‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 76 sur 213 · Numéro plures quam superior; temponim diversis moribus · texte numérisé non relu

Numéro plures quam superior; temponim diversis moribus

Ce qui résulte aussi, je pense, de l'impression des témoignages que nous avons réunis, c'est que l'emploi de ces esclaves était beaucoup plus répandu chez les Romains que chez les Grecs, dans la classe aisée. Hais dans quel rapport étaient entre elles les différentes classes d'hommes libres à Rome et en Italie? Voilà ce qu'il n'est pas beaucoup plus facile de déterminer avec la précision nécessaire, et ainsi on le voit, il manquerait plus d'un élément essentiel au calcul général de la population domestique. Nous nous bornerons donc è ces notions particulières sur les différentes catégories de l'esclavage, et sur l'emploi qu'on en faisait aux degrés divers de la société, sans chercher à les réunir et à donner à leur somme les apparences d'une exactitude qu'elle ne peut pas avoir(26).

Avec ces incertitudes sur les esclaves publics et sur la famille urbaine, avec ces simples probabilités sur la famille rustique, probabilités qui vont s'clïaçaut à mesure que l'on approche des temps de l'empire, il ne faut pas prétendre arriver au nombre total des esclaves du monde romain, ni même de l'Italie. La méthode que nous avons employée, à l'exemple de Dureau de la Malle, pour calculer la population générale du pays au temps de la guerre punique, ne s'applique plus avec la même simplicité aux temps voisins de TEmpire. Déjà, en effet, l'Italie ne fournit plus seule à sa consommation. Les importations, dont le besoin com-

• pauciores. » (Val. Max. IV, m, 11 et 12.) Plutarque dans la vie de Caton l'Ancien, (10) lui attribue 5 esclaves; mais le fait importe peu; nous nous en tenons au rapport que Yalère Maxime a établi.

i.v. uvnEs îi. CHAPITRE îir.

iTîcnça probablement à se faire sentir depuis Tépoquo des grandes conquêtes et du progrès du luxe, se seraient élevées soQs Auguste, selon deux textes combinés de Joséphc et d'Aurelius Victor à une somme de 60 millions de modit par an (5202 460 hectolitres)*. C'est lé sixième de ce que ritalie en deçà du Rubicon produisait, selon nos calculs, aux temps de sa plus grande fét^ondité ; plus du cinquième de ce qu'elle laissait, après le prélèvement de la semence, pour la consommation. Ces nombres marquent-ils un ^nd progrès dans la population? Ils témoignent plutôt d'un rapide déclin dans la culture. Tous les agronomes, tous les historiens gémissent de cette décadence, et tous parlent dans les mêmes termes du dépérissement de la race italienne. Elle a diminué dans le cercle des anciens alliés devenus citoyens, elle a diminué parmi ces autres peuples indigènes, demeurés étrangers à la cité, mais soumis à sa loi. Que si, grâce à Timporlancc que Tllalie a prise dans le monde, et au développement en tout genre de la ville souveraine, la masse totale de la population pouvait être considérée comme o peu près égale à ce qn*elle était autrefois, le vide que nous venons d'y signaler n'aurait

1. Joséphe {Guerre desJuiftjW, 16) avance que TAfriquo fournissail à Tannone de Rome du blé pour huit mois, et l'Egypte pour quatre mois, Aurelius Yiclor (Ep. I, p. 156) (Dcux-Ponls) dit que l'Egypte fournit, sous Auguste, vingt millions de modii. Dureau de la Malle, rapprochant ces données, en conclut que le total des importations devait èlre de soixante millions. Un texte de Gicéron prouve que, de son temps, la Sidle fournissait quelquefois 6 800 uOO modii: 8U0U00 de blé acheté par réquisition (frumenlum imperalum), au prix de 4 sesterces le modius; 500 0000 de la seconde dime (qui furent payés, à raison de 3 sesterces le modius, 9 000 000 de sesterces) ; et la première dîme fournie gratuitement, étant égale à la seconde, le total est bien de 6 800 000 modii, ou environ 590 000 hectolitres. (Cic, If in Vert, M, 70.

pu se remplir que par les étraugcrs. les affranchis et les esclaves. Mais les aiTranchis arrivaieat assez ordiaairement et a^ez vile au rang des citoyens ; ils se classen t donc en partie dans le nombre donné par le recensement. Quant auxesclaves» la famille rjsiique doit être elle-même en décadence. La réduction attestée dans les. produits agricoles suppose une réduction analogue dai[^s le npnpbre des hommes employés à lacullure; et l'accroissçimept des pâtres n'y fait point compensation. Resteraient donc pour rétablir Téquilibre, les étrangers, attirés en plus grand nombre par les affaires ou par les plaisirs vers la capitale du monde romain, et les esclaves accumulés dans les services divers de la famille urbaine, sous l'influence de la richesse et du luxe.

Ces évaluations sont trop hypothétiques pour que nous cherchions à leur donner par le calcul un faux air de précision ; mais il nous semble qu'au milieu de tant d'incerti* tudes, on peut s'arrêter à ces conclusions, savoir : qu'à la diminution du nombre des hommes libres a correspondu, généralement, une augmentation des esclaves, et que ce dernier nombre plus faible que Tautre au commencement de la seconde guerre punique, l'a maintenant au moins égalé. Sans méconnaître d'ailleurs le mal qui en résultait Pline compte le grand nombre des esclaves parmi les richesses de l'Italie*; Tacite, parmi ses dangers, quand il oppose à leur accroissement la diminution progressive de la race ingénue. Rome, sous Tibère, il le constate lui-même, commençait à s'en effrayer*, et Sénèque témoigne que ces craintes préoccupaient vivement l'assemblée des nobles.

i. Pline, XXXVII, uxvii, 1.

2. f In urbem jam trepidam ob multitudinem familianim quae glis- « cebat immensum minore in dies plèbe ingenua. » (Tacite, Ann. tV, 27.)

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Un jour on avait proposé, ou résolu même, dans le sénat, de donner un vêtement distinct aux esclaves. « On y renonça« dit-il, parce qu'on regarda comme un danger grave que les esclaves pussent nous comptera » Mais n'oublions pas que, dans ces rapprochements, le parallèle se pose surtout entre les esclaves et les maîtres. La classe plébéienne qui, dans les calculs dont nous nous occupons ici, sulfit peut-être à peu près encore pour maintenir la balance égale entre les deux races, faisait, nous le verrons plus tard, dans les crises de l'État, une masse flottante que le sentiment de la misère, la haine des distinctions sociales et une sorte de communauté de position, d'origine même, rapprochaient davantage des classes serviles, au grand péril de la classe supérieure.

1 . i Indicta est aiiquando a senatu sententia, ut servos a L'beris i cultus distingueret : deinde apparuit quantum periculum imini- « neret, si servi nostri numerare nos oœpissent. » (S^. De dem, l, S4.) Cette confusion d'habit existait encore au temps de Tertuilien : « Vespillo, i leno, tanistatecum vestiuntur, etc. (TertuHï., De pallio, 4, p. 117, B.)

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