‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 272 sur 297 · XXVI · texte numérisé non relu

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et qui se rendit dès le septième jour ; aussi douze des principaux habitants furent revêtus de kaftans (I). Après la cérémonie du baisemain , le sultan fit proclamer dans le camp que le but de l'expédition était Ofen (2). Ensuite la marche se continua le long du Danube et de la Drau jusqu'à Essek , où Suleiman fit dresser sa tente sur le bord du fleuve pour accélérer la construction d'un pont de pontons de deux cent quatre-vingts aunes de long sur deux de large, et qui fut achevé en cinq jours. Au milieu des pluies et des brouillards, l'armée se dirigea péniblement à travers des marais et des tourbières, franchissant des cours d'eaux et des ruisseaux gonflés; elle atteignit la plaine de Mohacs. Ainsi s'appelle un bourg situé sur la partie orientale d'une Ile du Danube , qui a donné son nom à l'île et à la plaine couvertes de riches vignobles. Au-dessous de Mohacs, près du bras droit du fleuve, est le marécage de Krasso, nommé Krasschidscha par les Turcs. Au sud de Mohacs et en face, s'élève en amphithéâtre une colline au pied de laquelle est assis le village de Fœldwar: du côté opposé est une église à laquelle les Turcs donnèrent , à cette occasion, le nom de Pusu-Kilise (église de l'embuscade) qui lui est resté. Derrière la colline, la vue, tournée du côté de Mohacs, se plonge dans une vallée bornée par l'élévation dite Badsch-Kalupe.

La veille de saint Jean fut un jour de repos pour les Turcs, qui firent retentir leur camp du cri de guerre: Dieu le veut! pour le lendemain (3). Plusieurs fois le vesir se rendit auprès dn sultan , tantôt revêtu de sa pelisse en zibeline, marque de sa dignité, tantôt en simple costume de page. Le lendemain, après la prière du matin, l'armée se mit en mouvement suivant Tordre accoutumé. En avant était le sandschak-beg de Semendra, fils de Jahja-Pascha, Bali-Beg avec quatre mille cuirassiers, puis venait le grand vesir avec les troupes de Rumili et la moitié de l'artillerie; il était suivi du beglcrbeg d'Anatoli Behram- Pascha, qui avait les cent cinquante autres ca-

ll) Journal de Suleiman ; Ferdi , fol. 1 19 ; Stolaksade, Dscbelalsade.

(2) Journal de Suleiman du 9 aoot.

(3) Journal de Suleiman.

non* : enfin paraissait le sultan , avec les janitschares , entouré de six régiments de cavalerie régulière et de ses gardes du corps. L'arrièregarde était formée par lacavaleriedu sandchakbeg de Bosnie Chosrew-Beg. Lorsque Ton fut parvenu sur la route de Baranjavar au point où se trouve 1 église de Busiklicza , Uali-Beg se sépara de l'armée avec cinq mille akindschis , et, se détournant à gauche près de Badschkalupe, il suivit la vallée qui débouche dans la plaine de Mohacs (1). Vers midi le sultan monta sur la hauteur d'où il aperçut l'armée ennemie rangée en ordre de bataille. Revêtu d'une cuirasse étincelante, la tète parée de trois plumes de héron , il se plaça sur le trône disposé pour lui, à l'endroit ou quelques années après le beglerbeg d'Ofen Hasan- Beg fit élever un kœschk (2) afin de le signaler. Là Suleiman tint un conseil de guerre auquel il appela expressément les vétérans de rarrière-^ardc , commandée par Chosrew-Beg (3) Adltuilscha, vieux capitaine d'akindschis, invité par son général à donner son avis, répondit :a Y a-t-il un meilleur conseil que de se battre? » Mais Chosrew-Beg lui-même dit quo l'expérience avait appris qu'il était difficile de résister à la charge puissante de la cavalerie ennemie s'élançant par masses compactes ; qu'il fallait donc ouvrir les rangs pour laisser |>asscr les Hongrois emportés parleur ardeur, puis retomber sur leurs flaues. Suleiman approuva ce conseil ; il ordonna d'éloigner les bagages à une certaine distance, et, sur l'avis donné par Bali-Bcgque l'on apercevait les étendards des ennemis, il fit déployer les siens. Lui-même joignit les mains, et . les élevant au ciel, il prononça cette prière :«Mon Dieu, la puissance et la force sont en toi ! l'assistance et les secours viennent 4* loi! Étendsles bras sur lepcupkde Mohammed!« et des larmes arro èrent ses joues. A celle vue Vannée tout eutière sc sentit transportée par l ardeur d i courage et de la foi; 1rs cavaliers, se jetant à bas» de leurs chevaux ,

(1) puariirwi,fM.3f.

(2) Haian-Beg étaii beglerbeg d'Ofen au temps de Pefctchewi , qui plusieurs foi» visita cette contrée dans des promenades ou de» chaînes.

(3; l'etMcnewi, loi 33, nomme le chef et donne le* détail* sur le conseil de guerre , d'après un témoin ocu- We , ie vieui scheich Ali-Deda.

touchèrent la terre de leurs fronts, puis se remirent en selle et jurèrent de sacrifier leur vie pour le sultan. I* grand vesir parcourut les rangs, fortifiant dans les cœurs ces généreuses résolutions par de grandes promesses ; puis il alla prendre sa place à la léte des troupes de Rumili qui étaient en avant. La seconde ligue était formée par les troupes d Anatoli , derrière lesquelles se tint Suleiman avec les janrtschares près des batteries. La première ligne de l'ennemi, menée par Pierre Pereny (l)et par le moine Paul Toraofi, vint se précipiter avec la rapidité de la tempête sur les troupes de Rumili, qui furent rejetées sur celle d'Anatoti; mais comme en ce moment les akindschis. conduits par Bali-Beg et Chosrew-Beg (2). débouchèrent de l'étroit vallon par lequel ils avaient tourné le champ de bataille, les Hongrois durent se partager, et leur seconde ligne, le roi en tète, chargeant sur les troupes d' Anatoli, se fit jour jusqu'aux janitschares et au poste occupé par le sultan. L'attaque des Hongrois fat impétueuse et audacieusement soutenue. Le noble guerrier Marschall et deux autres cavavalicrs appartenant à une troupe héroïque de trente -deux Hongrois, qui avaient juré de mourir ou d'abattre le sultan, pénétrèrent jusqu'à lui , immolèrent plusieurs des gardes da corps , et succombèrent lorsque les jarrets de leurs chevaux eurent été coupés à coup de sabre (3). Suleiman , grâce à la trempe de sa cuirasse , ne fut atteint, ni par les flèches, ni par le fer des lances; mais le roi Ixmis ne rat pas aussi bien préservé par son casque (4). On dit même qu'eu le mettaut son visage, se couvrit d'une affreuse pâleur comme par un pressentiment de son triste destin (ô). 1/Orsque les pièces de l'artillerie turque, liées l'une â l'autre par des chaînes , et qui n'avaient pas encore ouvert le feu , firent leur première décharge sur les premiers rangs des Hongrois à peine éloignes de dix pas , leur aile droite prit la fuite et dès lors le roi d isparut (6). Poussés par les akindschis,

(1) SsolaUadc ainsi que Pelschewi dowuot le DO ai

de Beroni a Pereny.

(2) Journal de Suleiman.

(3) Ssolaksade.

(4) Jbid.

(5) feolaksade dit que Louis reçut deux bleswres.

(6; Broderith , luuanfl.

LiVRK

de Bali-Beg, les Hongrois s'échappèrent comme ils purent dans tous les «eus; ceux qui dirigèrent leur pourw à gauche en évitant le sabre des Türe* s'enfoncèrent dans le marais, où sans doute fut englouti le roi-

Durait un jour et une nuit, les flots du Danube roulèrent devant Semendra et Belgrad les cadavres de ceux qui s'étaient lancés dans le fleuve pour échapper au cimeterre des Musulmans (1); il n'avait fallu qu'une heure et demi pour décider le sort de la Hongrie. La pluie, qui tombait par torrents , favorisa la fuite de quelques hommes parvenus à grand'peine à se sauver du champ de bataille ; parmi eux se trouva le chancelier et historien Broderith. Dans le camp turc fut proclamé un ordre pour enjoindre à chacun de passer la nuit où il se trouvait ; jusqu'à minuit retentirent les fanfares en l'honneur de la victoire (2). Le lendemain matin, Suleiman parcourut le champ de bataille, accompagné du premier et du second vesir. Voyant un vieux alaibeg posté devant sa tente . et qui le saluait, il lui dit: a Mon brave vétéran, que faut-il mire maintenant?» Le grand vesir répéta la demande du sultan. Le v étéran répondit, avec la vieille rudesse turque : « Mon empereur, prenez garde que la truie ne châtie ses petits (3;. Suleiman se prit a rire, et lui donna quelques ducats. Le jour suivant, Suleiman tint un divan solennel sous une tente rouge (4) , assis sur le trône d'or apporté de Constantinople , et là il reçut les félicitations des vesirs cl des beglerbeç-j. De sa propre main , il plaça sur la tète du grand vesir une plume de héron ornée de diamanls , et les autres reçurent des habits d'honneur. Deux mille tètes, parmi lesquelles se trouvaient celle de sept évoques et de beaucoup de magnats hongrois , furent plantées comme des trophées devant la tente du divan (5). Lesdefterdars furent chargés de faire relever et ensevelir les morts ; ils comptèrent ainsi vingt mille fantassins et quatre mille guerriers armés de

(1) Ferdi.

(2) Dschelalsade , Ssolaksade, Pelschewi, Ferdi, journal de Suleiman.

(3) S«otaksade , fol. 106 ; PeUchewi , fol. 36 ; Dscbelalsade , Kemalpaschasade.

(4) Pelschewi.

(5) Journal de Suleiman.

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