‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 230 sur 288 · LIVRE XXlll · texte numérisé non relu

LIVRE XXlll

on le remplaçait par l'officier qui le suivait immédiatement en grade. C'était, à vrai dire, le général des trente-trois bataillons dessegbans, qui, ainsi queles fantassins appelésjajas, avaient été incorporés aux janitschares aussitôt après l'institution de ceux-ci , en sorte que le corps des janitschares consistait en trois parties diverses, savoir: soixante-deux bataillons (buluks) de nouvelles troupes(jenitscheris); trente-trois chambrées ( odas ) de gardes chiens (segbans ) , et cent compagnies (dschemaats) de fantassins (jajas). Après l'exécution de Buljemes-Osman , Selim donna le commandement supérieur des janitschares, non point d'après l'ordre des rangs, mais arbitrairement, à un aga spécial ; et, , pour cet emploi , il choisit dans le sérail son . porte-étendard Jakub, sur la fidélité duquel il pouvait compter. Au reste, celui-ci ne dut pas avoir, à l'avenir, le segbanbaschi immédiatement au-dessous de lui; au mépris delà hiérarchie militaire, ce dernier fut subordonné L à un lieutenant général , sous le titrede kulkiaja , , procureur des esclaves; après l'aga et le kulpkiaja venaient, selon l'ordre de leurs services, [•les quatre lieutenants généraux, dont les noms li ont été tirés des anciens usages de la chasse: b le segbanbaschi (le premier garde des chiens), Lie sagardschibaschi (le chef des gardes des R chiens d'arrêt ), le ssamszundschibaschi ( pre- [ mier garde des dogues ), et le turnadschibaschi l (chef des gardes des grues), après lequel venait le baschtschausch, ou le chef des messagers d'État. Ces sept officiers composaient y l'état-major des janitschares (1). Comme les quatre lieutenants généraux avaient emprunté i leurs noms des fonctions de la vénerie, de i même les quatre premiers officiers de chaque régiment tenaient les leurs des divers besoins i de la cuisine; ainsi, le colonel tschorbadschi- I baschi (faiseur de soupes), l'aschtschibaschi (chef de cuisine), le sakkabaschi (chef des porteurs d'eau), et le wekilichardsch(chef de la ; comptabilité des cuisines ). Il ne faut pas confondre le kulkiaja, premier officier des janits- | chares, après l'aga , avec les kiajajesi ( littéralement procureurs). Ceux-ci s'occupaient de régler, avec les autorités administratives des loca-

(1 ) Constitution et administration de l'empire ottoman , , H , p, 203,

lités,lesaffairesdeleurs camarades, et,quoiqu'ils fussentles derniers des officiers, leurs noms figuraient en tète de tous les firmans relatifs aux rapports économiques des janitschares ; immédiatement au-dessus d'eux étaient les muhsirs, attachés au service du tribunal du corps; puis venaient les dewedschis (1), ou conducteurs de chameaux, et après ceux-ci les chaszekis (exempts des gardes (2). Voici comme se faisait l'avancement : du kiajajesi au muhsir, du muhsir au dtwedschi, de celui-ci au chaszeki , et ainsi de suite, en observant la gradation des rangs jusqu'aux quatre lieutenants généraux; mais le kulkiaja et l'aga n'étaient plus soumis aux règles de la hiérarchie : c'était la volonté seule du sultan qui décidait leur nomination , et de la sorte il avait entre ses mains les deux premiers postes de la redoutable milice. Avec des dispositions si bien combinées, Selim espérait contenir l'humeur indocile et séditieuse des janitschares. L'aga ne devait aller en guerre qu'avec le sultan ; le kulkiaja suivait toutes les affaires du corps auprès de la Porte ; le segbanbaschi était chargé, durant l'absence du sultan , de veiller à la sécurité de la capitale.

En même temps qu'il prenait les mesures pour l'ordre et la discipline de l'armée, Selim suivait l'exécution d'un vaste plan, pour l'organisation et l'augmentation de la marine. La flotte qui, durant la guerre de Perse, avait fait arriver des vivres par la mer Noire à Trabesun , necomprenait pas de bâtiments en assez grand nombre, et n'offrait pas des équipages assez bien tenus pour en imposer aux puissances maritimes de la chrétienté. Constantinoplemème n'avait point encore d'arsenal pour fournir aux besoins de sa marine , et depuis la conquête on avait été réduità se servirdes vieux chantiers laissés par les Grecs. Après une nuit d'insomnie, dans laquelle le sultan s'était représenté vivement les vices de cette situation, il fit encore appeler, avant la naissance du jour, son fidèle vesir Piri-Pascha, qui, depuis la bataille de Tschaldiran , ayant manifesté en cette occasion un caractère sympathique à celui de Selim, avait acquis chaque jour la confiance plus intime de sou maître. «Si cetteracede scorpions, dit le

(1) Voy, l'administration de l'empire ottoman , I. h, p. 13.

(2) ma., p. 204,

sultan, si 'le pape, les Français, les Espagnols et le doge de Venise dominent, avec leurs flottes, sur la mer du pays des Francs, il faut en accuser mon indulgence et ta paresse ; mais, maintenant, je veux qu'une grande flotte soit équipée. » «En effet, répondit l'iri , votre majesté me fait entendre, à l'avance, ce que je méditais cette semaine de lui soumettre humblement à l'audience. Lorsque demain, nous autres vesirs, viendrons présenter notre rapport ordinaire, que Votre Majesté toute-puissante daigne nous réprimander tous ensemble, m'adresser de plus vifs reproches à moi qu'aux autres; qu'elle nous impose l'obligation de faire construire un arsenal avant le printemps prochain, et de prendre à notre charge l'équipement de cinq cents vaisseaux ; qu'elle nous ordonne de choisir, à l'instant , l'emplacement convenable , et de suivre activement l'exécution de ces plans. A la nouvelle de ces travaux, les Francs se douteront qu'ils sont dirigés contre eux, et avant que les chantiers soient achevés, avant même que les galères soient lancées à la mer, ils s'empresseront de renouveler les capitulations, et de payer le tribut; de cette manière seront couverts, en grande partie, les frais de l'entreprise.» Le sultan goûta l'avis de Piri, et le suivit dans le divan. En sortant de l'assemblée, les vesirs, Piri en tête, se rendirent sur l'emplacement de l'arsenal actuel, de l'autre côté du port, là où il y avait eu des chantiers du temps des Byzantins (1). Depuis la conquête, c'était un cimetière commun. A l'instant, les vesirs firent commencer le déblaiement sur le bord de la mer; plusieurs centaines de tombeaux furent fouillés, et les ossements furent déposés dans une grande fosse commune. On se mit à l'œuvre pour l'arsenal et les galères, et la prédiction de Piri s'accomplit en partie; car, avant l'expiration de l'année, Naples et Venise renouvelèrent les capitulations ; la Hongrie et la Valachit* imitèrent cet exemple. Les Hongrois furent déterminés à ce parti par les mouvements des Turcs du côté de Kuin, Klisa et Skardona ; et, dans la trêve d'un an , ils firent comprendre la Pologne (*2). Nagul-Bassaraba, prince de Va-

(1) On armamenlaiïum. ï'oy. Constaminople et le Bosphore, I. n , p. 55.

(2) Engel, Histoire de Hongrie, I, m, 2e part , p, 192,

lachie, assura son repos en s'engageant à fournir un tribut annuel de six cents jeunes garçons et de 3,000 baucrasches ( 0,000 rixdallers) (1).

Bientôt après le grand incendie (2), Selim quitta la capitale et se rendit à Andrinople; mécontent du grand vesirSinan, il se disposait à conférer cette dignité à Hersek-Ahmed , qui déjà l'avait occupée quatre fois. Il le fil appeler, mais Hersek s'excusa sur son grand âge et la ) paralysie dont il ■était affecté, pour ne point paraitre. Selim, soupçonnant le grand vesir d'avoir révélé à Hersek-Ahmed le motif pour; lequel il le mandait auprès de lui , se sentit transporté de colère , et voulut le frapper de son sabre. Sinan s'enfuit ; et, durant quelque temps, l'on ne connut point sa retraite. Enfin Selim, ne trouvant pas un homme plus capable, fit publier un ordre de rappel pour Sinan, qui. | fut conservé. Pendant que tous ces événements se passaient dans les deux capitales européennes de l'empire, en Asie la conquête et la réorganisation du Kurdistan étaient accomplies par le gouverneur d'Ersendschan , Biiklu-Mohamnied-Pascha, et le mollah ldris, le premier grand historien des Ottomans.

Selim, qui s'exerçait lui-même dans la versification persane et qui sentait les beautés de la poésie et de l'art oratoire dans cette langue privilégiée, malgré son humeur tyramiiqne et sanguinaire , aimait à s'entourer d'hommes distingués par leur mérite littéraire; dans «a campagne contre la Perse, il était accompagné de trois des plus grands savants de son temps, dont les talents ornaient sa cour, dont les entreliens charmaient ses loisirs, et qu'il sut encore employer au service de l'empire et à l'eiécution de ses plans de conquête et d'organisation. C'étaient son précepteur, le philologue Halimi, son secrétaire d'État, qui devint plus tard juge de l'armée, le poète Dschafer, et l'hislorii n ldris. Ce dernier, kurde d'origine, né à Biblis, jadis secrétaire de Jakub, prince du Mouton-Blanc, connaissant parfaitement le

(1) Engel, Histoire de Valacbie, d'après Bauer, p. 198.

(2) Giustiniani rend compte de l'incendie du 26 août , et le 18 septembre Selim availdéjà quitté Conslanliuople; Chronique de Marini Sanulo, 1515.

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