OL. cxix, 3j succès de prépélaos
qui fut extraordinairement favorable à Tagresseur, c'est qu*on n'était nullement préparé à une attaque aussi soudaine ; l'investissement de la ville détermina bientôt les assiégés à se rendre. Prépélaos renvoya les cent Rhodiens dans leur patrie ; il laissa aux Éphésiens ce qu'ils possédaient ; seulement, il donna ordre d'incendier les vaisseaux qui se trouvaient dans le port, ne voulant pas les laisser tomber, en un moment où l'issue de la guerre était si incertaine, entre les mains d'un ennemi dont la supériorité sur mer était déjà trop grande. Maître des deux positions principales de l'Éolide et de l'Ionie, Prépélaos se hâta d'aller soumettre les régions intermédiaires. La plupart des places semblent s'être rendues sans résistance : pour Téos et Colophon, les auteurs le disent expressément ; lorsqu'il marcha contre Érythrae et Clazomène, il trouva que ces villes avaient reçu par mer des secours si considérables, qu'il dut se contenter de dévaster leurs banlieues. Il se dirigea ensuite vers l'intérieur du pays, contre la satrapie de Lydie ; là commandait le stratège Phœnix, le même qui avait été impliqué en 309, en sa qualité de gouverneur du pays d'Hellespont, dans la révolte du stratège Ptolémée : Antigone avait eu la ti'op grande bonté de lui pardonner; il passa sans résistance du côté de Prépélaos* et livra Sardes, la capitale de la Lydie ; seule la citadelle, solidement fortifiée par Alexandre et commandée par le fidèle Philippe, refusa de se rendre ; elle fut le seul point de la Lydie qui restât au roi Antigone.
Tels sont les événements qui se passèrent en Asie-Mineure pendant l'été 302. Antigone était dans sa nouvelle capitale d'Antigonia sur l'Oronte, occupé de grandes solennités qui avaient réuni une quantité innombrable d'artistes dramatiques et de musiciens et une affluence de curieux venus de tous côtés, lorsque la nouvelle lui arriva que Lysimaque avait franchi l'IIellespont avec une armée considérable, composée de ses soldats et de ceux de Cassandre, et que Ptolémée et
ment-ci, où évidemment Prépélaos était tout-puissant à Éphèse, que de Texpédition de 314.
*) Diodore (XX, 107) nomme ici pour la seconde fois Docimos, C'est certainement une faute. Il est bon de jremarquer que Tun et l'autre ont, à une époque antérieure, porté les armes contre Antigone.
496 SITUATION d'antigone [ni, 5
Séleucos s'étaient coalisés avec eux. Il parattque cette attaque fut une surprise pour lui : il avait ci*u certainement que la grande flotte de Démélrios en Occident et son attaque contre la Macédoine occuperait suffisamment ses adversaires en Eu* rope; ce à quoi il avait pu le moins s'attendre, c'est que le souverain de la Thrace, jusqu'alors si réservé, put avoir la téméraire et folle pensée de l'attaquer dans ses propres États. La puissance de ses adversaires avait-elle doncfait de si grands progrès? Sa puissance à lui, jusqu'alors redoutée de tous, étaitelle tombée si bas? La gloire de ses armes et la terreur de son nom n'étaient donc plus rien ? Et l'espérance de rétablir l'empire d'Alexandre et de voir au pied de son trône les usurpateurs du nom royal Tavait-elle donc déçu au point que déjà l'Asîe-Mineure était perdue, que déjà la Phrygic, si dévouée depuis trente ans, avait pu devenir une proie facile pour l'ennemi ? D avait repoussé les propositions de paix de Cassandrc et exigé sa soumission ; il n'avait pas reconnu la royauté de Lysimaque, de Séleucos, de Ptolémée, quoique de nouvelles négociations eussent été nouées*. Il tenait énergiquement à l'idée de faire valoir l'unité du royaume à son bénéfice ; il aurait pu, avec un peu de condescendance, s'assurer la paix et la possession incontestée de la plus grande part de puissance et la transmettre en héritage à son fils, mais il aurait dû accepter l'humiliation de la retraite d'Egypte et de l'échec de l'attaque contre Rhodes : il sentit se réveiller sa vieille colère ; l'énergie de ses jeunes années sembla renaître en lui. Il fallait maintenant vaincre vile et complètement; Lysimaque devait sentir le premier le poids écrasant de la puissance royale qu'il avait osé attaquer; il fallait agir avec rapidité et une extrême énergie, afin que l'Asie-Mineure fût délivrée et l'ennemi anéanti avant que Séleucos n'eût le temps d'arriver avec son armée et Ptolémée de sortir de son royaume. Antigène, à la tête de
*) Ceci paraît résulter d'un passage de Plutarque (Demctr., 28) : « Antigone, s'il avait su faire quelques petites concessions de détail et réfréner son ambition démesurée, aurait sauvé le tout et laissé la piimauté à 6on fils. Mais, arrogant et présomptueux par nature, brutal en paroles non moins qu'en actions, il aigrit et excita contre lui une foule d'hommes jeunes pï puissants ».