LXIX
Porter, le cabinet de Saint-Pétersbourg fit cesser les constructions commencées. D'autres débats s'élevèrent entre la Porte et la Russie, au sujet de la Kabartai : Obreskoff, successeur de Wiscbniakoff près le gouvernement ottoman , s'était plaint tout d'abord de l'infraction commise aux traités par les deux princes tatares, fils du chan, qui avaient voulu expulser les Russes de la Kabartai ; il avait demandé que des commissaires nommés par les deux parties prissent connaissance de l'affaire , et que les deux princes fussent rappelés [ septembre 1751 ]. A peine cette satisfaction était donnée au cabinet de Pétersbourg , le chan des Tatares se plaignit de ce que les Russes lui avaient enlevé six tribus de l'Abasa Keszik , soumises de temps immémorial au souverain de la Krimée ; dans sa réponse , Obreskoff prétendit n'avoir aucune connaissance de ce fait, et soutint que la commission d'indemnité , réunie dans le but d'apprécier les indemnités à donner pour le pillage commis à Perekop par la seule faute des Tatares, avait été obligée de se séparer au bout de cinq séances. Le chan ayant énergiquement protesté dans ses réclamations au sujet de l'Abasa Kiszik , la Porte ordonna que ce prince veillât à faire respecter les frontières d'après la lettre des traités.
Maintenant il faut revenir aux faits bien autrement graves qui se passaient sur la frontière de Perse. Ces événements étant intimement liés aux agitations de la Perse durant l'interrègne, nous allons, d'après Isi, exposer rapidement les troubles qui déchiraient alors ce malheureux royaume.
Asad-Cban , l'Afghan qui s'était emparé de Kuraije, comme on l'a vu plus haut, avait détaché contre Eriwan ses généraux Musa et Ahmed-Chan , auxquels Tahmuras , seigneur de Tiflis, barra le chemin ; Asad-Chau, accouru pour les soutenir , fut attaqué par Tahmuras à Metriskoi , battu , poursuivi et poussé jusque sur Rumije , où il ne ramena que le tiers de son armée , portée auparavant à douze mille hommes [ 8 mai 1751 J. Aux huit prétendants qui se disputaient déjà le trône de Perse vint se joindre un neuvième, qui se disait Husein-Mirsa, fils du schah Tahmasip , et soutenait avoir pris la fuite , au temps du massacre des princes, pour se réfugier en Russie. Il paru d'abord
è Mesched , et Kerbhela , où l'ancien commandant des gardes- du -corps de Nadir- Schah, puis Mehdi-Cban, Mirsa-Ibrahim et d'autres grands le reconnurent pour le véritable fils de Tahmasip ; le dernier ambassadeur de Nadir-Schah, Mustafa-Chan , qui était resté à Bagdad , écrivit à la Porte dans ce sens. Le grand vesir, qui voulait maintenir la paix sur la frontière, répondit au chan que les derniers traités ne lui permettaient pas de s'immiscer dans les affaires de la Perse ; en même temps il ordonna au gouverneur de Bagdad, Suleiman-Pascha, d'éloigner le prétendu Husein-Mirsa , auquel il fit pourtant remettre un présent de 1,000 ducats. Afin d'éviter môme sujet d'alarme aux Persans, la Porte enjoignit aux deux paschas de Baszra et de Bagdad de se retirer en- deçà des limites de l'empire. Déjà elle avait repoussé la requête d'intervention des habitants d'Iszfahan, transmise par le gouverneur de Bagdad. Elle n'accueillit pas mieux la supplique des habitants de l'Aserbeidschan, apportée à Krscrum par Kisa- Chan, fils de Feth- Ali-Chan, alors diwan-beg de Tébris, au nom des chans et des njanes deTébris, Humije, Karadschatagh, Erdebil, Meragha, Denbeli, et envoyée à Constantinople par le gouverneur d'Erserum. Les riches présents destinés à la Perse, au temps de l'ambassade de Kesrieli, étaient restés jusqu'alors à Bagdad, parce que l'on espérait encore qu'ils pourraient servir auprès du schah futur au maintien de la paix ; mais le nombre toujours croissant de prétendants au pouvoir suprême, qui déchiraient la Perse, affaiblissant chaque jour cette espérance, des fermans furent adressés au gouverneur de Bagdad , et à ceux de Moszul , Diarbekr, Sivas, Scherhsor, Malatia, Meraasch, aux woiwodes de Mardin, Boli et autres, pour qu'ils dirigeassent de province en province, «ous escorte sûre , ces présents sur Constantinople , où ils devaient être déposés au trésor impérial. D'autres ordres furent expédiés au gouverneur de Bagdad et à l'écuyer Mohammed-Aga, pour qu'ils veillassent à la sûreté de l'ambassadeur persan de Nadir- Schah, Mustafa-Chan , auquel enfin , sur ses demandes répétées, avait été accordée la permission de venir à Constantinople. Ce personnage allait se mettre en route , quand
il apprit que deux de ses fils avaient été incarcérés sur l'ordre de Sendkerim, l'usurpa teur d'Iszfahan , qu'un millier de ses amis et partisans s'étaient jetés dans la forteresse de Péri pour s'y défendre, enfin que deux chan» et les juges du Loristan , accompagnés de vingt-cinq notables , étaient arrivés avec des troupes à Kermanschahan . où ils l'attendaient impatiemment avec Husein- Mirsa : ces nouvelles changèrent sa détermination. De nouveaux ordres recommandèrent ou gouverneur de Bagdad de veiller activement à la sûreté de Mustafa-Chan et d'Husein-Mirsa , tout en respectant la frontière persane. Un autre chatti-schérif prescrivit au gouverneur de retenir les présents de Nadir-Schah et de les conserver jusqu'à nouvel ordre , afin qu'ils pussent être adressés ensuite au futur schah de Perse. La Porte possédait des états détaillés des forces respectives des partis en Perse. Ahmed Clun l'Afghan s'était fortifié dans le Kandahar et avait gagné les Belusdches; Schahroch- Mirsa, aveugle et impuissant, se tenait à Meschhed; dans l'Irak dominait Ali Merdan , chef de la tribu Bachtiari au nom d'Ismail-Mirsa, jeune homme de dix-neuf ans, fils d'une sœur de Schah-Husein ; mai* son général ayant été vaincu, par Send-Kériro, chef de la tribu des Send , Ali Merdan s'était enfui et avait cédé sa place au vainqueur. Les commandants de Iluweise , du Tristan, S h us ter, Disful, Dorak, qui avaient le titre de chans héréditaires , exerçaient l'autorité suprême dans leurs provinces. Kaswin était entre les mains des Lutis rebelles, Téhéran au pouvoir de Mirsa-Nisam ; la tribu turkmane des Karagœslus avait soumis Hamadan; Kermanschah obéissait à Abdali, chan duChoraçan , institué jadis gouverneur par Nadir-Schah. Asad-Chan, maître de Ramian, possesseur de l'Aserbeidschan , était en guerre avec Tahmuras , qui dominait dans le Kurdschistan;son général, ayaot voulu faire une irruption avec sa cavalerie du côté d'Ersendschan et de Sultania, fut complètement défait par le chan SsoH-Jar, fils de Gurbistu-Cban, qui tenait sa tour à Enguran.
Dans le Gurdschistan ( la Géorgie ), Tahmuras de Tiflis et son fils Héraclius, maître* de Kacheti , luttaient contre le chan Lesghi