LIVRE XXV
cret les dispositions nécessaires , il épia le moment où Ahmed devait descendre du château dans la ville pour se rendre au bain. Au cri de : Dieu donne la victoire au sultan ! le bain fut assailli tout à coup. Ahmed , la barbe à moitié coupée , se sauva par le toit , s'élança sur son cheval , et regagua le château; il fut suivi de près par des soldats de Mohammed rassemblés à la hâte, qui parvinrent à pénétrer dans le château ; mais lâ encore le palais fortifié offrait un abri au traître, qui pouvait gagner du temps. Alors Mohammed fait proclamer que le trésor du palais sera la proie des vainqueurs, et à 1 instant des nuées d'Arabes avides de butin accourent en armes et forcent l'enceinte. Au milieu du tumulte et du désordre entraîné par le pillage , le rebelle s'échappe inaperçu avec une vingtaine de ses plus dévoués serviteurs, et va joindre les Arabes de la tribu de Beni- Bakar, établie dans le pays de Scherkije (2). Mohammed lança à sa poursuite trois mille cavaliers commandés par le tscherkesse Dschanim- Hamrawi; celui-ci n'ayant pu l'atteindre , Mohammed marcha lui-même , avec trente mille hommes bien armés , vers Mahallet, où le scheich arabe Charisch amena le traître chargé de fers au vainqueur : la tète d'Ahmed fut envoyée & la Porte. Le troisième vesir Ajas-Pascha , qui était parti de Constantinople , et suivait la route de terre avec trente mille janitschares pour aller étouffer la rébellion , reçut ordre de revenir, et Kasim-Pascha , ancien gouverneur d'Egypte, dut aller de nouveau prendre la direction de ce pays. Les services de Mohammcd -Pascha furent récompensés par de nouveaux fiefs, et par la place d'intendant supérieur de l'Egypte.
A Constantinople, Suleiman célébra les noces du grand vesir Ibrahim, par des fêtes dont il n'y avait point encore eu d'exemples [22 mai 1524]. Dans l'hyppodrome, fut dressée une tente, élevé un trône pour le sultan. Le second vesir Ajas-Pascha et l'aga des janistchares se rendirent au sérail pour inviter leur maître à la cérémonie. Suleiman les combla de présents, et
( 1 ) C'est à l'a Ide de U tribu de Baku* et de* mameluks qu'Ahmed s'était rendu maître duKaire. Le rapport vénitien de Candie sur cet événement se trouve dam Marim Sanuto, I m*.
vanta beaucoup le mérite d'Ibrahim. Durant sept jours furent traités les silihdares, les sipahis, les ulufedschis, les churcbas, les dscbebedschis, les topdschis; au huitième , ce fut le tour des janitschares et des vesirs, beglerbegs, begs. Dans ces festins , il déploya la plus grande magnificence. Le neuvième jour, comme on devait aller le lendemain chercher la fiancée au sérail, le sultan se rendit au palais dlbrahim entre deux murs de draps d'or et d'étoffes de soies suspendues aux fenêtres. Ayant fait asseoir, à sa droite , le mufti Ali-Deschemali , à sa gauche Schems-Efendi, précepteur des princes, qui devait être déposé plus tard à cause de son ignorance; par son ordre , des débats s'engagèrent en sa présence entre les professeurs des académies de Constantinople sur des points douteux de science et de littérature (1). Le grand écuyer tranchant fit mettre Je couvert pour le grand vesir seul , puis pour tous les ulémas ; et le defterdar Mustapba-Tschelebi remplit les fonctions d'échanson , et présenta des sorbets au sultan dans une coupe faite d'une seule turquoise, gardée précieusement dans le trésor impérial , et qui doit venir de Nuschirewau. Les ulémas furent congédiés chargés de présents en sucreries et confitures. En regagnant le sérail , Suleiman reçut la joyeuse nouvelle de la naissance d'un fils ( Selim ), arrivé au monde pour l'anniversaire de la conquête de Constantinople , suivant la chronologie grecque [28 mai]. Deux jours après , le paranymphe mena la procession solennelle des palmes des noces; l'une de ces palmes était composée de soixante mille morceaux , les autres de quarante-six mille ; elles offraient les représentations les plus admirables d'arbres ,• de fleurs , d'animaux rares ou fabuleux , comme le simurghanka. Au bout de six jours , Suleiman daigna se rendre au palais dlbrahim-Pascha, tout récemment construit dans l'hyppodrome, et qui subsiste encore; lâ il assista â des danses, des courses, au tir de l'arc , à d'autres divertissements encore, et voulut bien accueillir les épithalames composés par les poètes, parmi lesquels les vers de Kaszide- Chiali furent jugés les plus dignes d'éloges. Investi de la plus haute confiance, brillant de
(1 ) Peischewi , fol. 31 ; Aali , fol. 226 ; u« événement du règne Suleiman ; Ssolaksade , fol. 103
la faveur la plus éclatante, Ibrahim, disposant à son gré du pouvoir de »00 maître, fut envoyé en Egypte avec cinq cents janilschares ei dem mille hommes d'autres troupes, afin d'accommoder les différend» survenus entre le nouveau gouverneur kasim-Pascha et l'intendant Mohaiumed-Beg , et de rétablir la législation du pays: dans sa suite se trouvaient le général des ulufedschis Chaireddin, le tscliauschbasclii Mohainmed-Ben-Ssofi , le defterdar lskender- Tscbelebi, et le teskeredsehi Mustapha- Dscnelakade, l'historien, appelé plus tard au poste de reis-effendi puis à celui de nischandachi, et qui, en cette dernière qualité, a laissé le plus grand ouvrage historique sur le plus grand des souverains des Ottomans , et qui maintenant va souvent être consulté par nous eomme témoin oculaire des événements auxquels il prit une part active. On vit une chose sans exemple jusqu'alors : le sultan accompagna la flotte jusqu'aux lies des Princes , où, tout ému , il se sépara de son favori (1). A Gallipoli , sur l'ordre du sultan, et en vertu du retwa rendu sous Selim , qui prononçait la peine de mort contre tous les Perses, comme ennemis de la foi et de l'État , un certain nombre de prisonniers decetle nation forent massacrés (2). On toucha d'abord à Chios, où les administrateurs génois du pays se présentèrent au grand vesir avec des présents, puis on visita Rhodes. Les tempêtes d'automne chassèrent ia flotte hors delà route d'Italie, et la rejetèrent sur la côte d'Asie , ensorte que , trois semaines après son départ de Rhodes, ehe entra dans la baie de Marmaris l*28>ovembrc J. Ibrahim prit la résolution de continuer sa route par terre.ALadakia, il vit arriver â lui l'intendant d'Égypte Mahmud-Emin, qui avait été arrêté en se rendant par mer à Constantinople, et qui fut renvoyé au Kaire après avoir obtenu l'approbation de sa conduite. Ensuite le gouverneur kasim vint parterre à Damas, et trouva de l'indulgence pour les fautes d'administration que lui reprochait l'intendant. A Damas comme à Alep, Ibrahim se montra juge impartial et sévère , et
(1) Dschelasade, fol. 81 ; Aalt, fbt. 227 ; Ferdi, fol. 91 ; Ssolaksade foL 103.