LIVRE V
cime action malfaisante sur les membres qui i toutes ses forces devant Nicopolis , et réduisit s'y rafraîchissent. Des oiseaux , posés sur de le kral à se remettre , avec sa capitale et sa fa-
tendres rameaux , réjouissent par leurs chants mélodieux le voyageur fatigué. Le lierre , le myrte et les ifs se marient avec mille autres fleurs dans une admirable harmonie ; l'air est chargé de parfums dont les sens sont enivrés, etc » ~>C^
Cest par ce passage que le grand vear Àli- Pascha s'avança vers Schumna , après avoir
mille, à la merci du vairqueur. Le vesir l'envoya avec ses trésors et ses enfants à Tausli, dans le camp de Murad [13901 , qui lui laissa la vie, mais prit possession de toute la Bulgarie.
Le kral servien Lazare, voyant l'orage prêta fondre sur ses frontières, se prépara a la résistance ; voulant même prévenir l'ennemi , il
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détaché Jaschschi-Beg , fils du beg'erbeg Ti- ' ordonna à son général Démétrius d'attaquer murtasch, avec cinq mille hommes, du côté de et d'enlever le château de Schehrkoï (1), situé Parawadi(l). Cette ville, placée dans la pro- I au sommet d'une montagne escarpée sur la fondeur de la dernière gorge orientale de 1 frontière de la Bulgarie, maintenant soumise rikemus, fut emportée par la force; Schumna , j aux Ottomans. A celte nouvelle, Ali -Pascha si souvent quartier général des armées tur- I envoya en toute hâte Jachschi-Beg, le subaschi ques (2) dans les temps les plus récents, se I Aine-Bcg et le pascha Sarudsche, avec dix mille rendit volontairement, à la nouvelle de la chute de Tirnowa (3), l'ancienne forteresse de Sisman. Ce prince se fortifia à Nicopolis où il fut assiégé par Ali-Pascha. Alors, il implora la paix. Le grand vesir l'emmena au camp de Murad, qui voulut bien traiter avec lui moyennant le payement du tribut échu et la remise de Silistra. Ali-Pascha poussa des partis , sous les ordres de Tughan-Beg , du côté de Kosma (4), à l'angle méridional de la Bosnie, au point de jonction de sa frontière avec celles de
hommes, pour reprendre la place. L'entreprise réussit. Le château fut rasé , la garnison emmenée prisonnière; mais Jachschi-Beg, qui en fit le rapport au sultan et demanda la permission de poursuivre l'ennemi , reçut Tordre de revenir, tazare n'épargna aucune peine pour déterminer ses voisins , les souverains d'Albanie et de Bosnie, à une ligue de peuples contre Murad, et, plein de confiance dans leur appui, il osa envoyer une provocation au sultan (2). Celui-ci avait rappelé d'Asie ses fils Bajesid et
l'Albanie , de l'Herzogcwine et de la Servie, j Jakub , qui gouvernaient alors les sandschaks Ces coureurs revinrent entraînant une foule de i de Kutahije et de Karasi (3) , et fortifié son arcaptife. Ali-Pascha exigea pour leur rançon la méedes troupes auxiliaires deSsaru-Chan, Menremise de Tschete ; puis , lorsqu'il fut en pos- tesche, Aidin et de Hamid (4). Parmi les souvesession de la place , il se dispensa de tenir sa rains chrétiens européens , ses vassaux , il pouparole, attendu que Sisman , au 1 eu de livrer vait compter sur le prince de Serradsch et sur Silistra, la fortifiait de plus en plus , ainsi que Constantin, prince de Gustendil (5). Un plus Nicopolis. Le vesir poursuivit donc la guerre puissant renfort était le nom d'Ewrenos-Beg, le contre ce prince , prit le château de Drid- vieux compagnon d'armes d'Urchan, qui venait
schasa(5) par capitulation, emporta d'assaut celui d'Hirschova (6) sur le Danube, parut avec
(t) Parawadi dann la Rumili d'Hadschi-Chalfa , p. 31, o« l'ancien Probaton ; Manncrt , tui , p. 139.
(2) Schumna, Rumili d'Hadscbi-Cbalfa , p. 35.
f3) D'aprèa Mannen T vin , p. Ml , Tirnawa était l'ancienne Nicopolis.
(4) La description de la plaine de Kowtora «e trouve dam Bonfinius , et en outre dann un ouvrage fort ancien et fort rare, Itinéraire de l'arabasude de Wegraysz • Conitantinople auprès de l'empereur Suleimao, iraprénéen 1531.
iS) Dana Bratutü. Voy. à la page 138, Triciasia.
m Dans Bratutti, p. 137; Hirdania.
d'arriver à l'armée, de retour de son pèlerinage à la Mecque. Murad mena toutes ses troupes par le défilé de Succi (Ssuluderbend), le plus occidental de l'Hœmus , qui , selon le rapport d'Ammien Marcellin (6), s'élève graduellement du côté du nord ou de l'illyrie , descend brus-
Ci) Neacbri.fol. 82.
(2) Ibid., fol. 83, et Seadeddin, dans Bratutti, p. 145.
(3) Ibid. , fol. 75.
(4) Seadeddin , dan» Bratutü, p. 143.
(5, Jbid., p. 145.
(6) Aminieu Marcellin , I. xxi , p. 10.
queroent sur le versant de la Thraoe , et ne peut être franchi qu'avec peine à l'aide de sentiers étroits, pratiqués a travers les rochers. Des deux côtés de l'Hœmus , à partir du point où le Rhodopc s'en détache pour s'avancer au sud, s'étendent de vastes plaines ; au nord se déploie la campagne de lirdika ou Sofia, habitée par les Daces au temps d'Ammien Marcellin (1); au sud celle de Philippopotis, où demeuraient les Thraces. A son troisième jour de marche , Murad atteignit Ihtiman (2) (l'ancien Helike). Ici la route se partage : à droite, un chemin facile et commode conduit à Sofia, Missa et Schehrkoï (3); par celui de gauche, qu'interrompent souvent les eaux manquant d'écoulement, on arrive péniblement aux bains chauds de Gustendil , à l'angle où l'Orbelos se joint au Rhodope. Suivant le conseil de son vassal chrétien, le prince de Serradsch, Murad choisit ce chemin, appelé Ssuluderbend, cornu e le plus court et menant le p'us vite à l'ennemi. Trois jours après son départ d'Ihtiman, il atteignit la pl.ine d'Alaeddin , ou il s'arrêta deux jours, et, le lendemain, il était de vaut GustendiL, où il fut reçu amica'ement par le seigneur du pays, son fidèle vassal: là, les guerriers fatigués trouvèrent une nourriture si abondante que , selon l'expression de Neschri (4) , on voyait couler des ruisseaux de lait et de miel. La première halte fut dans la grande vallée d'Ulu-Owa (5), d'où Ewrenos Ht une reconnaissance avec quarante cavaliers, et ramena quelques prisonniers (6). D'Ciu-Owa la marche se poursuivit vers Karatova (7), où l'on s'arrèîa plus longtemps. Un envoyé de Laiare , qui , sous prétexte d'apporter un défi, n'était veno en réalité que pour voir l'état de l'armée, dut rendre grâces à son caractère, s'il ne reçut, ]H>ur prix de son insolent message , qu'une ré- |K>use dédaigneuse (8). Murad tint un conseil
(1) Awmien Marcellin, pan. cité. Hijic vieipae mediterran neis Daci». Ibiâ.
(2) La Rumili d Had*cbi-Cbalfa , p. 57; Neschri, fol. 81.
(3) Neschri, fol. 82.
(4) /Ud.,M.SL
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) ) Ibid.
(8) Ibid.
de guerre avec les chefs de son armée, et tous furent d'avis de s'avancer dans le paya de l'ennemi- Ewrenos-Beg et Jîgit-Paseha prirent b conduite de la vaut -garde. L'armée, tirant au nord, traversa les gorges de l'Orbelos, campa à Gumischhiszar (I), sur la rive occidentale <k la Morava, et passa te fleuve dans la nuit , tambour battant, enseignes déployées, en six divisions. La première était conduite par le grand vesir, la seconde par le prince Bajesid la troisième par Aiue-Beg, la quatrième par le prince .lakub, la cinquième par Sarid*ch~Pascha , et la sixième par Murad en personne (î\ La plaine de Kossova (en hongrois Rigomazeu. en allemand le champ des merles) a cinq ruiLY pas de largeur et vingt mille de longueur, traversée par une petite rivière, elle est enfermée de tous cotés par des montagnes at peu d'élévation, auprès desquelles sont bâtis de jolis villages (3). La , les troupe» de Murad se trouvèrent en face de l'armée , bien supérieure en nombre, des \ rinces alliés de Servie, de Bosnie, d'Heraagewine et d'Albanie, et !«■ sultan délibéra avec ses généraux pour savoir si l'on atU-querait sa: s s'arrêter à la supériorité de l'ennemi (\). Plusieurs furent d'avis ét rûmir les chameaux devant le front de l'armée , afin de jeter le trouble dana les ranr* des Européens par l'aspect étrange de ces animaux (ô), et de s'en servir en même temps comme d'une sorte de rempart. Le prince liajesid combattit cette proposition, a Le ciel , disait-il, avait lusqu'alors couvert los armes ottomanes d'uoe protection si extraordinaire qu'il n'était pas besoin d'une telle ressonree: un stratagème de cette nature portait atteinte à la confiance que l'on mettait en Dieu; il fallait combattre face a face et à découvert.* l<e grand vesir apptya ce scn'unenl da , prince |>ar le résultat de la consultation fait* dans la nuit sur les feuillets du Koran , selon la coutume. Il était tombé sur ce passage: «0 Prophète, dompte les infidèles et les hypo-
(1) Neschri, fol 85.
(2) Ibid. , fol. 85.
\'à< iioiiMuii reruin bunjjariearuui Décades; Franco-
furti, 1581, p. 471.
(4) Seadeddin, dans Bratutti, p. 1«; Nocbn
fol. 87.
[5) Ibid., p. 147.