LIVRE XXIII
CHATEAU M »ÜMACH — iA CONQCETg HAMACRB DE IA FAMULLB DE SDLRADR —SCHEllBCWAR REÇOIT i'lIVBFriTVSE Uli PAYS, — EXECUTIONS DE MlglfTItKS ET DE GENERAUX.-**- NOUVELLE INSTITUTION m l ÉTAT MAJOR OES JASITSCIIARES. — FONDATION 1>E L'ARSENAL, CONSTRUC- TION 1>E VALSÄEAÜX, — lOHIS, COMMISSAIRE CHAII6É d'ORCANUER LE EURDISTAN. — LES RHJ KURDES FONT LEVER LE SIECE RE IHARREKR. — DESCRIPTION ET HISTOIRE |)U DURBERR DE MARINS, HOSXN KEIF , N1SZIBIN , MOSZI L , ORFA ET KARRA.— APRÈS LA RATAILLE RK KOD-
Près des rive* de l'Euphiate, â une journée d'Ersendschan , sur on rocher Inaccessible, s élève le château de kumach, dont les tours ont été connus d'Ammicn MarcelMn, le nom de Gumathène f I ) :
resses le» plus célrbres de l'empire conquise dès le rè^nc de Uajesiri 1 , par l imurtasch^Pascha; elle avait clé perdue de nouveau au temps de Timur. Non loin de là , dans le district d'Uris, «ont des mines de enivre, d'argent et d'or.
i se faisait on point d'honneur de la ronde Kumach, ancienne place frontière de I empire ottoman; et, de plus, il jugeait nécessaire d'assurer ainsi la tranquillité d'Krsendschan et de Haibued, qui avaient toujours été inquiétés par les troupes sorties de kumach. Pendant qu'A restait dans ses quartiers d'Amasis, ü avait donc détaché le gouverneur d'Er»
pour
, au printemps f 2), prit cette direction en passant par karlugêl (lac mignon ) et Karadscbatschsir ( prairie noirâtre) [ 19 avril I5i6~j. Là parurent des envoyés du sultan d'f.ftypte avec des présents; ils se plaignaient de ce que le sandschak de kaiszarije cl de Bosuk avait été conféré à Scheh-
0) Ammien NarcelUii , I. nui , p. 9; Dttchelstauule , S su.
fi) Seadeddio ,1. iv, fol. C6I ; StoUkude , fol. SB: AjIi , i>* événcmeni , fol. 198; Kbalfavl.
suwar, parce que le père de Schehstiwar avait été pendn & la porte du Kaire comme ennemi da sultan d'tgypte; Kaisxsrije et Bosuk, disaient-ils , dépendent des domaines du prince de Sulkadr qui, reconnaissant la suzeraineté égyptienne, n'exerce les droits de faire réciter les prières et frspper des monnaies qu'au nom du sultan d'Égyple. Seliin congédia les ambassadeurs avec ces paroles : « Si le sultan est un homme, qu'il songe doue à conserver pour luimême les droits souverains de la prière publique et de la monnaie en Égypte (1). » La marehe se poursuivit sur Si was par Ortokabad , et, après une halte d'une semaine, sur la route de Mersifun à Almalu. Un mois juste après (s départ d'Amosia, le sultan se trouva devant kumach qui, malgré la défense la plus vaillante, fut emporté d'assaut; fcelim en donna le commandement au fils de Karatschin Ah-
U prise de kumach annonçait l'approche du châtiment du prioee de Sulkadr, auquel n'était point encore pardonné u* refus de secours pour la campagne de Perse; de Siwason Selim était encore huit jours après sa conquête, il envoya le fils de Schehsuwar, Ali-Beg , et le grand vesir Sinan-Pascha , avec dix mille janitschares, contre le prince de Sulkadr, pour le châtier comme il le méritait. Lui-même suivit les trou-
( I) Sesdeddin , I. iv. W. 661 ; hmiêkmàt , <©'. 88 ; ! Aali , w« é>éneinent , fol. 196 ; Ebulfail.
pes â quelque distance, de sorte qu'il campa sur les rives de l'Indscheszu, lorsque le grand vesir fut à Elbîslan , tandis que le prince de Sulkadr, Alaeddewlet, se trouvait à Ordeklu. Celui-ci avait fait transporter ses trésors et son harem sur la montagne escarpée deTurnataghi, et avait occupé les défilés avec ses turkmans(l). Sinau- Pascha traversa la plaine du Gœksun, et la bataille fut livrée au pied du Turnagbi ; le vieux Alaeddewlet y périt [V2 juin 1Ô15J. Quatre de ses fils furent pris et immolés. Son frère Abdurrisak fut présenté au sultan avec les tètes des membres de cette famille souveraine. Selim joiguit la tète d' Alaeddewlet au bulletin destiné pour le sultan d'Kgypte, comme une sorte d'avertissement. I.e pays de Sulkadr fut conféré en fief au fils de Schchsuwar qui reçut en même temps la dignité de pascha à (rois queues. A chaque cavalier de l'armée fut donnée une gratification de 1,000 aspres. La guerre était terminée; à Kaiszarije furent congédiées les troupes de Karamanie et d'Anatoli . et le sultan revint à Constant inople, après avoir expédié encore un messager à Venise, pour annoncer sa victoire et la chute du souverain de Sulkadr(2).
Arrivé dans la capitale de l'empire, Selim songea aussitôt à de nouvelles exécutions de vesirs; mais en même temps il médita une nouvelle organisation de l'armée et de la flotte. Il voulut punir les révoltes des janitschares, seulement sur les grands, coupables de les avoir favorisées, ou du moins soupçonnés d'une pareille trame. 11 convoqua une réunion des plus anciens de cette milice privilégiée , et leur ordonna de déclarer sur quelles instigations les janitschares avaient pillé, à Amasia,les maisons de Piri-Pascha et de Chodscha-Halimi. Les vieux soldats, enchantés de pouvoir sauver leurs têtes aux dépens des autres, nommèrent le pascha Iskender, le kadiasker Dschaafer- Tschelebi , et leur propre général , le segbanbaschi Baljemes-Osman. A l'instant, le sultan ordonna d'abattre les têtes du pascha et du général, et de les donner en pâture aux chiens et
(1) Seadeddin.l. it, fol. 663; Siolaksade, fol. 88; AaJi, it« événement; le rapport vénitien de Chypre , dans Mariai Sanuto ; Dschelalsade , Selimname , S xvi ; Keschfl , fol. 26.
(2) La lettre de victoire, lée du 15 juin.
aux oiseaux de proie. Quant au kadiasker, il ne voulut ou ne put commander son supplice avec aussi peu de forme ; car alors c'était le premier dignitaire de la loi, placé encore au-dessus du mufti. II le fit appeler, et lui demanda quelle peine méritait celui qui poussait les armées de l'islam à la révolte. «Si le crime est prouvé, répondit le juge dé l'armée, la mort. »A l'instant le sultan ordonna de sceller cette sentence par le sang de Dschaafer (1). Alors l'éloquent magistrat, parlant en toute liberté, exhorta le sultan à écouter la voix de l'équité, et à ne point faire retomber sur sa tète le sang innocent, amasser dans son cœur le repentir , ainsi qu'avait fait Haroun-al-Raschid , par le supplice de Dschaafer-le-Barraekide. Ce fut en vain qu'il s'efforça d'éveiller le sentiment de la justice dans le cœur du sultan ; le tranchant de l'épct arrèla ses nobles paroles. Sa prédiction se vérifia; Selim se repentit de la sentence précipitée, exécutée sur un fidèle serviteur qui avait ennobli de son style les bulletins de tant de victoires, et il reprocha aux officiers qui l'entouraient de plus près de n'avoir pas exposé leur liberté pour sauver la vie à Dschaafer. Lorsque, peu de jours après la mort du juge de l'armée, un incendie éclata dans Constantinople (2), le sultan, accourant au secours, dit au grand vesir qui l'accompagnait: c C'est là le souffle brûlant sorti de la poitrine de Dschaafer, et je crains bien qu'il ne finisse par dévorer le sérail, mon trône et moimême (3). »
Après avoir, par ces troisexécutions, fait disparaître la cause apparente des révoltes si fréquentes des janitschares durant la campagne de Perse, Selim s'occupa surtout de remédier, autant qu'il était en son pouvoir, aux vices qui affectaient l'institution de ce corps. Jusqu'alors le premier officier des janitschares avait été le segbanbaschi , et l'on ne s'élevait à ce poste que graduellement , en partant des derniers rangs ; en sorte que si le segbanbaschi était destitué,
(1) Seadeddin , I. iv , fol. 666 ; Ssolakwde , fol 88; Aali , ve événement , fol 198.
(2) Le baile Giustlniani , dans la Chronique de Marirn Sanuto , rend compte de ce grand incendie , en chiffre». Tous les ambassadeurs craignaient alors de s'expliquer ouvertement.
(3) Kinalisade.