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CHAPITRE SEPTIÈME

La colonie de Montréal — Mlle. Mance à Québec — L'anné» sereine — Générosités de la duchesse d'Aiguillon — Nouveau costume des Hospitalières — Mlle. Irwin — Nouvelles alarmes — Le Père Jo^ues — Projet de retour à Québec.

Durant les deux dernières années qui venaient de s'écouler, les Augustines n'avaient pas eu un intervalle de relâche. Aux fatigues de l'installation avaient succédé les horreurs de l'épidémie. Les désastres de l'incendie avaient ensuite occasionné les transmigrations de Québec à Puiseaux et de Puiseaux à Sillery. Là l'hiver avec ses froidures, la pauvreté avec ses dénûments les avaient attendues. Enfin étaient survenues les alarmes de l'incursion iroquoise.

Après cette succession d'épreuves les fondatrices avaient droit d'espérer quelques jours de repos et de consolation. La Providence leur

ménagea ces jours, comme une oasis au milieu du désert, durant le cours de la troisième année qui commençait. Cette heureuse date fut pour nos Mères l'année sereine, en même temps qu'une époque mémorable dans l'histoire de notre pays. Mais cette tranquillité passagère ne fut qu'un rayon de soleil entre deux nuages, qu'une halte entre deux étapes ; car la croix qui domine au-dessus de tous les monastères n'est pas un rain symbole. Elle est la compagne inséparable de toute vie religieuse.

Le 25 du mois d'août arriva à Québec un secours considérable, suscité par des voies providentielles, qui mit fin, pour un temps, aux alarmes de la population, et qui ouvrit une ère nouvelle pour le Canada. Un nayire qui avait été précédé de deux autres, quelques jours auparavant, jeta l'ancre au pied des remparts du fort Saint-Louis. Ces navires avaient été expédiés par une pieuse et influente association, à la tête de laquelle on comptait M. de la Dauversière, le baron de Fancamp et M. Olier. Une cinquantaine d'hommes, choisis parmi les laboureurs les plus vigoureux et les soldats les mieux aguerris, sous la conduite d'un chef intrépide et expérimenté, M. de Maisonneuve qui leur avait communiqué son enthousiasme religieux : tel était le personnel de l'association qui venait prendre possession de l'Ile de Montréal, s'y fortifier et servir de boulevard à la colonie. Tels furent les fondateurs de Ville-Marie, qui après

deux siècles, est devenue la première ville de la confédération canadienne.

Une sainte et courageuse fille, native des environs de Langres en Champagne, Mlle. Jeanne Mance, avait été amenée par des voies surnaturelles à se joindre à l'expédition pour le service des malades et des blessés, qui ne pouvaient manquer d'être nombreux dans cet avant-poste exposé aux attaques de l'ennemi. Protégée par une grande dame de Paris, aussi charitable qu'opulente, Mde. de Bullion, veuve d'un surintendant des finances, Mlle. Mance était destinée à devenir la fondatrice de l'Hôtel-Dieu de Ville - Marie. L'arrivée de ces précieux renforts fut accueillie avec acclamation par la population de Québec.

Comme la saison était trop avancée pour qu'on pût songer à commencer, avant l'automne, les travaux de la fondation, M. de Maisonneuve, accompagné du chevalier de Montmagny et d'une escouade de soldats, se contenta d'aller choisir le site du futur établissement. Il redescendit ensuite à Québec et prit, avec sa compagnie, ses quartiers d'hiver à Puiseaux, dans la maison, qu'avaient occupée, l'année précédente, les Hospitalières.

Ce voisinage fut pour Sillery une puissante protection et une diversion aussi agréable qu'utile au milieu de la solitude de ces bois et des rigueurs d'un hiver canadien.

Mlle. Mance qui s'était liée d'une étroite

amitié avec Mde. dj la Peltrie faisait fréqucmm nt avec elle le trajet de Puiseanx à l'Hôpital, pour jouir de la douce compagnie de ses hôtes. Chaque fois que le temps le permettait, elles se levaient toutes deux longtemps avant l'aurore et s'acheminaient a la clarté des étoiles ou de la lune par le sentier que traçaient les piétons sur la neige, au bord de la grève. Elles sonnaient à la porte du monastère et entraient dans la chapelle à l'heure où commençait la messe conventuelle, que venait dire leur chapelain habituel, le Père Ménard qui se faisait quelquefois remp'acé par le Père de Brebeuf, alors en mis>*ion à Sillery,

Elles (>assaient une partie du jour dans l'Hôpital, se joignaient souvent aux offices du chœur et prenaient part aux récréations de la communauté. Il serait difficile de peindre les intimes jouissances de ces rencontres, les délices de ces conversations on tout ce qu'elles avaient de cher ici-bas et dans le ciel revenait sur leurs lèvres. Des larmes d'attendrissement tombaient de leurs yeux et faisaient trembler leurs voix lorsqu'elles parlaient de la France et de tant d'êtres aimés qu'elles y avaient laissés pour toujours. L'émotion faisait taire les paroles au souvenir de cette chère patrie dont elles étaient si loin maintenant et qu'elles ne revoyaient plus dans leurs pensées que comme une vision évanouie sans retour. Mais elles se hâtaient d'essuyer ces larmes qu'elles se reprochaient comme une

faiblesse, dans la crainte de ternir la générosité de leur sacrifice. Puis elles s'entretenaient des espérances de l'avenir, des progrès du christianisme parmi les indigènes, des consolations que leur donnaient les néophytes ; et l'on se séparait pour se retrouver le lendemain, et recommencer ces discours où les âmes se retrempaient et se fortifiaient par l'échange de pensées qui réalisaient ce conseil de l'Imitation de Jésus- Christ : " Que votre conversation soit toujours avec les anges dans le ciel ou avec les parfaits sur la terre. l "

Ces rapports d'intimité ne furent interrompus qu'au retour du printemps par le départ de Melle. Mance et de Mde. de la Peltrie avec la Compagnie de Montréal qui laissa Puiseaux le 8 mai 1642.

Cependant la duchesse d'Aiguillon, du fond de l'oratoire qu'elle s'était fait dans son palais, à Paris, continuait à suivre avec un intérêt et un zèle toujours croissants, les progrès de la fondation qu'elle avait commencée aux bords du Saint-Laurent. Elle ne cessait d'encourager, par ses exhortations, le dévouement des fondatrices; elle expédiait régulièrement, par les navires qui faisaient voiles des ports de France, chaque printemps et chaque automne, des lettres toutes pleines de sentiments d'estime et d'affection pour l'Institut du Précieux-Sang. En retour les Hospi-

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