‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 14 sur 29 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

I. On s'était bien attendu que le Roi de Bui^ ue se déterminerait pas aisément à embrasser le Christianisme. Le penchant qu'il .avait au plaisir , sa passion pour les sales voluptés de la chair ^ )a crainte d'une révolution ^ le crédit des bon^ aes , les préjugés de la naissance , tout cela formait à sa conversion un obstacle qu'on pré« voyait devoir long-teinps durer. Hais personnç ne se fut avisé de croire que ce Prince ^ qui avût de la résolution , un esprit ferme et droît^ <ét de grands principes de religion , fût capable d'une conduite aussi peu suivie ^ que celle qu'ii tint après le départ du père Xavier. Fondant des maisona des bonses , se déclarant pour la plus abominable secte du Japon , en étudiant les principes, en pratiquant les maximes; tandis qu'il s^pehdt et établissait des missionnaires , qu'il se fiiisait le protecteur des Chrétiens / qu'il prenait tous leurs intérêts en main , et qu'il permettait à ses en&ns d'embrasser leur religion. Malgré cela, Dieu le combla de prospérités; il ne le laissa pas même s'égarer trop loin dans la voie de son ooeur, et ce qui est plus surprenant , il ne dédaigna pas de se sarvir de lui pour l'établissement de son culte dans ces îles.

Ji;ft HISTOIRE

Cependant le P. Xavier sur IVstime que les Japannais lui avaient paru faire de la sagesse des Chinois, s'était persuadé que l'idolâtrie tomberait d'elle-même au Japon, s'il pouvait l'exterminer de la Chine. Tournant donc toutes ses pensées du côté de ce vaste empire , il communiqua soii dessein à Jac()ues I^rëyra son amiy le plus riche marchand qui fût alors dans les Indes ; mais .qui avait* le cœiir . infiniment au-dessus de sa fortune, et un tè]e pour le pro-^ grès dé la foi qui convenait plus à un apôtre ^ qu^à un homme de sa condition. Le Saint trouva Pereyra si disposé a. le seconder de tout son pouvoir ^ qu'il . le fit nommer Ambassadeur du Viccr-Roi à la cour de Pékin, mit tout son biea aiuç- frais de ce voyage,: et en magnifiques pré^ sen^ pour l'Empereur, les Princes et lea princi-* paux mandarins de l'en^ pire. • Les préparatifii d'huile expédition, sur laquelle le saint Apôtre fondait l'espérance qu'il avait conçue de convertir tout l'Orient à la foi ,* se firent avec une diligence incroyable , et rien ce semble ne devait faire obstacle à une entreprise si bien con* certée, lorsque la jalousie de Don Alvare, comte d'Ataydoj Gouverneur de Malaca, renversa en un moment de si beaux projets , et réduisit Pa» reyra presque a la mendicité. • . ^

. Le P. Xavier ne se rebuta point d'un contre-temps si imprévtt; à la vérité il n'cnnit rien pour laire prendre au comte 4'Atayde des sen-

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timèiii^ plus' raisonnables , mais n'ayant pu rieni gagner sur un cœur que l'avarice et l'envie possédaient en tièi'ement, il excommunia ce malheureux , prédit la terrible vengeance que Dieu tirerait de son crime > et s'embarqua sur un vais* seau qui faisait voile vers Sanciau, île déserte à la vue de la Chine. Il espérait y trouver quelque occasion favorable pour se faire débarquer à Canton; mais après avoir vu rompre toutes les mesures qu'il avait prises poi^r l'exécution de son dessein , il mourut d'une fièvre violente dans une cabane ouverte à tous les ^vents , et presque sans aucun secours. Ainsi finit ce grand homme devant qui toute la terre était en silence , pour appliquer à l'apôtre de l'Orient ce que l'Ecriture a dit du cqnquérant de l'Asie , après avoir étendu l'ÊgUse romaine plus de six. mille lieues au-delà de ses anciennes bomea»

et fait entrer dans le troupeau de Jésus-Christ plus d'infidèles , que tous les sectaires de sou siècle , si fécond en ces sortes de monstres , n'eu avaient séparé de fidèles.. Il semble qu'une mort si obscure ne devait pas terminer une vio aussi éclatante» Mais ceux qui jugeront des choses selon les lumières de la foi , trouveront bien de l'éclat' dans cette obscurité apparente , et avoueront qu'une telle fin était due, et convenait au disciple d'un Bieu naissant dans une étable, et mourant sur une croix.

Avant que de partir de Malaca pour Sancian,

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le saint ap6tre voulant tenir paiùle au Roi de Bungo, à qui il avait promis des missionnaires, avait fait partir pour le Japon le P. Balthasar Gago , Edouard de Sylva, et Pierre d'Alcaceva, qai n'étaient pas prêtres. Us arrivèrent au mois d'Août à Funay , le P. Gago présenta au Rd des lettres et des présens du Vice-Roi des Indes , et Gvandono les regardant comme un effet de la reconnaissance du P. Xavier, y parut trèssensible. Quelques jours après les trois nouveaux missionnaires firent le voyage d'Amanguchi, à âesseiB^ ^ conférer avec le P. de Torrez , et de prendre tous enseihble des mesures pour agir par tout d'une manière uniforme. Bès qu'ils fu- TCnt arrivés, on commença par faire une assemblée des plus distingués d'entre les Chrétiens, parce qu'on était bien aise d'avoir leur avis sur diverses eboseSv Après plusieurs conférences , on régla qu'on s'attacherait à soulager les pauvres de toute la ville , sans en excepter même les iurfidèles : qu'on établirait des hôpitaux , qu'on en donnerait la direction , et que l'on confierait la distribution des aumônes à ceux des fidèles , que leur vertu et leur naissance faisaient plus con- ^dérer dans la ville. U fallait cela pour ôter aux bonses un prétexte de publier , comme ils &i*- %aient déjà partout , qu'on n'embrassait le christiavni^me qu'afin de s'exempter de leur faire des aumônes; les pères firent ensuite leurs régler mens particuliers, ils furent toujoun depuis in-

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Tiohblement gardés , et Fon ne peut dire comitteii ronifomiité , ou'ils ptoduiairent dans k manieM de prêcher FEyangile) contribua aux progrès de la religion.

Ce progrès était dqà fort con&dérable y et ja» mais surpnse ne fut pareille k cdle des nou«<veaux ouvriers, lorscju'ayant un peu pratiqué les fidèles d'Amangùcbi , ils eurent découvert les trésors de grâces dont Dieu avait enrichi cette église naissante. Sur-tout ils ne revenaient point de Fétonnement que leur causait la vue de ces fiers courtisans , qui , à peine régénérés dans les eaux du baptême , semblaient n'avoir plus d'au**tre ambition que de s'abaisser au-dessous des plus pauvres. Tous se portaient a des austérités <{u'on avait de la peine à modérer. Les religieux les plus dégagés de la chair et du sang ne sont pas plus détachés de leurs proches y que ces nou* veaux Chrétiens l'étaient de leurs parens idola*^ très. Les biens étaient en quelque fiiçon communs entr'eux y et les riches ne se regardaient que comme les économes des pauvres ; mais ce qui marquait plus que toute autre chose com*bien l'esprit de Dieu régnait dans cette chré<<* tienté, c'est que l'on y admirait une union, une paix , une charité , qui diarmaient les infidèles mêmes.

Tout étant réglé comme je Fai dit , le P. de Terres retint avec lui Edouard de Sylva, et ^Laurent, ce jeune Japonnais, que le K Xavier

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avait reçu dans la compagnie. Le P. Grago partit pour Fanay avec Femandez.; et Pierre d'Alcaceva fut renvoyé aux Indes poiir informer les supérieurs du besoin qu'on avait de niissionnai-^ rès au Japoii;' Il est vrai, que parmi les fidèles Japonnais , la^ plupart étaient . catéchistes , et Dieu donnait tant .de bénédictions au zèle de tes néophytes, qu'en mil cinq cent cinquantequatre, on comptait jusqu'à quinze cents per-^sonnes baptisées dans le royaume d'Arima , où aucun prêtre n'était encore entré. Rien n'était plus ordinaire que de voir des familles entières recevoir tout à-la-fois le baptême. Naytondono, gouverneur d'Amanguchi s'étant fait Chrétien , plus de trois cents personnes , ses .alliés , ou ses .vassaux suivirent aussitôt son exemple. Mais rien ne contribua davantage* à la conversion des in-» fidèles, que ce qui arrivia à deux bonses fort célèbres dans tout l'empiré. .

- Ils étaient venus de Méàco à Amanguchi à dessein de voir^ les docteurs étrangers , . dont on -parlait . déjà . dans tout le Japon , et pour, s'opposer au progrès deJ'évan^le. Leur réputation attira l'atteation de toute la -ville , et les préfères conféremces qu'ils eurent en public avec le P. de Terrez, quoique la ^ vérité y eût triomphé, ne diminuèrent point l'estime qu'on avait pour eux. IVailIeuTs la modération qu'ils faisaient :^araitre en toute occasion!,', leur douceur et leur honnêteté ^ donnaient un giiand relief à. leur mà^

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rite, et les missionnaires n'avaient point encore eu d'adversaires qu'ils dussent tant redouter , ni dont ils souhaitassent plus la conversion. Un jour que le P. de Terrez prêchait dans une place de la. ville ^ les deux bonses vinrent à leur ordinaire lui .proposer de très-bonnes difficultés ; le père y répondit de : manière qu'ils n'eurent rien à répliquer. Après quoi continuant son discours , et ayant cité un passage de saint Paul, un des deux bonses lui demanda ce que. c'était que ce Paul, sur l'autorité duquel il faisait tant de fonds^ Le père , avant que de répondre , raconta en peu de mots toute l'histoire de l'Apôtre des gentils. Il avait à peine fini , quel le bonse prenant là parole : oc Ecoutez , Japonnais , s'écriâ'-t-il , )» je suis Cli^rétien; et puisque j'ai imité Paul » persécuteur, je veux l'imiter Apôtre. Et vous, 3^ mon cher compagnon , dit-il, en s'adressant y> à son confrère, suivez mon exemple , et puis- » que jusqu'ici nous avons été de société pour D combattre cette sainte Religion, il faut que » désormais nous allions ensemlile l'annoncer 9 » ceux qui ne la connaissent point. Je prendrai » le nom de Paul j prenez ,' vous , celui de Bar- » nabé son associé', à la publication de la loi ïk sainte. » Disant ces mots , il se jette aux piedâ dtt P. de Torrez, son com|^gnon en fait de même, et tous deux sont . baptisés à l'instant. ' f Dès qu'ils «^furent en étal de travailler iau salut des âmes > ils tinrent via paroles qu'ik avaient

Il8 BISTOIEE

pabË({aem6^t*donIléè• Paul siur-toât s'étuâia tel^ lement à se former sur son patron^* ({u'on peut £re qu^il était comme une copie vivante du doc«» leur des nations. Tout ce que la pénitence a de plud austère n'était pas trop ngoureux pour Ivà^ sans cesse on le voyait avec Barnabe, parcdur* rant les bourgs et les villages , et semant le grai^ de la parole de Dieu avec des fruits inconceva«r blés 9 auxquels Dieu coopéra souvent par dte miracles.

Tandis que ces choses se passaient à Aman* gu.chi, W bonses de Funay , après bien d'inu-^ iiles efforts pour décrier les missionnaires qui travaillaient dans le Bungo , s'avisèrent de répan-^ dre par-tout que la loi des Chrétiens ne diflSsrait de la religioin du pays, que par quelques pra-^ tiques extérieures, et de nulle conséquence. Ib tachèrent sur^toùt de persuader que leur morale ne le cédait en rien à la morale chrétienne^ mais le père Gàgo, Fernandez et Laurent , s'étairt appliqués à faire connaître l'essentielle différenoe qu'il y a entre l'Évangile et les sectes du Jet^ pon , ce nouveau stratagème , qui d'abord avait assez réussi , n'eut point de suites.

il. Une révolte, qui mit le Eoi en danger de sa vie , et dont on accusa les bontos d'être les auteurs , fit courir un plus grand péril au ChriisK tianisme. Le bonheur ^t la résc^ution de Civan-^ dono le tirèrent de ^ mauvais pas : il marcha contre les rebelles avec une fermeté qui kb

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étonna et leur fit tomber les aimes des mains* U se saisit lui-même des chefs, et les ayant fait punir selon la rigueur des lois, le calme fut bientôt rendu à l'état. Femandez fit paraître en cette occasion une intrépidité dont on voit peu d'e3iemples« Le Roi enfermé , et en quelque façon assiégé dans son palais , ne savait sur qui il devait compter. Bi ne faisait pas . plus sûr pour les ^missionnaires de se montrer dans une ville où tout était armé autant contr'eux que contre le Souverain. Fernandez, persuadé que le plus grand service qu'on pût rendre au Roi , dans cette occasion, était de l'instruire de l'état des choses, et convaincu que le bien de la religion, demandait qu'il risquât sa vie pour un Prince, qui en était l'unique soutien dans le Japon , passe gé^ Dereusement au travers des troupes rebelles , entre chez le Roi , lui donne avis de tout ce qui se passe , et le met par-là en état d'agir contre les séditieux. Cette action et le zèle que les Chrétiens firent éclater pour leur Prince , ne ^servirent pas peu à confirmer Civandono dans les . sentimens d'estime et d'afiection où il était à l'égard du christianisme. Il assura même après sa victoire , qu'il croyait en être uniquement redevable au Bieu que le père Xavier lui avak axmoncé , et que dans le fort dû péril il avait mis en lui toute sa confiance , comme Femandez le lui avait recommandé. . .

V La tranquillité éteit à «peine rétablie dans ce T. L 10

taO HISTOIRE

royaume ^ qu'on y apprit ded nouvelles bien a& fligeantes du Ntugato. Il y ayait près de quatre ans que Faoharandono , ùère puiaé de Civan* dono, gouvernait cet état plutôt en père qu'en Roi. Amanguchi , sous une domination si paisible 9 avait bientôt réparé ses ruines , et était devenu plus florissant que jamais. Le Roi , au milieu d^une paix si profonde, n'était pourtant pas sans inquiétude; Depuk son avènement à la couronne,' il n'avait encore pu réconcilier deux seigneuTB de sa cour, dont il prévoyait bien que la division ne pouvait manquer de causer tôt ou tard de grands déswdres. Ce qu'il avait appréhendé arriva , Forage qui grondait depuis si longtemps , xnreva tout-à-coup ; diacun prit parti , •et avant que le Roi eût pu pourvoir à la sûreté de la ville , il s'y trouva deux^ armées toutes prêtes à s'entr'égorger. Le pauvre Prince se vit donc obligé d'attendre , dans son palais , qoelle serait l'issue de cette guffl*re. Elle, fut bien fiineste; on en vint aux mains dans toutes les plaees et dans toutes les rués <d' Amanguchi, et ajM^s que de part et d'autre on se fut kaié de répandre du sang, qudques soldats ayant mm le feu à plusieurs quartiers de la ville j en moins de rien , plus de dix mille maisons furent réduites en cendre. Un spectade si tristç désaiwui les plus mutins, et Fon n^ songea plus qu'a garxantir de l'incendie ce que les flammes n'avaient point encore consuim. Vbàat Amangocfai n!avait

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p8 è:rpié tôUd dès opimc», et la Justice divine R6*jtigea pas à propos de différer pltis longn* temps k vcDgeance qu'elle en voulait tirer.

Un mois était à peine écoulé , que Morin-* doDo , Prince voisin de Sacai , jeune et entre^-» prenant, vottbiil profiter du désordre oà se trouvaient les affaires de Naugato , vint camper k une Iteue d'Aisuiiigocfai , ou il reçut bientôt un renfort ti:ès-'Consîdérab}e que le Roi de Chi* tugen eb quelques autres Princes du Ximo lui envoyèrent. Il n'y avait qu'une victoire qui pàl préserver le Naugato d'une invasion; car outre Vétat où était réduit ce royaume , on ne sait ce que c'est au Japon que de faire traîner les guer* res en longueur ; temporiser , demeurer dans un camp'* des. mois entiers, fiiire des miarckes pré^ gisement pour s'observer, s'énfeiMner dans dei lignes , fanre des trandiées y aller à la sappe ^ tout cela n'est guère du goût des Japonnais* Us ne l'ignorent pas;- mats ib le pratiquent raremient : les querelles entre les Souverains se ter^ minent k peu pi«s comme les différends entre les purticu^liers , et les plus grandes révolutions sont souvent le fruit d'un coup de main. Cela vient encore de ce qu'il y a peu de villes for-^ tes dans cet empire , et de ce que les trembla*mens de terre, qui y sont fort fréquens , obligent à ne se servir que de bois pour la construction des maisons^ Le vernis et les peintures, qui rendent les maisons des personnes aisées si riantes

lO.

laa ^ HISTOIRE

^t si propres, et qui les conierveiit contre les injures de Fair , produisent encore un autre inconvénient ; c'est que quand le feu a pris à cette gomme , il n'est presque pas possible d'en ap* prêcher pour l'éteindre, et. souvent il ne faut qu'une maison, en feu pour brûler toute une ville.

Pour revenir; > Facharandono comprit bien qu'il ne fallait pas attendre ^ dans une place à demi ruinée, un! ennemi puissant. Il leva donc des troupes , et alla présenter la bataille à Morindoho^ qui ne la refusa point. H avait une armée fort leste , et celle du Roi , formée à la hâte , n'était ni aguerrie , ni disciplinée. Aussi £ut^ elle ' aisément défaite, et l'infortuné Facharan-* dono perdit , dans un seul combat, la couronne et lavie. Morindono profitatit de sa victoire y entra dails Amanguchi qui ne fit point de résistance , en permit le pillage à ses soldats , et passa au fil de l'épée tout ce qu'il trouva les arDâes à la main. Les Chrétiens , dans ce massacre, furent encore moins épargnés que les autres, et les missionnaires eurent bien de la peine A se sauver dans le Bungo , où une nouvelle révolte les fit bientôt rentrer dans le danger auquel ils venaient d'échapper. Une ligue fort secrètement tramée entre plusieurs grands de la cour, éclata toutrà--coup; mais la précaution que prit le Roi de s'enfermer avec tous ses trésors dans une forteresse qu'on croyait inaccessible,

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obligea les rebelles à se désarmer, pour n'aroir pas sur les bras toutes les forces du royaume. L'état commença dès-lors à jouir d-uue paix qui dura loug-temps y et api fut très-aTantageu9e au chris-. tianisme.

m. Cependant, Pierre d'Aloaoeva, que le père de Torrez avait renvoyé aux Indes pour solliciter un renfiort d'ouvriers apostoliques , était arrivé à Goa avec un gentilhonmie du Rqi de Bungo, qui allait de la part de son maître ap-r puyer auprès du Yice^Roi des Indes la demande du missionnaire. Dom Alphonse de Iton^na, qui gouvernait alors les, Indes, ayant reçu les lettres que Gvandono lui avait écrites, fut surpris des avances que ce Prince y faisait en faveur de la religion , et dans le- moment , le père Melchior Nugnez, provincial des Jésuites, étant entré dans sa chambre : ec Que faites-vous aux Indes , mou D père, lui di^-il; suivant ce que me mande 2> le Roi de Bungo, quand vous iriez tous au i> Japon, vous ne seriez pas encore assez pour 7> recueillir l'abondante moisson qui s'y prépar % re. » Rien ne pouvait être plus au gré du père JNugnez, que ce discours du Yice-Rov ce Mour g» seigneur, répondit^il, }e venais pour oonsulr D ter Votre Excellence sur ce voyage qu^e je u>p 30 sens fort porté à entreprendre. » Or, voici p^ .qui avait Mt nattre cette pensée au P. lïugnez. ;

Femand Mendez Pinto, Portugais, un dei plus fameux négocians de t^^ute l'Asie > qui avait

ia4 HISTOIRB

été fort lié ayec le père Xavier, et qui s'était trouvé avec le Saint à la cour du Roi de Bungo^ las de mener une vie errante et toujours agitée, songeait à repasser en Portugal , pour jouir tran* quillement dans sa famille des biens qu'il avait amassés dans l'Orient. Avant que de s'embarquer , il voulut mettre sa conscience en repos ^ et fit une confession générale au père ^Nugnez; Ce père , après l'avoir entendu , s'entretuit quelque temps avec lui des grandes vertus , des pro*phéties et dés miracle» du père Xavier. Tout en retentissait alors, parce qu'on avait reçu nou«velle que le corps du Saint , demeuré incorrup*tible malgré la chaux vive où on l'avait enterré par deux fois, devait arriver incessamment à Goaf. Il y arriva en eflfet conduit par Pierre d'Alca*^ ceva , un autre Jésuite , le gentilhomme du Roi de Bungo, et Jaieques Péreyra, et il fia[t reçu dans cette capitale de l'empire portugais dam les Indes , avec une pompe digne d'un Apôtre j que le ciel semblait prendre plaisir à illustrer tous les jours par les plus étonnans prodiges.

Pinto j après avoir raconté au père Nugnez tout ce qu'il avait vu fisiire de plus merveilleux -au serviteur de Dieu, fit tomber la conversa^ tion sW l'éminente sainteté des fidèles Japon^ t»Eiis, et* sut les dispositions admirables qu'avait toute cette ifiatiou à embrasser le Chri^ianisme. Voyant que ce discoutis faisait impression sur resprit de son confesseur , et se sentant lui-même

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eitraor^inairement énra ; <sc Ah ! mon père s^é^ 9 crîa^tr-il, comme s'il eût été inspiré, seriez-vous y> homme à aller au Japon? Je voua y acoom*- 3) pagfaerais volontiers, et que je serais heurenx, ^ si Bieu liie feisait la grâce d'y répandre mon y> sang pour la gloire de son saint Nom! y> Le^ père , surpris de ce qu'il entendait , douta quel-^ que temps si Pinto parlait sérieusement. Pour s'en éclaircir , il lui proposa les difficultés d'une telle entreprise , et les exagéra le plus qu'il lui fut possible; Pinto , après y avoir un peu pensé y répondit que rien ne rarrêteiwt, qu'il prévoyait tout ^ que son intention était d'envoyer deux mille écus ien Portugal à quelques parens pauvres qu'il y avait, de Ibnder un séminaire à Amanguchi| d'oii la foi pourrait se répandre dans tout le Japon, et d'employer le reste de son bien en aumônes , aux frais du voyage ; el en de magnifiques présetis , qu'il avait dessein de fiiire aux Princes japonnais , qui lui paraîtraient les mieux disposé» a favoriser les Qirétiens;

Le provincial , aprèb avoir donné à son péni-^ tent lé temps de réfléchir encore sur ce qu'il prop6sait, et pris les avis de tout ce qu'il y avait à Goà dé personnes zélées et prudentes , , crut que Dieu l'appelait au Japon ; le^ discours du Yice^Roi le confirma plus que toute autre chose dans cette pensée , et dès le jour même il commença à prendre des mesures pour son départ.

U nomma un vioe*pit>vincial en s^ plaoe^ té^

1^6 IWSTOittE ,

-^tduteB' choses à9X^ les missioDS des lades, prit pour l'accompagner le père Gaspard Viléla^ et

-quelques jeunes religieux , qui n'étaient pas pr^-

.très, et s'embarqua avec Pintp, que Hmi M^ phonse de Norogna avait nommé son Ambassa/dèur yers le |loi de Bungo. Ils arrivèrent à llalaqa

>l(e cii^quième de juin mil cinq cept ci^aquanterquatre, et ils n.e purent en partir pour leJar pon qu'au mois d'avril de l'année suivante. Leur navigation fut longue et périlleuse. Plusieurs ten^« pèltes les assaillirent coup-surr-coup,- et misent

; leur vaisseau en si mauvais état ,. qu'ils furent contraints de relâcher à la Chine. I^ père Ku-gnez y reçut des lettres de Goa , par lesquelles on lui mandait que sa présence était nécessaire au^ Indes. On lui en rendit aussi i^e 4e ^aiut IgnaciB., daps laquelle -le saint fondateur témoi-gnait qu'il n'était pas à propos que les pra-^ vipciaux des Indes entreprissent de ces longs voyages qui les empêchaient de veiller aux affaires dont iU étaient chargés. Sans doute que

-la'D^ort des pères Xavier et ^arzée , arrivée presque en même temps, avait &it juger à Rome,

' qvte les missions des Indes y ayant fait tout d'un coup deux pertes aussi considérables, avaient besoin de la présence d'un supérieur général , et sur-tout d'un homme du mérite du père Nu-

- gnez. Quoiqu'il en soit , ces nouvelles et les tra-

. 'verses que le provincial avait eu à essuyer depuis .son départ, de Goa, le faisaient songer a

.irej^enfltv^ Ur route de6 Indaf, lûFBqu?Eâ0iiard .4^ Gauia étaat venu œoailler d&ns le port où .il était arrêté y lui r^dit UQâ lettre du Roi de l^ira&do.r

Ce PriuQce avait appris que le père Nugn^z r4taii,t eu chemiu , et savait le crédit que sa i^iar* af^ce,, son mérite et sou emploi lui donnaient pariai les Portugais : il crut que pour attirer dans ^ses ports des marchsinds de cette nation., i^ fallait engager ce missionnaire à &ire un éta- Uissemeiit dans son royaume. Rîen n'était plus obligeant que ia lettre dont il avait chaîné Gama, il laissait pwne, ent;revoir qu'il n'était pas éloigné de, se. iftiire. Chrétien, ^t il représentait de qi^ell^ cpnséquance c'était pour l'établissement de la r^eligion, .dps Européens, qu'on ne n^Utgeât point les oflfres avantageuses qu'il &isait. i Ces avis déterminèrent le provincial a passer ou- . tre malgré les lettres de Goa et celle de son Gé» néral ; il prit donc la route de Firando ; mais . les vents contraires le forcèrent de tourner du ..c6té àe Bongo , il débarqua à un port qui a'est pas loin de Figen , et se rendit par terre à Funay. .^ Le, Roi de Bungo n'était pas encore rentré 4ans sa capitale depuis la dernière conspiration , dont j'ai parlé , mais il ne tarda pas à s'y rendre dès qu'il sut que le successeur du père Xavier y était arrivé. On dit que le père Kugnez fit açn entrée avec autanjt ,de magnificence , et fut reçu di^ le Boi avec aujtant 4'^pjpareil que le. père

isS HIS<r01RB

Xavier au jour: de sa première réception dam fVinày. Givaiidouô dit aii ibissionhaire eu Fem^brassant tendremëilt , qu'il lui semblait yoir le père François, qu'il avait aimé comme un autre lui-même, et dont il venait d'apprendre la mort av<?c bien du chagrin. Ensuite prenant le pèt*e Nugnez par la main , il le fit entrer dam son cabini^t avec Fernandez. Ils y dirent au moins deux heures, et iW ne parla que de religion; il ne se peut rien de plus fort que ce que le père dit ^u Roi par la bouche de Femandez pour rengager a se déclarer ouverlem^it , puii^ qu'il était convaincu des vérité» qu'on lui avait prêchées , et il parut bien par les- fréquens soupirs qui échappèrent à ce Prince , qu'il était touché. Mais il tâcha de convaincre I0 père , qu'U n'était ni de la prudence , ni de l'intérêt de la religion, qu'il fît sitèt cette démarche, qu^ la ferait quand il en serait temps, et qu'il se tenait bien assuré, que l)ieu qui connaissait la droiture et la sincérité de ses intentions , disposerait les chodes de telle manière qu'elles tourneraient à sa gloire. i

Apres cet entretien , le père Nugne^ ne voyant rien qui demandât sa présence à Fiimay , se mit cndÉVoir daller trouver le Eoide Firando ; mais tcmaineli se disposait à ce voyage, il tomba dans itbe langueur qui, l'obligeant à retourner aux Indes , sans avoir ccuaverti un seul idolâtre , lui fit comprendre q[u'il aunôt' fiit ^va sagràaient

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de se rendre aux ordres de son supéiiéur, que d^çouter un zèle<|u^il devait soumettre i l'obé»* aançe. H a depuis iait de grandes choses aux lu^ des , mais Dieu ne le voulait pas au Japon , et il ne permit pas même que rien réussit de ce qu'il avait projeté. Car, toutes ces grandes espérances que Pinto lui avait données de fonder un sémi^^ x»ire, et de se consacrer lui-même au salut des Japonnais , s'en allèrent en fumée. Il y ettt plus y touchant Pinto : mais pour achever le récit de ce qui regarde ce fameux aventurier, il est bon de reprendre la chose de plus haut. - • La nuit qui précéda son départ de Goa , le •P« Nugnez, et ceu^ qui devaient l'accompagner au Japon , s'étant retirés dans une chapelle consacrée à la Sainte-Vieiçe , y renouvelèrent leurs voeux , comme il se pratique tous les six mois che2 les Jésuites. Au milieu de la cérémonie, Pinto, qui ne quittait ppint les missionnaires, ise trouva saisi d'un sentiment de dévotion assez extraordinaire , et sans se donner la peine d'exa-^ minet* à quoi il allait s'engager ; dès que tous les religieux eurent récité I9 formule de leurs vœux , il se mit à la réciter aussi à haute voix. Quelqu'un voulut l'arrêter ; mais le provincial ayant fait signe de la main qu'on le laissât ache« «ver , il la prononça jusqu'au bout , et y ajouta un quatrième vœu , par lequel il consacrait àa personne et ses biens à la mission du Japon.

4^uand il eul fini, le provincial déclara qu'il re-

i^ . çosTonœ

^#ya}t;8a profession ; toutefois , comme Pintoétaiit Ambassadeur du Vice -Roi, il fut nésolu qu'il ne ohapgerait point son habit , qu'après qu'il iie serait acquitté de son ambassade,

. Quelques heures après la cérémonie , chacun a'étant retiré pour prendre un peu de repos, ou s'aperçut que Pinto n'était point avec les au^ tnç^; pn le chercha et on le trouva dans la chapelle, à genoux devant uue statue de 1^ Vierge, tirant les bagues dont il avait tous les doigts : garnis, et les mettant dims ceux, de l'enfant Jésus , que la Vierge tenait entre ses bras. Cette . ferveur dura tout, le voyage ; Pinto, i^e bougeait point des hôpitaux, et l'on voyait avec étonnemçnt un des plus opulens particuliers de l'Asie, devenu en up moment pauvre pour Jésus-Christ , s'apr pliquer avec charité et avec humilité à. rendre aux malades les services les plus b»^. U n'y avait pas jusqii'aux infidèles qui ne fissent sur une conduite si édifiante des ré^exjiotis très-avantageuses à la véritable Religion.

Mais Pinto , ainsi qu'il arrive à ceux qui commençant à goûter Dieu , veulent marcher sans guide dans la voie de la perfection, avait pris un mouvement de dévotion sensible pour une inspiration céleste , et sans consulter ni ses forces ni son courage , s'était engagé à plus .qu'il ne pouvait, tenir. Il soupira bientôt après la liberté ,.dont il avait ^ fait .^ Dieu un sacrifice si généreux, et comme il ne fut pas pbsëbla de

DU JAÏPON, LIV. II. l3l

hii ftire rqfirendre ses premiers sentimens , il &Ilut enfin le dis^ieiiser de, 6^ voeux. Il retourna aux Indes ayec le P. Nognez ^ et quelque temps" après il repassa en Portugal. Il y fit imprimer une relation de ses voyages ^ qu'on lit avec bien du plaisir, et qui a été traduite en plusieurs^ knguesi Mais il s'est bien donné de garde d'y apprendre au public l'aventure dont je viens de parler^

' IV . Le P. Nugnez ne laissa point avant son départ de rendre un service fort' considérable au Japon en recevant dans la compagnie , et eu laissant sous la conduite du P. de Torrez troi» jeunes Portugais qui l'avaient suivi au Japon ;^ et qui ne s'attendaient peut-être pas en y venant trafiquer , d'y être des négodanê du r&faume ieê dêua;^ Il y avait parmi eux un gentilhomme nommé Louis Almeïda qui, ayant de bonne heure quitté ses études^ était passé aux Indes pour réparer par le négoce ce qui lui manquait du côté de la fortune. Il savait la chirurgie en per-* fection , et il parut bien dans la suite que ce n'était pas sans un dessein caché de la Providence , qu'il avait cultivé cet art. En effet ^ la réputation où il était d'y exceller lui donna moyen de faire de grandes conversions , et quoiqu'il eût assez peu^de lettres*, il fut toujours regardé avec justice comme un des plus illustres ouvriers de Féglise du Japon. Avant que d'entrer en religion , il employa cinq mille écus,

1 3^ t HiSToms

qu'il avait afiportéi des Indes , a h&lir dam Fit* Day deux hôpitiaiix^ l'un poiàr les lépreux, ef; l'autre pour les enfans que leurs parens m^ pouvaient pas nourrir, et celle action de eha-» ]?ité plut tant au Roi de !lton§[0 , qu'il fonda ce» mêmes hôpitaux avec une libéralité digne dé lui.

On peut juger si, avec tant de secours, le christianisme était florissant dans ce royaume» U est vrai qu'il ne se pouvait rien ajouter à la ferveur des nouveaux fidèles; aussi méritèrentils que Dieu confirmât leur foi par des mira-^ des; je n'eu rapporterai que deux. Un Chrér* tien voyant sa fille attaquée d'une maladie qui Tenait de lui enlever son fils , fut inspiré de s'a« dresser à Dieu pour obtenir de sa seule bonté y ce qu'il n'espérait plus des remèdes : il dit à sa fille de mettre toute sa confiance en la divine miséricorde ; U fiit ensuite sa prière , mais avec jum toi si vive^ qu'il mérita d'être exaucé; dèa le lendemain la malade fut parfritement gué^ rie. L'autre miracle a quelque chose de plus jnngulier : parmi lesi catédb^umène^ ^ il y en avait un. qui était né aveugle , le sacrement de la vé* ^nératio0 en lui dessillant les. yeux de l'ame^ kii ouvrit ceux du corps.

V. Cependant le Roi de Bosgo se trouvant paisible dans son royaume, songea à: venger la mort du Roi de Naugato son frèœ. Il fit ses prêt pavati& si secrètement, qu'il parut en campagne avec soixante miUe' hommes ^ avant que Ibndn-»*

DU JAPOV, uv. U. f33

àoxto'^s^ qo^û ^r$atil. rL^iisuvpa€éttmi|>ri» n^è^t: pos 9B$ez bcfpiie ôpioîaE de ltdh«énoié pour creira qu'il pût jteiiir tête à un Prince de la répiitati(» de CiVandoûo. Il se retira dan^a las montagqes^ où on l'aurait bientôt affamé , si le dairy ii'eût G^ert sa médiation po^u* un aecoiwiiodement. La paix! se fit au grand avantage du Bjoi de Bungo. Moriiadono demeura ÏVoi de Naugato ; mais ce fut en cédant à son etinenii quatre royautt^es^ dont une partie- éti^ à lui ^ et l'autre avait armé en sa &veur,.et qui* cftant tous .au& environs de Bungo f faiaaîit à Cavandono un fort grand état. La religion pi^&a de ces succès de son prolec** teur; car elle ne tatdà pas à s'établir dans tourtes ces nouvelles conquêtes.*

D'un autre câté le Roi de Bran4o ne^eesisait point de demander des prédicateum: de l'Èvan-^ gile y' et. élisait toujours espérer sa coinurersion. Enfin- 9 la P. Gago lui/ut envoyé' avec> Fei^Bian*dez, et oefe iUustre Paul qui de honse étaibdjérvenu un 2;élé misaonnairor U s'en &llut bien que le Roi leur parût dans: ka diapôsîlMn^r ou ils efoyai€»k Jb trouver, ce Prince Intéressé aniât ses traes;; mak seSi sujets ne demandaient qi^à être instruits^ et en ti-ès-peu; à» temps, la <dirér tienlé dU Bran^ fitt une des plils Jèrvente^ et des : i^ns xvM»biieiisés du J^pon. Ce qni eontrt^ bùa le plus à cet he»j?euK: suœèi , tàt h cmiv^rsion <Fun Prince de. la maison royale , qui le premier de tous embrassa le. ebristianbme a vee

4 34 HlSXOlAft

k PiîÉic^de sa femme y et le Prinée scÉr^frèH^ n prit aa baptême le nom d'Antdne^ et lea relationsi de ce temps-là notis le représentent comme un apôtre toujours rempli d'un zèle- dé- Torant pour la propagation de la foi, qu'il prè*-' ekait lui-Hoaéme ayec une ardeur que rien ne fut jamais capable de rallentir/ Il possédait deus âes y Tacuxima et Iquiaieuqui. Il y mena les ttiissionnaires 9 et il les seconda si bien, en in-» struisant lui-^même ses vassaux, qu'en mcdns de deux mois, on comptait dans ces îles jusqu'à quatorze cents Chrétiens, pour lesquels le Prince fit bâtir plusieurs églises à ses frais. Sur ces en^ tre&ites, Paul tomba malade, et jugeant d'à-* bord que Dieu le voulait appeler à lui , il té^ Aligna qu'il souhaitait de mourir entre les bras du Pé de Torrez, Il n'y avait pas encore de dan* ger à lui faire entreprendre le voyage , et il y aurait eu de la dureté à lui refuser, cette con-^ Bolation. On le mit fifâir un Mtiment qui allait à Funay, où à peine fut^il rendu, qu'ayant reçu tous les saeremens de l'Église', il alla jouir ' dans le ciel de la récompense due à ses travaux, et à son éminente vertu, que Dieu avait autXH* riséé^par plus d'un événement' merveilleux: » VI. Le P. Viléla fut aussitôt envoyé à ï'irande pour i^emplacer ce zélé missionnaire , et le' père Gago , qui , dans le même temps ^ était allé à Facata. Il trouva, dans cette nouvelle église, une ferveur qu'iL n'avait encore vue nulle part :

DU JAPON ^ LIV, II. l35

tous ces néophytes étaient catéchistes, et l'on ne pouvait suffire à baptiser ceux qu'ils gagnaient à tout moment à Jésus-Christ. Un jour le père Yiléla passant dans une rue, aperçut un enfant qui accourait pour lui parler : il l'attendit , et l'enfant étant proche , lui demanda le baptême. Le P. lui répondit qu'il le baptiserait dès qu'il serait suffisamment instruit. Ce êera donc tout à y heure y re{Nrit l'enfant , car je eais tout ce qtiU faut iavoir. Le père l'interrogea , et trouva qu'il disait vrai. U le voulait pourtant remettre au lendemain ; mais l'enËint ayant protesté qu'il ne s'en irait pas qu'il n'eût jeté baptisé , il fallut le satisfaire. Quelques jours après , le P. Yiléla fut fort étonné de voir son petit néophyte qui lui amenait son père, sa mère, ses frères et ses sœurs qu'il avait convertis et parfaitement in-^ struits de nos mystères.

Dieu donna encore dans cette chrétienté naissante des marques surnaturelles de sa puissance et de sa bonté. Un idolâtre, des premiers du pays , était malade depuis long-temps , et ne tirait aucun secours des^ médecins. Un Chrétien qui l'alla voir, lui conseilla de renoncer au culte des dieux du pays , de se faire conduire au lieu ©ù s'assemblaient les fidèles, et d'y boire de l'eau bénite. Le malade fit tout ce qu'on lui avait suggéré , et fut guéri dans le moment. Femandez, qui rapporte ce miracle dans ses lettres , ajoute que ces sortes dé guérisonis, par la. vertu de l'eau- T. L II

l36 HISTOIRE

bénite, étaient fort communes à Firando. Ce même missionnaire fut appelé chez un Chrétien qa'U trouva à l'extrémité. Le marchand le pria de rér citer sur lui les psaumes de la pénitence ; il le fit, et le néophyte recouvra en un moment sa santé et toutes ses forces.

Les bonses de Firando voyant ces progrès de la religion , et la prévention des peuples en faveur des missionnaires , crurent , comme avaient fait ceux de Funay et d'Âmanguchi , qu'il Cillait une bonne fois les convaincre dans des disputes réglées; mais ne s'étant pas tirés avec honneur des premières conférences , ils jugèrent que le plus court était de décrier les mœurs de ceux dont ils se voyaient contraints de publier eux-mêmes le savoir. Ce second expédient n'ayant point encore eu l'effet qu'ils prétendaient, ils entrèrent en fureur ; ils la déchargèrent d'abord sur une croix où les fidèles étaient accoutumés de faire leurs prières, et ils la firent abattre pendant la nuit. Véritablement les ministres d'une telle impiété ressentirent sur-le-champ tout le poids de la vengeance divine. De trois qu'ils étaient, deux s'étant querellés sur la place, s'entr'égorgèrent l'un l'autre ; le troisième ne parut plus, et quelque temps après un jeune homme ayant été tout-à-coup possédé du démon, l'es« prit malin qui le tourmentait déclara que c'était lui qui avait abattu la croix , et qu'en punition de ce sacrilège attentat, il souflOrait dans l'enfinr des peines inexprimables.

DU JAPOir, LIV. II. €$7

Les fidèles cependant voyant le lendemain leur croix abattue y firent grand bruit , et quelquesuns , suivant le premier mouvement qui le9 saisit s allèrent mettre le feu à une maison de bonses ^ tirèrent les idoles d'un temple qui était proche, en brûlèrent une partie, et jetèrent l'autre à la mer. Les bonses, qui sans doute ne s'étaient pas attendus que les choses iraient si loin, se promirent pourtant de tirer un grand avantage de ce malheur. Après avoir délibéré entr'eux, ils vont trouver le Roi, lui font une peinture très-vive de l'entreprise des Chrétieni contre les dieux , et leurs ministres demandent que le P. Yiléla soit banni du royaume , et menacent, si l'on refuse de les écouter, qu'ils se feront eux-mêmes justice. Le Roi appréhendant quelque trouble ^ après avoir assuré les bonses qu'il les satisferait, fit prier le P. Yiléla de se retirer , et lui fit dire qu'il n'en usait ainsi que dans la crainte qu'il nç lui arrivât quelque accident , et qu'il pourrait revenir dès que les esprits des bonses ne seraient plus si aigris. Le père qui connaissait le Roi, et qui savait bien que ce Prince n'était pas d'humeur à faire un coup d'autorité en sa faveur, songeait à partir de Firando ; mais le Prince Antoine ne put soufirir cette espèce de triomphe de ceux qui avaient le premier tort. H va trouver le Roij lui de- Buinde s'il y a bien pensé de faire sortir de ses étata un homme de mérite que lui-même y avait

appelé ; et cela pour, satisfaire le ressentiment de quelques séditieux qui ont contrevenu aux or^ dres de leur Souverain, ce €ar enfin , Seigneur'^ » ajouta-t-il d^un ton un peu ému , nWez-vous » pas défendu de troubler ces docteurs étrangers » dans leurs fonctions? C'est pourtant ce que y> jusqu'ici les bonses n'ont cessé de faire, et ce y> qu'ils font même jusqu'à l'outrage. Malgré cela » on a vu ces religieux souffrir sans se plainj> dre, et parce qu'aujourd'hui quelques Chrétiens » sans aveu se sont crus en droit de repousser » l'injure par l'injure, il faut que leur prêtre y> soit indignement chassé d'un royaume où il » n'est venu qu'à la prière du Roi même! »

Le Prince dît encore bien des choses que lui fournit son indignation : il tâdia sur-tout de piquer le Roi d'honneur; mais il ne savait pas que la cour se trouvait dans des circonstances où il lui était important de ménager les bonses. Un seigneur , parent ou allié du Roi , ayant fait la guerre au Roi de Bungo , s'était vu contraint de subir la loi du vainqueur. 'Civandono informé que le Firandais avait sous main donné du se^cours à son ennemi, se préparait à entrer en armes dans le Firando : le Roi avait besoin de toutes ses forces, et il crut que c'était une assez bonne raisï)n pour ne pas mécontenter des gens aussi puissans et aussi séditieux que les bonses. Dans le même temps le père Yiléla reçut une lettre du Roi de Bungo, par laquelle ce Prince

DU JAPON, uy. II. iZg

lui mandait de sortir incessamment de Firando; il n'en disait pas la raison ; mais le inissionnaire l'apprit peu de jours après du père de Torréz. U fut donc obligé d'abandonner son église qu'il confia . à Jean Femandez ; il y a de l'apparence que ce missionnaire était dans les terres du Princa .Antoine , ou qu'il se tenait caché à Firando. Quoi qu'il eu soit, il parut bien dans la suite aux traitemens que le Roi fit aux Chrétiens, qu'il n'avait jamais sincèrement aimé leur religion; mais ils demeurèrent inébranlables dans la foi, et leur constance leur mérita la gloire de donner à rÈglise le premier martyr qui ait arrosé le Japon de son sang.

Les fidèles n'ayant point d'église, allaient faire leurs prières en commun au pied d'une croix qu'on avait dressée hors de la ville. Une femme, esclave d'un païen, y allait comme les autres; son maître s'en étant aperçu , le lui défendit, et ajouta qu'il lui en coûterait la vie si elle y retournait. L'esclave répondit, généreusement que la mort ne faisait point de peur aux Chrétiens, et dès le lendemain elle se rendit avec les autres à la croix. L'idolâtre l'ayant appris, sortit en fureur de sa maison pour aller chercher son esclave ; et l'ayant vue de loin qui s'en revenait, il courut à elle le sabre à la. main. La courageuse chrétienne, sans s'émouvoir, se mit à genoux au milieu de la rue , et Jle barbare lui trancha la tête.

l4o HISTOIRE

VII. Le P. Viléla s'étant retiré a Funay, y trouva le P. Gago qui avait aussi été obligé de quitter Facata pour les raisons que je vais dire. Ce père , assisté de Guillaume Péreyra , Fun de ces jeunes Portugais que le P. Nugnez avait admis dans la compagnie , faisait dans le Chicugen , dont Facata est la capitale, les mêmes fruits qu'on feisait ailleurs , et cela sans la protection do Roi de Bungo à qui ce royaume avait été cédé par le traité d'Amanguchi. Lorsqu'on s'y attendait le moins, l'ancien Roi de Chicugen, assisté de Morindono dont l'alliance lui avait attiré la perte de ses États , leva fort secrètement des troupes, et vint brusquement insulter Facata. Le commandant , bien que surpris , fit si bonne contenance , et sut ménager si adroitement les esprit&des habitant, que l'ennemi ayant tenté une escalade, fut repoussé partout. La place était cons^vée au Roi de Bungo, si le gouverneur avait su se d^er des traîtres ; maïs la nuit étant venue, les bonses qui ne pouvaient souffrir un Roi protecteur déclaré du christianisme> ouvrirent le* portes de Facata , et y introduisirent le Roi de Chicugen. Il y entra comme dans une ville prise d'assaut , et ce fut une désolation qui ne se peut exprimer. Le père Gago et son compagnon y souffrirent ce qu'on doit attendre d'une soldatesque abandonnée à elle«méme , et dans la fureur d'un pillage : l'on regarda même comme un miracle, qu'il ne leur en eût pas coûté la vie.

DU JAPOVy UT. U. t4i

Cependant la révolution du Chieugen , et ce qui était arriyé à Firando ayant réuni à Funay presque tout ce qu'il y avait dans le Japon d'ouvriers évàngélîques , le P. de Torrez songea à exécuter un dessein qu'il avait fort à cœur. Voici de quoi il s'agissait Assez près de Méaco, il y a une montagne appelée Frénoxama, qu'on peut regarder comme le sanctuaire de la religion japonnaise. Elle a huit lieues de long, et je trouve qu'on y comptait autrefois jusqu'à trois mille maisons de bonses, apparemment qu'on y comprenait celles des environs. Quoi qu'il en soit, dans le temps dont je parle , il n'y en avait plus que six cents. Au reste Frénoxama est un lieu délicieux; ce ne sont que vallées entrecoupées de ruisseaux et de fontaines, qui vont se perdre dans de petits bois très-agréables. Le tout est une espèce d'ile que forme un lac appelé Domi , qui fait comme une couronne à la montagne.

Parmi le nombre infini des bonses qui habi-^ taient ce beau pays, il y eut un tunde qui, ayant entendu parler de la religion des Européens , souhaita d'en être instruit. Il écrivit pour cet effet au père de Torrez , et lui manda que sans son grand âge , il eût été le trouver ; mais que ne le pouvant pas, il le suppliait de se transporter à Frénoxama , ou d'y envoyer quelqu'un des* siens. « Vous avez passé bien des pays , lui >> disait-il en finissant sa lettre , et traversé bien

l43 . HISTOIRB

y> des mers pour la gloire de votre Dieu : fe- » rez-vous difficulté de venir sur cette monta- » gne , où vous avez tant d'intérêt d'établir votre -» religion? » Les occupations. du père de Terrez ne lui permettant pas de satisfaire le bonse , il lui répondit qu'il lui enverrait Iç premier de ses religieux , dont il pourrait disposer ^ et qu'en attendant, il le priait de lire attentivement un petit écrit qu^on lui présenterait de sa part. C'était un abrégé de la Doctrine et des principaux devoirs du^ Christianisme , que le père avait composé avec tout le soin possible. Peu de temps après, le ?• Viléla et le P. Gago vinrent àFunay pour les raisons que j'ai dite$ ; aussitôt le P. de Torrez tint parole au bouse, et lui envoya le P. Viléla avec le jeune Laurent dont nous avons souvent parlé.

; Les deux missionnaires s'embarquèrent au mois de septembre sur un petit bâtiment qui les porta heureusement jusqu'auprès de Sacai ; mais si la iner et les vents leur fiirent favorables, ils eurent assez d'ailleurs de quoi exercer. leur patience. Tout l'équipage du navire était idolâtre , et il n'y eut sorte de mauvais traitemens qu'on »e fît souflGrir aux serviteurs de Dieu. On les accablait d'injures et d'outrages : on les frappait comme des esclaves , quelquefois on les laissait plusieurs jours sans leur donner à manger, et on fut sur le point de les jeter à la mer. Une ^vision qu'eut le Père Viléla, et d^ns laquelle

DU JAPON, uy. II. 143

l'Apôtre des Indes l'aninjia et lui promit de Fas- ^ister, le fortifia beaucoup, et il eut soin d'animer et de consoler son compagnon. Enfin, on les abandonna dans un port où l'on avait pris terre , et l'on avertit tous les patrons des navires qui s'y trouvèrent , que ces étrangers étaient les ennemis des dieux, et que sans crime on. ne pouvait avoir aucun commerce avec eux. Ils se .virent ainsi réduits à une petite barque , sur laquelle on voulut bien leur donner passage ; mais le Ciel ne tarda pas à les venger, et récompensa d'une manière bien éclatante la charité de celui qui. les avait reçus. Tous les navires qui avaient refusé de les prendre, et celui qui les avait amenés jusque-là, ou périrent par la tempête , ou furent la proie des corsaires , tandis que la seule barque où ils étaient, continua sa Toute sans aucun accident fâcheux.

. De Sacai , où la barque s'arrêta , les missionnaires prirent leur chemin par terre , et gagnè- ^rjent Sacomoto , bourgade située aux pieds de .Frénoxama : le P. Viléla s'y arrêta, et envoya .Laurent au bonse , pour lequel ils avaient en- .toepris ce voyage. Le bonse était mort, il y avait peu de jours; mais le supérieur qui lui avait succédé , nommé Daïsembo , consola le mission- ;naire affligé de cette mort 3^ en l'assurant que le vieillard avait protesté qi^il mourait dans . la .croyance de tous les articles que le P. de Terrez lui avait marqués. U ajouta que lui7même

i44 HISTOmS

et dix de ses inférieurs souhaitaient d'entendre un docteur européen, et qu'ils n'étaient pas éloignés des sentimens dans lesquels ils avaient Tû mourir leur supérieur. Laurent fit son rapport au P. Viléla , qui sur-leirchamp se transporta chez les bonses. Daïsembo et les autres furent merveilleusement satisfaits de la doctrine du père , mais personne n'osa se déclarer. Ils dirent tous qu'il» ne pouvaient faire cette démarche, qu'auparavant le xaco n'eût approuvé la nouvelle loi, et qu'ils conseillaient au père d'aller voir ce chef de la religion dans tout l'empire. Le père eût bien souhaité d'avoir en effet un entretien avec le xaco; mais il ne lui ftit pas possible d'en venir à bout. Ne voyant donc plus aucune apparence de rien faire à Frénoxama , il résolut d'aller à Méaco, dont il n'était éloigné que de quatre lieues. Il se mit aussitôt en chemin , et arriva dans cette grande ville le dernier jour de novembre. Il se retira d'abord dans une maison qui tombait en ruine ; il y demeura plusieurs jours* avec son compagnon, et tous deux se préparèrent par la prière et par la pénitence à la grande œuvre qu'ils allaient entre-* prendre.

Vni. Leur retraite finie , et le P. Viléla ayant trouvé moyen de saluer l'Empereur , qui lui fit un' favorable accueil , il se montra dans la ville, le crucifix , à la main. La nouveauté d'une chose aussi singulière assembla autour du prédicateur

toutes sortes de personnes , à qui U annonça le royaume de Dieu. Dès qu'il se vit écoulé avec plaisir , il loua une maison commode , et bientôt il y fut visité par les principaux de la ville. Les uns y venaient par curiosité, les autres pour s'instruire ; les bonses pour embarrasser le docteur étranger. Hais l'homme apostolique répondit à tout d'une manière qui charma les uiis, satisfit les autres, confondit les bonses, et lui attira l'estime et l'admiration de tous. Bientôt dans toute la ville on ne parla plus que de lui, et 6n en parlait comme d'un liomme rare. Les courtisans voulurent le connaître, et quelquesuns qui ne jugeaient pas à propos de se déclarer encore, le visitèrent pendant la nuit. Mais personne ne demandait le baptême. Enfin, un gentilhomme d'Amanguchi , nommé Alquimexa, fut le premier qui donna l'exemple aux autres; il se fit baptiser aveô^ dix de ses amis qu'il avait gagnés à Jésus-Ghrist ; ils furent bientôt suivis de plusieurs autres , et déjà toute la ville commençait à se remuer , lorsque les bonses parlèrent si haut , et décrièrent par tant d'endroits les missionnaires, qu'ils vinrent à bout d'arrêter ce progrès, et qu'en un moment tout Méaco fut changé à l'égard des prédicateurs. On en vint même jusqu'à les chasser de leur maison, et on le fit d'une manière indigne; on les insulta dans toutes les occasions ; ils n'osaient paraître qu'on ne les traitât d'antropophages^ les bon-

l46 HISTOUUS

ses ayant assuré qu'pn avait trouyé chez eux d^ restes de; cliair buntmine . dont ils faisaient leur nourriture ordinaire.

Enfin la tempête cessa comme. par miracle^ et quantité de personnes même de considération furent baptisées. La faveur de Mioxindono contribua beaucoup à cet heureux changement.

Ce seigneur , dont nous parlerons souvent dans la suite de cette histoire, était favori de l'Empereur ; on ne sait pas bien comment le P. Viléla était entré dans ses bonnes grâces ; ce qui est certain , c'est que par son crédit le père obtint de la cour des patentes très-favorables à la religion. Elles furent affichées à tous les carrefours, et firent taire les bonses, dont les plus considérables , ce qu'on n'avait point encore vu ailleurs, se déclarèrent eux-mêmes Chrétiens comme à l'envi.

Celui qui fit le plus de bruit fut Quenxu, nom fameux dans les relations de ce temps-là. De la manière dont on en parle , c'était encore tout autre chose que le célèbre Fucharandono ; il. était regardé comme un prodige de science, passait pour connaître la nature autant qu'un homme la peut connaître. Et quant à la reUgion , il était parvenu jusqu'à être estimé infaillible. Dans le fond , Quenxu était un de ses .^ges païens qui connaissent Dieu sans l'adorer. Sa chambre était parée d'emblèmes qui tous disaient quelque chose de moral j il y en avait

un qui parlait d'un Dieu sans commencement et sans fin , et un autre faisait voir la dépens dance qu'a le cœur humain d'un Être supérieur, qui règle ses mouvemens. Le docte bonse, dès qu'il entendit parler du P. Viléla , eut envie de le Toir , moins par curiosité que par vanité ; il Talla donc trouver, et d'un air de suffisance accompagné de mépris, lui dit en l'abordant qu'il ne venait pas pour apprendre de lui quelque chose de nouveau ; mais qu'il ne serait pas fâché de l'entendre parler de sa religion. Le père, avec cette modestie qu'inspire la vérité, fit ce que le bonse souhaitait. A peine eut-il commencé son discours, que le Saint-Esprit toucha le cœur du religieux idolâtre , et lui éclaira l'esprit.

Le missionnaire s^aperçut que Quenxu pâlissait de temps en temps', que son attention devenait 'plus sérieuse, et qu'il paraissait frappé des grandes vérités de notre religion. Encouragé par ce changement dont il augurait bien, il s'étendit fort sur la conformité qu'ont les principes du christianisme avec les lumières de la raison ; et fit voir combien au contraire les sec^ tes du Japon sont opposées au bon sens. Lie bonse , pendant tout ce discours , était immobile * comme un homme interdit; seulement il jetait de momens à auti^es de profonds soupirs. Enfin, le Saint-Esprit prenant possession de son ame, il fallut qu'il se rendit. Je suis Chrétien y s'è-

l48 HISTOi&S

eria-t-il toutrÀ-caup, /9 suis Chrétien^ baftiêez moi. Le P. Yiléla qui avait examiné Qaenxu, et qui connaissait son caractère d'esprit , avait trop de marques de l'opération du Saint-Esprit dans son cœur , pour balancer un moment à le croire véritablement converti. U le baptisa surle-champ, et le bruit d'un événement si singulier s'étant bientôt répandu, il y eut jusqu'il quinze bonses des plus distingués qui se firent Chrétiens.

Parmi ces illustres prosélytes , il y en eut un en qui l'innocence et l'austérité de sa vie avaient sans doute préparé les voies à la grâce de sa conversion. U est vrai qu'il n'y avait rien de si dur que la manière dont il vivait : le désir qu'il avait d'aller au ciel, lui avait Ê^it faire vœ|i d'enseigner toute sa vie le Foquequium gratuitement. Huit ans avant que le P. Yiléla parût à Méaco, le bonse songea une nuit que des prêtres venus d'Occident lui montreraient le chemin du ciel, et le lendemain il apprit qu'il en était arrivé deux à Amangucbi.

De si bons succès semblaient répondre d'une abondante récolte , lorsque les bonses excitèrent un nouvel orage d'autant plus dangereux , que le xaco se mit à leur tète. La partie fut liée avec tant de secret, qu'avant que les missionnaires fussent informés de rien, les mesures étaient prises pour les perdre. Le Gouverneur de Méaco gagné par une grosse somme d'argent.

ae préparait à les chasser de la ville , et il ne s'agissait plus que de trouver un prétexte, lorsque MioxindoDO fil avertir le P. Viléla de se retirer dans une de ses forteresses , jusqu'à ce qu'il pût parer le coup qu'on se préparait à lui porter. Le père déféra à cet avis, mais il s'en repentit bientôt; il apprit que sa retraite passait pour une fuite , et que les ennemis de la religion en triomphaient : sur-le-champ il prit le parti de re-^ tourner à Méaco , et résolu à tout événement , il parut dans cette capitale avec plus d'intrépi** dite que jamais. Dieu bénit son courage ; les bonses furent étonnés , Mioxindono parla à l'Em* pereur , et ce Prince , par uh nouvel édit , dé-fendit de troubler les prêtres européens dans leurs fonctions.

Cet avantage remporté sur les ministres de l'infidélité, et la protection du Souverain, disposèrent admirablement les esprits en faveur du Christianisme , et les deux ouvriers évangéliques commencèrent enfin à recueillir le fruit de leurs travaux ; on venait de tous côtés leur demander le Baptême , et dans peu leur plus grand embarras fut de trouver du temps pour satisfaire a tous ceux qui demandaient à être instruits. La ferveur des fidèles s'accrut avec leur nombre, et comme ils brûlaient du désir de faire partout connaître le Dieu qu'ils adoraient , les principaux d'entre eux composèrent un petit traité en forme de lettr€^ adressé aux Chrétiens

i5o HISTOIRE

dé Funày, oùTon opposait la véritable Religion aux différentes sectes du Japon, et l'on faisait voir combien elle leur était supérieure. Il n'est pas croyable de combien de conversions ce petit ouvrage fut l'occasion où l'instrument.

IX. De la manière doqt les esprits paraissaient partout préparés à recevoir l'Évangile, il est constant qu'il ne manquait que des ouvriers pour seconder de si favorables dispositions ; on en demandait de toutes parts au P. de Torrez , cependant il n'en venait point des Indes. 'Pour comble de chagrin le supérieur fut encore obligé de se priver du seul prêtre qu'il eût avec lui dans le Ximo ; mais ce fut beaucoup moins cette perte qui .le toucba , que le principe qui la causa, et les circonstances dentelle fut accompagnée. Un des premiers missionnaires sur qui saint François Xavier avait jeté les yeux pour les missions de la Chine et du Japon , après qu'il eut reconnu que ces deux empires demandaient des prédicateurs d'un mérite et d'une vertu beaucoup au-dessus du commun , était le père Bàlthazar Gage, et rien né fait concevoir une plus grande idée de ce religieux , que la préférence qu'un aussi bon juge lui donna en une occasion de 'cette importance,; sur tant de Saints et de grands hommes qui firent alors changer de face toute TAsie, et parmi* lesquels ilyeut tant de niartyrs.

Le P. Gago fît d'abord honneur au choix de

DU JAPON ^ Uy. II. i5t

son sapérienr; il apprit û aisément la langue japonnaise y qu'en trè^peu de temps il fat en état de la parler comme ceux du pays, qui la parlaient le mieux. H fit , dans le Bungo y dans le Firando et dans le Chicugen, des conversions innombrables; sa vertu et la douceur de ses manières lui avaient tellement gagné tous ses néophytes y que leur attachement pour sa personne allait à une véritable tendresse : les miracles que Dieu opéra plus d'une fois par son ministère ^ et sur-tout le pouvoir qu'il avait reçu de chasser les démons , répandirent fort loin sa repu- ' tation ^ et ce qu'il soufliit dans la prise de Fa* cata, l'avait rendu infiniment cher et précieux à toute cette église naissante. Mais ce géant s'ar^ rêta malheureusement au milieu de sa course ; et , par un secret jugement de Dieu^ qui voulut sans doute apprendre à tant d'hommes apostoliques y que quoi qu'ils eussent fait et souffert pour son nom, ils ne pouvaient avoir trop de défiance d'eux-mêmes , im des plus zélés et des plus infatigables ouvriers qui fussent alors dans l'Orient, fut du nombre de ceux qui, après avoir mis la main à la charrue , regardent lâchement derrière eux.

D n'y avait pas long-temps que le père Gago était revenu de Facata, qu'on aperçut en lui un grand changement , lui à qui jusque-là rien n'avait paru difficile ^ trouvail al(H8 tout imposa >él)lei £tifin il déckâra que aes infinaités ne lui

f 5a V .msTQiRE

permdttaient pas de demeurer davantage au Ja-*. pon. Le P. de Torrez voyant bîen'que le P. Gago n'était plus ce qu'il avait été y et jugeant qu'un homn^e dans cette disposition ne serait pas fort utile à la mission du Japon , fîit obligé de oon-* ^ntir à son départ. La nouvelle s'en étant ré-" j[)andtte, ce fut parmi les fidèles une extrêmç désolation ; mais ni la douleur des missionnaires, ni les larmes des néophytes ne purent dianger le cœur du P. Gago. Pour cacher au public sa lâcheté , et pour donner quelque consolation aux Chrétiens, ou plutôt pour se tirer de leurs mains , il fit courir le bruit qu'il allaitdhercher aux Indes un renfort de prédicateurs, et il ssembsurqua sur un vaisseau qui faisait voile vers Halaca.

Il n'alla pas bien loin sans reconnaître que Dieu le poursuivait comme un autre Jonas ; car, après. quelques jours d'une navigation assez tranquille , le vaisseau fut assailli de la plus furieuse tempête qu'on eût encore vue dans ces mers.

Alors le missionnaire fugitif sentit tout le poids de la colère du Ciel 9 il se reprocha cent fois son. infidélité, et s'offrit en sacrifice pour le salut d'un équipage sur lequel il crut avoir attiré l'indignation divine; il refusa constamment tuie place qu'on lui présenta dans l'esquif, où plusieurs s'étaient déjà sauvés, et pendant quinze jours que dura la tourmente^ il fit tout ce qu'on eût pu attendre de loi dans le tempi (ki.M

DO JAPON y uy. II. iS3

plua grande ferveur. Enfin, le navire aUa se briser dans un port de l'île d'Haïuan , où, par un double 'miracle, il aborda jn^esque sans agrets^. et donna à tout le monde le temps de mettra pied à terre.

Le danger cessé , le P. Gago retomba dans sa. langueur, et l'on fut assez surpris a Goa de le voir demander du secours pour le Japon, exagérer les besoins de cette église, et ne poin^ parler d'y retourner , quoiqu'il ne parut en lui aucune incommodité considérable. On l'envoya aux iles Salsettes , qui ne sont pas éloignées de Gpa , il y courut de grands risques, il fut même emmené en captivité. Ayant été délivré par le crédit du Vice-Roi , il ne fit plus rien : et le reste de sa vie parut si peu conforme à ce qu'on devait attendre d'un homme de sa profession 5 que si Ton n'eût eu quelque égard aux servie^ qu'il avait rendus à la Religion , on en eût apr paremment déchaîné la compagnie ; (/est ce que manda au P. François de Boi^a un visiteur, que ce Saint, qui était alors Général de sou ordre , avait envoyé aux Indes. Ce n'est pas que le P. Gago fôt tombé dans quelque désordre ; mais on regardait comme un grand dérèglement, qu'un ; homme , à U yue de , ses frères , qui se consumaient tous les jours pour, le salut des âmes, detneUràt dans l'inaction, et l'on avait devant les yeux cette terrible condamnation que Jésus-Christ a portée contre ceux qui, étant Je

1 54 HISTOIRB

sel de la terre et la lumière du monde, ont laissé périr en eux cette force et cette vertu qu'ils avaient uniquement reçues pour le bien de relise et pour le salut des âmes.

Le P. Gago ^ sur la fin de ses jours , se recop* ^ul un peti, et l'on vit renaître quelques étinicelles de ce feu divin , qui avait si long-temps embrasé son cœur y mais il s'en fallut bien qu'il atteignit jamais au d^é de sainteté d'où il était déchu. Je ne crois pas au reste qu'on me sache mauvais gré de m'étre un peu étendu sur un fendroit aussi instructif pour les ouvriers de l'Évangile. Si quelqu'un y trouvait à redire , je lui répendrais avec Bartoli , par ces paroles de saint Jérème , j^écris une histoire ei non pas un pa^ négyriffue. Le saint docteur s'exprime ainsi au lujet de sainte Paule , dont il rapportait quel-* ^es faiblesses, et je me persuade que l'exemple d'un si grand homme m'autorise ici suffisamment. La raison même veut, ce me semble y qu'un historien dise également le bien et le mal de ceux dont il parle , sur-tout quand ce qu'il dit peut être de quelque utilité pour l'édification et pour l'instruction de se9 lecteurs. Je re* viefis à mon sujet.

X. La réputation du P. Yiléla s'étant répandue dans les royaumes voisins du Héaco , ce mis- •ionnaifre fut appelé à Sacai par un des princi-» paux de la ville^ SaCai, ville capitale du royaume d^aumi,. était au temps, dont je parle, la plus

DU JAPON, UV. U. l55

opulente et la plus forte ville du Japon. D'un côté y la mer l'environne et lui forme un des plus beaux ports qui se puisse voir , de l'autrei die est ceinte de fossés d'une profondeur ex« traordinaire , et d'une laideur proportionnée. Cette ville n'avait point de Roi , le gouverne'^ ment y était républicain et ^e diflférait en rien, dit-on y de celui de Veiûse : on ne peut croire jusqu'où y allait la police ; chaque rue était ferjnée j chaque quartier avait spn commissaire , les moindres fautes contre le bon ordre y étaient sévèrement punies, et il n'arrivait aucun différend qui pût tant soit peu troubler la tran^ quilUté publique, qu'on n'y remédiat s^r-lis^ champ.

Mais Sacai riche, puissant, plongé daps les délices qu'attire toujours l'abKmdance, et superbts de tant d'avantages , n'était pas disposé à reco;- Voir l'Évangile, et la foi n'y fit jamais de grands progrès. Parmi tant d'endurcis, il y avait une famille prédestinée, le P. Viléla fut reçu comnaie un ange du ciel par le gentilhomme qui l'avait fait venir , et il baptisa toute sa maison. Ce père a écrit des choses admirables de la ferveur de cette vertueuse famille, sur-tout d'un enfant de quatorze ans, qui ne respirait que le martyre, «t qui avait été rempli au baptême d'une si grande abondance de grâces , qu'il semblait un séraphin tout emflammé de l'amour de IMeu. Cet ea&nt avait une sœur, laquelle, quelquesanr

'l56 HISTOIRE

nées après , donna aux fidèles du Japon un grand exemple qui fut dans la suite imité de quantité de personnes de l'un et de l'autre sexe. Elle renonça publiquement au monde, sans sortir de la maison paternelle où elle se bâtit un oratoire qu'elle ne quittait presque point j elle fut la première de sa nation qui se consacra. à Dieu par le vœu de chasteté perpétuelle.

Tandis que ces choses se passaient dans le cen«* tre de l'empire , Louis Alméïda visitait les églises du Ximo qui manquaient des pasteurs , guérissant en même temps les corps et les âmes y et trouvant dans tous les lieux de son passage ^e nouveaux sujets d'adorer la bonté de Dieu sur les Japonnais. C'était partout une si grande ferveur , qu'elle lé remplissait de consolation et lui faisait trouver de la joie dans les fatigues d'un si long et si pénible voyage. Deux choses le frappaient plus que tout le reste , ainsi qu'il le manda aux pères de sa compagnie , qui étaient '^aux Indes. La première était Fesprit de pénitence qui régnait parmi ces nouveaux fidèles y à uu point qu'on avait de la peine à les empêcher de 'se laisser aller à des excès capables de ruiner leur santé; cela venait en partie d'une délica^ tesse de conscience si grande , qu'il n'était presque pas possible de les rassurer. La seconde chose qui étonna le mi3sionnaire> c'est qu'aussitôt qu'un infidèle avait reçu le Baptême , quelque grossier et quelque ignorant qu'il fût d'ailleurs , il

DU JAPON, LIV. II. t57

idevenait formidable aux bouses. Alméïda en rap- ^porte {dilsieuTB exemples, et il assure qu'on Topit tous les jours 'des artisans, des femmes , des tofaqs mêmes , faire aux plus &meux docrteurs des questions qui les jetaient dans un emrbarras d^où ils ne se tiraient point.

- Ce qui contribuait le plus à conserver et à -augmenter la ferveur des fidèles Japonnàis , c'est l'union étroite qu'on avait trouvé le moyen d'é- 'tabiir, et qu'on entretenait soigneusement entre les Chrétiens, non-seulement d'ù!ne même "viUë ou d'un même royaume, mais encore de

tout l'empire. Toutes ces petites églises is'écrivaient les unes aux autres , pour se consoler dans leurs afflictions, s'animer à la sainteté, s'exciter à la persévérance , et se fhire mutuellement part de ce qui se passait d'édifiant dans chacune. 'Ain^, l'on pouvait dire de ces fidèles, ce que ' l'Écriture rapporte des premiers Chrétiens y qu'ils n'avaient qu'un cœur et qu'une amej il arrivait de ce petit commerce de piété, que les exemples de vertus que donnaient les particuliers, devenaient pulpes, et que le fruit n^en

- était pus renfermé da^s l'én^einté d'une' ville c^ -4\ttie' boui'gade. Vu secrétaire du'R6i de Fi- ' rqtndo en donna un dans lé temps dé la visite

d-AlméKda, qui fit de merveilleuk effets et qui mérite d^être t^pporfcé. ' . i f • "Ce tiea:étaire, qui éûàt t(n bosSime de soixante 1^^ avec sa fetnioie* tme' vie VériKabte-

i58 ' HisToiaE

ment chrétienne , au milieu d'une"^ cour idolâtre. La pensée de la mort l'ayant un jour ex-- .traordinairement frappé, il orttt que désormais fion unique soin devait être de se préparer à se terrible passage : et sur-le^dbamp il prit son parti, et résolut d'aller chercher une retraite dans le Bungo, où la présence du supérieur des missions , qui y faisait son séjour ordinaire , rendait plus aisé le fréquent usage des sacremens. .Sa fanme , à qui il communiqua sa pensée , bien loin de le détourner de ce dessein , l'exhorta fort â, suivre l'inspiration du Ciel : il mit donc ordre à ses affaires, et s'embarqua secrètement .pen4aAt la nuit.

.: ]Le lendemain, le Roi de Firando qui aimait son secrétaire , ne le voyant point paraître à l'ordinaire, l'envoya chercher : et apprenant. qu'il n'était point dans la ville , il fit, aimer une bar- . que et courir après lui. On le joignit , mais comme Al n'était plus sur les terres de Firando, on n'osa le saisir : oi3i pria seulement Je. seigneur du lieu de le faire mettre en prboç , ce 4cjui fot exé- , enté. La femme de cç gé^reux Chrétien , sachant qu'il était prisonnier, lui manda de représepter au tono , par l'ordre duquel on l'avait arrêté, qyi'il violait le drqitj d'asile ; mais que quqiqu'il arrivât , il tint bon: que le royaume de Jésus-Christ valait mieux que tous, les em^ pires du H^iide, qu'elle, le suivrait dans peu, . et qu'ils ^^yai^nt pi^rer l!«i!i aui: plw grands établissemens et à la faveur du Prince.

DU JAPO» , UV. II. ïBq

. Cependant le P. de Torrez apprit ce qui se passait; et, par le crédit du Roi de Bungo, obtint que le prisonnier fût délivré; ce fervent Chrétien vint aussitôt à Funay, où renonçant à tou|« autre affaire qu!à celles qui regardaient la gloire de Dieu et sa propre sanctification , il demeura jusqu'à sa mort avec les liaissionnaires. Toute son occupation était d'apprendre à lire et

.à écrire aux enfans des Chrétiens, et de tnn

. duire en japonnais quelques écrits que les pères avaient apportés des Indes , ou qu'ils composaient au Japon plus aisément en leur langue natu-

, relie que le secrétaire avait apprise. Par là il procura un nouvel ouvrier à la mission., im jeune Jésuite japonnais nommé Damien , étant occupé à ces petits exercices ayant que ce fervent secrétaire s'en chargeât. Au reste , Dieu lui rendit au centuple, dès cette vie, tout ce qu'il avait quitte ^ le gratifiant du don des larmes, et l'élevant à une très-sublime contemplation.

De Firando, Alméïda passa par la forteresse

, d'£kandono , pour aller à Saxuma , où il avait ordre de se rendre incessamment. H souffrit extraordinairement dans qe voyage , c'était au coefor de l'hiver, qui, cette anxiée-là, ftit extrêmement rude. Le missionnaire a laissé par écrit une partie des incommodités qu'il eut alors à essuyer ; mais rien ne snrpreiKl davantage que ce qu'il dit , que pour se &ire un chemin dans les campagnes. et même quelquefois^ dans les vil-*

l6p mSTOlRK

les, il allait abattre la neige avec des pics^ comme on fait en quelques endroits des Alpes. Alméïda trouva la maison dlSkandono presque toute chrétienne : on eût bien voulu Yj rete-* ^nir quelque temps, mais il était pressé, et il promit de retourner le plus tôt qu'il lui serait possible; il alla ensuite saluer le Roi de Saxu-^ ^ ma , qui avait demandé des prédicateurs ; il eut ' toute liberté de traiter avec les fidèles de Can- * goxima , dont la vertu , la fidélité et le zèle pour le service de leur Souverain , était ce qm avait *&it souhaiter à ce Prince que tous ses sujets ' embrassassent une religion si sainte. Le m&sion« naire fut^ surpris de voir ces néophytes qui , depuis saint François Xavier, étaient demeurés sans pasteurs, si bien instruits; néanmoins, et malgré les persécutions continuelles des bonses , si fort multipliés, il eut la consolation d'accroître encore leur nombre , et rien ne l'y aida davantage qu'une cure qu'il fit sur le supérieur d'une maison de bonses, oar cet important service lui gagna entièrcfment tous ces prêtres idolâtres. Ensuite , comme rien ne l'arrêtait plus à Gangoxima , il retourna à la forteresse d'Ekandono , ainsi qu'il s'y était ei^agé : en arrivant , il trouva que le vieillard que le P. Xavier avait chargé dix soin de cette petite chrétienté, était mort depuis qtielques jours, et qu'il fallait lui donner un stiecesseur. Ce fut alors qu'après avpir examiné de pltis près ces fervens Chrétiens , il eàtra dans un éton-

DU JAPOn, UY'. IL l6l

bernent qui ne se peut dire; il voyait des femmes', des enfiins, des soldats ^ des domestiques qui n'avaient jamais vu des. prêtres qu'une seule fois en. passant, pratiquer avec ardeur les plus 'sublimes vertus, s'adonner à l'oraison et à la pénitence , se retirer le plus souvent qu'il leur était possible dans une forêt voisine., pour ne ya*quer pendant plusieurs jours qu'à Dieu et à euxmêmes. L'admiration d'une si grande sainteté avait fait presque autant de catéchumènes, qu'il était resté d'infidèles dans le château. Alméïda les baptisa tous; il nomma ensuite, pour avoir la conduite de ce petit troupeau, le fils aine du tono , et il lui associa un jeune homme en qui il avait remarqué un grand esprit , et beaucoup plus encore de ferveur. Ce néophyte avait com* posé un fort bel ouvrage, et qui fut d'une grande utilité à toute cette ^lise; c^était une Histoire sainte depuis la création du monde jusqu'à la résurrection du Sauveur. Les souffrances et les opprobres de la passion de l'Homme-Dieu y étaient exprimés d'une manière fort touchante. Au reste ^ les sentimens dont il avait rempli son livre n'é* taient qu'une faible expression de ceux de son côèur , et l'on ne pouvait l'entendre parler de •Dieu , qu'on ne ae %ntit embrasé de l'amour di- Vin. Un jour Alméïda lui demanda ce qu'il ferait, supposé que le Prince lui ordonnât d'abjurér le Christianisme, oc Yoiici, dit-il, ce que Ta je lui répondrais : Seigneur voulez-vous que

102 * HISTOIBE

» je vdQs sois fidèle , et qae j'aie pour vous toute 30 la soumission qui convient à un sujet? you- ]» lez-yous que je fasse paraître du zèl^ pour p votre service et qu'aucun intérêt particulier ^ ne me fasse jamais manquer à mon devoir?

i> voulez-vous que je sois doux ^ modéré , com- 30 plaisant , que je souffre avec patience tous lei 30 mauvais traitemens que l'on me fera ? ordon-* % nez-moi de demeurer Chrétien : il n'y a que ^ d'im Qirétien qu'on doive attendre tout cela. » Parmi tant de sujets de consolation qui se présentaient de tous côtés au missionnaire, une diose l'affligeait sensiblement. Ekandono ne vour lait point entendre à recevoir le baptême ; il ne laissait pas de trouver bon qu'on lui parlât de la religion ; mais un jour qu'Alméïda le pressait plus qu'à l'ordinaire de se déclarer, il lui fit cette réponse : ce Dieu m'est témoin que votre 30 loi me plait, et sans cela ctoyez-vous que 30 j'eusse permis à ma famille et à ma garnison y> de l'embrasser ! Mais vous ne savez pas les )o mesives qu'il faut que je garde avec la cour 31^ de Saxuma. Vous vous imaginez, p$irce que 30 le Roi vous £iit bon visage , qu'il est ravi 30 qu'on embrasse votre religion! Vous vous trom- D pez , cela est bon pour le peuple , son chan* 30 gement ne porte pas à conséquence, et peift 30 attirer les Portugais dan$ nos ports. Mais il 30 s'en faut bien: que le Prince soît dans les mé^ 3» mes sei^titnens ^ par rapport a Sa noblesse* J'e»-

DU JAPON, LIV. II. t63

1» père tontefiùS) ajouta-t-il, de la bonté divine, y^ qa'elle fera naître le moment favorable au-^ y^ qael , sans aucun risque , je pourrai ne riea

> déguiser de ma créance. Alméïda vit bien qu'il

> serait inutile de faire de nouvelles instances, » et d'ailleurs il reçut ordre du P. de Terres 7!> de se rendre incessamment à Omura, pour ^ des raisons que je vais expliquer. »

XI. La principauté d'Omura est située à 1a pointe occidentale du Ximo. Les géographes et la plupart des historiens la mettent parmi les royaumes , parce qu'elle était , au temps dont je parle , aussi indépendante que les autres pro- . vinces plus considérables, dont les Souverains portaient la qualité de Rois; mais c'est si peu de choses qu'Omura et ses dépendances, qu'on ne peut lui donner Je nom de royaume sans abuser des termes , et avilir la dignité royale : aussi les seigneurs d'Omura , quoiqu'ils se regardassent avec raison au-dessus des tonos, qui sont tous vassaux de quelque Roi particulier, n'ont jamais pris , dshis leurs lettres , que la qualité de Prince. Sumitanda qui gouvernait alors ce petit état, était fils puîné de Xeugan* dono , ancien Roi d'Arima , et avait reçu de la nature toutes les qualités qui inspirent le respect et l'amour. Comme il n'avait pas été élevé dans l'espérance de régner, il n'avait d'abord paru en lui qu'un sujet soumis, non-seulement à l'égard du Roi son père., mais encore à l'é-

|64 HISTOIEB

gard de son frère aîné , après qud Xengandono l'eut mis a sa place sur le trône , suivant ce qui se pratique assez ordinairement au Japon. La valeur de Sumitanda faisait le soutien de la çou^ ronne , et ne donnait point d'ombrage : sa bonne mine^ une certaine popularité noble , son humeur douce et bienfaisante , ses manières affa-< blés le rendaient les délices du. peuple , et nç causaient point de jalousie au Souverain. Un Prince de ce caractère méritait de ne pas toujours obéir 'j le Prince d'Omura, voisin et proche parent du Roi d'Arima^ mourut et ne laissa qu'un fils bâtard , qu'on jugea incapable de lui succéder. La Princesse veuve adopta Sumitanda, et au grand contentement de tous ses sujets , le déclara Prince d'Omura. Simitanda soutint, dans sa nouvelle dignité , l'opinion qu'on avait conçue de son mérite; d'ailleurs, il gouverna avec tant dé bonté , que- difficilement aurait-on pu trouver un Prince qui aimât plus ses sujets, ni des sujets qui fussent plus affectionnés à leur Prince.

n y avait environ douze ans que Sumitanda avait pris possession de la souveraine puissance, lorsqu'il lui tomba par hasard entre les main^ un livre composé par le P. Yiléla , où la vérité de la Religion chrétienne était nettement et solidement prouvée ; il le lut avec attention , et il se sentit porté à se faire Chrétien. Pour ne point agir avec précipitation , il souhaita de con-

DU JAPOJXy I4V. II. |65f

^rer avec quelques-uns des miffiioimaireg , et. ne voulant pas découvrir sou dessein, il [M'opoia^ à son conseil d'attirer dans 'ses ports les vais-; seaux portugais : il exagéra Futilité de oe com-, merce , et dit que le meilleur moyen pour eoga-r ger les Européens à préférer ses ports aux autres,, était de leur ofirir de plus grands avantages,^ qu'on ne leur en faisait ailleurs, et sur-tout^ d'avoir dans ses états quelques prêtres de leui; reli^on. €hacun approuva ce projet , et le Prince; fit avertir de tout le P« de Torrez , l'assura que le port de Yocoxiura serait ouvert aux Portugais exempts de tous droits , qu'on leur en céderait toutes les teiTes à deux lieiies a la ronde , qu'il y aurait une maison pour les missionnaires et qu'aucun païen ne pourrait s'y établir de nouveau , sans leur consentement. Le P. de Torres n'eut pas plus tôt reçu cette lettre qu'il écrivit a Alméïda de se transporter à Omura , et qu'il lui envoya toutes les instructions dont il avait besoin : et c'est ce qui obligea ce père à quitter plus tôt, qu'il n'eut souhaité, le royaume de Saxuma.

D'un autre côté le Roi de Firando ayant sa les offres avantageuses que Sumitanda faisait auK Portugais , fit prier le P. de Torrez de lui envoyer des missionnaires; mais un vaisseau du Portugal étant venu peu de jours après mouiller i Firando , le Roi se repentit de ses avances ^ et dit tout haut qu'il u'était point en p^a

l66 HISTOIRB

d'avoir lé&Ean^éeiiB dans ses ports, qu'ils étaient les plus commodes^ du Japon , et qu'ils seraient toujours choisis -préférablement aux autres , de quelque manière qu'il en usât envers les Chrétiens : que ce n était point à cela que regardaient les marchands d'Europe ; puisque s'ils y eussent en égard, on ne les aurait vus jusqu'alors que dans le port de Bungo. Ces discours, qui furent rapportés au P. de Torrez , et même à la cour de Funay , firent juger que pour l'honneur de la religion , et pour celui des Portugais , il fallait engager le capitaine du vaisseau, qui était à la rade de Firando à se retirer ailleurs , et le P. de Torrez partit sur-le-champ pour faire exécuter lui-même cette résolution. Le Roi de Firando fut surpris des honneurs qu'on fit au missionnaire à son arrivée *, mais il le fut bien plus encore, quand il apprit que le vaisseau avait levé l'ancre , et que le capitaine , en partant , avait déclaré qu'il ne pouvait demeurer dans un pays où l'on maltraitait ceux qui professaient la même religion que lui : il prit en effet la route de Vocoxiura, où. il arriva en peu de jours.

Alméïda était déjà dans ce port , mais le père de Torrez qui avait amené avec lui Fernandez^ jugeant bien que le Prince d'Omura l'arrête-rait long-temps , renvoya Alméïda à Funay.

Quelques jours après l'arrivée du navire à Vo* coxiura , Sumitanda y vint assez peu accompa-^ gné. Les missionnaires lui allèrent présenter leurd

DU JAfON, Uy. II. '167

^espectSr, él forent reçus d'une manière '^i les persuada que ce Prince était Qirétien dans le cœun II leur témoigna d'abord qu'il ne voulait point le céder au Roi de Bungo en amitié pour eux, et parce que Civandono était accoutumé de manger chez les pères une fois tous les ans, Sumitanda leur dit que dès le. lendemain, il voulait leur faire \& même plaisir. Il y vint eflfectivement , et avec une familiarité dont on n'avait point encore cru capables les Souverains du Japon ; il entretint les missionnaires et les officiers portugais, comme il eût fait avec ses plus intimes favoris. Au sortii' de table , le Prince voulut voir IsL chapelle qu'on avait dressée, en attendiint que l'église fut bâtie vil y demeura jusqu'au soir à s'instruire des prmcipaux mystères de notre .religion^ et à proposer ses doutes. La nuif approchant il se retira^ mais il revint au bout d'uqe lieure , . sans autre suite qu'un seiigneur chrétien; il voulut qu'on le reçut dans la chapelle, parce qu'il avait été jfort touché de la yue du tableau de la Vierge , qui tenait son Fils entre sffi br^s. Ils demeurèrent enfern^és jusque bien avant d^ns la nuit , et le Prii^ce pçur se rafraîchir .de tfemps en:te«aps la mémoire de. ce qu'on avait itraité dans cette, conversation , en fit sur-le-champ .un abrégé de sa mjain. .

Le lendemain il envoya au P. . de To]rrez ce même seigneur,, qui l'avait accopipagné Ja veille pQ^r lui dire de sa pftrt qu'il jetait Xhjfptieîi ^ ,^ T. L i3

i68 HiSTonts

«ju^L né terdei^it pas à en faire uoe prèfessidCi 'i)ubfi€[tie. En effet , il commença par' porter sur ses hal)it^ une croix en broderie ; il alla en cet é()uipage rendre une visite au Roi d'Avima ^ soç frère, et lui persuada d'ouvrir aux SHortugaisIe port êe Cochinôtzu aux mêmes conditions , quH leur avait Êiites à Voeoxiura. Le Roi d'Arima^ qui était d\ine humeur fort douce , et dHin naturel extrêmement fecile, consentît à tout, et le Prince d'Omura le fit aussitôt savoir au P. de Torrer , et Almeïda , qui était revenu de Funay pour quelque aifaire , fiit envoyé à Arima ; il n'y trouva point le* Roi , qui faisait la guerre 1^ un de ses voisins , et qui étoit allé se mettre k la tête de ses troupes r; on conseilla au mis- Monhaire èé pousser jusqu'au eamp; il le fit, le Roi le reçut de k manière du litionde la plus obfigeante , lui fît expé<fier tout ce qui était néeessaire pour le nouvel établissement, et lui -donna pour f accompagner un gentilhomme, qu'il ehai^ea de tenir la main a l'exécution dé* seft ordres.

En aUàht du eamp à Cochinôtzu , le misBion^ naire passa par Ximabàra, où il trouva une ^lîse toute formée. Le seigneur de Ximabàra , qui avait épousé la sœur du Roi d'Arîma et du Prince d'Omura , était lui-même Chrétien. C'é^ tait Bamién , ce jefune religieux , dont j'ai parlé il n'y a pas long -temps, qui le premier avait prêché la foi en ces quartiers<^là , et il l'atait

DU JAPOII, UV. II. «03

fiiit avee beaucoup de succès» Depuis Alméïda^ iam une de ses courses apostoliques ^ a^ait an-** Boncé Je8Ufr*Christ au Toao lui-même y et d'a« bord ce séigueur lui avait permis de baptiser sa fille ) qui, à Tâge de quatre ans, était un prodige d'esprit et de sagesse. Cette enfimt fut la pre^ mière personne du sang des Rois d^Arima, qui t produit tant de Sainte , laquelle ait reçu le Bap«téme. Aussitôt le peuple et la noblesse suivi-*- Tent comme à l'euTÎ l'exemple de la jeune Priu'*» cesse : enfin le Tono et son épouse se procurèrent à eux-Éôémes le bonbeur qu'ils avaient procuré à leur fille , et à un si grand nombre de leurs sujets. Mous n'avons point les lettres qui noua aurai^it appris le détail de toutes ces conversions, et je suis bien aise d'avertir ici que si dans la auite de cette bistdire on rracontre qudqnes fiiits asse^ considérables peu circonstanciés , et d^au^ très , dont les suites ne soient point marquées) c'est que les mémoires qui nous auraient donné des connaisiances plus amples et plus suivies, ne sont pa$ vctius jusqu^à nous, 9iaia ont été perdus sur mer , dans les finéqueii# naufrages qùm Élisaient en ces temp»*là les vaisseaux portugais qui trafiquaient i la Chine et au JFapoià.

Quelque pressé que fut Almâda de se rmàtê à Gochinoleu ^ il ne put refuser au Prince et i la Princesse àfi Xiesabara , de fiure quelque sé«» jour éhm eux ; il (ut charmé de la piété de ces néophytes, baptisa pluaeMs id(dàties qu'il tnniva

treè-bieb instruits, et laissa en partant cette église dans un état de solidité à se pbuvmr pas^ ser pour, quelque temps de missionnaires. Effec-^ tiyement , quoique les bonses missent tout en oeuvre pour la détruire , et qu'ils eussent &it périr par le poison un Chrétien des plus distingués par sa nai^nce et ses emplois , ils ne fièrent qu'augmenter de plus en plus l'amour des souffrances dans le cœur des autres , et y allo^ mèr lé désir du martyre. Alméïda était sur le point de partir , lorsqu'on lui apporta une pe^ tite fille de trois ou quatre mois qui allait ex^ pirer : on le pria de la baptiser , il le fit-} aus*- ' sitôt l'enfant levant au ciel ses petites mains ^ s'écria d'une Yoix distincte : Je m^en vais fmnùr '4e Dieu. En disant ces mots , elle rendit l'espriU.

Le missionnaire fiit reçu à G>cbinot2u chee ie Grouyerneur qui était de sa connaiwnce> et qui> peu de jours après ^ se fit baptiser avec toute «à famille. Là suite répondit à de ai heurewt commenoemens, et en moins, de quinae jours ^4;rois cents personnes reçurent le baptême. Tout était airài disposé dans ce port en &veur du. Christianisme; on ne trouva aucune difiiculté^ régler .toutes choses selon les intentions' du R<iî| «t un â bel établissement-, qui fut dans la, suite un des plus utiles à la Religion , r ne coûta aa missionnaire qùô là peine du voyage.

Xn. B'uu autre côté le Prince d'Omura de retour d'ttpe.,gaerM oà il-ai[ait acqpiis beaucoup

DU #APOM, LIV. ^. 171

de glôfré, et dont It attribuait Fheureuse issue à la vertu de la croix , était plus résolu que jainais de se déclarer Chrétien , lorsque la Princesse Camisama sa femme , qui jtisque-Ià n'avait point eu d'enfans, parut enceinte ; Sumitanda crut être encore redevable de ce bonbeiir inespéré au Dieu des Chrétiens , et dans le transport de sa reconnaissance , il partit pour Vocoxiuta avec trente seigneurs que son exemple et ses discours avaient gagnés à Jésus-Christ. Dès qu'il fut ar-' rivé, il envoya dire au P. de Torrez qu'il ve-^ nait lui demander le Baptême, pour lui et pour foute sa suite. Le vertueux vieillard était dan» sa chapelle, il pleura de joie à cette nouvelle; et fut longrtemps sans mouvement et sans pa-» tolé; étant revenu à lui, il se jeta à genoux^ au pied de ' l'autel , et fit au Ciel mille vœux pour la prospérité du Prince. De là il se rendit au logis de Sunûtanda , et eut avec lui un entretien qui dura depuis le soir jusqu'au lendemain matin ; ils parlèrent des moyens d'extirper l'idolâtrie du pap, et ils convinrent que le plus sàr était de prendre les voies de la douceui*; «UF ce raisonnement que les esprits irrités par des éclats hors de saison, ne se convertissent }atïiais sincèrement.

'Le père s'étant retiré pour préparer toutes cho^ ses, le Prince le suivit de près , et se rendit à la chapelle iavtec ses trente prosélytes, dont il ipendit puMi^ueméat ce téjningnage ; qu^il n'y

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eu ayait p9$ m «eol qui ne li&t prêt à attester de son sang la récité qu^ils ayaieiit tous recoimae«. En effet. Us firent pariEdtre dans la cérémonie de leur baptême une piété qui répondit de leur constance. Le Prince Cdt nommé Barthélenû, et il n'est guère connu que sous ce nom dans les relations espagnoles et portugaises.

Dès le lendemain Sumitanda fut ol^ligé de partir pour aller joindre l'armée du Roi d'Arima , son frère; et, malgré les résolutions qu'il avait prises de se ménager avec ses peuples^ il éprouva bientôt qu'un cœur possédé de l'esprit de Dieu n'écoute plu^ rien^ lorsqu'il s'agit des intérêts du ciel. C'est Une coutume au Japon de consulter^ avant que de se mettre en campagne , l'idole Haristen, ouMautisteui qui est parmi les Japonnais le dieu de la :guerre* Quand les troupes sont assemblées , elles vont au temple p où cette divinité est adorée sous la figure d'un géant armé, le casque en tête^ et pour cimier un coq déployé^ qui couvre presque tout le casque .de ses agiles» En arrivant dans ce temple on met bas les armes , on baisse 1^ étendards, et l'on pratique quantité d'autres cérémonies militaires noiêlées de superstitions* Sumitanda ^'étant mis en marche ^ prit le chemin de la pagode : on eo fut surpris, car on savait qu'il était Chrétien ; mm l'étonnement des troupes changea bientêt d'objet, ce Prince lut i peioe arrivé à la porte du temple qu'il mit le cimeten« a la main^ En même ten^ il

fait signe qu'on s'arrête, il entre avecises gardes, commande qu'on jette l'idole pco* terre, et qu'où la tire dehors, lu Gwde au cou; il sort luirmême, et à la vue de toute l'armée^ à grand pQup de sabre, il met la statue -éb pièces, et fait brûler le temple. Ce fut un spectacle bieu nouveau, et sans dmite bien éti^xmatit de toir tin Prii^oe néophyte à la tête d'une armée toute païenne , portant le saint Nom de Jésus, et le signe adorable de notre réd^nptkm «ur sâs ç^rbies et sur ses habits^ j^lus semblable au ch^ d'une i;e-* ligi<Hi Jimlitaire qu'am Souverain d'uu peuple iu^r fidèle , èn&ler leè temfdes et abattra les statilei de ces mêmes dieui^ qu'ils at^ient si loQg-tem{is adorés.

Susiitînida ne iNUrna point aoB zèle à ce CQup d'édat; ^ entreprit là oonversiofi 4t ttote scm ariïîée^ A l'on voyait avise adisâratiQU ce Prince au IniUeu du tumulle d'iui <iamp^ t<Mt oocvpé à instruire limméofte ses officiers » et )OK|a'au tiMDisidrè soldat^ its vérités 4e &otfe reU^m; maiâ tandas«fa'il faisait ViMoe de itiisfiii^iiiiùWt il ne n^HgfÀit pokil te devaii^ d« îgé&éral^ ^ i« Bîeù de^ anales ^ôomJMiUaat ppvir lui > et v^ 4S0iidani son eèle^il trîoiàpha |x)Ur le Gel de sAi «ujetoy ei le Çid ié fit Imwphét de ms im^f^ii.

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SOMMAIRE

ilYRE TROISIÈME.

I. Arrivée de ireU nouveaux^ ouvriers au Ja-* pon. Révolte contre le Prince d^Omura , et quelle en fui f occasion. Le père dé Torrez préservé d'un îrés-^rand danger. II. Le Roi d*Arima et le Prince d'Omura réduits à de fort grandes extrémités. Xengandono y pire de ces Princes , marche à leur eecQurs. Le ciel combat pour le Prince d^Omwra; le port de yocoxiura ruiné ; constance des Chré-* tiens, m. Le Roi de Nàugato assiège Méaco.. Fie-^ toire des honses négores. Ils sont défaits^ Fictoire de l'Empereur. IV. NouvMes persécutions des honses contre le père FUékt. Le christianisme est en danger d'être proscrit dans l'empire. Y. Ctm-^ version de deux fameux hanses, et de deux grands seigneurs. Commencement dUcondona. YI. Ferveur des Chrétiens de Firando. Le père Froez à MéaeOm Magnifloenee de If Empereur y et de queUé snanière ce Prince reçoit les missionnaires. Vil. Mioxin-dono y favori de l'Empereur conspire contre son maître. L'Empereur entre en quelque soupçon : fausse démarche de ce Prince. Les rebelles a*-

préface/ ij5

siègent le palais impérial. Mort de l Empereur. Bravoure et fidélité d^m P^g^- ^Qfl ^ Vlmpé^ ratrice* YïJl. Les missionnaires sont exHéê de Méaco. Mort d* Edouard de Sylva ^ ferveur de ce zélé missionnaire. IX. Le frère du feu Em-» pereur se sauve chez Fata^âonç. Portrait de xe éono. Portrait de Nohunanga. Ce Prince et Fatadono arment en faveur du frère de VEmpereur^ X. Vatadono marche contre les rebelles. Bette action des soldats chrétiens des deux armées. Fîc-^ ibirè de Vatadono. Naht4>nanga rebâtit le palais impérial j et traite fort mal les bonses. Sévérité de Nabunanga. XI. Vatadono obtient le rappel des missionnaires. Nobunanga se déclare protecteur des missionnaires et des Chrétiens. Le père Froez dispute en présence de ce Prince contre un fameuse honse. Nabunanga comble les missionnaires de caresses. XII. Le bonse Nithioxines persécute les' missionnaires dans V absence de Nibunanga. Le père Froez va trouver tfobuna'iiga y et en est bien reçu. Vatadono disgracié par Vintrigue du bonse Itichioxines. Sa constance dans sa disgrâce. H est rappelé et le bonse puni.

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