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On procéda sans délai à l'élection des quatre religieuses qui devaient aller commencer la fondation. Ce furent les mères Louise Soumande de Saint-Augustin, qui exerçait ici la charge d'assistante, Marguerite Bourdon de Saint -Jean- Baptiste, qui était hospitalière, la sœur Grene viève G-osselin de Sainte-Madeleine, qui, n'était encore que novice professe, et la sœur Madeleine Bacon de la Résurrection, religieuse converse. Leur obédience date du 31 mars 1098.
Elles quittèrent l'Hôtel-Dieu pour l'Hôpital- G-énéral dès le lendemain, premier avril. La mère de Saint-Ignace, alors supérieure, accompagnée de la vénérée mère de Saint-Bonaventure et de quelques autres sœurs, alla elle-même les y conduire et séjourna huit jours dans l'Hôpital, afin de veiller à l'installation et au fonctionnement régulier de la communanté.
Mgr. de Saint- Vallier y fit conduire successivement, dans le cours de l'été, chacune des vocales, afin de leur faire connaître cette résidence et de conserver l'union entre les deux maisons. I
Les anxiétés que ces changements avaient causées commençaient à se calmer et le cloître rentrait peu à peu dans sa quiétude habituelle,
1. Les annales de l'Hûpital-Général disent que celte visite avait été faite antérieurement à leur prise de possession de l'Hôpital.
lorsqu'une autre proposition de l'évêque vint réveiller toutes les craintes. Il demandait deux nouvelles religieuses pour son hôpital. On eut beau objecter le petit nombre des Hospitalières et les clauses formelles du contrat, le prélat fut inflexible. Il fallut, pour le bien de la paix, se résigner à ce sacrifice, et le choix tomba sur la mère Marie-G-abrielle Denis de l'Annonciation et sur la mère Madeleine Soumande de la Conception.
Cette nouvelle demande de l'évêque réalisa et renouvela les appréhensions que l'on avait eues dès l'origine. On craignit que la communauté, affaiblie par la perte de tant de sujets précieux, ne vit son existence compromise * . Bien des larmes silencieuses furent répandues aux pieds des saints autels ; bien des prières ferventes furent adressées à Dieu ; bien des pénitences furent faites pour conjurer un malheur dont la seule pensée était, pour ces pauvres religieuses, plus pénible et plus inquiétante que les privations, les fatigues et les dangers des premiers temps.
Cet état de malaise, sans toutefois être suivi d'aucun autre incident fâcheux, dura jusqu'au mois de janvier 1G99. Alors Mgr. de Saint- Vallier intima à la supérieure de l' Hôtel-Dieu qu'il
1. La communauté était composée de vingt-deux prof>'?->'> de chœur et de neuf sœurs converses.
voulait avoir douze religieuses, l et douze cents livres de rente pour l'Hôpital-Grénéral. La mère de Saint-Ignace représenta que la perte de ces nouveaux sujets et d'une telle partie des revenus entraînerait l'appauvrissement, sinon la ruine de l'Hôtel-Dieu dont ces douze cents livres formaient le revenu le plus clair. -
Ces contestations furent tenues secrètes, autant cpue possible, afin de ne pas troubler la paix du cloître et de ne pas effrayer les esprits. Quelques religieuses néanmoins se laissèrent entraîner à approuver ce projet, autant par respect pour l'Evêque que par l'idée qu'il était indifférent de servir les pauvres dans l'une ou dans l'autre communauté. Le prélat, mettant son dessein à exécution, fit même partir pour l'Hôpital-Grénéral
J. Les annales de l'IIùpital-Générai disent seulement deux. Tous les manuscrits de l'Hùtel-Dieu portent le nombre à douze : c'est probablement en y comprenant les six premières déjà rendues.
2. Les annales de l'Hôpital-Général ne font aucune mention de la demande de ces douze cents livres. Ne pourrait-on pas l'expliquer de la manière suivante ? La communauté de Québec s'était réservé le maniement de mille livres et de quelques auln's petites rentes constituées par Mgr. de Saint-Vallier, pour la nourriture et l'entretien des quatre fondatrices. Celles-ci recevaient de la maison-mère non de l'argent, mais des provisions et des effets. Voyant à cela des in"onvénients, elles demandèrent après quelque lemps à administrer elles-mêmes leur revenu, " cequi leur fut accordé, mais non sans peine, par 'l'entremise de M. de la Colombière.
une religieuse, que ses parents ramenèrent à l'Hôtel-Dien quinze jours plus tard. 1
Cet incident, joint à la résistance qu'avait montrée la mère de Saint-Ignace aux projets de l'évêque, acheva d'indisposer contre elle l'esprit de ce prélat, qui résolut de profiter du temps de l'élection pour la priver de toute autorité dans la communauté.
Les élections eurent lieu cette année 1690, le 20 mars, au moment même où les discussions étaient les plus vives. Mgr. de Saint-Vallier voulut y présider en personne, comme, du reste, c'était son droit incontestable,
Il ne pouvait être question de réélire la mère de Saint Ignace, puisqu'elle terminait sa seconde triennalité ; mais l'évêque voulait qu'elle fût privée de toute charge. Aussi lorsque la mère Fiquenel du Sacré-Cœur eut été élue Supérieure, il défendit de procéder aux autres élections. Cet acte arbitraire mit le comble aux alarmes des sœurs. Un mois plus tard l'évêque nomma la mère Marguerite Pèlerin de la Nativité dépositaire des pauvres, par un billet qu'il adressa à M. Ango des Maizerets, supérieur des Hospitalières.
Mgr. de Saint-Vallier, voyant l'impossibilité où était l'IIôtel-Dieu de fournir le nombre de religieuses demandé, fit une ordonnance, en date du
I. Les annales de FHûpital-Gén^ral disent que ce fut le. lendemain.
7 avril, par laquelle il séparait entièrement les deux communautés. Cet acte fut .signé par l'Hôtel-Dieu et l'Hôpital-G-énéral.
Pendant tout cet orage, les Hospitalières, à part quelques-unes que nous avons mentionnées, restèrent étroitement unies ensemble, convaincues que cette union ferait leur force et le salut de la communauté dans ces conjonctures critiques.
Comme il n'y avait aucun espoir de conciliation, le chapitre résolut d'en appeler à l'autorité royale, non pas en vue de faire résilier le contrat de séparation, auquel il n'avait cependant consenti que par respect pour l'évéque, comme il est exprimé dans l'acte d'adhésion, mais en vue de faire préciser certains points qui auraient pu être encore l'occasion de quelques difficultés. Le mémoire que l'Hôtel-Dieu adressa 1 au comte de Pontchartrain, alors ministre d'état, fut soumis, avant d'être expédié en France, à l'ancien évéque, Mgr. de Laval, qui vivait retiré au Séminaire de Québec. Le vénérable prélat examina attentivement ce mémoire et le jugea en tout conforme à la vérité et à la justice. Les Hospitalières y demandaient, en résumé, qu'il fût permis à Mgr. de Saint-Vallier de recevoir pour son hôpital des religieuses, jusqu'à douze, et que leur