XVII
Grecs et les Phéniciens la trouvèrent couverte de fleurs et remplie de reptiles. Des colons phéniciens, conduits par Cadmus, élevèrent à Jalyssos un temple consacré à Neptune ( I ); les Cretois , sons la direction d'Altbœmenes, s'établirent autour flu temple, élevé a Jupiter, surla moulagnt d'Atabyros (2), et les Dannide* fondèrent le fameux temple de Pallas à Lindos(3). Tout cela est antérieur à Homère , qui connaissait bien Pile et ses trois villes (4).
Dans la guerre des Perses et des Grecs, les vaisseaux de Rhodes se rangèrent toujours du côté des plus forts: d'abord ils grossirent les flottes de Xerxès, puis celles de Sparte, puis celles d'Athènes. Dans les dernières années de la guerre du Péloponèse, les trois villes de Lindos, Jalyssos et Kamiros se réunirent pour fonder en commun une capitale dans la partie septentrionale de l'île, construite en amphithéâtre, par le même architecte qui avait bâti le Pirée et la longue muraille d'Athènes (6). Celte ville de Rhodes concentre désormais sur elle l'histoire entière de nie. Elle fut prise pour la première fois par la reine de Carie Artemise 11 , qui força les habitants a lui ériger une statue, en souvenir de son triomphe (6). Des scrupules religieux empêchèrent les Rhodiens de détruire ce monument de leur honte; plus lard, ils se soumirent sans combat devant Alexandre, mais ils opposèrent une résistance, fameuse dans l'histoire des sièges, a Détnélrius Poliorcète, fils d'Antigone, roi de Syrie. C'est la que Demetrius imagina la machine appelée helcpole. Trente mille hommes étaient employés aux travaux de ce siège. Après que la première enceinte se fut écroulée , les assiégés en construisirent une seconde, avec les matériaux des théâtres, des maisons et des temples; et, cette seconde muraille ruinée, ils en élevèrent une troisième. Cinquante députés des États grecs, et particulièrement des Étolieris et des Athéniens, parurent dans les rangs de Démétrius, pour ménager un accommodement en faveur de Rhodes; un traité fut conclu, sous la
( t ) Diodore , 1. 1.
(2) /bid., I.
(3) Slrabo , |. xiv.
(4) Homère, Ul., I. t , p. 656 , G62. (5j Strabo , Diodore , I. xm.
(f> Vitruve ,1 n.
condition que Khodes remettrait à Démétrius cent otages, et s'engagerait à lui fournir des secours pour ses guerres.
En mémoire de cette brillante résistance et de son succès, les Rhodiens élevèrent le fameux colosse de soixante-dix ou quatre-vingts mètres de haut, du poids neuf mille quintaux, sous lequel les vaisseaux entraient dans le port, à pleines voiles(l): commencé par Chardcs de Lindos, il avait été achevé par Lâches, de la même ville. Mais, cinquante-six ans après avoir émerveillé le monde, il s'écroula , et, neuf siècles après, neuf cents chameaux furent chargés de ses débris (2). Si Rhodes se rendit célèbre par ses monuments, ses artistes et ses écoles, elle ne fut pas moins respectée pour la sagesse de ses lois maritimes et la prudence de son gouvernement aristocratique; ses forces bien dirigées se répandirent sur toutes les parties de la Méditerranée, où elle fonda de nombreuses colonies.
Rhodes, qui voyait dans les rois de Syrie, ses voisins , les rivaux les plus dangereux de sa puissance maritime, s'unit avec les Romains contre Antioehus. Polixcncdts, banni de Rhodes, et accueilli par Antioehus , qui lui donna le commandement de ses Hottes . se laissa vaincre par les Romains au pied du cap de Korykos, le long de la cote d'Ionie (3); mais il vengea cctle défaite par une victoire remportée sur la flotte rbodienne, près de Panormos. contre la côte de Carie (4). Les Rhodiens perdireut leur chef Pausistrate , la fleur de leur jeunesse, et presque tous leurs bâtiments. Furieux d'un tel affront que leur avait fait subir ce traître, ils équipèrent aussitôt vingt vaisseaux, qui se réu- j nirent à la flotte romaine. On résolut en com- I mun le siège de Patara , qui bientôt fut abandonné. Les Rhodiens fournirent ensuite une forte escadre aux Romains contre Antioehus, et battirent la flotte syrienne, sur laquelle se trouvait Annibal à Suda ; ils prirent part aussi à la victoire des Romains remportée sur les Syriens près de Myenesos, contre le promontoire de Korykos, et décidèrent le succès par l'habileté de leurs manoeuvres. Après la paix imposée à An-
(1) Slrabo , I. xi? ; Pline , l. xixiv, p. 7.
(2) La charge du chameau comptée a dix quintaux.
(3) Tite-LiTe , I. xxxti , c. 15.
l4) Jbid., 1. xxxvu,c.1l.
| tiochus par Ii. Scipion , des débats s 'etevntfi. entre Rhodes et Eumènes , et les Romains ayas prononcé en faveur du roi de Pergame.la Rhodiens montrèrent plus de froideur pe* leurs puissants alliés. Rome ne leur pardons pas leur neutralité dans ta guerre avec Penéç aussi Rhodes résista longtemps à Mithridut Dans la guerre civile les flottes rhodiennescaobattirent tour à tour pour Pompée et César: après la bataille de Pharsale , Rhodes ferma « portes au parti de Pompée ; après la mort k César, elle ne reçut pas non plus ses meurtrim Cassius l'assiégea , y entra par trahison, a j commit d'horribles excès. Soas l'emparu Claude , elle perdit sa liberté , parce que les b. bitants avaient osé mettre en croix des dtow romains; mais neuf ans après, à la fin de sa règne , Claude la rétablit dans son ancien eût Enfin, cette liberté fut irrévocablement perd* sous Vespasien, qui comprit sous le nom de provinces romaines cette Ue, ainsi que l'Acbak, j la Lycie , Byzance, Samos , la Thrace, la Ctlirit et Comagène.
Sous Constantin , Rhodes devint capitale m Thema Cibyrthœtique, puis siège d'un archevêché, dont relevaient quatorze évéques. Histoire byzantine cite surtout l'Ile à l'occasion dt la construction de Sainte-Sophie , pour la coupole de laquelle on employa des briques blanches et légères fabriquées à Rhodes. Dans Ii douzième année du règne de Constantin, a» le règne de Moawia , les Arabes s'emparerait de Rhodes ; et c'est alors que neuf cents dumeaux furent chargés de débris du colosse. Le historiens byzantins ne précisent pas l'année <p vit partir les Arabes de Rhodes; peut-être tt»« retirèrent un an après leur conquête , alors que leur flotte fut battue dans la baie de Pbœnica: du moins, cinquante ans après, Rhodesétaitrfdevenue le lieu de rendez-vous des vaissean byzantins sous le règne de l'empereur Anastast Dans le partage de l'empire grec , après la prw de Constantinople par les croisés, Rhodes échut a un prince italien , que Ton n'a point nanmr, et passa entre les mains des Génois , auxquels JeanCantacuzène,écbanson de l'empereur Jean Ducas, essaya de l'arracher; mais, avec !**$&>tance de Villehardouin , prince d'Achaïe.qc allait joindre saint Louis en Egypte, les Géoos le forcèrent à se retirer. Ducas envoya en»!*