RETRAITE DE LYSIMAQUE [III
faire à Antigone qu'à assiéger pour tout de bon le camp fortifié. On amena des machines, on éleva des retranchements, des jetées de terre ; l'ennemi, qui essaya de disperser les travailleurs avec des pierres et des flèches, fut sérieusement repoussé ; partout l'avantage était à Antigone ; déjà ses ouvrages atteignaient les fossés de Tennemi ; déjà la disette commençait à se faire sentir dans son camp : Lysimaque ne crut pas qu'il fût prudent de garder plus longtemps cette position dangereuse, parce qu'il n'apprenait toujours rien de l'approche de Séleucos. Par une nuit d'automne, au milieu de la pluie et delà tempête, il fit partir son armée dans le plus grand silence, et la conduisit à travers les montagnes dans la direction du nord, vers la Bithynie, dans la riche plaine Salonique ^ pour y prendre ses quartiers d'hiver. Antigone, dès qu'il s'aperçut que Tennemi avait abandonné son camp sur le Tymbris, était parti lui-même et avait traversé rapidement la plaine pour attaquer l'ennemi dans sa marche ; mais la pluie persistante avait tellement détrempé les couches épaisses du sol, que les hommes et les bêtes s'embourbaient : le roi se vit obligé d'arrêter sa marche. Lysimaque lui échappait pour la troisième fois ; l'automne était trop avancé poup qu'il pût s'engager dans de nouveaux mouvements, d'autant plus qu'en poursuivant Lysimaque plus loin, il aurait donné à l'armée macédonienne en Lydie la facilité d'opérer contre l'intérieur de l'Asie-Mineure : il faut ajouter à cela que Séleucos, parti du Tigre, s'approchait déjà, et que Ptolémée était déjà devant Sidon et l'assiégeait. Antigone dut prendre une position qui rendit irapossible la jonction de Prépélaos, de Séleucos et de Lysimaque. Pour pouvoir opposer des forces suffisantes à celles des adversaires qui, s'ils parvenaient à se réunir, lui seraient bien supérieurs, il avait déjà envoyé l'ordre à Démétrios de venir en Asie avec toute son armée : de tous les côtés, lui écrivait-il, les ennemis viennent s'abattre comme les moineaux sur un champ de blé ; il est temps qu'on les disperse sérieusement à
*) Diodore (XX, i09, écrit : ev tw xaXoviilvo» £otX(Ab>vtot; iztàitù, ce que Wessblino a déjà corrigé avec raison en SaXcDveéaç. D*après Strabon (XII, p. 565), c'était la partie du plateau intérieur de la Bithynie qui domine au sud la ville de Teion et qui se distingue par ses magnifiques pâturages.