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le gros diamant de quatre-vingt quatre carats et de la plus belle eau , qui étincelait à l'aigrette impériale , avait été trouvé un an auparavant par un pauvre homme sur un tas de fumier près de la porte d'Egrikapu ; ce malheureux n'en connaissant nullement la valeur Pavait cédé comme une pierre rare à un fondeur pour deux cuillers ; celui-ci le vendit à un orfèvre moyennant 10 aspres ; puis, s'imaginant que cette pierre valait beaucoup plus, il réclama un prix plus élevé. Le différend fut porté devant le chef des orfèvres, qui s'appropria le diamant pour une bourse d'or. Le grand vesir voulut l'enlever de force à ce dernier possesseur, quand parut un chatti-schérif qui adjugea pour jamais le superbe joyau au trésor impérial (1). C'était le second objet de ce genre venant des richesses de l'ancienne Byzance : le premier, encore plus beau et plus gros, avait été trouvé sous le règne de Mohammed II par un enfant dans le haiwanserai on hebdomon. Peut-être avait-il appartenu & la couronne des empereurs byzantins, qui avait été égarée par la faute des vestiaires pendant une marche solennelle vers Phcbdomon (2).
A cette époque, diverses circonstances particulières occupèrent pour un instant l'attention de la capitale. Un danseur de corde arrivé de la Perse demanda la permission de traverser le port de Constantinople sur une corde tendue d'une extrémité h l'autre. En conséquence, sept bâtiments furent disposés du débarcadère Schahkuli de l'arsenal à la tour de la porte du Fanar située en face , et sur une corde attachée à l'extrémité des mats de ces vaisseaux le persan Schahin exécuta sa course en dansant, aux yeux de la foule émerveillée et du sultan, qui le récompensa richement (3). Un plus grand concours de peuple encore se porta au spectacle du supplice de la femme d'un savetier, qui fut lapidée pour avoir commis un adultère avec un juif. Depuis la fondation de l'Islam, cette peine , établie par le koran contre la
(1) I>clterd»r, Raschid , I. i , fol. 99.
(2) Thcopliancs cl Ccxlrcnus. Vojct Constantinople et le ItosphoTc, \. i, p. Î0<J.
(») Defterdar . fol. «i.
violation de la foi conjugale , n'avait pa9 encore été appliquée : car le Prophète, ayant a punir un de ses plus vaillants guerriers accusé de ce crime , modifiant par une interprétation plus douce les effets d'une loi trop rigoureuse, avait exigé comme condition indispensable la déposition de quatre témoins véridiques (l) ; de sorte que , ni dans cette circonstance ni depuis , la terrible disposition du koran n'avait été mise à exécution. 11 était réservé au règne de Mohammed IV d'en donner le premier exemple sous la présidence du grand-juge Bejasisade- Ahmed-Efendi. Ce magistrat orthodoxe , savant et inflexible , auteur des Symptômes de la Volonté , dans les exercices de piété du grand Imam (2) , n'eut point de repos qu'il n'eût trouvé les témoins nécessaires , tout suspects qu'ils fussent (3) , pour administrer la preuve exigée ; après quoi une fosse fut creusée devant la mosquée du sultan Ahmed : on y descendit la femme du savetier et son complice. Le juif, qui pour sauver sa vie s'était fait musulman la veille, par grâce siugulière fut décapité ; pour la femme, elle fut ensevelie sous un monceau de pierres lancées par le peuple : le sultan s'était rendu dans le palais de Fasli-Pascha sur l'hippodrome pour assister à ce spectacle. Alors régnait un esprit de rigueur impitoyable , soufflé en grande partie par le prédicateur de la cour, l'hypocrite Wani , ennemi acharné des mystiques. Ainsi il fit bannir de Brusa à Leranos le grand poète mystique Miszri, exiler aussi Karabasch-Ali, scheich de Skutari , dont la Terminologie mystique avait provoqué des propos parmi les ulémas (V). Un an auparavant, un kaloyer grec devenu musulman, et qui voulait, comme tous les néophytes , se signaler par son zèle pour sa nouvelle croyance, était entré dans le diwan pour y outrager publiquement le Christ; mais son emportement dùplut aux Musulmans, et il fut décapité
{{) Raschid, Defterdar, Mouradjea-d'hosson , 1. iv, p. Î88 et 297. Defterdar, fol. 61. (i) La biographie dans celle d'Uschakisade , elle
est la 4SI*.
(S) Kaschid, 1. i, fol. 9J.
(4) Abdi-pascba, fol. 94. Defterdar. Raschid.
coupable de blasphème contre le prophète Jésus (1).
Le tribunal de Balata ( derrière Pera ou Galata) , où Ton soupçon riait que se dressa ieot des actes illégaux de mariage, fut supprimé et un chatti-schérif recommanda aux grandsjuges de n'instituer que des hommes pieux et loyaux pour magistrats ou suppléants(î). Depuis peu de temps on parlait de faits graves parmi les ulémas : une accusation fut intentée contre le chef des émirs , Esaadsade , dont un des gens avait enfoncé une bougie allumée dans le corps d'un étudiant, et lui avait ainsi causé la mort. Le coupable, traduit devant la justice et convaincu de cet acte infâme , fut rejeté du corps des ulémas et son père fut banni pour lui avoir donné une mauvaise éducation. L'ex-grand-jugede Rumili, Sahaki-Mustafa, était mort en janvier 1680, laissant une sorte de vade-mecum intitulé Collection de fautes. Le frère d'Ahmed-Kooprili, Mustafa-Beg, qui n'avait encore occupé aucun emploi , maintenant que le grand vesir Kara-Mustafane craignait plus sa rivalité, fut nommé vesir de la coupole (juin 1480). Le kapudan-pascha Kaplan, beau-frère de Kœprili , mourut à Smyrne , et fut bientôt suivi dans la tombe par l'ingénieur vénitien Baroizi , le traître qui avait livré Candie. Mustafa-Pascha , écuyer du sultan, devint kapudan-pascha. Kara-Mustafa , qui de sa première épouse, sœur d'Ahmed- Kœprili, avait une fille déjà nubile, la donna en mariage à Mohammed- Pascha, ancien trésorier du sultan et la dota de joyaux pour la valeur de 800 bourses.
Le second fils du sultan , Ahmed, ayant atteint sa septième année , une réunion solennelle fut disposée dans le jardin d'Istawros sur la côte d'Asie pour inaugurer son éducation [29 juillet]. Le prince fut amené par le kislaraga de la porte de Félicité devant le sultan, qui le remit à Feisullah nommé chodscha de cet enfant ; mais Feisullah dut laisser l'honneur de la première leçon des quatre premières lettres de l'alphabet au chodscha et prédicateur de la courWani-Efendi. Dans cette circonstance Mohammed IV
(1) Rapport de Terlingo, juin 1679.
(1) Raschid, U i, fol. 91. Defterdar.