaslriza en rapportant le massacre.

(3) Chaleondylas.

davrcs d'hommes el de femmes y furent entassés pêle-raèle avec des bêles rie somme, car Mohammed avait fait publier la défense d'épargner la vie même d'un esclave. Il promit ;'i la garnison de la citadelle libre retraite, lorsqu'elle capitula après la chute de la ville ; il jura que les défenseurs ne seraient ni tués, ni emmenés en esclavage, ni même offensés. Mais à peine étaient-ils hors des portes qu'il fit pousser hommes et femmes, en les accumulant sur une petite place, et tous furent taillés en pièces, au nombre de treize cents (1). Le commandant Bochalis aurait probablement été scié en deux , si sa parenté avec le grand vesir Mahmud, beau-frère de sa femme , ne lui eût sauvé la vie. De telles cruautés abattirent le courage des autres places du Péloponèse, et de tous cotés arrivèrent des députés pour capituler spontanément. Le commandant de Saint- Georges, Kronkotelos, qui, selon l'expression de Phranzes , aurait dû plutôt porter le nom de crocodile, se jeta aux pieds du sultan (2). Navarin et Arkadia, les deux ports les mieux fortifiés de la côte occidentale, se rendirent. Les habitants de la dernière ville, au nombre de dix mille, furent jetés dans les fers, et Mohammed les menaça de les faire égorger ; mais ensuite il les fit tous transporter à Constanlinople pour peupler les faubourgs. D'après le conseil du despote Démétrius, qu'il traînait à sa suite comme un témoin des atrocités exercées sur les Grecs, Mohammed délacha Isa, petit-fils d'Ewrenos , vers la côte orientale , vers Epidaure ou Monembasia (Malvasia), pour prendre possession de la ville , et ramener l'épouse et la fille du despote (3). Nicolas Paléologue , plus digne que le despote du sang qui coulait dans ses veines, refusa de livrer, sur l'ordre de celui-ci, la ville aux Turcs (4); mais il laissa partir librement la princesse et sa fille. Mohammed leur donna un eunuque pour garde d'honneur , et les envoya en Béotie , où il ordonna aussi au despoteDémétrius de les suivre. Son frère Tho-

(1) Cbalcondylas . 1. ix , p. 150.

(2) Phranzes , I. îv , p. 19.

(3) Cbalcondylas et Phranzes , 1. îv , p. 16, avec une note très-remarquable sur les institutions de la ville de Monembasia.

(4) Chalcondylas et Spandugino , p. 45.

mas, perdant tout espoir après la chute de Leontari et de Gardika, avait abandonné Kalamala, et s'était embarqué avec ses enfants (1).

Le sultan confia au beglerbeg Saganos la conquête des autres villes, et s'avança luimême le long de la côte pour reconnaître les ports vénitiens de Modon et Pylos. Comme il campait devant cette dernière ville, le vaisseau du despote Thomas était encore dans le port , ou du moins en vue de la rade ; les Vénitiens firent signifier à ce prince de s'éloigner, et renouvelèrent au sultan des protestations de paix et d'amitié (2). Néanmoins la cavalerie turque continua ses ravages autour de Pylos , entraînant les Albanais en esclavage. Mohammed marcha vers le nord, et prit possession des autres villes placées sur sa route, et qui n'étaient pas encore réduites, Bostiza et Lestrene, Patras et Kalabryta (3). Le vaillant commandant de la dernière ville, l'Albanais Doxas (4) , qui n'avait été fidèle ni au sultan, ni au despote, ni à son Dieu, dit Phranzes, fut scié en deux; les soldats de la garnison furent décapités ou vendus comme esclaves. Karytena, défendue par le Paléologue Sguromalo (5), ne se rendit qu'après une vaillante défense, el le château de Salmenikos, où commandait Grailzas, autre Paléologue (6), tint encore après que la ville eut été emportée et livrée au pillage. Graitzas fit savoir au sultan qu'il était prêt à rendre la place, sous la condition que Mohammed s'éloignerait à un mille de la ville, afin que la libre retraite de la garnison ne fut point menacée; Mohammed consentit à cette demande, par respect pour la valeur des Paléologues, se retira complètement, laissant l'ordre de l'occupation au gouverneur Ilamsa, qui avait été réintégré dans son ancienne dignité, à la place

(1) Phranzes , 1. iv , c. 18 , p. 91.

(2) Chalcondylas , 1. ix , p. 151.

(3) Phranzes, 1. îv, c. 19 } p. 91.

(4) Phranzes ne nomme pas le commandant; c'est Chalcondylas qui cite son nom.

(5) Dans le diplôme d'affranchissement que Mohammed adressa au Péloponèse par Hasan-Aga se trouve citée la famille Sguromalo , qui était une branche des Paléologues.

(6) Phranzes, 1. îv, c. 19, p. 91. Ce Graitzas parait être le même que le Paléologue Grizzi auquel Spanduginofait défendre Muchi cinquante-quatre jours contre Mohammed. Spandugino , p. 44.

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