‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 62 sur 297 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

HISTOIRE DE TIMUR, SA NAISSANCE, SON ACCROISSEMENT. SES CAMPAGNES CONTRE LES GÈTO. LE CIIUARESM, LE CIIOKASAN , ET TOKATMISCH. — SES TROIS EXPÉDITIONS CONTRE LES PER- SANS —CONQUETE DE BAGDAD , DE LA MESOPOTAMIE , DE KURDISTAN , DE LARMÉN1E, DIU GÉORGIE. — DÉSORDRES DANS LES GOUVERNEMENTS DE SON EMPIRE. PJUNCES OU SE REFI- GIENT Al PIU S DE I.Li. CAMPAGNE DE SYRIE. — ENTRETIEN DE TIMUR AVEC LES SAVAM5 d'aLEP.— DÉVASTATION DE BAGDAD , VISITE AUX TOMBEAUX — ÉCHANGE I) 'AMBASSADES ENTM TIMUR ET BAJESID.— BATAILLE D ANGORA. —LE SULTAN EST FAIT PRISONNIER.

Le fer subjugua le monde. Timur ( le fer ) était le nom significatif du fils de Tharaghat , issu au quatrième degré de Karatschar-Nowian, de la noble race de Herlas , qui avait été émir ni - umera , c'est-à-dire grand prince vesir de D*chaghatai, fils de Dschengis-Chan. Quand la splendeur de la puissance mongole parut s'éteindre avec le sultan Ebusaid-Behadir-Chan, le dernier grand souverain de la famille Dschengis-Chan; cetleannée même naquit Timur, qui se proposa pour l'œuvre de sa vie la conquête du monde : 1335]. Heureusement pour l'humanité, cette domination universelle, rêvée par tant de conquérants, a été réalisée à peine par quelquesuns, et même d'une manière fort incomplète; dans tout le cours de l'histoire apparaissent six ou sept de ces grands exterminateurs qui peuvent être décorés du titre de vainqueurs de la terre. Sesostris, le premier, appartient à une époque si enveloppée de ténèbres, que les mythes grecs le confondent avec Dionysos, et ceux des Orientaux avec le premier Dschem ou Iskender-Sulkarnein (Alexandre aux deux cornes). Les deux cornes qui indiquent le plus haut degré des honneurs et de la domination sur deux parties de la terre et sur deux siècles, l'Orient ne les accorde ni au second Dschem (I), Dejoces, fondateur de l'empire des Mèdes; ni à Cyrus, fondateur de celui des Perses; ni même

(1) Voy. lespreures de l'identité du ««rond Dscbem ou Dschetnschid avec Dejoces , daus les Annale« de la littérature, L ix, p. 10.

à l'Iskender grec, Alexandre le Grand, bien qw l'ancienne histoire de ces contrées reconnais exclusivement celui-ci pour le conquérant <fc monde. L'histoire moyenne de l'Asie inscrit J peine le nom d'Attila; ses regards ne sont fixé que sur les ravages de Dschengis-Chan, et sur Timur dont le passage a laissé une lueur sanglante sur toute l'Asie , depuis l'Indus jusqu'au Pont-Euxin. De même que le Sesostris égyptiffl et le C\ rus persan restent plongés dans les ténèbres de la fable et du symbole, derrière l'Alexandre grec, qui resplendit de tout l'éclat de u civilisation hellénique, présenté le premier ai flambeau de l'histoire comme le vainqueur de la terre; ainsi Attila et Dschengis-Chan , chefs barbares des hordes de Huns et de Mongols, sont rejetés en Asie, pour laisser paraître d briller le Tatarc Timur. qui, mêlé au plus haut développement intellectuel de la Perse de soc temps, sut non-seulement détruire, maisfcoder, et qui, selon les expressions des Turcs et des Persans, s'entendait à maintenir comme à prendre, c'est-à-dire à gouverner comme à vaincre: c'est l'homme du triomphe de la force ; 1, et de l'organisation intelligente (2). La domination d'Attila, comme celle d'Alexandre, descendit avec lui daus la tombe; la puissance de Dschengis-Chan, recueillie par ses quatre fil& 3\ se continua ainsi divisée pendant deux siècte.

(1) Dscbibanßir (qui saisit le monde).

(2) D»rhihaubar (qui tient le monde).

(3) Gibbon , xxxiv , quatrième édit., m , p. 3ti8.

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