CHAPITRE PREMIER
OBS PBDiaPES POSÉS PAR LE CHRISTIANISME, OU DÉVELOPPÉS PAR LA PHILOSOPHIE ROMAINE, SUR LE DROIT ET LA CONDITION DE l'eSCLA- VAGC.
Au moment où l'empire, s'efTrayanl de la diminution de la classe libre et de renvahissement des affranchis dans la cite, cherchait à l'ingénuité des garanties nouvelles, du fond d'une obscure province s'élevait une voix qui préparait à la liberté une base plus large et plus solide, la voix de l'Évangile, résumée tout entière dans cette parole de
l'Apôtre : « Plus de Juif ni de Grec, plus d'homme ni de
femme, plus d'esclave ni de libre : vous êtes tous une même chose en Jésus-Clirist ^ »
Ainsi se résolvent, en un mot, les questions tant agitées des philosophes et des politiques; ainsi vont s'effacer toutes les ombres des systèmes, comme à Taurorc d'un jour nouveau. Rien ne reste des distinctions factices d'origine et de condition : tous les hommes, nés du même père, reçoivent de Jésus-Christ une génération nouvelle; la liberté de chacun a pour principe Tunité des races humaines, et pour sanction l'autorité de Dieu, de Dieu qui parle comme Créateur et comme Rédempteur.
Cette parole, destinée a gouverner le monde, ne s'imposait pourtant point avec l'appareil du commandement. C'est au dernier rang que le Christ était venu pour appeler à lui tous les hommes; et il avait inauguré son règne en prenant la forme d'un esclave {forinam servi accipiens *) . L'établissement du cliristianisme ne produira donc point, dans Tordre social, un brusque renversement des choses établies. En proclamant l'égalité des hommes, il en a placé le niveau hors des mesures de la terre : c'est devant Dieu que les hommes sont égaux; c'est en Dieu que se trouve la source de la vraie liberté'. Mais, pour avoir en
1. GaUU, III, 28. Voyei encore Coloss. m, 11 : • Ubi non est Gentilis 9 et Judseus, circuincisio et prœpuliura, Barbarus et Scytha, servus et 0 liber; sed omnia et in omnibus Christus; » et I, Corintii. xii, 13 : a Etenim in uno spiritu omnes nos in unum corpus baptizati sumus, a sive Judaei, siveGenliles, sive servi, sive liberi, et omnes in uno a spiritu putati sumus. b — Cf. MalUi, xxui, 8 : « . . . Unus est enim « pater Tester qui in cœlis est. »