‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 66 sur 297 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

muraftles de la capitale, fit passer la charrue

sur ses rues et se» places, et transporta toute , la population à Samarkand, où i! rit son entrée i tromphante; puis il y célébra en grande pompe le mariage des princes Hir-Mohammed-Mirsa, Miran-Scbah-Mirsaet Schahroch-Mirsa, et aussitôt il se prépara a la guerre contre Tokatmisth-( ban , souverain de la grande Tatarie , jusqu'alors son vassal. Douze ans auparavant il lavait protégé contre Lrus-Chan, prince tatare de ta Russie , et l'avait établi comme souverain du Kiptschak, c'est-à-dire de là grande Tatarie, qui comprend tous les pays ctre la petite Tatarie ou la Krimée et le Turkistan. Tokatmisch et l rsus-Chan étaient tous deux du sang de Dschudschi (I), fils de D-chengis-Chan , que son père, de son vivant, avait institué souverain de la grande Tatarie , comme il avait nommé le frère, Dschagalai, prince de la Transoiane, de Cbuaresm et du Turkistan, et proclamé rainé , Ogatai, empereur de Chine et {îrand chan. Après s'être emparé des États de Dschagalai par la conquête de Balcli , Timur avait fait un chan purement nominal de Dschaßatai, Si urgut misch , et celui-ci étant mort, il lui avait donné pour successeur son fils Mohammed dans cette apparence de pouvoir (2); mais pour Tokatmisch , il trônait en réalité dans le Kiptschak sous la protection de Timur, à laquelle it voulut se soustraire. Au premier avis de rassemblement de troupes dans le kiptschak , Timur dépèeha des commissaires pour faire des levées dans toutes les parties de son vaste empire (3), et dans une grande assemblée delà nation ( kuriltai), il atteignit le double but d'augmenter son armée et de diminuer les richesses de ses généraux , en faisant adopter la mesure de fortifier tous les régiments aus dépens de leurs possesseurs (4) [1389 . L'hiver qui pi-écéda celte assemblée générale tenue an printemps selon l'usage, Timur l'avait passé sur tes lacs auprès de Buchara , â la chasse des cygnes, afin de conserver cet ancien exercice de la maison de Dschengis-Cban; car les fils de ce conquérant , Ogatai et Dschagatai , s'étaient livrés tout un hiver à ce genre de plaisir, et chaque semaine une quantité de cygnes, fbr-

(\) Dans Pelis de La croix se trouve Tttschi au lieu de Dschudschi , ce qui e«t une erreur.

mant la charge de cinquante chameaux, était envoyée à Samarkand pour une distribution solennelle dans l'armée (1). En même temps, il célébra les noms de sa fille unique et chérie, sultan ttacht, et de ses petits-fils Mirsa-Ebubekr, fils de M iranschah , et Mirsa-Omar, fils de Dschihangir (2). Au mois de janvier de l'année suivante ( 19 janvier 1390), il leva son camp dcTaschkend; il renvoya son harem, ne gardant que sa favorite Tschol pan (étoile du matin), fille de l'hadschibeg des Gètes. A Karasuman, où la neige et la pluie forcèrent de faire halte, il reçut des ambassadeurs de Tokatmisch. Selon le cérémonial tatare. ils furent introduits en courant (•-») , touchèrent la terre de leur front , et avec les excuses de leur maître, ils présentèrent comme cadeau un oiseau de proie appelé tsclionkar, et neuf coursiers d'une rapdilé extraordinaire. Timur fit placer ce tschonkar sur son poing, et à la lettre d'excuse il répondit par un discours dans lequel, rappelant en détail tous les bienfaits dont il avait comblé Tokatmisch, les secours qu'il lui avait fournis contre l'rus-Chan, il s'apptsan tissait sur l'ingratitude du prince; etil conclut en déclarant qu'il allait le châtier.

La marche s'opéra par Jasi, Karatschuk et Sabran, vers les montagnes de kutschnktagh et d'Ulutagh. Timur monta sur le sommet le plus élevé de ce groupe, pour embrasser du regard les steppes immenses de la grande Tatarie, aussi loin que la vue pouvait atteiudre. 11 rc<ta un jour entier absorbé dans le plaisir de contempler cet océan de verdure; pendant ce temps, les soldats rassemblèrent des pierres pour élever une tour qui devait transmettre â la postérité l'année et le jour où Timur s'était rendu dans ce lieu (4). Une chasse générale pourvut au manque de vivres qui se faisait sentir dans l'année; el, après avoir vu défiler ses troupes du haut de la montagne, il en passa une revue plus atteutive , lorsqu'elles furent descendues dans la plaine : coiffé d'un turban orné de rubis, tenant à la main une massue à

(1) Le partage de la ebane «'appelle t*ehirilGha , celui de l'argent okuhjba; Scherefeddin , \ m , ch. 7, p 59 et ch. 10, p. 74.

(2) Ibid., I. ni , ch. 7 , p. 02, et ch. 8 , p. 65. Ç.\) Ibid., 1. tu, eb. 10, p. 74.

(4; Ibid., Lui, cl». 10, p. 81.

tète de taureau, comme en portaient les anciens rois de la Perse, en souvenir de la massue de Feridun, il parcourut son armée toman par toman (corps de dix mille hommes). Suivant la coutume dans les inspections militaires des Tatares, les chefss agenouillèrent devant lui( 1), tenant la bride de son cheval , et baisèrent la terre, en récitant la prière accoutumée pour le souverain , à laquelle ils mêlaient des formules de louange et de bénédiction. Après avoir ainsi reçu les hommages et les vœux de ses fils, de ses petits-fils et de ses autres généraux , et les avoir Félicités sur la tenue. Tordre et la discipline de leurs toinans, hesars et sads (2), Timur donna le commandement de l'avantgarde, appelé mangalai chez les Mongols (3), à son petit-fils, Mirsa-Mohammed, lui recommandant vigilance, rapidité, patience infatigables. La rencontre des corps avancés des deux armées fut le sanglant prélude de l'effroyable bataille qui allait se livrer. Là périrent quatre des plus fameux guerriers de Timur, Herimuk, Ramasanchodscha, Erlatet Aikutiraur; les autres chefs furent comblés d'éloges et de présents, et reçurent le titre de tarchan(4), qui donnait libre accès auprès du souverain à toutes les heures ; au fils du vesir resté dans l'action, à Kaladschighai, furent remis le grand sceau de l'empire et le petit cachet de cabinet dit sceau du papillon (o). A la suite de six journées de pluie, l'on en vint â la grande bataille dans laquelle Timur, renonçant pour la première fois à l'ancienne ordonnance de centre, aile droite, aile gauche, disposa ses troupes en sept divisions [5 juillet 1390]. Dans l'armée de Tokatmisch, les chefs étaient tous des princes du sang de Dschengis-Chan , appelés agbles, comme ceux de Perse sont nommés mirzas. Le cri de guerre, Surim, couvrit le bruit des trompettes, et. le schérif qui, le premier, avait présagé la grandeur de Timur, en lui remettant la bannière et le tambour, et qui depuis l'avait accompagné dans toutes ses expéditions , Seid- Bereke , s'agenouillant, la tète découv erte , pour

(t) Scberefeddin, I. m , ch. 11 , p. 86.

(2) C'est-à-dire corps de dix mille, régiment* de raille, compagnies de cent hommes.

(3) Scberefeddin , I. m , ch. 12 , p. 9t.

(4) V/xV/., I.ii.cb. 10, p. 234.

(6) Ibid., 1 m, ch. 13, p. 108.

invoquer la faveur du ciel, lança de la poussière contre les ennemis, en prononçant cette malédiction : a Ainsi puissent vos visages être noircis par la défaite ! » ; puis, se tournant ver* Timur : « va , s'écria-t-il , va maintenant selon ta volonté, tu seras vainqueur (1).» L'impétuosité de l'attaque renversa l'ennemi ; Tokatmisch prit la fuite, et sept cavaliers sur dix. dans l'armée de Timur, eurent ordre de y mettre à la poursuite des fuyards (2). Timur lui-même continua sa route avec le reste df l'armée, et il établit son camp sur le Wolga, dans la belle plaine d'Urdepe , où fut déployer une magnificence inaccoutumée. Tout le camp, d'un diamètre de trois parasanges, était enveloppé d'un rideau d'étoffe brochée (3) ; le butin en troupeaux et en esclaves que l'on y entas» des rives et des lies du Wolga était incommensurable ; les plus belles filles furent conduites dans le harem de Timur, les autres distribuées parmi les émirs; quinze mille df> jeunes garçons les mieux faits furent destines au service intérieur de la cour. Ensuite fut déposée une fêle , l'une des plus brillantes dont fassent mention les annales du Turan ; les mets furent servis dans des plats d'or ornés de pierreries , par des esclaves des deux sexes d'une admirable beauté; les musiciens composèreDi de nouveaux chants, dont l'un fut appelé le morceau de la conquête du Kiptschak (4). Timur était assis sur le trône des souverains de la grande Tatarie, qui résidaient ordinairement à L'rdcpe, sur les bords du Wolga; il était entouré des beautés de son harem , et l'on entendait tour à tour des chants de triomphe (rihawi), ou répéter les accents de l'amour (uschak)(5).

L'hiver suivant se passa également en fêtes à Samarkand, et au printemps de l'année 1391 foi entreprise l'expédition de Perse, qui, cette fois, dura cinq années. Outre les étendards ordinaires de queues de chevaux (6) , Ton arbora encore une nouvelle bannière avec une image de

(1) Scberefeddin, ch. 14, p. 11.

(2) Ainsi les sept dixièmes de ia cavalerie.

(3) Scberefeddin , I. m , ch. 14 , p. 124.

(4) Fethnamei Kipdjak ; Scberefeddin, 1. m , ch. 14, p. 127.

(5) Jbid.

(6j Jbid., 1. m, ch. 24, p. 190.

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