HUGO GROTIUS
reçu à la Cour de Casimir III, précepteur des princes royaux cadets Albert et Alexandre, secrétaire du roi, mort à Cracovie 1496. C'est un élégant styliste. Il composa entre 1484 et 1488, par conséquent après Dlugosz, de l'œuvre duquel il put profiter, son Historia de rege Vladislao {= LadislasIII, frère et prédécesseur de Casimir III, 1440 à 1444). l''^ édition Augsbourg 1519. Cf. Zeissberg dans l'ouvrage cité et G. dalla Santa dans le N. Archivio Veneto, n. sér., LI (1913) 134 ss.
En Hongrie, l'historiographie humaniste fut introduite par Antonio BoNFiNi, né à A scoli dans la Marca. mort 1502, qui fut appelé 1484 par Matthias Corvin à la Cour de Hongrie. Ses Décades 111 Rerum Ungaricarum (jusqu'à 1495 ; Bâle 1543) s'appuient pour les parties anciennes principalement sur Blondus (Buchholz, Blondus, 131).
En Portugal, le gouvernement avait fait déjà vers 1461 de vains efforts pour s'attacher Blondus comme historien du pays (Masius, Blondus, 60 s.) . L'historien classique fut ensuite Jerônimo Osorio de Lisbonne (1506 à 1580, évêque de Silves).Son ouvrage De rébus Emmanuelis régis Lusitaniœ (Lisbonne 1571) ne sort du cadre humaniste que par les quelques notices ethnographiques, assez pauvres d'ailleurs, qu'il donne sur l'Inde.
L'histoire des Pavs-Bas fut écrite d'une manière suivie et en style humaniste par Pontus Heuterus (Huyter), de Delft (1535 à 1602) : Historiœ rerum burgundicarumll. VI (Anvers 1584) ; continuation dans Rerum Belgicarum s. Austriacarum II. XV (1477 à 1564; Anvers 1598) et dans Secessio Belgica (jusqu'à 1575 ; Bruxelles 1649). Heuterus écrit au point de vue royaliste et catholique. Comme d'autres humanistes, il se complaît à orner l'histoire de fleurs de rhétorique. Quil nous suffise de renvoyer là-dessus à Ranke, Deutsche Geschichie, VI, 69 ss. (sur l'abdication de Charles- Quint).
Hugo Grotius.
Huig de Groot, latinisé en Hugo Grotius, né 1583 à Delft, avocat, nommé 1607 par les Etats de Hollande, Seeland et Frise occidentale fiscal général, 1613 par Rotterdam Pensionnaire du conseil; arrêté 1618 après la défaite des Remontrants et condamné 1619 à une prison perpétuelle ; échappé, il se réfugie en France ; plus tard au service de la Suède; de 1634 à 1644 ambassadeur de Suède à la Cour de France; mort 1645 à Rostock. La mission lui fut confiée 1611 par les Etats généraux d'écrire l'histoire de la République : Anyiales et historiœ de rébus belgicis (pour la première fois, Amsterdam 1657, donc après la mort de Grotius). Les Annales traitentles premiers temps de la Révolution hollandaise (4559 à 1588), les Histoires, les années 1588 à 1609. L'ouvrage était fini peu après 1611, mais Grotius le garda par devers lui. — Il écrivit en outre De antiquitate reipublicz Batavorum (Leydel610) ; Historia Gothorum, Vandalorum et Langobardorum (Amsterdam 1655), et de nombreux petits traités historiques. (Cf Rogge, Bibliotheca Grotiana I (1883). — Caumont, Étude sur la vie et les travaux de Hugo Grotius, (1862).
Nous ne nous étendrons ici que sur un seul ouvrage, tant à cause de l'auteur qu'à cause de sa valeur intrinsèque.
302 lIISTOmK DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE
Parmi les derniers historiographes humanistes, Hugo Grotius, avec son Histoire Néerlandaise, tient une des premières places. Extérieurement, elle se distingue peu d'autres créations humanistes. Limitation du style de Tacite na rien que de normal dans un livre qui appartient à la première moitié du xvii^ siècle, et Mendoza avait en cela devancé Grotius d'un demi-siècle. Mais Grotius sut tout autrement que l'auteur espagnol tirer parti de cette forme. Sans doute l'imitation de Tacite ne fut pas un bien, pour lui non plus. Son expression est souvent si précieuse et entortillée qu'elle devient inintelligible, et il est incapable de raconter un fait simplement. Mais s'il n'a pas l'indépendance du style, il n'a pas renoncé du moins à l'indépendance de la pensée. Dans l'art de l'analyse psychologique, il égale presque le Romain ; il le surpasse dans la discussion des problèmes militaires et politiques.
Quant à découvrir les causes profondes du conflit entre l'Espagne et les Pays-Bas, il en était incapable aussi, et il n'a pas davantage su éclaircir l'origine de l'opposition religieuse. Mais il n'explique du moins pas de grands événements historiques exclusivement par des circonstances accidentelles ou par le caractère de tel ou tel personnage. Il recherche souvent avec beaucoup de perspicacité jusqu'à quel point un succès est dû à des causes générales, jusqu'à quel point il est un effet du hasard, et il ne se montre pas du tout disposé à regarder le parti vainqueur par là même comme le plus sage. Il s'efTorce d'être objectif dans ses jugements. Il rejette par principe les anecdotes sensationnelles. Il critique en homme politique pratique, avec sang-froid, objectivement.
Il avait des raisons particulières pour ne pas traiter à fond le côté religieux du soulèvement des Pays-Bas. De la position qu'il prit dans les luttes religieuses de son pays et de sa défense de l'Arminianisme il ressort qu'il était Erasmien tout à fait, presque un homme d'Etat rationaliste des temps modernes. Il considérait les querelles religieuses surtout comme troublant l'ordre public. Il se sentait un, non pas avec le peuple hollandais luttant pour sa foi, mais avec les aristocrates maîtres du pouvoir, qui avec la domination espagnole auraient perdu leurs vieux privilèges de caste. Il ne parle pas aussi cyniquement que l'aurait faitGuichardin des mouvements populaires mis en branle par les masses calvinistes — son caractère aussi