‹ Histoire de l'expédition des Français à Saint-DomingueChapitre 1 sur 29 · DE LA RÉPUBLIQUE D'HAIÏTL · texte numérisé non relu

DE LA RÉPUBLIQUE D'HAIÏTL

Je ne saurais rien faire de plus honorable, que de vous dédier un ouvrage qui rappelle l’époque la plus mémorable de vos annales , celle de l'indépendance de votre patrie. À peine les évènemens de cette époque sont-ils assez loin de nous pour être Jugés ; les passions des partis se

transmettent, comme un héritage qu'il

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faut un long temps pour détruire; mais l'histoire est un tribunal au pied duquel doivent expirer leurs murmures. C'est avec l'impartialité d'une âme indépenrdante que jemesuis livré aux seules inspirations de l'équité ; et dans un siècle s1 peu ménager des loisirs du publie, je me suis appliqué à ne donner aux faits dont l’évidence est devenue certaine, que la place qu'ils doivent occuper dans la postérité.

Aucune histoire n'offre peut-être un plus puissant attrait, que celle de Saint- Domingue; il est sans exemple dans les temps écoulés que des hommes arrachés de leurs déserts, et misérablement attachés au sol d’une autre partie du monde, aient eu assez de courage pour briser leurs fers, et assez de bonheur pour

former un état nouveau qui . dans peu

de ones dont à ciné

vi] d'années et malgré de terribles revers, s’élevant comme par enchantement au rang des nations civilisées, s’est donné un gor:vernement sage et libre, et des magistrats éclairés et vertueux.

. Simples enfans de la nature, l'Europe croyait les Africains déshérités de l'esprit par le Créateur, lorsque du sein d’une affreuse servitude, sont sortis de grands capitaines, des hommes de génie, des écrivains et des orateurs éloquens (1). Quoi!

s’est-elle écriée, des sauvages naguëre esclaves, sans écoles, sans académies, répandent dans leurs livres, avec une cha-

leur inconnue, les maximes douces et

(1) De la Littérature d'Haïti, par A. Métral; Revue encyclopédique, 1819, t.1°*, p. 524; t. 3, p. 192. Recueils périodiques d'Angleterre , d'Allemagne et d'Itahe, de

la même annee,

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pures de la morale, et les sentimens altiers de la liberté? Est-ce parmi les bêtes ftroces , dans leurs sables brülans ou bien dans les fers, qu'ils ont pris les lecons d’une éloquence si sublime ? Avec des cœurs neuis, vous avez eu pour maîtres le malheur, la nature et la liberté, et non pas de serviles rhéteurs qui n'apprennent qu'à donner de l'harmonie à d’oisives paroles.

Comme en peu de temps tout a changé sur l’île dont vous êtes les ambassadeurs!

Où sont ces habitations somptueuses ; ces maîtres dont la tyrannie était infatiga-

ble; cette multitude d'esclaves, infortunés

Jouets de leurs caprices ? Tout ce fracas de

l’avarice et de l’orgueil, tout ce bruit des fers et de la douleur près de l'opulence et

des plaisirs , a disparu de Saint-Domingue.

Les regards ne s'arrêtent plus que sur des hommes dont l’ancienne rudesse achevant de se polir, est exempte d'artifices, et qui s'accoutument au joug des lois, après la licence d’une vie guerrière et vagabonde.

Des mains libres font croître les moissons, élevent des édifices, et s’essaient dans la carrière des arts. Partout les âmes ne respirent que l'amour de la patrie; on ne vit plus que pour elle, et avec cet amour on fait des prodiges. | Ce fut sans doute un grand et terrible spectacle, que des esclaves endormis dans le profond sommeil de la servitude , se réveillant à la voix de la liberté! La force les avait asservis , la force les rendit libres.

Après neufannées de combats, la paix grâce au génie de Toussaint-Louverture, com-

mençait à s'établir, lorsqu'une flotte for-

midable vint leur apporter de nouveaux fers. Ces nouveaux citoyens, après de si grands efforts, ne craignent point d'en faire de plus grands encore; leur désespoir environne de flammes et de carnage la liberté pour la sauver, et lessupplices lui donnent de nombreux martyrs: mais une redoutable armée vaincue par le climat, vaincue par leur constance, expire sur leurs rivages désolés. Votre patrie n'était guère plus qu’un désert, mais un désert que la liberté devait féconder; et régénéré par un baptême de sang , Saint-Domingue recut le nom d'Haïti.

La France conservait encore quelque espoir de vous faire rentrer sous sa domination; mais vos vertus guerrières , Votre ciel brûlant, la mort de tant de Français ,

les barrières de l'Océan. l'amour d’une im-

‘| dépendance qui jetait chaque jour de plus profondes racines dans les cœurs, étaient autant d'obstacles qui auraient déconcerté ses desseins. Assez de larmes et de sang avaient coulé; la raison et l'équité l'ont enfin emporté sur la politique; et dès qu'on a respecté l’indépendance d'Haïti, Haïti n'a pas hésité de donner l'or qu'on lui demandait pour soulager l'infortune.

Je ne connais pas, messieurs, d’ambassade dont le caractère soit plus auguste que la vôtre; vous êtes chargés d’'accomplir la réconciliation de votre patrie avec la France, et de cimenter des liens d’amour et d'affection entre une mère puissante, et un enfant que la force et le temps ont mis hors de sa tutelle. Plus

| leurs dissensions ont été affreuses, plus

il est glorieux d'y mettre un terme.

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