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CHAPITRE PREMIER

Les piépaialifs pour la guerre. — Le système monétaire. — Les alliances du royaume. — L'armée. — Passage en Asie. — Bataille du Granique. — Occupation de la côte occidentale dAsie-Mineure. — Prise d'Halicarnasse. — Marche à travers la Lycie, la Pamplrvlie, la Pisidie. — Organisation des nouveaux territoires.

Au premier coup d'œil, l'expéditiDn d'Alexandre paraît tout à fait disproportionnée avec les moyens dont il disposait pour l'accomplir. Chasser l'ennemi n'était que la moitié la plus facile de son entreprise ; il devait penser à la manière de rendre durable le succès de ses armes.

Sous le rapport de l'étendue, le territoire dont les forces étaient à sa disposition égalait à peine la trentième partie du royaume des Perses. La disproportion n'était pas moindre entre la population des deux pays, ainsi qu'entre les effectifs militaires sur terre et sur mer. Encore faut-il ajouter que le trésor macédonien, à la mort de Philippe, était épuisé et chargé d'une dette de bOO talents, tandis qu'à Suse, à Persépolis, à Ecbatane et dans d'autres grandes villes, les caisses où le Grand-Roi entassait ses trésors regorgeaient de métaux précieux. Quand déplus on considère qu'après ses préparatifs, qui lui avaient coûté 800 talents, Alexandre n'en avait plus que 60 pour commencer la guerre contre l'Asie \ son entreprise paraît follement téméraire et presque chimérique.

Le caractère des documents qui sont arrivés jusqu à nous

^) C'est ce que dit Alexandre dans Arrien (VIL 9, 6). Si ce discours n'est pas authentique, il doit contenir cependant des données de bon aloi. Plularque (A/ej?., 15; donne d'autres renseignements empruntés à Aristobule, Onésicrite et Douris.

in2 PLAN iMu':coN(;u 1)'ali:xandiu: [II, 1

lie poniicl p.is (ratlpiidrc d'eux nno réponso ji la foule des (jU(vs(ioiis (jui so piTssenl ici. Lejudicieux Arrini lui-mèuie ne nous présente que rextéricur et prescjue uni(juenicnt le côté niililaire des événements, en y jojfinant h rocrasîon une appréciation morale de son héros ; cpiant à ceux qui aidèrent Alexandre dans ses opérations militaires par le conseil et l'action, c'est à peine s'il fait autre chose que do citer leurs noms; sur l'administration, les finances^ l'organisation politique, sur la chancellerie, le cabinet du roi^ sur les hommes qui furent les instruments d'Alexandre dans l'exercice de ces fonctions, il ne nous donne aucun renseignement; il néglige^, pour son propre compte et pour celui du lecteur, d'expliquer comment les faits et les succès qu'il enregistre furent possibles, comment ils se réalisèrent, par quels moyens, jusqu'à quel point ils entraient dans des plans dressés d'avance, quel était leur but, quel point de vue pratique en a déterminé le cours, par quelle force de volonté, de propos délibéré, de génie militaire et politique on parvint à les exécuter.

Parmi cette multitude de questions que nous venons d'indiquer^ contentons-nous de relever d'abord celles qui, au point où nous en sommes, au début de la plus prodigieuse suite de victoires, sont les plus essentielles.

Il n'a pas manqué d'hommes qui ont cru apprécier équitablement le caractère et le génie d'Alexandre en le représentant comme un fantaisiste qui, avec son peuple guerrier non moins enthousiaste que lui, était parti en Asie pour battre les Perses^ de quelque façon et en quelque lieu qu'il dût les rencontrer, comptant sur le hasard pour le pousser plus loin le lendemain. D'autres ont pensé qu'il n'avait fait qu'exécuter la pensée dont son père avait été préoccupé, que les philosophes^ les orateurs, les patriotes avaient eue toujours tant à cœur et qui, en réalité, avait été engendrée et nourrie par la civilisation hellénique elle-même.

La pensée, avant de devenir un fait, n'est qu'un rêve, un fantôme, un jeu de Timagination excitée; c'est celui qui la réalise qui lui donne une forme, de la chair et des os, l'impulsion d'un mouvement propre, qui fixe la place et le moment de son action; ce sont les conditions même qu'elle rencontre, les

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réactions qu'elle provoque dans Tespace et dans le temps qui lui imposent à chaque instant des bornes nouvelles, et en la limitant donnent un relief de plus en plus accusé à son caractère propre, à sa force comme à ses faiblesses.

Alexandre est-il parti comme un aventurier, comme un rêveur, avec l'idée sommaire de conquérir F Asie jusqu'aux mers inconnues qui formaient ses frontières, ou bien a-t-il su ce qu'il voulait et ce qu'il pouvait vouloir? Avait-il tracé en conséquence ses plans militaires et politiques? Avait-il pris ses mesures?

Il ne s'agit pas d'examiner l'enchaînement de ses succès et ensuite de porter sur eux un jugement rétrospectif, ni de montrer comment la suite de ces succès se rapporte à un plan, puis de donner comme preuve l'évidence elle-même ; la question est de savoir s'il y a des preuves que son entreprise, avant d'être commencée, se soit présentée à son esprit telle qu'elle devait être.

Pour résoudre la question, peut-être doit-on avancer un fait dont, à la vérité, nos sources ne parlent point. En dehors de quelques inscriptions et de quelques œuvres d'art, nous n'avons d'autres monuments immédiats de ce temps que les monnaies, dont des milliers, en or, en argent, en cuivre, portent l'empreinte d'Alexandre, témoins muets que Fétude enfin a su faire parler. Comparées avec les monnaies d'or et d'argent des rois de Perse, des nombreux Etats de la Grèce, des rois de Macédoine avant Alexandre, elles nous révèlent une circonstance d'une nature très remarquable.

Nous avons dit plus haut que le roi Philippe avait introduit un ordre nouveau dans les monnaies de son pays ; ce nouveau système était, selon l'expression d'un savant célèbre, comme un acheminement éloigné à la conquête de la Perse \ Le monde hellénique étant habitué à la monnaie d'argent et

*) u C'était comme un acheminement éloigné à la conquête de la Perse, qu'il projetait déjà » (Th. Mommsex, Histoire de la monnaie romaine, traduite de l'allemand par le duc de Biacas et J. de Witte. Paris, 1865- 1875, I, p. 69). Dans l'empire perse, la valeur de l'or était à celle de l'argent comme 13, 33 est à 1, tandis que dans le commerce l'or baissait de plus eu plus.

l.'Ji Ri^:FonMF: mom^:tairi": d'Alexandre [11, 1

rtMn}mv perso à la monnîiie (Toi', lu réforme de IMiilippc avait consiste à frapper de l'or au jioids des dariqiies, et en même temps de l'argent au poids qui se rapportait le mieux à la valeur commerciale de l'or. Ainsi, il mit la monnaie d'or « non pas à la place, mais à côté de la monnaie d'argent qui jusquelà avait été seule en usage dans le monde grec, et il introduisit de cette façon dans son royaume le bimétallisme * ». Le rapport de valeur entre l'argent et l'or étant alors dans le commerce 1 : 12, 51, il donna en conséquence à ses pièces d'argent, dont 18 devaient équivaloir à une pièce d'or de S^"" 60, le poids de 7«'- 24. C'était à peu près l'étalon d'argent du système rhodien, alors très répandu.

Les monnaies d'or d'Alexandre sont du même poids et au même titre que les « philippes », mais les monnaies d'argent suivent un tout autre système ; ce sont des tétradrachmes de ITs^'^O, dont les pièces divisionnaires sont exactement conformes au système attique, le rapport de l'or à l'argent étant comme 1 : 12, 30. Cette réduction ne se fit pas seulement en vue de revenir du bimétallisme de Philippe à la monnaie d'argent unique des Hellènes, ce qui arriva en effet dans la suite, quand la « drachme d'Alexandre » devint l'unité de compte universelle ayant cours par tout l'empire ; mais — et c'est là le plus important pour la question débattue ici, — dans la quantité de drachmes d'Alexandre que nous avons, il n'y a pas une seule pièce qui soit frappée au poids adopté par Philippe ^

Il n'est pas admi ssible que cette réforme nouvelle ait été introduite sans de graves motifs. Lorsque Philippe avait inauguré le bimétallisme, il avait eu l'intention, vu la dépréciation de l'or dans les relations commerciales avec la Grèce, où l'argent avait seul cours, de fixer le prix des deux métaux précieux et de les tenir ainsi en balance. Mais si la valeur de l'or continuait à baisser, l'argent devait sortir de Macédoine,

*) Brandis, Bas Mùnz- Mass- und Geivichtswesen in Vorderasien, p. 250.

2) On ne trouve du moins ni tétradrachmes, ni didrachmes, ni drachmes de ce système. Sur trois demi-drachmes du Cabinet de Berlin que M. de Sallet a eu la bonté de peser pour moi, l'une a donné 2&''09, les deux autres ls'"93 et le^SS seulement : en revanche, une demi-obole pesait 0^''32.

334] RÉFORME MONÉTAIRE d'aLEXANDRE i.^0

comme jusqu'à présent il était sorli de Perse, en proportion de rexcès de la valeur de Targent comparée à la valeur de l'or contre lequel on réchangeail. Avec le nouveau système monétaire introduit par Alexandre, la guerre, pourrait-on dire, était déclarée à For de la Perse; l'or était réduit à Tétat de simple marchandise qui, au cas où les trésors du roi de Perse seraient conquis et les masses d'or improductives entassées dans ses trésors rendues au commerce, pouvait toujours se déprécier de plus en plus, sans que les prix évalués en argent dans le monde hellénique subissent de ce chef une altération proportionnelle. L'argent au poids attique fut pris dorénavant pour mesure de la valeur et le tétradrachme pour nom d'une unité monétaire dans laquelle presque tous les systèmes de monnaies helléniques pouvaient se retrouver comme autant de fractions dans un facteur commun. Et une demi-génération plus tard, la « drachme d'Alexandre » était la monnaie universelle.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de savoir si, en établissant le système monétaire macédonien, on chercha par surcroît un expédient financier pour subvenir aux besoins d'argent du moment \ si Alexandre et ses conseillers avaient calculé les

') On peut citer comme exemple le fait que Lycurgue, dans son rapport en reddition de comptes (inscription publiée dans l'E^r.ix. Ap-/., n° 3452 et par KùHLER dans VHermes, I, p. 3t8), dit avoir acheté plus d'un talent d'or au prix de 22 drachmes 5 1/2 oboles d'argent pour un statère d'or, c'est-àdire au cours de 1 : 11,47. Il gagnait par conséquent près de 210 drachmes sur 100 statères. Si Alexandre s'est fait compter en argent cet emprunt de 800 talents avant d'avoir introduit son nouveau système monétaire, sa réforme une fois accomplie, il avait, si je ne me trompe, gagné sur 800 talents 16,800 statères, et s'il s'était engagé à payer en or les intérêts ordinaires de 12 0/0, il économisait 2100 statères sur l'intérêt d'une année. La façon dont Arrien (VII, 23, 3) désigne les trois officiers macédoniens compris dans le bataillon de formation nouvelle (osxaoap-/-/;:, o'.^LO'.p'.xr,; et oî-xac-iraTopoç) donne à penser que la solde était comptée en statères, par conséquent en or ; et l'on sait qu'il était d'usage depuis longtemps de fixer le chiffre de la solde en dariques, statères de Cyzique, etc. Si donc Alexandre avait maintenant 30,000 hommes à un darique de solde par tête et par mois, la dépréciation de l'or lui faisait gagner un peu plus de 30,000 statères par an. On peut supposer que les contrats passés avec les fournisseurs, etc.. se trouvaient dans les mêmes conditions. En tout cas, on voit qu'il est possible que la réforme monétaire ait été une mesure financière.

156 U'- DOMAINK d'alexan'drk |II, 1

ivsiilliits (lo roprralioii, s'ils avîiicnl prévu la (léprccialion do J'or lorsquo les li'ésors clos Perses seraient jelés dans la circulation; c'est assez qif une mesure d'une aussi haute portée nous fasse remarquer jusqu'à quel point le grand plan avait été médité avant qu'on procédât à son exécution.

Une seconde question préjudicielle est celle de savoir sur quelle base était fondée l'entreprise d'Alexandre, s'il n'avait pas peut-être l'intention d'abandonner sa base aussitôt après avoir franchi l'IIellespont et, comme on dit, de brûler ses vaisseaux derrière lui.

Nous laissons à la suite de notre récit le soin de justifier la discrétion qui nous engage à ne point résoudre ici cette alternative. Au moins dans le principe, tout, pour Alexandre, dépendait de la sécurité de sa base ; c'était seulement à la condition que cette sécurité serait assurée au point de vue militaire et politique qu'il pouvait tenter le premier coup décisif, et qu'il pouvait espérer en développer les conséquences.

L'empire d'Alexandre s'étendait depuis Byzance jusqu'à l'Eurotas et, du côté du continent, depuis FHaemos et le Pinde jusqu'aux abords du Danube et de l'Adriatique. Ce territoire comprenait deux des quatre côtés de la mer Egée, dont il renfermait comme dans un angle droit les bords septentrional et occidental, tandis que les parties orientales appartenaient au royaume des Perses, mais formaient la côte de r Asie-Mineure qui était occupée par des villes grecques. La Crète, qui s'étend au sud de cette mer, du côté ouvert, était grecque, mais formait un tout indépendant, comme la Grande-Grèce et la Sicile ou les villes grecques au nord et au sud du Pont.

Alexandre était complètement sur du territoire situé au sommet de cet angle droit et qui formait en même temps la clef de voûte et la pierre angulaire de son royaume. Là, dans les contrées macédoniennes, y compris Tymphœa et Parausea à l'ouest et le pays du Strymon à l'est, il était roi de naissance; la noblesse, les paysans, les villes, même celles de fondation grecque, comme Amphipolis, lui étaient aveuglément soumis.

Autour de ce noyau de sa puissance, à droite, à gauche et en arrière, s'étendaient les autres territoires, soumis aux for-

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mes politiques les plus variées, depuis la dépendance complète jusqu'à la simple fédération.

La Thrace, cette partie de son domaine qui, depuis Tentrée de l'Hellespont jusqu'à la sortie du Bosphore, fait face, et de très près, à la côte de T Asie-Mineure, était d'une importance particulière. Le royaume de Thrace, qui jadis comprenait le bassin de FHèbre jusque dans les montagnes, avait été détruit par Philippe, et, bien qu'il en restât encore, parait-il, des vestiges dans la principauté des Odryses, il dépendait cependant de la Macédoine, au point d'être soumis à l'obligation du service militaire. La Thrace était devenue une « province » de l'Etat macédonien, s'il est permis de se servir de cette dénomination usitée plus tard dans l'empire romain. Pour la tenir, on avait bâti et colonisé^ sur les points dominants de son territoire, les nouvelles villes de PhiHppopolis, de Calybe, de Bérœa,d'Alexandropolis. Ce n'étaient pas des colonies libres à Fancienne mode hellénique, mais bien des stations militaires, quoi qu'elles eussent un corps de citoyens et une autonomie communale; pour les peupler, on racola des habitants au près et au loin, quelquefois même on employa la contrainte \ Le territoire thrace était placé sous les ordres d'un stratège macédonien^ nous le savons positivement, au moins depuis 335. Nous ne pouvons déterminer ici jusqu'où s'étendait, au delà des délilés de l'Hœmos, le territoire dépendant de ce stratège ; ni si un second stratège administrait les « environs du Pont » , ainsi que le fait conjecturer un renseignement peu sur, datant de l'an 331 ou 326 ; ni si, après la campagne de 335, les peuplades cantonnées entre l'Haiimos et le Danube furent seulement contraintes à devenir des voisines paisibles ou bien peut-être à payer tribut. Les villes grecques qui s'étendent sur la côte thrace du Pont, depuis Apollonia et Mesembria jusqu'à Callatisetlstros, étaient déjà liées d'amitié avec Philippe; toutefois elles ne paraissent pas être entrées en relations plusétroitesavecla Macédoine, même après l'expé-

*) Tel était le cas des 10,000 Illyriens de Sarnonte (PoLv.tx., IV, 2, 12; : c'est ainsi que fut peuplée Calybe, 4»'.),i7::îO'j To-j; 7:ovr;poTâ-o-j; èvTaOOa :op-j<7avTo; (Strab., vu, p. 320) : de là probablement le nom de ïlovr^pouo)/.:, etc..

l')8 ?.i; DOMAiNK d'alkxandrk |II, 1

(liliuu (Je .'{.'{.') '. nyzaiici' civail l»icri eiivoyc'' dos vjiissc.'uix pour ccltt»oxpcMlilioii,nKiisr(»rlain(Miionlco n'éltiit qu'à lilrc (ralliée; car Hyzanro, au hiiijis d'Alcxantlrc (4 des J)iadoqiies, n'a frappé au( nue monnaie' alcxandrino ; elle élail donc restée un Etat indépendant, comme les cités grecques de la ligue corinthienne. Quant à savoir si elle était entrée dans cette ligue ou si elle n'avait pas plutôt traité pour son propre compte avec la Macédoine, c'est là une question que nous ne résoudrons pas ici.

Une chose très digne de remarque, c'est que presque toutes les villes grecques des côtes méridionales de Thrace frappent des monnaies d'Alexandre tout comme Pclla, Amphipolis, Scione, et autres villes macédoniennes; elles sont donc soumises au même système monétaire, et, bien qu'elles aient une autonomie communale, elles ne sont pas des « Etats particuliers ^ ». Parmi ces villes de Thrace qu'on peut appeler royales, nous citerons Abdère, Maronée, sur la route qui conduit à THellespont; Cardia, à l'entrée delà Chersonèse; Grithote, à l'entrée septentrionale de Ulellespont, en face de Lampsaque; Sestos et Cœlé, à l'endroit où se fait la traversée d'Abydos ; Périnthe et Sélymbria sur la Propontide ^.

Au nord de la Macédoine se trouve la principauté des Péoniens, etplusloin celle des Agrianes, placées sous la suzeraineté

*) On a des monnaies d'Alexandre provenant d'Odessos, de IMesembria, de Callatis, d'Apollonia, de Dionysopolis : mais elles appartiennent dans la classification de Muller à la IV®, V% VIP classe et n'ont été frappées probablement qu'au temps ou après le temps de Lysimaque.

-) La personnalité politique est définie par le traité conclu entre Sparte et ArgOS : Tat èï aXXai 7:6).'.s; Ta\ sv IleAOTiovvâo-o)... aùxcivouLO'. "/.a\ a'jTOTrÔA'.ô; Ttbv a-jT&v sxovTEç, etc. (Thucyd., V, 79). Pour Philippes, il est certain qu'à côté des monnaies royales en or, on y a frappé aussi des monnaies de la ville même {Droit. Tête d'Héraclès avec la peau de lion. Mevers : le trépied avec ^lAIIlIlQN). Y a-t-il eu à la même époque des monnaies autonomes d'Amphipolis? C'est une question qui ne semble pas avoir été étudiée encore.

^) Toutes ces villes de la côte sud de Thrace, à l'exception de Périnthe et de Sélymbria, ont déjà frappé des monnaies de Philippe. On rencontre déjà dans la P et la IIP classe des monnaies d'Alexandre provenant de ces deux dernières villes. Il en résulte qu'après la mort de Philippe et par îe fait d'Alexandre, elles ont accepté vis-à-vis de la Macédoine une situation qui n'était identique ni à celle de Byzance ni à celle de la Ligue corinthienne.

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de la Macédoine, avec le droit ou le devoir de servir dans l'armée du roi. Nous avons des monnaies, au moins des princes péoniens, qui datent des temps immédiatement postérieurs à Alexandre; mais elles ne sont ni au titre macédonien, ni à Teffigie d'Alexandre ^

Au nord des Péoniens et des Agrianes et jusqu'à la mer Adriatique, les peuplades des Triballes, des Autariates, des Dardaniens, des Taulantins, des Illyriens de Clitos, furent contraintes par la campagne de 335 à se tenir en repos et à signer des traités par lesquels elles reconnaissaient leur dépendance à l'égard de la Macédoine. Nous n'examinerons pas la question de savoir si on les soumit à un tribut.

Ce qui offre un caractère tout particulier, c'est la situation du royaume d'Épire vis-à-vis de la Macédoine. Depuis que le roi Philippe avait arraché cette contrée à Arybbas et l'avait donnée au neveu de ce dernier, Alexandre frère d'Olympias, depuis qu'il en avait reculé les frontières jusqu'au golfe d'Ambracie, elle était pour la Macédoine comme un appui naturel. Le mariage du jeune roi avec la fille de Philippe, peut-être une sorte de possession en commun avec la reine Olympias, paraissait devoir l'attacher encore plus étroitement aux intérêts macédoniens. Combien n'est-il pas singulier que, malgré tout cela, les Epirotes n'aient pas combattu pour la Macédoine dans la campagne de 335 ^, et n'aient pas non plus pris part à la grande expédition d'Asie I Bien plus, un an après, nous voyons le roi des Epirotes entreprendre son expédition contre l'Italie, avec quinze vaisseaux de guerre et de nombreux navires pour le transport des troupes et des chevaux ^ » , et on ne peut même pas dire s'il l'entreprit de concert avec les Ma-

'} Les pièces d'argent de Patraos et d'Audoléon (12 s"^ 6) ne concordent ni avec les didraciimes de Philippe (i4sr47) ni avec les tétradrachmes d'Alexandre (17 5^2) : les monnaies dont elles se rapprochent le plus sont les anciens didrachmes de Thasos (12s^55 à 126^10).

2) Frontin (II, 5, 10) parle d'une expédition du roi Molosse contre les Illyriens, et ailleurs (III, 4, 5) d'une autre contre Leucade. Si la première avait été entreprise en 355, les deux rois illyriens n'auraient pas attendu l'attaque des Macédoniens : on a encore moins de raisons de placer en cette année l'expédition contre Leucade.

^) Arisïoï., Aixacw{jLaTa, fr. 571.

1()0 m: domaim-: i/alkxandric |II, 1

cc'doniens '. Si Ton pouvait (lémonlicj- rjuil }■ oui t'uLciik', ce serait une donnée importante de plus pour nous faire comj)rendrc les pensées politiques de cette époque. Mais peut-être doil-on se souvenir que la constitution des Molosses n'était pas à beaucoup près aussi monarchi(|ue que la constitution de la Macédoine, et qu'elle était surtout basée sur les serments que le roi faisait au peuple et que le peuple faisait au roi; ce qui veut dire probablement que le roi ne disposait en toute liberté que des revenus de ses biens royaux. Il est donc possible que le roi des Molosses n'ait pas entrepris cette expédition au nom de l'Epire, mais qu'il ait conduit en Italie une armée enrôlée à ses frais pour combattre au service de l'étranger, ainsi que le lit plus d'un roi de Sparte.

Nous avons dit plus haut quelle était la condition des États grecs par rapport à la Macédoine ; mais il est nécessaire de revenir sur cette question pour toucher quelques points qui ont une importance politique, bien qu'il ne soit plus possible de les élucider tous.

Ce n'estpas laliguede Corinthe qui ala première attaché les Thessaliens à Alexandre. Ce peuple, disséminé dans ses quatre régions à côté de la Macédoine, était réuni en une communauté par une même constitution. C'était le roi Philippe qui lui avait donné, ou qui avait renouvelé cette constitution, en vertu de laquelle les affaires militaires et financières du pays étaient pour ainsi dire remises à la libre disposition du roi de Macédoine ^ Il n'est plus possible de reconnaître si les tribus montagnardes de la Thessalie, qui de temps immémorial

1) Le seul renseignement permettant d'établir un rapport entre les deux entreprises, c'est que Tauriscos, qui fut cause que le trésorier macédonien s'enfuit à Mégare, alla rejoindre en Italie le Molosse Alexandre (Arrian., III, 6, 7). Ce que dit Justin : sinmlato mœrore propter Alexandri cognalionem excrcitiii suo tridtio luctinn indixit (XII, 3, 1) n'apprend rien de plus.

-) D'après Arrien (VII, 9, 10) Alexandre, haranguant les Macédoniens à Opis, leur dit : ©cacraXwv cï «pxovTaç... ["j[j.à?l ocTréçYjvsv. Dans la première classe des monnaies d'Alexandre, on en trouve déjà qui proviennent de Lamia, de Pharsale, de Tricca (dans L. Miller, n° 503. 527. 528). Parmi les monnaies de cette classe provenant de l'Hellade proprement dite, Chalcis et Histieea en Eubée sont seules représentées (ibid., n° 757. 758). Ambracie, qui avait frappé des monnaies à l'em'preinteet au nom de Philippe, n'a émis aucune monnaie d'Alexandre, attendu qu'elle était redevenue autonome en 336.

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constiluaieiiL les u cantons annexes », les Dolopes, /Enianes, Maliens et autres, étaient compris dans cette organisation, ou bien s'ils n'étaient attachés à la Macédoine que par le lien amphictyonique.

Les Étoliens ne semblent pas non plus avoir été compris dans la Ligue corinthienne : ils ont dû renouveler leurs anciens traités particuliers, en vertu desquels ils étaient devenus maîtres de Naupacte (338).

La ligue de Corinthe comprenait « THellade en deçà des Thermopyles * » ; Sparte seule n'y était pas entrée. Il ressort des articles de la constitution fédérale que nous avons cités plus haut, qu'elle ne devait pas seulement servir à la puissance directrice pour s'assurer de Thégémonie sur la Grèce et des contingents helléniques pour la guerre de Perse, mais qu'elle avait encore pour but de conserver la paix intérieure dans l'étendue du territoire fédéral, de maintenir les possessions telles qu'elles avaient été fixées en 338 ', et d'exclure dans la suite toute intluence politique de la Perse sur les Etats alliés. Nous manquons de plus amples renseignements sur l'organisation de la ligue : nous ne savons même pas si le Synédrion était en permanence à Corinthe, ou s'il ne se réunissait qu'à certaines époques ^, si la acédoiney était représentée et y votait, ou si

') oaot svTo? lI'JA^v [au lieu de n£).ouovvT,crou] f,aav (Arrian., I, 1, 2 d'après ringénieuse correction de Niebuhr). C'était à l'époque une expression pour ainsi dire technique, comme on le voit par un passage de Démosthène (oyôc't? o"JT£ Ttov eHw n^jXcov 'EaXtjVwv o'jtî tcov cîao), etc. Pro Coron., § 304). Déjà Thucydide (II, 101) distingue entre les peuples de la Thessalie v.at ot

2) L'auteur de la Yifa Aristoi. Marciana (dans l'édition académique d'Aristote, p. 157 b. 20) dit de l'écrit aristotélique Atxa'-co [jLaxa 'EXXr,v'ôcov TïÔAsœv : Il wv 'i»t)>',7î7io; xà; çtXovsty.îa; twv 'EXXr,vwv otsXuffev, toç tj,eYaXof.pr,!xov[r,aavTâ 7:]ot£ xa\ sî-JXcTv « wpiaa yr^v IléXoTto? ». On voit par le fragm. 571 que les Aixaitop-axa n'ont paru que plus tard ou avec des additions.

^) Diodore (XVII, 48) dit que les auveôpot xcbv 'EUr,vwv envoyèrent une couronne d'or à Alexandre après la bataille d'Issos ; d'après Quinte-Curce (IV, 5, 11), la motion aurait été votée à l'occasion des Jeux Isihmiques (ceux qui ont été célébrés vers la fin de 01. CXIV, 4, à peu près en juin 332). Un argument plus sérieux se tire d'un passage d'Eschine : r,[jLépwv \iev oXîywv |i£X>£', Ta Il'JOta YîvéffOa'. xa'i xb cjuviôptov to tcov 'EAXr,va)v (7uA).iQy£(78ai (iEsCHiN., In Ctesiph.i § 254). Ce avivéôpiov ne peut guère s'entendre du Conseil amphictyonique constitué en tribunal fédéral. On peut supposer que le sjpie- I 11

\{\'2 ii: hu.MAiNi: u'alexandue |II, I

ce pays ii'élaiL pas pliilol en dehors de la Ligue et si le lui n'était pas simi)leiTient un général revêtu de pleins pouvoirs pour faire la guerre à la Perse, ayant le commandement des contigenls alliés et la direction de la [lolitique extérieure des Etats alliés. Dans la ligue mai-itime du temps de Périclès, Athènes avait exercé sur ses alliés une domination réelle et en avait usé assez rigoureusement; elle était même allée jusqu'à évoquer leurs procès devant les tribunaux athéniens*. Dans la seconde ligue maritime athénienne, l'Etat athénien et la totalité do ses alliés autonomes se trouvaient juxtaposés de telle sorte que la diète fédérale, réunie en permanence à Athènes, traitait les affaires courantes avec le Conseil et le peuple athénien et que le démos d'Athènes statuait définitivement sur les propositions de la diète -. Si le roi Philippe, en fondant la ligue corinthienne, se contenta d'une forme infiniment plus lâche; si Alexandre, malgré les deux occasions qui se présentèrent, ne demanda pas ou n'imposa pas un règlement plus strict, c'est qu'il leur parut ou inutile ou impossible de tranformeren Union politique cette fédération, comme on dirait aujourd'hui, qui n'était fondée que sur le droit des gens.

drion (ol cruveopeueiv sltoSoTsç. DiODOR., XVIII, 4) se réunissait aussi lors des grandes fêtes panhelléniques. On n'a point de témoignage exprès affirmant qu'il siégeât régulièrement à Corinthe, bien qu'un passage d'Hypéride [Vro Euxenipp., § 32) ait l'air de dire que l'un ne va pas sans l'autre. Ces questions et bien d'autres relatives à la constitution de la Ligue ont encore besoin d'études plus approfondies.

*) Ce n'est point avec ce système, mais avec la domination romaine que Pausanias fait la comparaison quand il dit : ou-ue yàp Maxeôôvwv o\ idX'J^ravTs; [xéyKyTov, ^iXnzno^ 'Apjvcou xa\ 'A)iEavôpoç, xoùç y.a6£(7Tr,x6Ta; açtdiv *EX/r,va)v £ç Maxeôovt'av eêiâaavxo à7to(7Ta).r;vat, oiÔovat cï auToùç Iv 'A[xcptxTu6aiv eî'wv >.ÔY0V(VII, 10, 10).

^) Les formules 'AOr,vaîoi)v au(jL[xa"/ot xot icov (7U[j.{jLàxwv et autres analogues sont commentées par Busolt, Der ziveite attische Biind (in Jahrbb. fur Philol. Suppl. VII, p. 684 sqq.). Il a pu y avoir une combinaison de cette nature entre la Macédoine et la ligue de Corinthe : c'est ce que ferait croire un passage où Arrien (II, 2, 2) montre les Perses renversant à Ténédos ta: çTT^Xaç xàç Tipbç 'AXéEavôpov xa\ toÙç "EXV/jvaç Y£Vop,évaç (7çt<7t. De même les instructions rédigées après la bataille du Granique : 'AXI^avôpoç ^ùJ.ti^o'j xa\ ot "E)>XtjV£ç, etc. (Arrian.. I, 16, 7). La différence essentielle entre cetl3 Ligue et les précédentes, c'est, semble-t-il, que la diète de Corinthe est pourvue d'une série de compétences (pour la trêve obligatoire, etc.) auxquelles la Macédoine n'a point de part.

334] Lt DOMAINE d'alexandrk 163

C'est là un fait qu'il faut prendre en considération, pour apprécier avec justesse les conséquences qui en découlèrent. La manière dont la ligue fut fondée, puis brisée, puis de nouveau jurée, montre suffisamment que les serments prêtés ne suffisaient pas pour assurer à Alexandre le secours des Etats alliés contre le Grand-Roi et leur persévérance dans la politique commune. En tout cas, les factions qui déchiraient presque toutes les cités helléniques et les haines intestines fomentées entre les villes par le vieux particularisme servaient de correctif; et il serait injuste de faire un reproche à la politique macédonienne d'avoir appuyé ses partisans pour ne pas laisser tomber le pouvoir entre les mains de ceux qui, dans les circonstances actuelles, étaient les partisans de la Perse, tant qu'ils continueraient à travailler contre la ligue qu'on avait fondée. Afin d'assurer davantage la sécurité, il y avait des garnisons macédoniennes dans l'Acrocorinthe, à Chalcis en Eubée, dans la Cadmée; et pour leur donner un point d'appui et non pas simplement pour tenir en respect les tribus barbares de l'autre côté del'Haemos et enlUyrie, Alexandre, en partant, laissa en Macédoine des forces considérables, la grande moitié peut-être des troupes proprement macédoniennes, que renforcèrent encore les recrues annuelles et qui servirent de dépôt pour former les contingents destinés à combler les vides de l'armée d'Asie.

Restait encore un inconvénient très grave. Les forces navales de la Macédoine étaient loin d'égaler celles des Perses. Le Grand-Roi pouvait facilement, ainsi que l'événement le montra, lancer en mer 400 vaisseaux de guerre; sa flotte était celle des Phéniciens et Cypriotes, les meilleurs marins du monde ancien ; par les îles de la côte occidentale de l'Asie- Mineure — îles qui, malgré leur autonomie garantie par la paix d'Antalcidas, étaient, sous leurs tyrans ou leurs oligarques, complètement à la disposition du Grand-Roi — il était maître, lorsqu'il le voudrait, de la mer Egée. Si les Etats de la ligue corinthienne avaient uni leurs forces navales à celles des Macédoniens, il eut été facile de s'assurer de cette mer avant que les forces navales des Perses ne s'en fussent emparées, car Athènes avait à elle seule dans ses arsenaux plus

IGi LA .maium: d'allxa.ndui: [H, |

de X)0 vaisseaux de guerre ; mais la politique macédonienne, en fondant el en renouvelant la Ligue, n'avait pas jugé possible ou prudent de demander aux États de la Grèce un concours sérieux en tait de marine '. Si la Macédoine préféra donner dès le début à la lutte contre l'empire perse le caractère d'une guerre continentale, il est aisé de voir qu'elle y fut poussée par des raisons politiques et non par des motifs de Tordre militaire.

Alexandre, avec ses forces de terre, devait se tenir pour complètement sur du succès, ou, pour parler plus exactement — car nous abordons ici notre troisième question — il devait avoir si bien calculé la force de l'armée destinée à l'expédition d'Asie, son équipement, son organisation, la proportion des diverses armes, qu'il pouvait se regarder comme entièrement assuré du succès.

Le roi Philippe avait déjà porté les forces de la Macédoine à environ 30,000 fantassins et à peu près 4,000 cavaliers; c'est lui qui avait donné à l'armée son organisation spéciale, c'està-dire le régime hellénique développé, accommodé au tempérament macédonien et perfectionné en conséquence. Cette organisation avait naturellement pour but de donner aux différentes armes, infanterie et cavalerie, troupes légères et pesantes, levée territoriale et mercenaires, une instruction infiniment plus large et une action plus efficace que celle à laquelle l'art militaire grec était arrivé jusqu'alors.

D'après un dénombrement qui à la vérité paraît fort suspect, Alexandre, partant pour l'Asie, laissa 12,000 hommes de pied et l,oOO cavaliers en Macédoine, sous les ordres d'Antipater; on les remplaça par 1,300 cavaliers thessaliens, 600 cavaliers et 7,000 fantassins fournis parla Ligue hellénique, 5,000 mercenaires grecs, sans compter des Thraces à pied et des cavaliers

^) D'après Arrien (l, 11, 6 et I, 18, 4), la flotte d'Alexandre. lors du passage en Asie, est forte de 160 navires. Combien y en avait-il de macédo- Biens dans le nombre, c'est ce qu'on ne sait pas : on peut croire que Byzance envoya des vaisseaux dans THeliespont en 334, comme elle en avait envoyé sur le Danube l'année précédente, et d'autres villes grecques de la côte de Thrace ont dû en faire autant. Suivant Diodore (XVII, 22), il y avait dans cette flotte 20 vaisseaux athéniens.

334] L ARMÉE d'alexandre 165

odryses et péoniens *. L'effectif total de l'armée qui marcha vers l'Hellespont s'élevait, d'après les documents les plus sûrs, à « pas beaucoup plus de 30,000 hommes de pied et plus de 5,000 cavaliers - ».

La totalité de l'infanterie et de la cavalerie était divisée d'après les armes, et en partie d'après la nationalité, et non pas à la manière des légions romaines et des divisions modernes, qui offrent une réunion de toutes les armes et sont des armées en petit. Contre des ennemis tels que les peuples de l'Asie, qui, rassemblésà la hâte pour frapper un grand coup, se ruaient en masse au combat, sans ordre et sans tactique, qui abandonnaient la partie après une défaite, tandis qu'une victoire sur des troupes organisées ne faisait que leur préparer de nouveaux dangers, contre de tels ennemis, disons-nous, l'ordre d'après l'arme et la nationalité a Tavantage d'être la forme tactique la plus simple et de fournir des groupes naturels compacts. Dans ces mêmes contrées où la phalange d'Alexandre vainquit l'armée de Darius, sept légions romaines succombèrent aux impétueuses attaques des Parthes.

*) Le catalogue de Diodore (XVII, 17), auquel ces chiffres sont empruntés» laisse voir les sources fort peu militaires où l'auteur a puisé ses renseignements. Cependant, les nombres énoncés ci-dessus doivent indiquer à peu de chose près non pas l'effectif réel des corps de troupes, mais la proportion des éléments ethnologiques dont se composait l'armée. J'ai, du reste, étudié la question en détail dans un article de VHermes (XII, p. 266 sqq). C'est à tort que le catalogue de Diodore cite aussi des Triballes et des Illyriens, dont Arrien ne fait mention nulle part. Tout au plus est-il question d'IUyriens dans une harangue d'Alexandre (Arrian., II, 1, 5), ce qui prouve que ce discours n'a pas été tiré de Ptolémée.

2) Arrian., I, 11, 3. Arrien se fonde certainement ici sur Ptolémée, bien que le texte de celui-ci {fragm., 2) donne des chiffres précis au lieu de ces nombres ronds. Anaximène {fragm. 15 j donnait .30.000 fantassins et 5.500 cavaliers ; Callislhène [fragm 33), 40.000 fant. et 4.500 cav. ; Aristobule [fragm, 1), 30.000 fant. et 4.000 cav.; Diodore (c'est-à-dire Clilarque), 30.000 fant. et 4.500 cav. Arrien donne expressément le nombre des soldats partant actuellement de la Macédoine : il ne dit pas si les troupes envoyées deux ans auparavant en avant-garde sous Attale et Parménion — et dont l'effectif montait, d'après Polyœnos, à 10.000 Macédoniens et mercenaires — se trouvent encore, en totalité ou en partie, sur le rivage asiatique. Les 40.000 hommes de Callisthène s'expliqueraient si l'on était sûr que ces 10.000 soldats étaient encore en Asie. On verra plus loin (p. 174, l)le compte détaillé de l'effectif.

Hir» . F.\HMr;i': i/alkxandhk (II, 1

l/arméc qnAlcxaiulio condiiisjul m Asie conservait pour haso rorganinalioii macùdonionno; les contingents des alliés qui y furent ajoutés, aussi bien que les gens à gages qu'on y adjoignit en dehors de l'ancien eiïectif des merc(Miaires enrôlés, ne servirent qu'à comjdéter autant que possible, dans ses deux éléments de mobilité et de résistance, cette organisation dans laquelle on les faisait entrer.

Dans la lactique hellénique, la grosse infanterie avait été l'arme prédominante jusqu'à ce qu'on eut importé, avec les peltastes, l'usage d'une infanterie plus légère qui amena la défaite des Spartiates. Dans l'armée macédonienne aussi, ces deux formes d'infanterie, représentées dans Tordre de bataille par les phalanges * et les hypaspistes, étaient encore, au point de vue numérique, la force la plus considérable.

Ce qui distinguait la phalange, c'était l'armement du soldat et l'ordre dans lequel les liommes étaient disposés. Les phalangistes étaient ce que les Grecs appelaient des hoplites, quoiqu'ils ne fussent pas tout à fait aussi pesamment armés que les hoplites helléniques -. Ils portaient le casque, la cuirasse % les jambières, et un bouclier rond assez large pour couvrir la poitrine et les épaules. Leur arme principale était la sarisse macédonienne, sorte de lance de quatorze à seize pieds de longueur \ et la courte épée grecque. Destinés principalement à combattre de près et en bloc, ils devaient être rangés de telle sorte que, d'un côté, ils attendissent tranquillement l'attaque impétueuse de l'ennemi, et que, de l'autre, ils pussent être

*) Le moi phalange est employé chez Arrien dans des sens très différents. Il désigne : 1° l'ordre de bataille dans son ensemble (III, 12, 1. I, 28, 3) ; 2° toute rinfanterie, à l'exclusion des ^'.loi (III, 11, 8) ; 3o les soldats pesamment armés (r, oâXay^ Twv ÔTT/.'.Ttov. I, 13, 1); 4** tout groupe d'hoplites est une phalange (r, napo:y.-/.o-j çaAay^. I, 14, 2 etc.).

-) Arrian., m, 18, 1 ; sans compter bien d'autres témoignages.

^) Dans rénumération des armes au temps de Philippe que fait Polyaenos (III, 2, 10), la cuirasse manque : d'après le même auteur (IV, 3, 13), Alexandre fit donner à ceux qui avaient fui des r.ii'.ôwpdcxca, de façon que leur dos restât sans être protégé (?). Les t/,: Maxeôov.xrjÇ çaXayyo; ol xo'jçôxaTot (Arrian., III, 23, 3) servent à des usages spéciaux; ce qui le montre, c'est qu'ils sont — proijablement les rangs de derrière — moins pesamment armés.

*) Sur la sarisse, voy. les détails donnés par Kôchly et Rustow, Gesch, il, Krii\i.'i}re>iins, p. 228.

334] l'armée d'Alexandre 167

sûrs de rompre les rangs ennemis en se portant en avant. Généralement ils étaient rangés sur 16 hommes de profondeur*, de manière que les lances des cinq premiers rangs, dépassant le front, formassent comme un mur impénétrable et même inattaquable à l'ennemi qui prenait l'ofTensive. Les rangs postérieurs appuyaient la lance sur les épaules des précédents, de telle sorte que l'attaque de cette « masse de bataille » était absolument irrésistible, par la double et redoutable force de la pesanteur et du mouvement". Il fallait la parfaite instruction gymnastique de chacun des soldats pour rendre possible l'unité, la précision et la rapidité avec laquelle cette masse d'hommes serrés les uns contre les autres dans un étroit espace accomplissaient les mouvements les plus compliqués ^. Au milieu de la bataille, on pouvait leur appliquer le nom que, deux mille ans plus tard, l'agha des Tartares donnait aux bataillons serrés de Brandebourg, à ces carrés hérissés de piques et de mousquets, lorsqu'il les appelait des « forteresses ambulantes ». Il y avait six taxes ou phalanges '* de ces hoplites macédoniens ou « pézétœres » dans l'armée qui marchait vers l'Asie ; ils étaient commandés par les stratèges ' Perdiccas, Cœnos, Amyntas fils d'Andromène, Méléagre,

') Il semble résulter d'un passage d'Arrien (I. 6, 1) que la phalange était composée de pelotons de 8 hommes (comme dans la tactique grecque), car la phalange ne pouvait se ranger sur 120 hommes de profondeur qu'avec des pelotons de 8 hommes.

2) La phalange n'était pas employée uniquement dans la défensive : on en a la preuve à l'attaque de Thèbes et au combat de Pélion.

^) Le Grec Charidémos décrit au Grand-Roi la phalange en ces termes : 2^cditnm stabile agmen, vir viro, arma armis conferta siint; ad nutum monentis intenti sequi signa, ordines servare didicere : qnod imperatur omnes exaudmnt; ohsistere, circiimire, disciirrere in cornu, mutare piignam, non duces magis quani milites callent (Curt., III, 2, 13).

*) Chez Arrien (I, 14, 3), il y a certainement une faute dans le dénombrement des phalanges à la bataille du Granique, car celle de Cratère est nommée deux fois : il faut effacer ce nom une fois.

•') Tel paraît avoir été leur titre officiel (Arrian., 1, 28, 3). C'est ainsi que le roi convoque au conseil de guerre (7TpaTr,YoOç te xa\ îXapya: xa\ tûv <jv^\xaytby Toùç f,Ye{ji.ovaç (Arrian., II, 7, 3. Cf. III, 9, 3). Une autre fois, il est vrai, on dit Touç TE Iratpouç xai touç fjY£{x6vaç xriç (rxpaTta; xol TaHcâp-/a; xa\ IXâp/a; (Arrian., II, 16, 8). La force des xa^tç ne doit pas être, à coup sûr, fixée au chiffre systématique des tacticiens : elle était variable suivant les circonstances.

I()8 f/ahmér d'alkxandhi: II. I

IMiilippo (ils (l'Amyntas ot Cratère. Los /^^^.s ou régiments ' paraissaient avoir (Mé formés et recrutés par contrées, de telle sorte que les soldats de Cœuos étaient des Klymiotes, ceux de Perdiccas des Orestiens et des Lyncestes, ceux de Philippe, qui furent plus tard commandés par Polysperchon, étaient de Tympha^T.

Les soldats lielléniques pesamment armés, les mercenaires aussi bien que les soldats de la Ligue, avaient leurs commandants particuliers; le stratège des contingents de la Ligue était Vntigone, celui qui fut roi plus tard; celui des mercenaires était Ménandre, un des hétœres.Pour les actions importantes, ces alliés et ces mercenaires semblent avoir été combinés avec les hoplites macédoniens de la façon suivante : On prenait dans un régiment macédonien un certain nombre de bataillons de pézéta^res : on les associait avec un nombre déterminé de bataillons d'alliés ou de mercenaires, et l'on formait ainsi la phalange de Perdiccas, de Cœnos, et ainsi de suite -. L'ensemble des troupes de grosse infanterie dans l'armée d'Alexandre pouvait monter à environ 18,000 hommes.

Vient ensuite le corps proprement macédonien des hypas-

*) L'eniploi des termes grecs, auquel notre auteur reste fidèle, risquerait de produire en français une cacophonie déplaisante, tout en n'offrant au commun des lecteurs que des idées confuses. Nous continuerons à dire, faute d'équivalents, des hoplites, des peltastes, des hétœres et pézétseres (hétaeres à pied), des hypaspistes, des sarissophorcSj etc., mais nous substituerons généralement aux noms anciens des unités tactiques des équivalents approchés. Les râ^siç (leglones) d'infanterie seront des régiments (Cf. reyo et xâ(Tffto), les X6*/o'. (cohortes) des bataillons, les D.ac [turmx) de cavalerie des escadrons^ au lieu de rester des taxes, des loches et des ilcs. Mais, de peur de fausser les idées en convertissant de même les «grades», nous laisserons aux chefs de ces corps les noms de taxiarques, lochages, ilarques, ou même chiliarques, hipparques., stratèges, etc. C'est un « expédient » qu'on adopte, et la « logique » n'a que faire ici {jSote du Trad.).

-) C'est à cette conclusion qu'on est amené quand on remarque que, dans les batailles d'Alexandre, jamais les hoplites alliés et les mercenaires ne sont mentionnés séparément, comme corps particulier : dans l'article de YHermes auquel je me réfère, j'ai essayé d'établir sur les textes cette combinaison. Pour les loches, on a l'expression de loyavôç qui revient souvent dans Arrien (surtout III, 9, 6 et II, 10, 2 où elle a une précision caractéristique) : le )-6-/oç doit avoir eu un effectif de 512 hommes distribués en 32 pelotons, ce qui paraît résulter aussi de l'expression ^M/?i(/m«r/a? cohortes dans Quinle-Ciirce (V, 7. 3).

334] l'armée d'alexandre 169

pistes. Déjà, pour avoir une milice plus agile à l'attaque que les hoplites et plus pesamment armée que les soldats à armes légères, l'Athénien Iphicrate avait créé, sous le nom de peltastes, un corps dont les soldats portaient des cuirasses de lin, un bouclier plus léger et une épée plus longue queles hoplites. Cette nouvelle arme fut introduite en Macédoine peut-être pour les troupes qui, par opposition avec les levées de la milice, étaient retenues constamment au service, ainsi que semble l'indiquer leur nom de « porte-écu » ou « gardes » (du roi) \ La campagne do 335 a montré un grand nombre d'exemples de l'emploi de ce corps. Le terrain empêchait souvent qu'on put retirer de la phalange tout l'avantage possible; plus souvent encore se présentait l'occasion de tenter des attaques soudaines, des marches rapides, des coups de main de toutes sortes pour lesquels les phalanges n'étaient pas assez mobiles et les troupes légères pas assez fortes, tandis que ces hypaspistes étaient particulièrement aptes à occuper les hauteurs, à forcer le passage des rivières, à appuyer les charges de cavalerie ou à les rendre inutiles ^. Le corps entier des « hypaspistes des hétaeres », comme on l'appelait, était commandé par INicanor, fils de Parménion, dont le frère Philotas était àla tête de la cavalerie des hétaeres. Le premier régiment portait le nom ^agèma^ d'escorte royale des hypaspistes^.

*} Herod., V, 111. Comme celui qui a le bouclier en couvre un autre, le sens du mot paraît attaché non pas à l'idée de bouclier, mais à l'idée d^ « protéger » : par conséquent les hypaspistes sont, au sens propre du mot, une garde,

-) Nous n'avons aucun renseignement sur l'effectif de ce corps : il comprend plusieurs lâlz'.z, dont deux sont mentionnées avec leurs chefs par Arrien (II, 22, 2) : un peu plus loin (II, 22, 7), l'historien rapporte la mort de l'un d'eux et lui donne à cette occasion son titre de « chiliarque ». On ne saurait dire si ce corps était renforcé d'alliés grecs et de peltastes mercenaires. Dans l'expédition de l'Inde, l'effectif total des hypaspistes est évalué à 6,000 hommes (Arrian., V, 14, I). Leur nom est o\ ÛTracTTiia-Tat tù>v sTacpwv (Arrian., I, 14, 2).

^) Les pa(7'.Xtxo\ G-a)u,aT09'j).ax£? qu'Arrien cite à 'plusieurs reprises (1, 6, 5. III, 17, 2 etc.) et comprend parmi les hypaspistes (IV, 3, 2 : 30, 3), sont très probablement les jeunes nobles (oi i3aa'.Xixo\ TiaîSeç) que l'historien classe de la façon suivante : tûv Tzt^îbv TrpcoTO-jç [xèv tou; ûîraCTTîto-Tàç toÙ; PafftXtxouç... Itz\ oï TouTOiç to ày/]jxa xà Pa<riXixbv, l'/^Q[i.iwo\)ç 6s toutwv touç aXXovi; •jzacTTria-Taç (Arriax., V, 13, 4). Au passage indiqué, on les voit monter à

170 r.'\nMr:i; d'amaandre |II, ]

Dans la cavalerie, Jos escadrons macédoniens el thessalicns tenaient le premier rang. Ceux qui en faisaient partie appartenaient à la noblesse chevaleresque de Macédoine et de ïhessalie. l^^t^aiix en équipement, en pratique des armes, en gloire, ils rivalisaient pour se signaler sous les yeux du roi, qui ordinairemonl combattait à leur tête. Toutes les grandes batailles que livra Alexandre, et plus encore peut-être les courses à cheval, telles que la dernière poursuite de Darius et la chasse donnée à Bessos, montrent de quelle importance fut cette arme pour les desseins du roi. Aussi redoutables par leur choc que lorsqu'ils combattaient corps à corps, les cavaliers d'Alexandre étaient supérieurs par leur ordre et leur pratique des armes à la cavalerie asiatique, en quelque grande masse que celle-ci put se présenter; leur attaque contre l'infanierie ennemie était ordinairement décisive. Ils portaient le casque, le haubert, la cuirasse, des plaques aux épaules et aux hanches, et leur cheval lui-même était bardé au front et au poitrail ; ils étaient armés de la lance et portaient l'épée au côté \ Philo tas, fils de Parménion, commandait, avec le titre d'hipparque, à ce qu'il semble", les hétseres macédoniens. Ceux-ci s'appelaient la « cavalerie des hétœres». Ils formaient huit iles ou escadrons, désignés tantôt par le nom de leur ilarque, tantôt par celui des provinces macédoniennes. Ala bataille d'Arbèles, cesliuit escadrons avaient pour commandants Clitos, Glaucias, Ariston, Sopolis, HéracJide, Démétrios, Méléagre et Hégélochos. L'escadron de Sopolis portait le nom d'Amphipolis sur le Strymon ; celui d'Héraclide

cheval avec leurs boucliers et combattre ensuite en partie à pied. Ces derniers sont, comme on le constate par l'exemple de Pausanias lors du meurtre de Philippe, etc., la (j(xi\ioLT:o^\)lctvJ.oL royale, le semhmnum ducum ])r.Tfectonimque (Curt., VIII, 6, 6), la garde-noble du roi. Les sept <7co[xa- TO'j'jXaxeç (Arrian., VI, 28, 4), comme Léonnatos, Ptolémée, Balacros, etc., pourraient être désignés par le titre plus exact et employé plus tard de àpxt<7wij.aTo?0)vax£ç : ce ne sont pas des commandants de corps déterminés, mais pour ainsi dire les adjudants généraux du roi.

*) On a une idée assez exacte de leur armement par les débris de ce qu'on appelle la « Bataille d'Alexandre ». On est frappé delà longueur des piques.

2) C'est du moins la conclusion qu'on peut tirer d'un passage d'Arrien où Parménion reçoit twv xz âxaipiov i';r7iapx''a'^ ^•2'' "o'-*? 0£XTa),ouç tTiTisaî (Arrian., I, 24, 3).

334] l'armée d'alexandre l"l

le nom de la province de Botliée, etc. Celui de Clitos * était appelé l'escadron royal et formait Yagêma de la cavalerie. Parmi les escadrons thessaliens, le plus fort et le plus vaillant était celui de Pharsale -. Calas, fils d'Harpalos, commandait la cavalerie thessalienne.

Il y a aussi à l'armée des cavaliers helléniques, compris dans les contingents de la Ligue ^; ils sont ordinairement adjoints aux Thessaliens % mais ils formentun corps àpart et sont sous les ordres de Philippe, fils de Ménélas. Ce n'est que dans les

*) Ne pas confondre ce Clitos, dit «le Noir», avec son homonyme le prince illvrien (cf. ci-dessus, p. 127. 129. 132).

-) Arrian., III, 11, 10. Si Diodore ne se trompe pas en disant que 1,500 cavaliers thessaliens ont accompagné Tarmée, il est à remarquer qu'au temps de Jason de Phères, la levée thessalienne otxv ■zxyvjr.-x: ©sTTaXîa montait à 6,000 cavaliers (Xenoph., Hcllen., VI, 19). Diodore (XVII, 17) donne ce même chiffre de 1,500 hommes pour la cavalerie macédonienne. Il faut dire que les deux chiffres ne proviennent que d'une note marginale d'un ms., tandis que, dans l'un et l'autre passage, le texte porte 1,800. D'après Arrien ^11, 9, 4), deux de ces iles macédoniennes sont fortes de 300 hommes -. d'autres peuvent avoir eu un effectif plus considérable. Sur le Danube, Alexandre avait avec lui au moins 1,500 cavaliers macédoniens.

3) On a maintenant un texte épigraphique attestant l'envoi d'un contingent hellénique. L'inscription trouvée à Orchomène de Béotie et publiée par P. ¥o\:cART {Bull, de corresp. hellénique, \U,pAb^: est conçue comme il suit :

To\ iT.T.h; To\ £v Tav 'Ac-la}/] a[TpaT£-j(Tâ[J.evo'.l

^-xaùio]; 'A).£?âvopo'j arpaTayÉovTOç

0;o6wp;a) FtA5cpxîov-o? Au SwTsp: à'véOôav Puis vient une liste de vingt-trois noms. Par conséquent, le contingent (orchoménien) de cavalerie était constitué en ile particulière, sous les ordres d'un ilarque du pays. Ces vingt-trois sont revenus d'Asie; les autres, peut-être aussi nombreux ou plus nombreux, n'ont pas revu leur patrie. Ils ont dû recevoir leur congé et de riches présents, comme les Thessaliens et autres alliés, à Ecbatane, au printemps de 330. Foucart signale un deuxième contingent hellénique dans une épigramme de rA?2f/îo%/V grecque, intitulée ; aor, aov ir.X T(o èv S ta- '.y.:; ^lo'^Cù. La voici :

QiaTZ'.OL'. vjp'jyoçio: 7iéix'!/av t.o-ï to'jçoî cjv ottXo::

T'.jawpo'j; Tzpoyovtov ^iç.oyipoy cl: 'A(7'>,v oï ixît' 'A/.sEâvopo'j Ilspacbv acrr^ xaOî/.ôvTî: (7TT;ffav 'Epiopc|x$TT, oatôâXsov TpÎTiooa Le to-j:o£ doit désigner les auteurs de la dédicace, dont le nom se trouvait sans doute sur le trépied (ou autel), probablement avec mention de leur grade [lochages, etc.. des hoplites de Thespiesj.

^) Il résulte d'un passage d'Arrien (III, 19, 5) que les cavaliers thessaliens servent à titre d'alliés. Us'sont sous les ordres d'un hipparque macédonien (le premier fut Calas, fils d'Harpalos), comme les contingents fournis parles États helléniques (commandant Philippe, fils de Ménélas).

172 i.'vMMi'i: i/alkxandue [II, 1

dernières campagnes qu'on voit paraître des cavaliers enrôlés en Grèce.

Viennent enfin les troupes légères à pied et à cheval. Elles sont tirées enparli<; de la Ilautc-Macédoine, en partie desprovinces do la Tiu'ace, Péoniens, Agriancs, chaque peuplade portant les armes oiïensives et défensives en usage dans son pays. Habitués dans leur patrie aux chasses, aux brigandages, aux mille petites guerres que se faisaient leurs chefs, ces gens étaient propres aux escarmouches, bons pour couvrir une marche, en un mot aptes à tous les emplois dont furent chargés, au commencement du xvui^ siècle, les pandours, les hussards, les ulans, les tartares.

Parmi les troupes d'infanterie légère, les plus importantes, quant au nombre, sont les Thraces sous les ordres de Sitalcès, qui probablement appartenait à la famille royale de ces jieuplesMls formaient plusieurs régiments, d'où Ton peutestimer leur nombre ". On nous les représente comme des acontistes^ ou gens de trait ^; ils semblent avoir porté le petit bouclier, car l'arme des peltastes avait certainement été imitée de celle des Thraces*. Puis viennent les Agrianes^ qui sont aussi desacontistes; ils sont sous les ordres d'Attale, qui peut-être

*) Peut-être n'était-ce pas là un contingent indigène, mais un corps de Uvoi : c'est du moins ce que donne à penser un passage d'Arrien : toÙ; 0paxa? xa\ twv aWioy ^évtov eç TeTpaxt<r-/iXtoTj; (Arrian., I, 18, 5), Les cavaliers odryses sous Agalhon, les cavaliers pèoniens sous Ariston, les Ag^rianes sous Attale, étaient-ils des Uvoi ou des contingents, c'est ce qu'aucun renseignement sûr ne permet de décider. Il est à remarquer pourtant que la victoire de Charès sur [le Péonien] Adaeos, à propos de laquelle s'égayait le comique Héraclide (Athen., XII, p. 532), est appelée r, ysvoixévr, {t-àyr, ixpb; Toù; ^OJ.Tzno'j ^évouç. Seulement, dans ce passage, il n'est pas dit expressément qu'Adaeos fût un Péonien.

2) ai Tûv àxovT'.aTtbv Toc^etç (ArriAN., I, 27, 8).

3) àxovTt^E'.v signifie « lancer le javelot ».

*) Xénophon {Hellen., VI, I, 9), parlanfde l'armée de Jason, dit que les peuples qui lui obéissent sur la frontière de Thessalie sont presque tous des axovTiffTat — 6o<TT£ xa\ 7t£).TaaT'.xô) elxbç 'j-jzzpiyziv.

S) Toùç 'Ayptava; zol; àxovTtaxâ; (Arrian., I, 14, 1). Arrien (I, 5, 2) mentionne les 'jTtacrmaTa: du prince Langaros. D'après l'habitude presque constante que l'on avait de mettre les Agrianes à côté des archers, ils paraissent avoir été armés plus légèrement que les Thraces: peut-être avaient-ils en moins le bouclier. C'est ainsi que, dans l'armée de Thrasybule, il y avait des TTîXToçôpoi T£ xai <LtXo\ àxovTto-rai (Xexoph.. Hellen., Il, 4, 12}.

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était fils du prince Langaros. Enfin les archers, partie Macédoniens, partie soldats enrôlés, la plupart en Crète; il n'y a presque aucun combat où on ne les voie marcher en tète, ainsi que les Agrianes; dans une seule année, le toxarque fut remplacé trois fois : au commencement de la guerre, ils étaient commandés par Cléarchos \

A côté des archers, la cavalerie légère, formée en partie de Macédoniens, en partie de Péoniens, d'Odryses, peuples dont l'aptitude au service de la cavalerie était vantée dès les temps les plus reculés. Iln'estpas possible d'en déterminer l'eiTectif. Ariston conduisait les Péoniens, Agathon fils de Tyrimmas. les Thraces Odryses; tous deux étaient sans doute de race princière. Ces cavaliers et le corps macédonien des sarissophores, sous la conduite du Lynceste Amyntas, étaient compris sous le nom de prodromes ou éclair eurs ^.

Ces troupes légères introduisaient dans l'armée d'Alexandre un élément de succès dont Fart militaire hellénique n'avail pas jusque-là reconnu toute la valeur. Avant Alexandre, les troupes légères n'avaient eu, soit au point de vue du nombre, soit au point de vue de leuremploi,que peu d'importance dans les armées grecques; elles ne pouvaient d'ailleurs s'affranchir d'un certain dédain qu'on leur témoignait, parce qu'elles étaient composées en partie de gens de basse condition, en partie de mercenaires barbares, et parce que leur force consistait dans

^) D'après Diodore (XVII, 17), il y aurait eu dans l'armée 1,000 Agrianes et archers. Ce chiffre est probablement trop faible. Dans la campagne de 335, ces deux espèces de troupes comptaient ensemble pour 2,000 hommes, et dans la campagne de l'Inde, les Ayptàv£; ol yjXiot jouent leur rôle (Arrian., IV, 25, 6). Qu'il y ait eu aussi des frondeurs dans l'armée, Arrien ne le dit nulle part, et on aurait tort de l'inférer d'un passage de cet auteur (II, 7, 8).

2) Diodore (XVII, 17) évalue à 900 hommes le nombre des ©paxs? îîp6ôpo[jLO'. •/.a\ IXaiovE;. Une fois (Arriax., I, 12, 7; il arrive que Tîbv Tipoopôixcov xaXou- [;.évtov iO,a'. Tso-aaps; sont envoyées en avant-garde. Ailleurs (III, 8, I), Arrien cite twv TrpoSpôfxwv toÙ; Ilaîova:. Plutarque (A/ex., 16) dit que la bataille du Granique commença par un mouvement de treize iks qui traversèrent le fleuve. Si ce renseignement méritait confiance, il faudrait admettre que les sarissophores et les Péoniens ensemble ne comptaient que cinq xUs. Le beau didrachme de Patraos (inscrit sous le n** 242 dans le catalogue du Cabinet des médailles de Berlin) nous montre un cavalier péonien qui terrasse un ennemi, avec son équipement au grand complet.

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cet ail dv surprises, d'altaquos bruyantes, de fuites simulées, que les gens de guerre en Grèce trouvaient méprisable et réj»ugnant. Le célèbre général Spartiate Brasidas lui-même avouait que l'allacjue de ces troupes, avec leurs sauvages cris de guerre et leur manière menaçante de brandir leurs armes, avait quelque cbose d'ellrayanl, que la façon lout arbitraire dont ils passaient tout d'un coup de l'attaque à la fuite, du désordre à la poursuite, produisait une vive impression, et que l'ordre sévère d'un corps d'armée bellénique pouvait seul faire surmonter la terreur qu'ils inspiraient. Maintenant ces soldats à armes légères entraient dans l'armée macédonienne comme partie essentielle, pour coopérer à son action selon leur manière nationale de combattre; en même temps, la discipline ferme qui régnait dans cette armée leur était imposée et accroissait leur valeur \

') En résumé, d'après les calculs dont on trouvera le détail dans mon article de VHermes (XII, p. 266 sqq.), l'armée d'Alexandre se compose :

Au point de vue de la nationalité : i° de Macédoniens, enrégimentés par région dans la grosse cavalerie et l'infanterie pesamment armée ; 2° d'Hellènes, en partie classés aussi par région; 3° de Barbares, Thraces, Péoniens, Agrianes, Odryses :

Au point de vue du service militaire : 1® de sujets du roi, nobles et roturiers, qui servent les uns comme vassaux, d'autres comme faisant partie, à ce qu'il semble, de l'armée permanente, les autres en vertu de l'obligation qui astreint tout le monde aux levées; 2° d'alliés, contingents fournis par les villes et princes alliés, en vertu des conventions ; 3° de mercenaires, Hellènes et autres, engagés par enrôlement. Les matériaux dont nous disposons ne nous permettent plus de reconnaître jusqu'à quel point les Thraces, Odryses, Péoniens, Agrianes, sont des mercenaires ou des alliés. Au point de vue de Yarme, voici les chiffres établis dans l'article susmentionné :

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