‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 2 sur 174 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Voici l'histoire de Pexpédition de Russie, si extraordinaire sous le point de vue militaire 9 si mémorable par ses résultats.

Le nombre prodigieux des combattans sur un théâtre qui offrait peu de ressources, la longueur et la rapidité des marches, la rigueur du climat ayant donné un caractère particulier à cette expédition , j'ai dû entrer dans le détail des moyens qu'on employait pour alimenter et faire mouvoir l'armée , dans celui des maux infinis qui accablèrent les habitans et les combattans eux-mêmes. Enfin j'ai taché de développer les causes des revers de Napoléon; elles sont plus nombreuses qu'on ne le croit communément, car ce conquérant, lorsqu'il quitta Moskou, avait déjà essuyé des pertes incroyables et indé-

îj PRÉFACE.

pendantes des chances ordinaires de la guerre.

J'aurais désiré pouvoir tracer le caractère des généraux les plus marquans^ et pouvoir parler de leur vie publique et privée ; mais je suis trop près des événemens pour me le permettre.

Je me suis donc borné à donner mou opinion sur les opérations militaires, laissant à la postérité le soin de juger les hommes. J'ai dû cependant m'écarter de cette règle à l'égard de Napoléon , dont le caractère eut une si grande influence sur les résultats de cette expédition.

jDe tous les peuples auxiliaires de Napoléon , les Polonais du grand-duché de Varsovie furent ceux qui le secondèrent le plus puissamment , tant par le nombre de troupes quHls lui fournirent que par les connoissances locales quUls avaient des pays où l'on allait porter la guerre et les intelligences qu'ils y entretenaient. L'espoir du rétablissement de la Pologne , le ressentiment qu'ils nourrissaient contre les Russes, leur faisaient désirer ardemment cette guerre , et ils avaient employé tous les moyens qui étaient en leur pouvoir pour la faire éclater. Il devient donc intéressant de connaître , au moins sommairement, les causes qui ont amené le démembrement de la Pologne , pour se rendre raison de ce désir de guerre et de cette haine profonde qui animait les Polonais contre les Autrichiens, les Prussiens et les Russes.

La Pologne a formé long-tems un état puissant ; dans les derniers tems , l'autorité y résidait entre les mains d'un roi électif et d'une

noblesse héréditaire. Les habitans des campa- I. I

gnes étaient esclaves , les bourgeois libres , mais incapables d'occuper aucun emploi ; aussi le premier ordre seul constituait la nation polonaise.

Avant le dixième siècle , Tautorité des rois était absolue. Boleslas ï*' la limita volontairement en formant un conseil (|ai se composa par la suite des premiers digintaires du royaume : ce fut l'origine du sénat. Louis , roi de Hongrie et de Pologne , successeur de Casimir-le-Grand, obligé d'hs^iter ses états héréditaires , gouverna ce royaume par une régence qui indisposa les Polonais. Pans la crainte d'une révolte , il accorda de grands privilèges à la noblesse ; il diminua les impôta> commença à distiîbuer les domaine» royaux > et déclara que les charges et dignités seraient données à rie. A sa mort , la noblesse offrit la couronne à sa fille cadette , à condition qu'elle épouserait Jagellon , grandduc de Litbuanie. Depuis cette époque , Fautorite (Je& rois éprouva successivement de grandes diminutions; la noblesse continua à nommer ses souverains et rendit la couronne élective ; bientôt elle parvint à se faire représenter par des députés , ce fut l'origine des diètes. Elle obtint ensuite succe^ivement que le roi ne ferait aui;unelpi et ne pourrait rien décider dans les af-

faires majeures sans le consentement des états ; qu^aucun bourgeois ni paysan ne pourrait posséder de biens territoriaux ; que le roi serait obligé de convoquer au moins une diète tous les deux ans ; que les troupes seraient sous les ordres de deux grands généraux indépendans du roi , l'un pour commander celles de la Pologne , Tautre celles de la Lithuanie ; que ces fonctionnaires , ainsi que les ministres , ne seraient comptables qu'aux diètes. Telle était la forme du gouvernement, lorsqu'en 1572, ik la mort de Sigismond Auguste , les Polonais rédigèrent les pacta commenta , et élurent un étran^ ger Y Henri de Valois , à condition qu'il jurerait de les observer; ils contenaient particulièrement les changemens survenus à la constitution depuis le règne de Casimir-le- Grand , et réduisaient la royauté à un pouvoir conditionnel qui s'annulait par leur inexécution.

Dans la suite , tous les rois de Pologne furent astreints au même serment , et les atteintes portées successivement à leur autorité devinrent ainsi des lois fondamentales de l'état ; ils conservaient encore l'administration de la justice , elle leur fut bientôt enlevée. Dans toutes ces innovations , la noblesse ne fut guidée que par un intérêt personnel mal entendu , jamais par

celui de la chose publique. Tandis qu'en Pologne elle parvenait ainsi à rendre la couronne élective et à restreindre dans des bornes étroites Tautorité royale , chez les autres nations de l'Europe l'hérédité s'affermissait dans les familles régnantes , et les souverains arrachaient peu à peu à la noblesse ses droits de souveraineté et une partie de ses préf'ogatives ; ils purent lever des impôts , avoir des armées permanentes , bâtir des places fortes et perfectionner l'administration civile et militaire. En Pologne , au contraire , l'élection des rois occasiona souvent de grands troubles ; l'unanimité nécessaire aux résolutions des diètes mit le royaume dans un état continuel d'anarchie ou de paralysie ; la noblesse , quoique possédant toutes les terres, ne voulut jamais payer d'impôt ; plusieurs seigneurs^ entourés de troupes à leur solde , affichaient le luxe des souverains , tandis que l'état, pauvre et endetté, n'avait qu'une armée faible et mal entretenue , et ne possédait ni places fortes , ni établissemens publics. Un nouveau changement à la constitution vint encore aggraver ces maux; en i65i, un nonce ayant quitté la diète en déclarant qu'il en arrêtait l'activité , la majorité des membres décida que l'as- £iei^blée devait se dissoudre : on prétend que

cette resolution insensée fut suscitée par les fonctionnaires qui avaient des comptes à rendre aux diètes , parce qu'elle leur donnait la facilité de les rompre.

Pour donner de l'activité et de la vigueur au gouvernement dans les périls de l'état , la nécessité amena un remède que l'usage consacra. La noblesse formait, sous le nom de confédé'*ration , une ligue générale investie d'un pouvoir absolu ; tout s'y décidait à la majorité des suffrages : ces ligues se dissolvaient aussitôt que les raisons qui les avaient fait former n'existaient plus ; tout rentrait alors dans l'ordre habituel y et la première diète que l'on convoquait détruisait ou confirmait leurs résolutions. Lorsque le roi adhérait à la confédération et en était le chef, on pouvait en quelque sorte la comparer à la dictature chez les Romains. Cette institution aurait peut-être sauvé la Pologne , si les Polonais n'en avaient abusé ; des factions formèrent des confédérations contre le souverain et recherchèrent l'appui des étrangers ; l'armée se confédéra plusieurs fois pour se faire payer sa solde, et cette institution, qui a rendu de grands services à l'état , a en même tems puissamment contribué à sa ruine.

Malgré les germes destructeurs que la repu-

blique portait dans son sein , elle subsista avec gloire et une vigueur apparente jusqu^au règne d'Auguste II. On doit l'attribuer à ce qu'on ne plaça sur le trône que des nationaux , à l'esprit militaire qui animait la noblesse , à ce que la caTalerie , seule arme à laquelle elle s'adonnât , avait encore de la supériorité sur l'infanterie ; enfm à ce que , les puissances de l'Europe n'ayant pas entre elles autant de relations qu'elles en ont eues depuis , les voisins de la Pologne se mêlèrent moins de s>es affaires qu'ils ne le firent par la suite. L'éle<ition d'Auguste mit au jour la vénalité des Polonais ^ l'influence que les puis*sances voisines pouvaient exercer sur eux ^ et l'état de faiblesse auquel ils se trouvaient réduits. Le prince de Conti avait été élu par la grande majorité de la diète , Auguste II par une minorité factieuse; mais ce dernier ^ appuyant ses prétentions de son argent , de ses troupes , de sa présence et de la protection de la Russie , l'emporta sur son adversaire absent^ et dont le parti manquait d'argent et de troupes.

Auguste' introduisit en Pologne un luxe frivole qui se répandit bientôt parmi la noblesse , et remplaça le luxe militaire de ses aïeux. Les femmes , qui jusqu'alors avaient vécu dans leur intérieur, furent attirées à la cour et Se mê-

NOTE PRÉUHINÂIRE. 7

lèrent de toutes ks affaires de la répuMique ; bientôt tous les emplois fîirent donnés à Tin* trigue ; les mœurs et les usages antiques qui soutenaient Tétat malgré les vices du gouvernement , se corrompirent et s^ahérèrent , et cette vénalité q4e 1^ noblesse avait montrée aux dernières élections fit de nouveaux progrès.

Cependant la révolution commencée dans Tart militairtet depuis 1- invention de la poudre s'achevait rapidement ; Tinfaiyterie acquérait one 5Eq|>ériorké marquée sur les autres armes et deva^iait ila iforce des armées ; les nations ne pouvaient plus improviser ni l'attaque ni la dé-^ fense ; il iaUait emtmtemr des années p^ntia-* neàtës «t rëifflir dans des places fortes fotit le matériel ^do la goerre^ Les Polonais seuls i^e^ taièntdésaiteésaù^niliéude l'Europe en armes; une présomption insensée leiit pei*suadak «t^è iVnstencé de la Pôiogiie était nécessaire au maintiaad^réqtiUihfee!^ Éfurope ^ et qtie d'àSleurs la noblesse seule suffisait à la défend de l'état. Daâs «et état dé ^hos^^^^ Pé^totittiérne pouvaîient espérer dé sahit qu'^ didtlgétàif lei# toii^ittttioii ^ <t partictdièr^Mftëiit en aboMsâ^t kf Kbetmn îH^ia etJk droit de se^ confédérer i pètfr obtemr ce changement pai" de» mfoyëti^ ^ônsti^ tntionn^ 4 41 aurait liallttkpï^lN^ft été opéré par

une diète , chose qui semblait impossible y parce que cette classe pauvre et ignorante de la noblesse, qui n'avait d'importance que parles deux droits qu'il ëtoit indispensable de supprimer, aurait apporté une opposition invincible. 11 n'y avait donc qu'une faction qui pût changer la constitution ; mais comme elle aurait vu se réunir contre elle une partie de la nation aussitôt qu'elle aurait manifesté l'intention de détruire des droits si chers , elle ne pouvait parvenir à son but que par les secours de l'étranger. Ainsi, non-seulement cette république était dans une situation critique , mais îl; était difficile qu'elle en sortît; aussi y j'ose lé dire, si elle a encore subsisté presqu'un siècle depuis l'élection d'Auguste II , PU: ne. doit l'attribuer qu'à la fortune , qui a tant de part aux choses de ce monde , et à la jalousie des puissances limitrophes , dont elle serait devenue la proie depuis long-tems si elles s'étaient entendues plus tôt pour la partager.

. Pendant ce laps de tems , quatre souverains coït régné en Pologne : Auguste II , dont je viens de parler; Stanislas Leczinsky , que Charles XII fit élire après avoir chassé Aiiguste II , mais que ce dernier , ^aidé des troupes de son électorat et de celks du czar , précipita du trône , après

que Charles eut perdu la bataille de Pultava ; Auguste III , fils d^ Auguste II , qui s'empara en quelque sorte de la couronne, car ce même Stanislas Leczinsky qui avait occupe le trône pendant la prospérité de Charles XII , avait été élu par la diète de couronnement ; mais Auguste III , s'étant fait élire par sa faction , le chassa de Yarsovie et de la Pologne , au moyen de ses troupes et de celles du czar ; enfin Poniatowski , qui fut le dernier roi de Pologne , et dont les seuls titres étoient d'avoir été l'amant de Catherine.. La protection de cette souveraine lui fit obtenir cette couronne malgré le vœu de sa nation.

L'histoire de la république , pendant ces quatre règnes , offre le tableau le plus affligeant ; elle fut pour ainsi dire à la merci des étrangers. Presque toutes les grandes puissances y entretenaient un parti; chose facile, car les suffrages de la noblesse étaient à l'encan. Des armée envahirent son territoire , et le traversèrent, sans qu'il fut en son pouvoir de s'y opposer. Les rois, par la nature de la constitution , étaient ennemis nés de la liberté. Les quatre derniers souverains dont nous venons de parler, élus malgré la nation, en butte à des factions toujours renaissantes, se. virent contraints de chercher un

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appui étranger contre leurs sujets ; les circonstances et les localités les attachèrent à la Russie , qui les protégea et les opprima. Je vais terminer par un coup d^oeil rapide sur le règne de Poniatowsky , et sur la nation polonaise , depuis ce règne jusqu^à la guerre de Russie en

Les princes Gzartorinsky , ondes et conseils du roi j avaient été assez adroits, pendant l'interrègne , pour employer la protection de la Russie à opérer un changement dans la constitution ; le Uberum veto avait été aboli ; les diètes décidaient à la majorité des suffrages. Ce rétour vers l'ordre fut de courte durée ; dès que la Russie s'aperçut de l'heureux effet desdilangemens qui venaient de s'opérer ^ elle fav^riBa le rétablissement du Uberum vélo : l'appui qu'elle donna aux dissidens lui fournit aussi de nouveaux moyens de perpétuer l'anarchie.

Cependant les troupes russes contbraaient à occuper le territoire de la république , comme si c'eût jété un pays de conquête. Fort de^leor appui 9 l'ambassadeur russe commandait ; en maître ; ce qu'on o^aît lui refuser^ il Vobteiiait par la violence. Des personnages marcpsaiis parmi les Polonais furent envoyés en Sibérie^ Tant d'outrages et de violences les porièi^nt i

des résolutions désespérées ; ils formèrent à Bar une confédération , dont le but était de s^affranchir du joug des Russes, et dont Texemple fut suiyi successivement par presque toute la Pologne. La Turquie dédain la guerre à la Russie pour soutenir les efforts des confédérés ; ils obtinrent de la France de faibles subsides et quelques officiers ^ rAutriche leur donna asile sur son territoire , mais ces secours furent insuffisans; ils manquaient d'argent et de matériel de guerre , ne possédaient pas une place forte pour leur servir de dépôt , étaient mal organisés , et agissaient sans ensemble. Les Russes y au contraire, conduits par une volonté unique , abondamment pourvus de tmit ce qui est néces^ saire a la guerre , secondés par le roi esclave de leurs volcmtés , accablaient successivement les confédérations partielles qui se formaient. Dans cette lutte inégalé , les confédérés devaient suc-» cond>er s'ils n'étaient point «ccourus efficace^ ment par d'autre puissance que par la Turquie^ mais ils avaient fait trembler Galberine ^ et cette souvCTaine, convaincue que son autorité en Pologne serait toujours mcertaine ^ ignorant les résolutions que prendrait l'Autriche , entravée d'ailleurs dans ses opérations contre les Turcs, consentit au partage que la Prusse lui proposait ,

12 NOTE PRÉUMINAIRE.

et auquel F Autriche donna bientôt son adhésion. Par suite de cet accord » ces trois puissances s'emparèrent chacune d'une portion du territoire de la république » et contraignirent ensuite le roi et la diète à reconnsdtre la légitimité de ces acquisitions. La Turquie faisait pour la cause des Polonais de vains efforts ; l'Angleterre et la France virent consommer cet odieux attentat sans y opposer d'obstacles, convaincus sans doute qu'ils auraient été impuissans.

Ce partage n'adoucit point le sort des provinces que conservait la république ; Catherine continuait à les occuper par ses troupes , à les dominer par son ambassadeur.EUe fit faire à la constitution des changemens funestes , dans le but de perpétuer les troubles et d'en susciter de nouveaux. La Pologne , réduite à l'humiliation de ne pouvoir espérer de salut que par la protection d'une des puissances qui venaient de la dépouiller, ne pouvait raisonnablement se flatter de l'obtenir; l'iniquité du partage , l'espoir d'en consommer un nouveau , cimentait leur union. Dans ces fâcheuses circonstances , cette voie de salut, si inespérée , vint^nfin s'offrir ; une mésintelligence imprévue s'étant élevée entre Catherine et le roi de Prusse , ce monar-

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que change aussitôt de conduite à Fégard des Polonais ; il leur offre sa protection pour recouvrer leur indépendance , et les engage à faire à leur constitution les changemens nécessaires. La diète , assemblée alors , accueillit avidement ces propositions malgré Poniatowski , qui, plié àPesclavage des Russes, apporta d'abord de l'opposition , mais fut bientôt contraint d'accéder au vœu général. La Russie perdit aussitôt l'influence qu'elle exerçait en Pologne ; on annula la constitution qu'elle avait dictée ; on s'occupa d'en rédiger une nouvelle , et , pour se mettre en mesure de braver son courroux , on décida que l'armée serait portée à cent mille hommes. Catherine , engagée dans une guerre avec la Turquie et la Suède , avait été obligée de retirer presque toutes ses troupes de la Pologne ; elle n'y avait laissé que celles nécessaires pour garder des magasins qu'elle avait en Ukraine. Contrainte de différer sa vengeance, elle fit cependant déclarer par son ambassadeur qu'elle considérait les changemens qui s'opéraient comme des infractions au dernier traité. Non-seulement on ne tint aucun compte de cette déclaration , mais on fit évacuer les magasins des Russes en Ukraine , et retirer les troupes qui les gardaient. Dans cet état de choses , la

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guerre avec la Russie semblait inévitable aussitôt que cette puissance se serait débarrassée de de ses ennemis ; la république devait donc ou l'attaquer sans délai , ou se préparer à soutenir seule tout le poids de cette guerre ; elle ne fit ni l'un ni l'autre.

Deux ans s'étaient écoulés , et la république n'avoit point encore de constitution ; le désordre régnait toujours dans les finances ; elle n'avait que peu augmenté l'armée ; enfin elle n'était nullement préparée à la guerre. A telle époque , elle conclut avec la Prusse un traité d'alliance , qui lui inspira une sécurité funeste . La diète continua à s'occuper de la discussion d'une nouvelle constitution ; mais ce travail ne marchant qu'avec une extrême lenteur, les membres les plus marquant de cette assemblée en proposèrent une qui fut adoptée le 3 mai 1 791 , et accueillie desPolonais avec enthousiasme : quel que fûtson mérite, elle était, dans la circonstance, un véritable bienfait , puisqu'elle mettait un terme à l'arbitraire et aux décisions provisoires.

La Russie ne pouvait voir dans ce changement de constitution qu'une nouvelle injure ; aussi cette puissance , qui avait fait la paix avec la Suède , l'ayant également conclue avec les Turcs, déclara la guerre à la Pologne le 18 mai

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1792, et Tattaqua avec cent mille hommes de vieilles troupes ; elle était secondée par la confédération de Targowitz , formée sous ses auspices ^ et dont le but était de renverser la nouvelle constitution pour rétablir l'ancienne. Un danger aussi pressant avait enfin ouvert les yeux à la république ; depuis trois mois elle se préparait sérieusement à la guerre ; elle reçut avec dignité la déclaration de la Russie , et fit tous les préparatifs de défense que ses moyens et les circonstances lui permettaient de faire : si elle eût pris de semblables mesures un an plus tôt , tout porte à croire qu'elle aurait résisté avec succès ; mais il était trop tard.

La Prusse refusa les subsides convenus par le traité d'alliance ; les autres puissances étaient hors d'état de secourir la Pologne , ou n'en avaient pas la volonté : réduite à lutter seule contre la Russie , elle opposait à cette puissance quarante - cinq mille hommes de troupes peu exercées , nullement aguerries , mais animées d'une haine violente contre les Russes. Quoique mal commandées, elles montrèrent beaucoup de valeur ; contraintes de céder au nombre , elles se retiraient sur Varsovie , et avaient déjà abandonné l'Ukraine et le grand-duché de Lithuanie , lorsque Poniatowski , convaincu que

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la république ne pourrait résister, accéda à la confédération de Targowitz. Catherine le traita avec beaucoup de dureté ; la confédération lui ôta le commandement de l'armée , et le suspendit de ses prérogatives : la honte , le mépris , il supportait tout, pourvu qu'il fût roi! On conclut une suspension d'armes ; l'armée fut réduite et dispersée dans des cantonnemens ; Varsovie fut occupé par les troupes russes , et bientôt après ; Thom , Dantzig et la Grande-Pologne , le furent par les troupes prussiennes ; enfin ces deux puissances demandèrent à la diète , et la contraignirent à ratifier la cession de plusieurs provinces qu'elles occupaient déjà. Ainsi le roi de Prusse ne semblait avoir excité les Polonais à secouer le joug des Russes, que pour les tromper avec une perfidie sans, exemple ;. et les^ mêmes motifs semblaient avoir dirigé la conduite de Catherine envers les confédérés de Targowitz.

Rien ne s'opposait alors au partage définitif que le tems de s'entendre ; le séjour des troupes russes et prussiennes semblait rendre la résistance inutile.

Cependant les provinces que conservait la république étaient en butte aux rapines , au pillage, aux cruautés et aux excès de tous genres. Un

sentiment général d'indignation , et un désir ardent de vengeance s'empara de tous les cœurs. Il se forma une association secrète , dans le but d'insurger la Pologne contre les Russes et les Prussiens ; Ton avait choisi le général Kociusko, alors exilé , pour la diriger ; mais elle n'était point encore en mesure de tenter l'exécution de ses projets lorsque Catherine voulut faire diminuer , par des réformes , ce qui restait de troupes polonaises. Maladinski , colonel d'un régi* ment, sentant la nécessité d'agir sans délai, leva l'étendart del'indépendance. Kociusko , instruit de cette entreprise , pénètre en Pologne et se dirige sur Cracovie , où l'insurrection devance son arrivée : Varsovie , Wilna et presque toute la Pologne imitent cet exemple ; l'excès du malheur avait enfin réuni les Polonais. On sait quels Airent leurs efforts sous la conduite de Kociusko ; ils succombèrent , ils devaient s'y attendre ; mais ils eurent la consolation, d'illustrer les derniers momens de leur malheureuse patrie , et de forcer leurs ennemis mêmes à couvenir qu'ils étaient dignes d'un- meilleur sort. La prise de' Praga, faubourg de Varsovie (2 novembre 1794), termina l'existence de la république; l'Autriche V la Prusse et la Russie se partagèrent ses provinces.

1 8 NOTE PRÉUMINAIRB, :

Aiasî dii^arat un^ nation. piû^fiantQ et célèbre,; mai^ U lui restait des sou^onifs^ ert n^a-^ d^ptaiit point le$ mœurs de^ ses uc^y eaiix loai-^ tjc^s^ elle contipua à: former un.j^epple.

9ieauqoup.de Polonais furent .QWiges de s'eijfpati^ier ; laF^lice les accueillit et plaça, les. mi-, lits^ires dans les régimjens polqn^is. qu?elle re* crutait ayec les prisonniers et l^s^déserteurfir de cette nation qmç laguerre avec l'A*iti:iche fournissait eja gra^ nombre.. CJe^.troyjpes servirent; dans l'armée fr^«iiçaïse avec une grande distinction ; Napoléon çij envoya le plus grand-nombre à Saint- Doxningue , où elles* firent d^énprmes; pertes ; en^ii Imr^ feiWes débris pénétrèrent cA Pologne . avec l'airoée f r^oç^isis en iSo6 , et servirent de noyau à i'^rmée polonaise que Pon cpQipjiença dè.s lors h* orgjtniser. Le tems sem^ blftife n's^voiri qi^Ç; pqu a^^bjii la, haine des Polonais contaff^ Iç^^B^tlissieni^ii aussi secouèrent-ils leujf;joug a^ssîtotr qufl IfiSt, Français parurent.

I*'ip4^?^ft?^-'^^'^^**^ pai; le traité de Tilsit.^'ijy^e^j^a^e dia.J^t P^Jlçgnje,^. sous le titre de

g^'^ijj4""r^**P^:^^!1^'*T^^*®i»i^^^ fit espérer son ej^tjer.rét^i^rïflent.: Persuadés que cette opé-

ral4^U'ét^^tdau3;les in^^tsde Najioléon eten^

trait d^u^ s§s proîets»ûls; seQOfnd]Çi:eiit toutes ses^

entreprises avec un z^f^f^^z^une partie der

NOTE PRÉLIMINAmE. 19

leurs troupes le servit dans la guerre d^Ëspagne ; en 1809, ils opérèrent en sa faveur une diversion qui lui fut d^un grand secours ; ils croyaient combattre pour Findépendance des provinces polonaises que possédait rAutriche ; ils furent trompés , le traité de Vienne ne stipula rien en leur faveur. La guerre que Napoléon allait entreprendre vint ranimer leurs espérances ; dans leur présomption , ils ne croyaient pas les revers possibles ; à les entendre , les provinces polonaises que possédait la Russie allaient s^insurger à Tapproche de Napoléon : rien n'était cependant moins probable; car, si la haine entre les Polonais et les Allemands avait été perpétuée par la différence de mœurs , d'habitudes et de langage , des raisons contraires avaient singulièrement affaibli celle qui régnait entre eux et les Russes. Telle était la situation du peuple polonais à 1 jépoque de l'expédition de Russie.

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