CHAPITRE HUITIÈME
Irruption des Iroquois — Sillery menacé— Héroïsme des Hospitalières—Retour à Québec — Les Hospitalières à la Basse- Ville — Elles entrent dans leur nouvel hôpital — Bénédiction de la chapelle du monastère.
Dans les premiers jours du mois de mai 1644, la petite population de Québec fut mise en émoi par un ordre inaccoutumé de M. de Montmagny. Une assemblée des principaux citoyens et des Pères Jésuites avait été convoquée dans la salle d'audience du gouverneur, au fort Saint-Louis. A l'ouverture de cette assemblée, le chevalier de Montmagny parut, tenant entre ses mains une dépêche écrite sur une feuille d'écorce qui lui avait été remise peu d'instants auparavant par un messager des Trois-Rivières. Ce messager apportait les nouvelles les plus tristes et les plus
alarmantes. La guerre menaçait le pays sur tous les points à la fois. L'armée des cinq cantons, divisée en dix détachements, était échelonnée sur tout le parcours du fleuve Saint-Laurent. Plusieurs combats sanglants avaient été livrés à Montréal et sur divers autres points. Les bûchers étaient allumés dans les camps ennemis et les prisonniers étaient torturés et rôtis dans les flammes aveo des raffinements de cruauté inouie. Une des hordes iroquoises rôdait en ce moment même autour de Québec. La veille, elle était tombée à lïmproviste sur les habitations du Cap-Rouge, y avait enlevé plusieurs français et sauvages et les avait mis à mort, après leur avoir fait subir d'épouvantables tourments.
Le Père Bressani, qui était parti à la fin d'avril des Trois-Rivières avec trois canots conduits par un parti de hurons, avait été cerné, fait prisonnier et traîné en captivité. Les Iroquois, croyant que le Père ne comprenait pas leur langue, avaient tenu conseil en sa présence et avaient dévoilé les projets de l'armée. Pendant une halte, le Père Bressani avait détaché du tronc d'un arbre une feuille d'écorce sur laquelle il avait écrit quelques lignes à la hâte. Cette dépêche qu'il avait fixée au bout d'un bâton planté en terre, avait été trouvée et rapportée par un captif huron qui était parvenu à s'échapper.
M. de Montmagny donna communication de cette dépêche qui se terminait par ces mots : " Les Iroquois sont en marche sur Sillery : ils veulent en enlever les Filles-Blanches."
A ces révélations accablantes, tous les visages pâlirent d'effroi et l'assemblée fut saisie de stupeur. La colonie, qui n'avait pour toute armée qu'une poignée de soldats et de colons dispersés dans les campagnes, paraissait à la veille de sa ruine.
C'était en présence de ces graves éventualités que M. de Montmagny, ne voulant pas prendre sur lui seul la responsabilité de l'avenir, avait convoqué les anciens du pays pour les consulter sur les moyens de défense qu'il fallait adopter. Etait-il prudent de laisser plus longtemps les Hospitalières à Sillery ? Ne valait-il pas mieux mettre en sûreté leur vie et leur liberté sous les canons du fort Saint-Louis ?
Après une mûre délibération, il fut convenu de rappeler incessamment la communauté à Québec. Les Pères Jésuites furent chargés de porter cette décision à Sillery.
Dans cette conjoncture, le courage de nos héroïnes parut plus grand que le danger. Elles firent réponse au gouverneur qu'elles aimaient mieux mourir, être brûlées vives, que d'abandonner le lit de leurs malades. Après être venues de si loin pour les soigner, après avoir passé tant de jours et de nuits à leur chevet pour les soulager, les instruire et les encourager, il leur eût semblé que c'était trahir leur vocation si elles ne consommaient pas jusqu'au bout leur sacrifice. Elles conjurèrent donc le gouverneur de leur permettre de courir les
mêmes risques que leurs malades. M. de Montmagny, qui avait l'âme d'un chrétien et le cœur d'un chevalier de Malte, fut profondément touché de leur héroïsme et comprit les raisons qu'elles alléguaient. Non seulement il acquiesça à leurs prières, mais il prit le soin de leur envoyer une garde de six soldats pour faire la sentinelle jour et nuit autour de l'hôpital. Ces soldats étaient relevés par une autre escouade qui partait chaque matin du fort Saint-Louis et qui faisait à pied le trajet de Québec à Sillery.
La présence de cette garde releva la confiance et le courage des habitants qui, de leur côté, ajoutèrent de nouvelles fortifications à leurs palissades. Comme les sauvages se trouvaient plus en sûreté dans des maisons bâties à la française, les religieuses leur en avaient fait construire quelques-unes à leurs frais.
Les avenues et les principales ouvertures de l'Hôpital furent barricadées, de manière que, dans un moment de surprise, les assiégés auraient pu y soutenir un assaut assez longtemps pour permettre à la garnison de Québec d'accourir à leur délivrance.
On s'attendait, d'un moment à l'autre, d'entendre retentir l'effroyable cri de guerre des Iroquois, dont plusieurs centaines pouvaient s'approcher jusqu'à une portée de fusil de la bourgade sans être aperçus, car la lisière de la forêt n'était qu'à une distance d'un jet de pierre des palissades. Les pentes escarpées et le sommet
du cap au pied duquel s'élevait le monastère étaient couverts d'arbres dont les branches s'étendaient jusqu'au dessus du toit. Quelquesuns de ces maraudeurs qui faisaient la chasse à l'homme comme à un gibier, auraient pu se cacher dans la cime des arbres et lancer une balle au premier passant qu'ils auraient aperçu. Aussi les hôtes de l'Hôpital évitaient autant que possible d'aller dans la cour et dans le jardin.
Tous les travaux extérieurs étaient suspendus, les domestiques ne remplissaient leur service au dehors qu'au risque d'être scalpés. Personne n'osait s'aventurer dans les bois ou entreprendre le trajet de Québec sans avoir la précaution de s'associer quelques compagnons courageux et bien armés. Tous ceux qui s'intéressaient à la communauté de Sillery étaient dans des transes mortelles, en pensant à sa terrible situation.
Quant à nos Hospitalières, elles s'étaient jetées dans les bras de la Providence, confiantes uniquement en Celui aux pieds duquel elles venaient s'agenouiller à chaque heure du jour, dans leur petite chapelle.
Lorsqu'après ces journées de travail et d'anxiété, le soleil se couchait derrière la cime du coteau et que la nuit envahissait, de ses dangereuses ténèbres, le village et le monastère, toutes les religieuses avec les malades qui étaient capables de sortir de leurs lits, se réunissaient dans la chapelle pour faire une prière en commun
et demander à Dieu d'être préservés des embûches de l'ennemi. Chacun se retirait ensuite en silence, mais après que les cierges étaient éteints sur l'autel, une des religieuses restait à genoux dans sa stalle, comme l'ange gardien de la communauté, jusqu'à ce qu'une autre vint la remplacer.
Dans la nef, quelques-uns des bons néophytes persistaient, malgré les instances des Mères, qui leur disaient de se retirer, à continuer leurs prières avec une dévotion qui faisait voir l'admirable transformation opérée en eux depuis leur conversion. On lisait sur leurs visages basannés, à demi cachés sous les couvertes blanches dont ils s'enveloppaient, le même recueillement, et la même piété que chez les religieuses Comment le ciel aurait-il pu manquer d'exaucer les supplications de ces âmes simples et pures, sorties naguère des eaux du baptême, et qu'on était venu gagner à Dieu de si loin et au prix de tant de peines ?
Dans la cour du monastère, les sentinelles se tenaient prêtes à jeter le cri d'alarme au premier signe d'attaque. Les plus intrépides ne pouvaient se défendre de quelque frayeur. Ceux-là mêmes qui n'avaient pas tremblé sur les champs de bataille, n'étaient pas rassurés ; car lVnnemi qui s'approchait ne menaçait pas seulement de la mort, mais de tous les supplices que peut inventer ]a férocité.
Toutes les oreilles étaient attentives au moindre
bruit qui sortait du bois. Le passage subit d'une rafale, le craquement des branches pouvaient faire croire à la présence de quelque être humain dans le voisinage. L'aboiement soudain d'un chien, semblable aux hurlements des sauvages au moment du combat, faisait tressaillir d'effroi.
Dans la bourgade, quelques guerriers hurons et algonquins qu'on distinguait à la lueur des bûchers allumés dans les cabanes d'écorce, faisaient le guet en errant, ça et là autour des palissades.
Trois semaines s'écoulèrent sans que les Iroquois se fussent montrés. On commençait à croire qu'ils s'étaient retirés, lorsqu'un jour un parti de français et de sauvages s'étant hasardé aux environs, tomba dans une embuscade, fut pris et massacré avec des cruautés qui répandirent partout l'épouvante.
Les chrétiens de Sillery furent saisis d'une terreur panique que rien ne put calmer ; ils se crûrent perdus s'ils persistaient à y demeurer et ils vinrent prier les Hospitalières de retourner à Québec. La plupart d'entre eux n'attendirent même pas leur départ ; ils s'enfuirent en emportant leurs cabanes qu'ils allèrent dresser auprès du monastère de Québec.
Le chevalier de Montmagny vint lui-même à Sillery pour joindre ses instances à celles des néophytes II représenta aux religieuses qu'il lui était impossible de dégarnir davantage le fort Saint-Louis, pour les protéger, que d'ailleurs
les motifs qu'elles avaient allégués ne subsistaient plus depuis le départ des sauvages. Enfin il ajouta quelles étaient appelées à faire un plus grand bien à Québec, où leurs services seraient également utiles aux Français et aux sauvages. Il leur offrit même, en attendant que leur nouvel Hôpital fut habitable, l'usage d'une petite maison située à la Basse-Yille et qui avait servi d'asile aux Ursulines, à l'époque de leur arrivée.
Les Hospitalières ne purent résister à ces sages conseils et le 29 mai 1644, elles abandonnèrent, non sans d'amers regrets, leur chère résidence de Sillery, après l'avoir habitée pendant près de quatre ans. Toute la communauté prit place sur une chaloupe qu'on chargea des principaux meubles et objets de ménage. Il y avait tout lieu de croire qu' à la faveur de la marée, ce court trajet se ferait en peu de temps ; mais la brise de sud-ouest qui s'était levée avec le jour, augmenta après le départ, à tel point que la chaloupe faillit périr et ne put prendre terre à la Basse-Ville. Elle fut entraînée à plus de deux lieues au-dessous de Québec. Il fallut descendre sur la côte de Beaupré et revenir par terre jusqu'à la ville. La journée était avancée quand les religieuses entrèrent dans leur maison d'emprunt.
" C'était, disent les chroniques, une petite chaumine remplie de crapauds, de vers, de toutes sortes d'insectes. Nous la nettoyâmes avec bien de la peine et comme il était déjà tard
nous couchâmes par terre sur nos paillasses. Cependant nous nous levâmes de grand matin pour disposer un endroit avec une tapisserie et ce que nous avions d'ornement propres pour une chapelle. Nous fîmes placer une petite grille à côté qui faisait un réduit séparé où. nous nous retirions pour y dire notre office en chœur, communier et entendre la sainte messe qu'on nous disait tous les jours. Mais on ne crut pas nous devoir laisser le Saint-Sacrement, cela nous parut fort étrange de n'avoir pas notre époux proche de nous. On ne peut s'imaginer quelle peine c'est pour des religieuses de vivre d«uis l'état où nous étions, sans clôture et privées de toutes les douceurs qui accompagnent la vie religieuse.
" Nous souhaitions avec empressement de sortir de cette masure avant l'arrivée des navires, pour éviter l'abord de tout le monde où nous aurions été exposées ; nous avions beau presser nos ouvriers, ils n'avançaient pas beaucoup, parce qu'ils étaient en petit nombre.
" Quand la maçonnerie fut achevée, M. le G-ouverneur nous prêta quelques charpentiers et son menuisier. Les Jésuites nous envoyèrent deux Frères menuisiers qui, avec une grande charité, s'y employèrent. Dès qu'il y eut un endroit fermé dans la maison, nous nous y logeâmes, quoique la charpente et les planchers ne fussent pas faits. Nous contribuâmes aussi de toutes nos forces à faire avancer les travaux
et nous soulagions les ouvriers en leur aidant à tirer le rabot, allant chercher des pierres avec chacune une brouette, les portant proche des échafauds et tournant une grue pour les monter. En un mot, nous servions de manœuvres. Nous montâmes toute la brique des cheminées. De plus nous faisions la cuisine pour nos ouvriers, afin qu'ils ne se détournassent point de leur travail. Ainsi on peut juger de nos peines et de nos fatigues. Enfin les vaisseaux arrivèrent qui amenèrent des ouvriers,lesquels nous aidèrent à achever le plus nécessaire. Aussitôt que les planchers furent faits, nous accommodâmes notre chapelle et on nous donna le très-saint Sacrement dont nous avions été si longtemps privées. Nous en ressentions une joie qui ne se peut exprimer, et qui nous fit oublier toutes les peines passées."
Avant le départ des trois fondatrices pour le Canada, la duchesse d'Aiguillon avait obtenu du Général de la Compagnie de Jésus que l'Hôtel- Dieu de Québec fût toujours sous la direction des Jésuites. Cependant les occupations de ces Pères étant devenues trop multipliées, M. l'abbé de Saint-Sauveur fut nommé pour la seconde fois confesseur et chapelain de la communauté.
Pendant la construction des édifices, le défrichement des terres de Sainte-Marie fut donné à l'entreprise, à raison de cent cinquante livres par arpent, prix ordinaire auquel étaient évalués ces sortes de travaux. Tous les arbres, les taillis
et jusqu'aux broussailles qui croissaient aux abords de l'Hôpital, furent rasés avant la fin de l'automne, dans la crainte que les maraudeurs iroquois ne vinssent s'y mettre en embuscade.
On agrandit le terrain par l'achat de deux arpents de terre voisins, afin d'avoir la jouissance d'un ruisseau qui coule des hauteurs du cap x. Ce terrain ne fut cependant fermé par un enclos que l'année suivante ; on se contenta, pour le moment d'entourer l'ancienne propriété d'une palissade qui servit, pendant quelque temps, de limites à la clôture des religieuses.
En attendant que les salles de l'Hospice fussent prêtes à recevoir les malades, on fit préparer, dans le voisinage, un petit logement où furent dresssés un certain nombre de lits pour les Français. Quant aux sauvages ils étaient soignés dans les cabanes de la cour : ce fut une cause de graves incommodités pour nos infirmières pendant l'hiver de 1645. Elles étaient obligées de marcher à travers les neiges et de s'exposer aux vents glacés qui soufflent, à cette saison, et cela chaque fois que le devoir les appelait au chevet de leurs malades. En outre, leur bâtiment n'était guère plus logeable que celui de Sillery
1. Ce ruisseau a disparu du sol depuis les travaux de drainage qui ont été faits à la Haute-Ville. Le canal par où il coule débouche sous les murs des remparts. Son lit se dessèche pendant une partie de l'année, mais à la fonte des neiges, il grossit et tombe en torrent sur le flanc de la montagne.
à l'époque du premier hiver qu'elles y avaient passé. Il n'y avait ni dépôt, ni parloir, ni dépendances.
Enfin, malgré les grandes dépenses qu'entraînaient les travaux d'installation, elles se virent obligées de nourrir à leurs frais, pendant plusieurs années, un bon nombre de familles liuronnes et algonquines, dont les chefs n'osaient se livrer à leur chasse ordinaire dans les bois par crainte des Iroquois
Ce ne fut que dans le cours de l'année 1646 que le corps principal du monastère fut achevé, et que la chapelle conventuelle * fut ouverte aux exercices religieux. L'inauguration de cette chapelle eut lieu le 16 mars, avec toute la solennité que permettaient les faibles ressources de la communauté. Elle fut dédiée au Précieux- Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à la très-Sainte Vierge, sous le titre de Notre-Dame de Pitié. La célébration de ce double titulaire fut assignée, la première au dimanche de la Passion, la seconde au 8 de septembre fête de la Nativité de la Sainte-Vierge.
Cette bénédiction solennelle fut faite par le Révérend Père Vimont assisté des principaux membres du clergé de Québec.
La petite chapelle décorée avec une rustique simplicité, avait un air de fraîcheur, de décence et même de grâce qui reportait la pensée aux
!. Ce n'était qu'une chapelle intérieure.
belles fêtes du monastère de Dieppe. Le chœur des religieuses offrait un coup-d'œil nouveau et tout réjoui qui ne s'était pas vu depuis assez longtemps. Toutes les Hospitalières avaient repris l'habit blanc de leur ordre qu'elles ne devaient plus quitter à l'avenir. Il est facile d'imaginer avec quelle joie elles s'étaient dépouillées du sombre et triste vêtement que la nécessité les avaient forcées de prendre à iSillery.
Ce changement était le signe de l'ère nouvelle qui s'ouvrait en ce jour pour l'Hôtel-Dieu de Québec. On était en effet arrivé au terme de toutes les pérégrinations par lesquelles il avait fallu passer avant de se fixer définitivement. A la vie d'agitation et d'embarras dans laquelle on avait été plongé depuis l'origine de la fondation, allaient succéder des années moins tourmentées et moins pénibles à traverser. On ne serait plus contraint par des circonstances incontrôlables, à enfreindre les limites de la clôture : les règles et les observances de la vie monastique pourraient être désormais suivies avec la régularité ordinaire.
Le cloître dont la partie essentielle était maintenant construite, allait s'agrandir peu à peu, voir accroître ses ressources, augmenter le nombre des saintes ouvrières qu'il abritait et prospérer l'œuvre de charité qu'elles travaillaient à fonder.
Cette ère de régularité et d'agrandissement plus ou moins progressif, qui s'ouvre avec
l'année 1646, marque le terme de la première période de cette histoire. Nous l'avons fait connaître avec la variété de ses incidents, de ses difficultés et de ses périls.
La seconde période des annales de l'Hôtel- Dieu dont nous allons maintenant entreprendre le récit, contient la matière d'études également intéressantes, également instructives au point de vue religieux. Elle renferme en particulier la vie de l'une des âmes les plus extraordinaires dont il soit fait mention dans les annales de la Nouvelle-France. Nous voulons parler de la vénérable mère Catherine de Saint-Augustin, religieuse du monastère de Bayeux, venue au Canada en 1648, et décédée à l'Hôtel-Dieu de Québec, en 1668.
La vie toute céleste de la mère de Saint- Augustin a été écrite par le Révérend Père Ragueneau, de la Compagnie de Jésus, ancien missionnaire au Canada. x Cette vie, dédiée à la duchesse d'Aiguillon, a été publiée à Paris en 1671. Elle forme un volume considérable qui est devenu aujourd'hui d'une excessive rareté. Cette histoire a les défauts des livres du même genre écrits à cette ^époque. Le style vieilli,
1. La vie delà. Mère Catherine de Saint-Augustin, religieuse Hospitalière de la Miséricorde de Québec en la Nouvelle- France, composée par le Révérend Père Paul Ragueneau, de la Compagnie de Jésus. A Paris, chez Florentin Lambert 1671. Un volume in 8°, 384 pages.
diffus, prolixe, en rend la lecture sinon impossible, du moins extrêmement ardue. Toutefois on ne peut fermer ce livre après en avoir fait la lecture, sans en garder une profonde impression, sans éprouver un sentiment d'admiration et de reconnaissance à la vue des merveilles de grâces que Dieu a opérées dans la mère de Saint- Augustin, des lumières surnaturelles qui lui ont été communiquées et qui l'ont fait entrer si avant dans les secrets et la familiarité de Dieu.
Quant à l'authenticité des faits et des témoignages rapportés dans cet ouvrage, on a pour garant la parole de Mgr. de Laval, sous les yeux duquel cette vie a été écrite. C'est par son ordre que la mère de Saint-Augustin écrivit elle-même sa vie et les opérations de Dieu dans son âme. Le Père Ragueneau composa ensuite son livre sur ces notes qui lui furent communiquées par la supérieure de l'Hôtel-Dieu.
On connaît la hante raison, la science théologique, aussi bien que les vertus austères et la vie monacale du premier évêque de Québec. Le sentiment de ce prélat est une des plus hautes autorités qu'on puisse invoquer en cette matière.
La mère Marie de l'Incarnation, émule en sainteté et contemporaine de la mère de Saint- Augustin, a été justement surnommée la Thérèse de la Nouvelle-France. On peut dire, avec autant de vérité, que la mère de Saint-Augustin en a été la Catherine de Sienne.
Les communications qu'elle a eues avec le
monde invisible sont aussi étonnantes que celles dont a été favorisée la sainte d'Italie. Elle était du nombre de ces êtres prédestinés qui semblent s'être dépouillés dès ici-bas de toutes les défectuosités de la nature humaine et s'être revêtus d'avance des perfections angéliques.
Quand la vie de la mère de Saint- Augustin sera connue dans notre pays, elle excitera une vénération aussi grande que celle de la mère Marie de l'Incarnation. Si elle n'a pas eu la trempe supérieure de son génie, ni la mâle élévation de son caractère, elle en a eu l'héroïsme et le dévouement, l'enthousiasme et les extases.
Le temps est venu, croyons-nous, d'arracher à l'oubli, dans lequel il a été enseveli depuis les malheurs de la conquête, le nom de la mère Catherine de Saint- Augustin qui fut autrefois si honoré et si invoqué par nos aïeux, de proposer à l'admiration, à la piété et à la vénération publique cette ancêtre spirituelle qui nous a été donnée et qui est sans aucun doute un des anges protecteurs les plus puissants que le Canada possède au ciel.
C'est le but principal que nous nous sommes proposé en entreprenant d'écrire l'histoire de l'Hôtel-Dieu.