LIVRE VIII
I jpe (1). Ralliant à lui Sulkadr, le voisin le plus riental de l'empire ottoman, et le kral de Sere, établi sur la dernière limite occidentale , nsi que l'empereur de Byzance, Mohammed t rendit en Europe par Constanlinople, et impaà Wisa. Là il reçut une lettre d'Ewrenos, ni, révolté de la tyrannie de Musa et depuis
j ngtemps suspect à ce prince, venait offrir s conseils et son bras au libérateur. Lorsqu'arèa la mort de Suleiman, Musa avait appelé
l 's begs auprès de sa personne A Andrinople , wrenos s'était excusé sur son âge et sur sa '•cité, quoique cette dernière infirmité ne fût
I u'un prétexte. Musa, qui redoutait les ruses
I m vieillard et qui connaissait sa gourmandise,
\\ contraignit A venir d'Ienidsche-Wardar, sa esidcnce, à Andrinople, et l'invita A diner; il 'ii fit servir son mets favori, un plat de grenouilles , dans l'espérance qu'il choisirait ce lat et lui offrirait ainsi l'occasion de châtier un mensonge relatif A la cécité; mais la puis- «nce de dissimulation du vieillard surmonta sa ourmandise, et il ne toucha A rien avant que ïusa lui ordonnât de prendre lui-même ;conaincu qu'il était privé de la vue , le sultan l déchargea du service de la porte (2). Ewrelos attendit l'occasion de se soustraire aux initations ultérieures du tyran, et comme alors lohammed était revenu en Europe , il lui Dnseilla dans la lettre où il lui offrait son
, ommage de marcher droit sur la Servie, de étacher de Musa et d'attirer A lui-même les laibegsde laThessalie;Borrak-Beg, Jigit-Pas-
tiiaet Sinan-Beg, commandant de Tirhala (3).
: \insi qu'on l'a dit plus haut, Ibrahim, fils du 'esir Ali-Pascha, avait quitté Constantinople our passer au service de Mohammed à Brusa , t son successeur dans le vesirat auprès de ïusa, Schah-Aur-Melek, ne quitta pas son ,iaître ouvertement; mais il entra en inteligence secrète avec Mohammed. Quant à Molammed, fils d'Ewrenos, et à Jachschi-Beg, ils de Michaloghli , ils déclarèrent hautenent embrasser le parti du sultan Mohammed, lichaloghli lui-même, chef des coureurs, ainsi jue Simawnaoghli , le juge de l'armée, et Asab-
(1) Seadeddin, dans Bratutti, p. 322.
(2) 76irf.,p.3IO; Aali , fol. 53.
'3~i Seadeddin, dans Bratutti, p. 325; Neichri, fol. 149.
Beg , le porte-étendard (miralem) , restèrent seuls fidèles à leur maître avec quelques au- Ires (1). Suivant le conseil d'Ewrenos-Beg, Mohammed conduisit ses armées au nord , afin d'unir ses forces A celles du kral de Servie, dont il était séparé par les troupes de Musa. Après le premier départ d'Europe de Mohammed, Musa avait poursuivi le siège de Constantinople qu'il fut maintenant forcé de lever, et il avait combattu avec succès le kral de Servie, comme allié de Mohammed et de l'empereur byzantin. Dans l'année même de son avènement au trône, il avait enlevé les villes de Paravvadi, Modreni, Kcrpri et Akdscheboli(2), et avait ainsi recouvré, sur les deux versants de l'Hœnius, les fortes frontières dont l'empire ottoman était privé en Europe comme en Asie depuis la captivité de Bajesid. Mohammed avec son armée se dirigea vers Andrinople; sur sa route, Jachschi-Beg, fils de Michaloghi, battit l'avant-garde de Musa, commandée par Kara- Chalil, qui se retira sur Sagra par Andrinople (3). Mohammed somma Andrinople de se rendre , et , comme la ville lui répondit qu'elle se remettrait en son pouvoir aussitôt qu'il aurait battu Musa, il poursuivit l'ennemi du côlé de Philippopolis, dirigeant sa marche le long de la Marizza vers le Balkau (l'Hœmus), où les troupes de Musa voulurent défendre le fameux défilé de Succi ou Ssnln-Derbend (4). Le passage était occupé par Hamsa-Imiroghli et Jigit-Pascha avec deux mille vaillants guerriers, contre lesquels Mohammed détacha deux mille hommes d'élite de son avant-garde, sous les ordres de Baiesid-Pascha et de Jachschi-Beg , fils de Michaloghli. Les troupes de Musa furent repoussées, et celles de Mohammed, pénétrant dans le défi'é , débouchèrent dans la plaine de Sofia, où elles trouvèrent des vivres en grande abondance. Elles opérèrent encore plus facilement parle passade de Schehrkoi, où Mohammed reçut des lettres de Jigil-Pascha, de Borrak-Beg et de Sinan-Beg, maître de Tirhala, qui 1 invitaient A poursuivre .•-a marche, l'assu-
(1) Aali, fol. 52.
(2) Ibitl., et Ssolaksade, fol. 28.
(3) Neschri, fol. 150; Seadeddin, dans Bratutti, p. 325; Ssolaksade , fol. 30.
(4) Seadeddin , Ssolaksade.
rant de leur dévouement. 11 pénétra donc sans difficnllé jusqu'à Nissa, puis jusqu'aux bords de la Morawa (1), d'où il appela son allié Etienne Lazareviiseh de Servie à faire sa jonction avec lui. Là il vit arriver Jigil-Pascha, Borrak-Bcg, Sinan-Beg de Tirhala, Ewrenos- Beg de Jenisdche-Wardar, qui avaient abandonné Musa; et, enfin. Etienne Lazarevitsch, qui introduisit les troupes de .Mohammed dans son propre pays. D'abord il campa dans la plaine de Kossowa, puis d.ins le p >ys de Kœr-Tekkur, (le seigneur aveugle), où Hamsa-Beg , fils du maître de Smyrne, passant du côlé de Mohammed avre cinq cenis cavaliers, vint aussi lui baiser la main, en lui apportant la nouvelle que Musa était maintenant abandonné de tous ses begs. L'année de Mohammed fil ensuite quelques stations sur les bords du Karaszu , dans la plaine d'Alaeddin-Oghli (2) et dans celle de Tschamurli , suivant les traces de Musa- Beg, qui s'éiait tourné au sud, dans les moniagnes, vers Ihtiman. A Tschamurli, où l'on s'arrêta deux jours, d'autres officiers de Musa vinrent encore présenter leur hommage à Mohammed : c'étaient les begs Temadschioghli et Susdschioghli.
Mohammed n'avait pas encore quitté la plaine de Tschamurli , lorsque Musa descendit lentement des montagnes avec sept mille janitschares qui lui étaient restés fidèles, parce qu'il leur avait distribué l'or par boisseaux. Mohammed rangeases troupes en bataille : à l'aile gauche était son allié Etienne avec l'armée servienne; à la droite Ewrenos-Beg avec ses cinq fils. Au moment où les armées allaient en venir aux mains, Hasan, l'aga des janitschares, qui avait quitté Musa pour passer dans les rangs de Mohammed, s'adressant à ses anciens compagnons d'armes, cria d'une voix retentissante :« Qu'attendez-vous , eufants, pour vous ranger sous la bannière du plus juste et du plus vertueux des princes ottomans! Pourquoi rester misérables, abattus, outragés auprès de celui qui n'est pas en étal de veiller au salut des autres, et même d'assurer le sien! »En entendant cetappel, Musa ne retint pas plus longtemps ses soldats, et ne
(1) Nescbri, fol. 151; Seadeddin , daas Bratulti, p. 327 , au lieu de la Morawa , il y a il fiume Varna.
(2) Ne>rhri, fol. 151 ; Bratulti , p.32S.
put se contenir lui-même. Il se précipita furieux sur Hasan qui prit la fuite : Musa l'atteignit, et lui porta un coup qui lui fendit la tète: il voulut redoubler, mais un compagnon d'Hasan lui opposant sonsahre, lui abattit la main à lui-même. Alors le prince revint dans le camp, et à l'aspect de sa main pendante , les janitschares l'abandonnèrent; aussitôt il s'enfuit vers la Valachie (1). Des cavaliers qui se lancé- il rent sur ses traces, ayant à leur tête Ssaudsche- Pascha , le trouvèrent mort dans un marais, ou peut être fut-il étranglé par eux [1413]. Des compagnons qui lui restèrent fidèles jusqu'au dernier moment, Asab-Beg, miralemou porteétendard de l'empire, s'enfuit en Valachie; Michaloghli , qui avait occupé auprès de Musa la place du beglerbegdeRumili, fut envoyé chargé de fers A Tokat dans le cachot du Tschardak' des Bédouins, où déjà Jakub, fils de Firus-Bcg d'Angora, expiait sa trahison. Mais Simawnao- • ghli, le savant jugede l'armée, en considération i de son savoir et de sa haute dignité , obtint non-seulement la vie, mais encore une place de juge d'un produit de cent aspres par jour (2). Ainsi finit au bout de trois années la . domination absolue de Musa , prince libéral, mais d'une humeur tyrannique, dont les rigueurs aliénèrent l'esprit des begs, et finirent par repousser aussi les soldats qu'il avait gagnés à force d'or. La courte durée de son règne ne lui permit pas d'achever la mosquée d'Andrinoplc déjà commencée par Suleiman; il ne la poussa que jusqu'à la hauteur des fenêtres (3).
Parmi les écoles fondées de son temps, l'hii toire ne cite que le collège établi à Gallipoli, par Ssarudsche-Pascha. Entre tous les savants se distingua le juge de l'armée Bedreddin-Simawnaoghli, qui mérite d'autant plus une mention particulière , que s'il brilla par son savoir, il se montra dans la suite comme un révolutionnaire redoutable au pouvoir. Né à Simaw, siège d'une juridiction du sandschak de Kntahije, il avait étudié la logique en Egypte avec le grand Dschordschani , puis il
(1) Chalcondylas , 1. îv , p. 58, édit. de Basle de l'année 1556.
(2) Aali , fol. 53.
(3) Ibiri.