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de défense, se flattant de surprendre le château : trompé dans son espoir, il se retira dans | la baie de Physkos, aujourd'hui Penika, afin i d'y attendre le printemps, et l'arrivée de la 1 grande flotte de Constant inople. Vers la fin d'avril , cet amiral mit à la voile des Dardanelles , se dirigeant sur la baie de Physkos , afin de prendre les troupes de débarquement réunies en ce lieu , et , le 23 mai 1480, cent soixante bâtiments turcs, grands et petits, parurent devant Rhodes.
Les principaux instigateurs , les instruments les plus actifs de cette entreprise de Mohammed contre Rhodes, étaient trois renégats, dont chacun présenta au sultan un plan des fortifications, et qui finirent tous trois par une mort digne de leur trahison : le premier, Antoine Mcligallo, noble grec de Rhodes, avait espéré, en abjurant sa foi , ressaisir les biens qu'il avait dissipés ; le second , Démétrius Sofian, natif de Négrepont, avait été employé comme ambassadeur de Dschem, auprès du grand maître. On l'accusait de magie et de passion pour les sciences occultes; enfin le dernier était un Allemand , appelé communément maître Georges, très versé dans les mathématiques, et ayant surtout une grande pratique de l'artillerie. Jadis, il avait habité Rhodes; mais, établi depuis un certain temps à Constantinople, avec sa femme et ses enfants, il était entré au service du sultan , qui le comblait de bienfaits. Ces trois renégats avaient maintes fois présenté a l'amiral de la flotte la conquête de Rhodes comme facile , parce que les ouvrages étaient ruinés et manquaient de défenseurs, que la garnison n'avait ni munitions de guerre , ni approvUonncmcnls de bouche , et Mesih- Pascha les conduisit devant le sultan , auquel ils remirent leurs plans des fortifications. Celui de l'Allemand fut trouvé le meilleur, et c'est d'après son élude que fut disposé le siège. l;n examen attentif et minutieux des murailles et des boulevards de Rhodes, fait il y a trentetrois ans , permet de donner la description des lieux, avec les rectifications nécessaires pour rendre plus exact le plan de ce renégat allemand.
A la pointe la plus septentrionale de Vile est située la capitale du même nom. Deux langues de terre qui s'avancent dans la mer, en se re-
MP1RE OTTOMAN
courbant aux extrémités , forment un port sûr, vaste et commode, que l'on a bien fortifié; une digue artificielle sépare le bassin destiné aux barques de la rade des grands vaisseaux. La langue de terre de gauche en entrant se trouve en dehors des murs de la ville, et c'est à son extrémité seulement que s'élève une tour appelée ta tour des Anges, ta langue de terre opposée , en se recourbant pour se rapprocher de la tour des Anges et former l'entrée du port, est comprise dans l'enceinte , et à son extrémité même s'élève la plus fameuse et la plus importante des (ours de Rhodes, qui fut fortifiée d'abord par les Arabes, puis par les chevaliers de Saint-Jean, qui la consacrèrent à saint Nicolas. C'est pour cela que les Turcs l'appellent encore aujourd'hui tour des Arabes, et les chrétiens tour de saint N icolas. Des deux eûtes des langues de terre forment le port, et à l'extérieur, le terrain s'écarte ; à gauche il s'enfonce pour former une baie qui est sablée; mais à droite ses courbes se développent et tracent un second port bien régulier, appelé le port des galères, dont l'entrée est protégée par des ouvrages de défense ; a la pointe même de la langue de terre il y a une tour, et sur la côte en face s'élève le château de saint Eime. Au fond du port principal se dressent de doubles murailles au point même où s'arrête la mer ; mais derrière le port des galères est un espace occupé par un faubourg en dehors des fortifications : c'est là que se trouve aujourd'hui la résidence du gouverneur. Comme dans ce siégeî il n'est pas question des sept bastions dont la défense avait été confiée à des chevaliers de sept nations différentes , non plus que des portes de la ville , nous nous abstiendrons d'en parler ici, nous réservant d'en faire mention à l'occasion du second siège. Maintenant il nous faut seulement indiquer les hauteurs situées en dehors de la ville, et qui tiennent une place dans l'histoire du siège.
Phileremos, colline bien boisée, d'un aspect séduisant, s'élève à une demi-lieue au nord; on la nomme aujourd'hui Sunbullu ( couverte d'hyacinthes ). L'image de la mère de Dieu , objet d'un culte particulier dans cette retraite , avait été transportée dans la ville avant le siège. A une lieue à l'ouest, à peu de distance de la mer, le terrain monte graduellement pour for-
mer la colline de Saint-Étienne au pied de laquelle la flotte ottomane vint jeter l'ancre; malgré la vaillante résistance de la garnison du fort, les moslims débarquèrent leur artillerie et leurs troupes qui se retranchèrent aussitôt sur la hauteur et tout autour. Deux jours apr* ils établirent trois énormes canons au pied des murailles, à un endroit où se trouvait une églw consacrée à Saint-Antoine, et les pointèrent contre la tour de Saint-Nicolas. L'artillerie était dirigée par maître Georges, le seul des trots renégats qui vécût encore, car Mcligallo avait été emporté plein de vigueur encore par une indisposition accidentelle pendant la traversée. Démétrius Sofian était resté parmi les morts dans une escarmouche les premiers jour* du siège. Quant à maître Georges, il devaii trouver aussi sa digne récompense. Prenant l'apparence d'un déserteur repentant, il s'avança aux pieds des murailles, demandant qu'on le laissât entrer. Conduit devant le grand maître, il fit publiquement l'aveu de sa criminelle apostasie, et protesta de son profon«! repentir; mais à cette déclaration il joignit h peinture la plus vive des forces des assiégeants et de leur artillerie irrésistible. Il prétendit que les Turcs avaient là une armée de cent mille hommes, avec seize canons de dix-huit pieds de long lançant des boulets de neuf à onze palme* de circonférence. Le grand maître plaça le déserteur sous la garde de six soldats qui devaient observer attentivement tous ses mouvements, et lui donna le commandement d'une batterie à son choix sur les remparts. Déjà les Turcs avaient fait plus de trois cents décharge* contre la tour de Saint-Nicolas qui , du côté de la terre, était largement ouverte; mais le grand maître fit fermer la brèche par de nouveaux fossés et une muraille de bois, confia la défense de ce point au commandant Caretti, de nation italienne, fit occuper par de l'infanterie et de la cavalerie le rempart qui conduit de la tour de Saint-Nicolas vers celle de Saint-Pierre dans 11 partie inférieure de la ville, et ordonna d'enfoncer des planches garnies de pointes de fer dans les parties moinscouvertespar les flots de la mer, que l'ennemi aurait pu se hasarder à traverser à gué. La première attaque sur la tour quel» Turcs tentèrent avec des transports amené* de la baie de Saint-Étienne échoua complètement,