Histoire de l'Empire ottoman
DÉPOSITION DU GRAND VESIR SIAWUSCII. — SON SUCCESSEUR SB SOUTIENT AU MOYEN D'EXILS.
— RAPPORTS DIPLOMATIQUES AVEC VENISB, L'ESPAGNE , L'AUTRICHE. — INSURRECTION D'HASAN ET D'IPSCUIR-PASCIIA. — VIOLATION DU KAM'.N DES S1PAI1IS. — FRONTIÈRES DE BOSNIE. — FLOTTE. — BIESUD EFENDI , ADVERSAIRE DU GRAND VESIR GURDSCIU. — AHMED TARCHUNDSCHI GRAND VESIR. — MESURES FINANCIÈRES. — DÉPOSITION DU K.1SLARAGA ET DU MUFTI. — LE ( Il AN TATARE. — TARCHUNDSCHI EST EXÉCUTÉ. — ADMINISTRATION DE DERWISCU-PASCHA. — SUITE DE CONFISCATIONS ET EXÉCUTIONS. — INFLUENCE DES FEMMES.
— LA CAGE DES PRINCES. — AMBASSADES INDIENNB ET POLONAISE. — LES CÔTES DE LA MER NOIRE SONT P1LLÉBSPAR l.BS COSAQUES ET LES JANITSCH ARES. — ABUS DB POUVOIR DU KISLARAGA. — MORT DE BESSARABA ET d'ISLAMGIRAI. — LA SUBLIME PORTE. — IPS- C1IIR REFUSE DE VENIR A C ON ST A N T I NOP LE . — IL Y ENTRE COMME GRAND VESIR. — ES- PRIT DE SON ADMINISTRATION. — SON SUPPLICE. — Ml RAD, PUIS SU LE I MA N GRANDS VESIRS.
— TROUBLES EN ASIE ET EN AFRIQUE. — UN GBAND VESIR D UN JOUR, ET UN MUFTI POUR TRENTE HEURES. — AMBASSADE INDIENNE. — ENVOYÉ POLONAIS. — LE PATRIARCHE GIOAN- NICUIO. — BATAILLE DES DARDANELLES. — PERTE DE TÉNÉDOS ET DE LEMNOS. — DÉPO- SITION ET SUPPLICE DU ML'FTI MESUD. — BANNISSEMENT DE M ELE K> AHM E D- P A SCH A ET DU GRAND VESIR.
L'eunuque Suleiman ne s'accommoda pas long-temps du caractère indépendant du grand vesirSiawusch, qui prétendait exercer sa place avec la plénitude du pouvoir qui lui appartenait. Pendant quelque temps le kis- Inraga produisit ses désirs sous la forme de prières, et fit accorder ainsi, quoiqu'avec une grande répugnance, par le grand vesirau précédent defterdar Ismaïï-Pascha, la permission de retourner à Constantinople, faveur dont la mort empêcha calui-ci de profiter. Mais quand le grand vesir voulut faire arrêter et rançonner le defterdar Erair-Pascha , son ennemi ,
TOM. m.
Suleiman lui envoya dire impérieusement de ne pas toucher à ce personnage. Siawusch- Pascha, indigné, ne put s'empêcher de s'écrier :« Quel grand vesirat qu'un tel esclavage sous des eunuques noirs 1 » D'actifs artisans de discordes ne manquèrent pas de rapporter ces paroles au kislaraga, en accusant le grand vesir de s'être approprié 500 bourses sur les biens confisqués des agas. En outre, des lettres imprudentes adressées par Siawusch-Pascha à lpschir-Pascha pour l'engager à prêter son concours à l'effet de rétablir l'action du gouvernement dans son indépendance prirai-
t "ve, étaient tombées eotre les mains du kislaraga, qui les montra à la Validé et au sultan , insista sur le changement du grand vesir, et proposa pour son successeur le nonagénaire Gurdschi-Pascha, afin d'avoir les mains d'autant plus libres. La Validé demanda à son intendant, le vieui architecte Kasim, homme d'affaires expérimenté et loyal, si Gurdschi- Mohamroed avait les capacités nécessaires pour être grand vesir. Kasim répondit a que Siawusch avait mille fois plus de valeur que l'imbécile Gurdschi, que si l'on voulait changer le grand vesir, le choix devait tomber sur un homme d'un esprit vaste, élevé , d'un caractère ferme et droit. » Kasim espérait que la Validé lui demanderait s'il ne connaissait pas un tel homme , et pour cette question il avait tout prêt le nom de Mohammed-Kœpri la. Mais l'occasion qu'il attendait ne se présenta pas. Un témoin muet de l'entretien le rapporta de suite à Siawusch ainsi qu'au kislaraga. Si les paroles de Kasim ne lui nuisirent pas beaucoup auprès de Siawusch , elles inspirèrent un profond ressentiment à Suleiman. Le grand vesir fut appelé au sérail , où le kislaraga lui redemanda le sceau. Siawusch refusa de le déposer en d'autres mains que celles du sultan. L'eunuque le lui arracha de force erfl'envoya en prison (1) ; puis il voulut le faire mettre à mort. Mais la Validé s'opposa à la sentence. Siawusch , dépouillé de ses biens , fut banni a Malghara , où il mourut de misère (30 octobre 1651). Le vieux Gurdschi commença son administration par conférer le gouvernement de Damas à son frère Dschaafer, vieillard aussi incapable que lui-même. Bojunijarali Mohammed-Pascha, qui avait les prétentions les mieux fondées à ce gouvernement sollicité par lui , reprocha durement au grand vesir l'incapacité du nouveau titulaire. «Je te ferai couper la tête, murmura le vieux Gurdschi. — Tu ne peux me couper la tête, répondit Bojunijarali ; tu devrais rougir aux yeux du peuple; mais tu ne peux non plus comprendre un sentiment de pudeur. Si tu étais sensible à la honte , tu n'aurais jamais choisi un être inepte comme ton frère pour gouverner Damas (2).» Gurdschi s'adressa au kis-
(ljNaima, I. n, p. 321.
(2) Le même, p. 330.
laraga pour obtenir vengeance. On se contenta d'exiler Mohammed à Kanischa. Avec, la nouvelle administration recommencèrent les extorsions d'argent.On exigea de Ghodde- Kiaja, intendant de Mclek-Ahmed-Pascha, 1,000 bourses, dont 600 furent tirées de la poche de l'ex-vesir, et 400 furent payées par le kiaja lui-même. Deli-Burader, qui s'était racheté sous Siawusch moyennant 50 bourses, dut maintenant remettre une somme égale à Gurdschi; à la vérité, ce versement lui valut la restitution de son ancienne dignité de woiwode des Zigeunes (1). Tarchundschi-Ahmed-Pascha , l'un des vesirs les plus influents, naguère gouverneur d'Egypte, fut jeté dans les Sept-Tours parce qu'il refusait de donner 100 bourses exigées de lui. Le chambellan Bojadschi Hasan, porteur de la sentence de mort à Kara-Tschausch , ayant été accusé d'avoir retenu 100 bourses sur la fortune confisquée de l'aga des janitschares mis à mort , fut exilé à Gyula et réduit à la misère. Le même destin frappa le vesir Mohammed-Kœprilu, que l'intendant de la sultane Validé, Kasim, avait
comme le personnage le plus digne de recevoir le sceau de l'empire. La Validé, qui n'osait rien faire par elle-même , avait communiqué la proposition au kislaraga; celui-ci a Gurdschi. Aussitôt Kœprilu- Mohammed fut envoyé à Gustendil , et Kasim, accusé faussement de s'être laissé corrompre par Kœprilu au moyen de 500 bourses . fut jeté dans les Sept-Tours , puis déporté à Chypre. L'aga des janitschares Husein , objet de mépris pour sa faiblesse , fut déposé , et sa place donné à Suleiman, teneur d'étrier du sultan. Le bouffon du kislaraga, Mustafa de Galata , devint second écuyer, et bientôt après grand chambellan. L'ex-reis-efendi Mewkufatdschi- Mohammed, quoique protégé du précepteur des princes, Rihan , et alors entièrement absorbé par la traduction du Multeka, dont il envoya la première moitié par son fils à Rihan-Aga. n'en fut pas moins exilé à Mitylène, sous le prétexte quil suivait des intrigues par l'entremise de son fils, pour le retour de l'ancien grand vesir Melek-Ahmed-Pascha ; et Mustafa-Aga, ins-
(I ; Nainia , p. 330.