LVII
du commandement du Kaire. La seconde , Antika, mariée successivement au vesir Kenaan-Pnse ha , au vesir Jusuf-Pascha , au kapudan Sinan-Pascha , à Ismaïl-Pascha , le grand inquisiteur d'Asie, tué à la bataille de Saint-Gotthard , par l'effet d'un vice extérieur de conformation , était restée vierge après dix-neuf ans de mariage , quand le sultan la donna au gouverneur de Temcsvar, Kasim-Pascha, condamné à perdre la tête pour avoir été battu par le général autrichien de Souches , mais que Mohammed IV voulut sauver en reconnaissance de l'habileté déployée par ce serviteur à l'occasion de la circoncision du souverain ; Kasim sut jouir de ses droits d'époux et posséda aiusi le cœur de la princesse.
A l'automne le sultan retourna pour la huitième fois à Andrinople, et revêtit l'historien Abdurrahman-Pascha de la dignité de kaimakam ; l'homonyme de ce personnage, gouverneur d'Égypte, fut appelé au commandement de la Bosnie [octobre 1C80|. En chassant à Tschataldschi, le sultan apprit que les boutiques de marchands de busa (sorte de boisson faite avec de l'orge) et de vin se rouvwient à Constantinople , et que la permission de débiter de la busa s'obtenait moyennant 60 bourses (30,000 piastres).
Transporté de colère, il écrivit une lettre de reproches au grand vesir, qui avait imaginé cette nouvelle source de produits pour grossir ses revenus. Afin de garantir sa tête , Kara-Mustafa ne trouva pas de moyens plus simple que de sacrifier celle du kiaja ( ministre de l'intérieur) , rejeta toute la faute des mesures sur ce dignitaire , qui en était entièrement innocentât, pour que la vérité ne pût jamais se faire jour, il se hâta d'envoyer la tête de la victime au sultan dont la colère devait être ainsi apaisée (1). La confiscation des biens du kiaja fournit 80,000 ducats (2). La tête du gouverneur d'Achiska. Arslan-Pascha , accusé d'extorsions (dont il n'avait point partagé le produit avec le grand vesir), fut jetée aussi sur le seuil du palais impérial; le même coup frappa deux commissaires chargés d'acheter des vivres ,
(1} Raschitl. I. i. fol. 92 (2) Rapport de Kbunitz.
et qui, comptant sur l'appui du grand écuyer, s'étaient fait donner de l'argent qu'ils voulaient s'approprier. Ces coups étaient dirigés par la main du grand vesir; mais l'exécution de Patburunsade-Moharamed , l'un des aides de la première chambre du registre , doit être entièrement attribuée à la haine personnelle du fanatique grand juge Bejasisade , qui avait déterminé déjà la lapidation de la femme adultère. Patburunsade était un joyeux compagnon, qui laissait libre carrière à sa langac , et agissait presque toujours de premier mouvement Quelques-uns des secrétaires de la chancellerie l'avaient dénoncé auprès du mufti comme un esprit hardi , à cause de certains propos inconsidérés ; mais l'accusé étant venu se justifier et s'eftorçant de démontrer qu'il était bon musulman, le mufti l'avait rassuré, en protestant qu'il lui fallait des dépositions moins suspectes que celles de ses dénonciateurs pour ternir l'honneur d'un homme loyal et pénétré de la vraie foi. Bejasisade, au contraire, qui avait conservé du ressentiment contre Patburunsade pour quelques sarcasmes lancés à l'occasion du supplice de la femme adultère, ne prit point de repos qu'il n'eût fait avec les témoignages déjà produits prononcer la sentence de mort contre le malheureux qui l'avait blessé. Le supplice s'accomplit en présence du sultan , à la grande joie de la populace fanatique; mais les gens de bien en gémirent, et désormais Bejasisade devint l'objet de leur mépris comme il était déjà signalé à la haine publique août 1681]. Raschid et tous les autres historiographes de l'empire condamnent le fanatisme de Bejasisade et soutiennent que la loi ne doit atteindre que les actes, et ne peut s'attaquer aux pensées, que le juge prononce seulementsurlesmanifestationsextéricures, et que les secrets de la conscience ne sont révélés que devant Dieu seul (1 ).
A la Mecque , des torrents de pluie, tombée dans les derniers jours de l'année mahométane et les premiers de l'année chrétienne , causèrent une grande inondation ;
(i) Raschid, 1. 1, fol. 94 1 Histoire du defterdar el Àbdi, fol. 109.
les eaux, se précipitant des montagnes voisines «envahirent le temple et restèrent pendant vingt-quatre heures une aune au-dessus du seuil de la porte. Quand elles se fure nt retirées, on enleva cinquante-deux cadavres de la Kaaba. Un grand sycomore planté sur le lieu même où était né le prophète , et qui ombrageait un café, avait servi de refuge à des moslims réfugiés sur ses branches; mais la force du courant le déraciua et l'emporta jusqu'à la porte Ssafa , avec cent cinquante cadavres. La mosquée et cent cinquante maisons construites autour de la Kaaba, exposées à la plus grande fureur des flots , furent enlevées.et il n'en resta point de traces; l'étang de l'Iémen fut comblé par les cadavres des chameaux et les meubles de toute espèce ; plus de cinq mille bêtes de somme avaient péri (1). Le grand écuyer Suleiman- Aga fut envoyé à la Mecque avec des architectes pour réparer les ravages de l'eau , et le nom de Mohammed IV fut inscrit parmi ceux des fondateurs et des restaurateurs de la sainte maison de la Kaaba (2). La sultane mère des princes Mustafa et Ahmed avait , l'année précédente , fondé des couvents et des hôpitaux à la Mecque , et pour l'entretien des pauvres assigné comme wakfs les revenus de Milui dépendant d'Aschmunto dans la Uaute-Égypte , et ceux de Dschaaferije au canton de Gharbije, dans la Basse- Égypte.
La paix fnt conclue en douze articles à Radzin avec la Russie, par la médiation do chan tatare (3). Les Ruâtes virent reconnaître à leur profit la possession de Kiow et de cinq palanques jusqu'alors contestées ; les Cosaques Potkali furent assurés du droit de pêche jusqu'à la mer Noire et de l'exportation du sel [11 février 1683]. Aucune des deux parties n'avait la faculté d'élever des fortifications entre le Dnieper et le Bug ; toute irruption sur le territoire russe était interdite au chan tatare. Les esclaves devaient être restitués de part et d'autre ; tes chrétiens seraient libres d'aller en pèlerinage
(1) Raschid, 1. i, fol. 92; Histoire du defterdar Abdi-Pascha.
(t) Lévcsqne , Histoire de Russie , I. iv. (3) Raschid, 1. i, fol. 93.