‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 167 sur 297 · XVI · texte numérisé non relu

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la ville et du lac. Un pont de bois qui unit les deux rives est souvent emporté par le gonflement des eaux; les habitants d'un village voisin sont obligés de le tenir en bon état de service (1). Les trois forts de Goibaschi , Drivasto ( Dergos ) et de Xabiacco ( Schabibak ), commandent comme des postes avancés les trois routes menant à la ville (2). Depuis les derniers triomphes des Romains sur Gentius, l'histoire n'avait eu rien a signaler dans les destinées de l'Illyrie et de ses souverains, lorsque le pays sort it de l'oubli par ses luttes avec les Ottomans. Dans le xive siècle on voit paraître comme dynasties souveraines à Skutari, les Balsch, dont trois frères , en possession de la Bojana , expulsèrent la famille des Dukagin de la contrée qui porte lenr nom (3), la famille des Sofl de kroja, et assiégèrent le roi de Bosnie Étienne dans Raguse. Après avoir étendu, par un traité avec Raguse, leur domination sur les bords de la Narenta, ils conquirent en peu de temps A Iba Gra?ca ( A rnaud Belgrad ), kastorea ( Kesrije) et Apollonia (Awlona), et gouvernèrent le pays en repos, jusqu'à la mort de deux d'entre eux. Alors le troisième fut attaqué, vaincu et tué par Kwrenos, général de Murad 11, dans la plaine de Saura, pçès d'Alba Graeca. Les coureurs turcs inondèrent le pays , et occupèrent les trois places principales, kastorea, Alba Grœca et Kroja (4). Le successeur du prince tombé sous les coups d'Ewrenos, Stracimer Balsch régna sur Skutari , Drivasto, Lissus , Antivari, et laissa un fils , Georges, qui céda Skutari à Murad II. Mais le sultan , satisfait d'une jolie fille envoyée au harem par Georges son parent , rendit Skutari à ce prince, qui finit par l'engager aux Vénitiens, et négligea delà racheter (fi). C'est ainsi que Scodra devint une ville vénitienne, et c'est en celte qualité qu'elle avait soutenu, quatre ans auparavant, un siège de trois mois poussé par le beglcrbeg deRumili, l'eunuque Suleiman- Pascha. Mais maintenant Mohammed arrivait en personne avec toutes ses forces pour conquérir Skutari. Les citoyens et

(1) Pline, I. m ,p. 22.

(2) Stolakiade, fol. 62.

(3) Rumili d'Hadtchi-Cbalfa , p. 145.

(4) Marini Barleii , De Scodreow obsWione et expu- [jnatione, dan» le Loeinereuft , fol. 231.

.» Barlcti , Dcobsidione Scodra-, fol. 235.

les équipages de quelques galères entrées dans la Bojana furent employés nuit et jour à la réparation des murailles et aux travaux des retranchements. Tandis que tout le monde était transporté de la plus vive ardeur, des colonnesde fumée s'élevant des hauteurs â quelque distance de la ville annoncèrent l'approche des Turcs, et dans la nuit du 14 mai , Skutari fut investie par huit mille akindschis sous les ordres de leur chef héréditaire Ali Michaloghli. Celui-ci fut suivi de son frère Iskander. sandschak-beg de Bosnie, à la tète de quatre mille soldats, puis vint avec trois mille hommes de cavalerie légère, Malkovich(l),dont les yeux jetaient tant d'éclat, que personne ne pouvait supporter ses regards (2). La population maîtresse de la ville fut aussitôt divisée en trois parties , dont Tune occupa les remparts, une seconde travailla aux murailles et aux retranchements, et la troisième, où se trouvaient aussi les prêtres, devait garder l'étendard doré de saint Marc, protecteur de la république , et de saint filienne, patron de la ville ; mais tous ces défenseurs avaient une rude tâche à remplir : car les huit mille akindschis et les sept mille hommes de cavalerie légère n'étaient que lavant-garde de larmée.

Mohammed avait confié le soin de faciliter la marche des troupes, et d'aplanir les routes au fils &' Ewrenos , Ahmed-Beg , et au fils de Turachan, Omar-Beg, qui, en cas de besoin , construisaient ou réparaient des ponts (3). Le grand vesir Ahmed-Keduk , conquérant de la Karamanie et de Kaffa, avait dû avoir le commandement supérieur du siège; mais, comme il avait fait quelques observations sur les difficultés d'une campagne en Albauie,sans égard pour ses services passés , on l'avait aussitôt déposé, et la première dignité de l'empire avait été conférée non point à uu général, mais â un homme d'État, signalé aussi comme poète, et secrétaire pour la signature du sultan, Mohammed - Pascha - Karamani , descendant du grand poëte mystique Dschelaleddin-Rumi. Ce

(1) Le* historiens ottomans In nommeul Malkodscü- Oßhli ; Barleti l'appelle Malacotiu*.

(2) Barieti , HA. 238.

(3) Seadeddin, dans Bralutti, I. u , p. 305; Saolak- «ade, Idrii, Aali.

dignitaire acquit une grande renommée dans h codification, comme auteur de plusieurs loi* fondamentales dans l'empire (1); mais m nom ne figure pas dans les guerres, dont Mohammed se réserva désormais la direction rv clusive. Il marcha en personne sur Kraja.« détacha Daud-Pascha vers Skutari. Daud-Pasdu était , comme beglerbeg de Humili , succcshv de l'eunuque Suleiman-Pascba , auquel on aurait pardonné la levée du premier siège At Skutari et la grande défaite dans la Moldavie: mais son échec de Lepante , comme le rtfa d'Ahmed-Keduk-Pascha d'assiéger Skutari pour la seconde fois, les avaient fait renfermer ww deux dans le château d'Europe sur le Bosphore (2). Il y avait maintenant plus d'un ai queKroja était assiégée, et les habitants étai»: réduits à se nourrir de chiens et de ebak Lorsque parut Mohammed, il n'y avait plus aucun moyen de sauver la ville avec les faibb restes des équipages de Lorcdano. Les assie^ envoyèrent des députés au sultan, offrant de capituler. Ils obtinrent un engagement écr.t qui leur garantissait la vie sauve et la liberté de se retirer avec leurs effets , s'ils n'aimairct pas mieux vivre paisiblement à l'abri de la domination ottomane. Ils se rendirent au p*v cha (3), qui fut chargé de les escorter; ma» j peine étaient-ils dans la plaine, que le chef fa Turcs les fit charger de fers, et conduire it vant Mohammed. Le sultan réserva seulement quelques-uns des principaux qui étaient coéta! de payer une grosse rançon, et fit trancher la tète aux autres. La ville de Kraja, nommée pr les Turcs Akhiszar (le château blanc), à quatorze milles de Durazzo (Dyrrachium) , et cinîraintfsept deSkutari, bâtiesur désira escarpésdenit sa fondation à un seigneur de la maison de Sri auquel elle avait été arrachée par Balsch. qui dut y laisser entrer les Turcs, sur lesquels ell? fut conquise par Scander-Beg. !<e héros albanais se défendit vaillamment contre Murad fie! Mohammed 11, et finit, après une possession de vingt-cinq ans, par la céder dans sa vieillesse aux Vénitiens.

(1) Biographies des vesirs, par Oaman-Efeudi.

C2) Seadeddin, dans Bratutü , I. n.

(3) Laurier , t. m, 1. ixxn, p. 330, le noemw*! Iciman , el Sitmondi , I. m , p. 145, Aanin, c'e*t i-diic Harun, d'après Na?i8»ero, t. xxui , p. 155.

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