‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 224 sur 297 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

cernent du règne de Moktadi-Billah , la puissance des schiites fut encore abattue (1) [1074]. Dix ans après , ils se relevèrent de nouveau, et luttèrent ouvertement contre les sunnites (2), qui triomphèrent après une suite de désastres J090]. Durant un siècle, les guerres religieuses, abandonnant Bagdad, se transportèrent en d'autres villes de la Syrie et de la Perse; à Damas, six mille prisonniers, suspectés comme ismailites, furent égorgés (3), et il n'enpé-, rit pas moins à Iszfahan, après une suite de combats qui s'étaient prolongés pendant huit jours (4) [11 86 j . Sous le règne si long du chalife Naszir-Li-I)inillah, dans l'année même où les astronomes, d'après la conjonction des sept planètes dans le signe de la Balance, avaient placé la fin du monde (5), comme ils l'avaient déjà prophétisé quatre-vingt-dix ans auparavant, de la conjonction de six planètes sous la constellation des Poissons (6), le sang coula encore entre les sunnites et les schiites, au sujet de la féte d'Adschura. Enfin, égaré par de perfides conseillers , tels que le vesir Alkama , dont le nom est pour jamais flétri days l'histoire de l'Orient comme celui d'un traître, Moteaaszem , trente-septième et dernier chalife de la maison d'Abbas, exerça une furieuse persécution contre les partisans d'Ali [1253] : il livra leurs maisons , leurs biens et leurs femmes aux sunnites, et précipita ainsi la chote du trône; car Alkama lui-même, schiile au fond du cœur, appela les Tatares , sous Hotaku, et le chalifat s'écroula au milieu des ruines de Bagdad et dans des flots de sang (7). Après deux siècles et demi de sommeil, les schiites se réveillèrent, et relevés par la famille de l'heureux Ismail, ils établirent la prépondérance de leur secte en Perse, où elle a maintenant sa domination. La famille turque d'Osman et la dyuastie persane des Ssafi , sans être unies par le sang aux descendants d'Ali ou de Moawia, lièrent néanmoins étroitement les calculs de leur ambition

(1* Tables chronologiques d'Hadscbi-Chalfa , en 623. (2j Les mêmes , et les Tables en 478.

(3) Les mêmes , et les Tables en 468.

(5) Ibid., 582.

(7; Mouradjea d*Ohs*ou , I. p. 117.

aux prétentions respectives des sectes religieuses dont elles professaient les principes, et qooique, depuis long-temps, les descendant d'Ali aient perdu toute importance comme prétendants au trône , les deux sectes des sunnites et des schiites, représentées par les Ottomanset les Persans, peuples voisins et rivaux , se sont heurtées ies armes à la main, et sont restées jusqu'aujourd'hui en face Tune de l'autre dans une altitude menaçante.

On a vu plus haut comment la doctrine des schiites, ranimée par Scheich-Dschuneid,* Haider et &hab-lsmall, s'était étendue dans l'empire ottoman, et particulièrement dans le canton de f ekke ; comment le chef des novateurs et des rebelles, Scheitankuli , après avoir battu trois fois les armées turques, avait fini par perdre ia vie dans une bataille. Cette guerre religieuse avait présenté jusqu'alors a peu près le même caractère que celle qui fut soutenue sous Mohammed 1er, avec les novateurs et rebelles, ralliés sous la bannière du derwisch Torlak- Hukemali et du scheich Bedreddin de Simaw ; mais maintenant le théâtre va s'agrandir, les scènes vont être plus atroces. (Jn acte effroyable de Selim, qui surpasse en horreur tous ceux de ses devanciers et de ses successeurs , va pousser l'exaltation de la haine jusqu'à la rage. Seiira, dont les talents d'inquisiteur sont célébrés par les historiens ottomans, avait fait dresser, à l'aide de nombreux espions, des listes de tous les sujets soupçonnés d'appartenir à la secte des schiites dans l'empire ottoman , de- I puis l'âge de sept ans jusqu'à soixante-dix. Leur nombre s'élevait à quarante mille : tous furent immolés eu condamnés à une prison perpétuelle. Jusqu'alors on avait vu dans l'islam les armées des novateurs, qui menaçaient le trône et l'autel, tomber les armes à la main, comme les sectateurs des doctrines de Babek et de Karmat ; à Bagdad et à Iszfahan , les sunnites et les schiites s'étaient combattus ; à Damas, dans une seule ville , il y avait eu , dans l'espace de quelques heures , un massacre général des ismatlites; mais ici les coups frappèrent à la fois sur tous les suspects de sept à soixante -dix ans, et dans toute l'éteudue de l'empire. C'est ainsi que Selim noya la nouvelle hérésie dans un* mer de sang. Parce qu'il abattit quarante mille hérétiques, comme Nuschirwan, les historiens

ottomans le nommèrent aussi le Juste, et m justice a été vantée par les ambassadeurs européens, qui rédigèrent leurs rapports Ktai l'esprit des historiographes turcs (1).

Après avoir fait tomber l'épée sur les hérétiques désarmés dans l'intérieur de l'empire, il était temps de la tourner au dehors ; car Scèaifkmail s'a va m, ai t comme vengeur de ses coreligionnaires et protecteur du prince fu/nlff Murad. Dans un divan convoqué extraordtmrement , le sultan annonça sa résolution, et indiqua la plaine de Jenischehr comme lieu de ru sembleraent pour l'armée (2). Trois fois déjà k sultan avait répété ces paroles (3), sans qrto seul des esclaves tremblants sous son regard m osé élever la voix, lorsqu'un simple janitsdurt Abdallah s'avança , se prosterna la face coh^ terre, et, après les vœux accoutumés pour b longue vie du maître * lui exprima la reconnaissance de ses compagnons d'armes , ]mm enfin d'être menés par leur padischah tmtrt Ismail. Cette réponse fut récompensée par sandschak d'Anatoli, que Selim conféra I IV rateur (4). Trois jours après , le sultan partit d'Andrinople [ 19 mars 1614]. Il n'arriva tfu'lprès dix jours de marche à Constant inople,f1 planta sa tente dans la plaine des Éléphant* près du faubourg d'Ejub. Il visita le tomber du compagnon du prophète (ô), afin d'attirer, par son intervention , les bénédictions do cid au moyen de prières et d'abondantes aumône; appela son fils Suleimantalorsâgé de vingt as», qui résidait à Magnesia, pour lai donner lé goo vernement de Constantinople; fit trsnsportff le camp a Skutarl, tandis que les janit*charf< . sous le commandement d'Hasan-Pascbl, lerfoeg de Ru mil I, traversaient rHellespoßl è Gallipoli. Loi même se mit en route le jeudi , jour heureux chez les musulmans, et se «s* en Asie, dans le camp de Maldepe , où il conféra le commandement de l'Anatoii à l'eunuque Sinan-Pascha , gouverneur de Bosnie (6). Tr»< jours après son départ de Cohstanthtopk .23

(1) Paolo Giovio , fol. 25.

(2) Le Seliiuuanie de Scbukri , fol. 18.

(3) Le discourt est différent dans Aali, Luifi.S" deddiii , et Ebulfals- Mahmud.

(4; Aali , uc événement de SeUm.

(5; Seadeddin et I« fils d'Idris.

;»î) Seadeddin , Ssolaksade , Aali et le 61« i Wr».

Page 1