‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 198 sur 297 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

reçut une coiffure de laine noire , présage de la

mort qui lui fut donnée aussitôt sur un signe du sultan par le poignard d'un muet. Ce n'était point l'éclat d'une colère soudaine ; mais bien le coup d'un ressentiment longtemps contenu. Déjà du vivant de son père, Bajesid avait éprouvé les effets du caractère altîer et inflexible d'Anmed-Pascha. «Ce vesir, au moment d'une bataille, ayant fait au prince des reproches sur la mauvaise tenue et le désordre de ses troupes, Bajesid le menaça de se rappeler un jour un tel affront. Et que me feras-tu, répliqua l'orgueilleux Ahmed? Je jure par l'esprit de mon père, si tu parviens au pouvoir suprême, de ne jamais ceindre l'épée à ton service. » Lorsqu'Ahmed, rappelé du commandement d'Otrante, parut pour la première fois devant Bajesid , à l'inspection de l'armée , son épée , au lieu d'être attachée a la ceinture, pendait au pommeau de sa selle. «Mon maître, lui dit le sultan, tuas de profonds souvenirs; oublie les fautes de ma jeunesse, ceins ton épée, et emploie-la contre mes ennemis. » Ainsi Ahmed fut réconcilié pour le moment avec Bajesid, alors qu'il s'agissait de la campagne de karamanie contre Dschem. La guerre était son élément, et Bajesid se plaisait au sein du repos ; aussi , Ahmed blâma la paix conclue avec Venise, se retira des négociations qu'il était chargé de suivre comme plénipotentiaire avec l'envoyé de Rhodes (1 . et ne craignit point d'exprimer hautement son indignation sur le traité arrêté entre le sultan et le grand maître. Bajesid, qui deux fois avait calmé le soulèvement des janitschares, à force d'or et de douces paroles, la première , aussitôt après la mort de Mohammed , puis au retour à Brusa, redouta, non sans raison, de nouveaux mouvements en voyant ces dispositions indociles (2) d'un chef qui les avait menés si souvent a la victoire. De nouvelles intrigues tramées par Ahmed, avec son beau-père le grand vesir Ishak-Pascha , contre le favori de Bajesid, le fils deChisr-Beg, Mustapha-Pascha, comblèrent la mesure des ressentiments du sultan, qui résolut de se délivrer de tels obstacles apportés à la paix. Les circonstances qui touchent de plus près au supplice, sur lesquelles les

(1 ) Caoursin, De fadere cum Bayjwilf.

2; Aati . fol. US.

historiens ottomans gardent le silence, et qui sont rapportées seulement par les Européens, peuvent être négligées comme douteuses. Selon ldris (1) , la mort d'Ahmed n'avait pas eu lieu à l'époque de la fête donnée par le sultan; ordonnée plus tard, sur la route d'Andrinople, elle entraîna un soulèvement des janitschares, qui massacrèrent le gouverneur de cette ville.

Bientôt après le grand vesir fut déposé ; sa dignité fut conférée au beglerbeg d'Anatoli, Daud-Pascha, dont le nom a survécu à ceux de tant d'autres grands vesirs dans la mémoire du peuple de Constant inople, qui montre encore aujourd'hui le faubourg, la mosquée (2), la medrese et la cuisine des pauvres, fondés par Daud. La mosquée s'élève sur une colline à pente douce, â l'extrémité méridionale des faubourgs européens de Constanlinople : et la plaine de Daud-Pascha qui s'étend au-dessous . est le premier lieu du rassemblement des troupes partant de Constanlinople pour une campagne d'Europe, comme elles se réunissent dans la plaine de Skutari lorsqu'on les dirige sur l'Asie (3). A l'époque de l'empire byzantin, c'était le champ de l'Hebdomon ou de la septième colline. Quand les guerriers musulmans sont poussés sur l'Europe , le sultan accompagne la bannière de Mohammed jusqu'en ce lieu: il s'avance jusquà ce point encore, lorsqu'elle est reportée vers la capitale au retour de la campagne. Beaucoup d'autres grands vesirs ont élevé des [mosquées; deux autres paschas ont construit plus tard des faubourgs qui, de leurs noms, furent appelés Piri et Kasim-Pascha ; mais la mosquée de Daud-Pascha et le tombeau de Chairedd in -Pascha ( Barberousse ) sont seuls honorés comme les premiers points de départ de l'armée et de la flotte.

Au printemps de 1 483, Bajesid , suivi de toute sa cour, se rendit avec son armée à Philippopolis, afin de remettre en état de défense les châteaux de la Morawa , que Mohammed U avait ruinés. De Philippopolis, il se dirigea par Kustendsche, Ssamakov, Tschamurlu, Ssarijar, vers Ssofta. L'Herzégovine surprise par l'atta-

(1) Idri, fol. 240.

(2) Biographies des grands Tesir* , par Osnun-Efendi, la mosquée était déjà eleree en 889 [14841.

i3) Constaulinople et le Bosphore , 1. u , p. 112-15.

que soudaine du beglerbeg de Bosnie, fut entièrement incorporée à l'empire ottoman. L'a des deux fils d'Êtienne Gossovich , Wlatko Gatsovich , s'enfuit à Ra;;use, et cette ville, par adoucir la colère du sultan et des vesirs. envon comme présents volontaires au maître liai ducats , et £00 aux dignitaires. Après l'achatment des ouvrages de fortifications, Ba.eü congédia l'armée, et fit exécuter une fçnak chasse pendant trois jours dans la plaine dlsundschowa, près de Philippopolis; à A&drinople. il célébra la fête du Bairam, puis mixt Constant inople (1). Tandis que se poursuive les travaux de fortifications sur la front ièr<t Hongrie, Bajesid offrit au roi de ce pays le nnouvellement de la trêve, et Mathias Curvm, rudement poussé par les Bohémiens, s'emproa d'accepter la proposition. On prolongea dootlt traité pour cinq ans (2). De Venise arrivent Domenico Bolani, et son frère Francisco A** lio comme ambassadeurs, pour confirmer u paix renouvelée l'année précédente (3\ Ita ans auparavant la république avait adresé » félicitations à Bajesid, sur son avènement a trône, par l'ambassadeur Antonio Vettnrini 'L De son côté. Bajesid envoya des plénipotenô» res, auxquels furent assignés un palais rt 3! ducats pour leurs dépenses de chaque jonr :». A la fin de cette année moururent en Kanusnie Kasim-Beg, dernier rejeton délabrant masculine de l'ancienne famille régnante de K> ramanie, et le prince Abdallah . fils de Baje^d. préposé par son père au gouvernement àt « pays. Les possessions laissées après la fuite ée Dschcm à Kasim-Beg dans la Cilicie Pétrée. forent attribuées au fils de Torghud, Mohimiwd- Beg, dont la mère était fille de Kasim-Beg $ Au printemps suivant [ 1er mai 1484], fcj*-

( t Seadeddin , Ssohk*ade, Nochbetet-Te» »riet <** Neschri.

(2) L» lettre de Bajesid et la réponse de Carrra** trouvent dans Calona , t. ni , ord. zn , p. 52i.

(3) Chronique de Marini Sanuio.

(4) Foy • *e* lettres de créance, non pa« es tcfr.s» en grec , dans les archive» de Venise , de Pin I*1

(5) Marini Sanuto , Commenta™ délia guem*^ rara , p. 73.

(6) Seadeddin , l. m , p. p. 475 ; Ssotakssde. W * Nocbbetet-Tewaricb , Tables ctaronoloeiqu» 4 'Wl

• Cbalfa.

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