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Constitutions. Traité 1er Chap. IV. p

.'!. Constitutions. Traité 4cme Chap. 1er p. 175.

qu'elle doit s'y engager en prononçant ses autres vœux, et l'observer d'après les prescriptions du concile de Trente avec les modifications jugées nécessaires par l'évêque.

Après un an de nouvelles épreuves, elle est examinée par l'évêque ou son délégué, et si elle a les qualités et les dispositions requises, elle est acceptée par le chapitre et admise à la profession.

La célébration de ses fiançailles avec Jésus-Christ se fait avec toute la pompe religieuse que peut déployer la communauté. Les parents de la novice et le public y sont admis.

Après la messe durant laquelle la novice communie immédiatement après la supérieure, elle prononce ses vœux et reçoit le voile noir des mains de l'évêque. C'est alors qu'a lieu l'imposante cérémonie des adieux au monde. Debout au milieu du chœur des religieuses, la novice fait une inclination profonde aux quatre coins de l'horizon pour dire un éternel adieu à la terre. Puis elle se prosterne la face sur le parvis. Pendant ce temps, les quatre plus jeunes professes s'avancent lentement tenant chacune un coin du drap mortuaire qu'elles vont étendre sur elle, tandis qu'on chante les litanies des saints.

Lorsque la novice se relève de ce tombeau vivant, elle est ressuscitée à une vie nouvelle et devenue pour jamais l'épouse de Jésus-Christ. Sa reconnaissance s'exprime par le chant du Te Deum qu'elle entonne elle-même et que toute la communauté poursuit en chœur. La cérémonie se termine par le baiser de paix que la nouvelle professe reçoit de la supérieure et de toutes les religieuses, en signe d'alliance et de fraternelle réception.

En prononçant ses vœux elle se lie pour toujours à la communauté et celle-ci l'adopte pour un de ses membres. Désormais l'Eglise seule pourra rompre le sceau de cette alliance. La jeune professe demeure encore quatre ans sous la conduite de la maîtresse des novices, et assujettie à toutes les observances et pratiques du noviciat tout en étant employée comme aide dans les offices que la supérieure lui assigne. A l'expiration de ces quatre années, la jeune professe dit adieu au berceau de son enfance spirituelle et va prendre place dans la communauté à côté de celles qui, ayant parcouru les différentes étapes du noviciat, sont arrivées à la maturité de leur vocation. Parvenue à ce terme tant désiré n'est-ce pas le moment pour l'hospitalière de se reposer, de jouir en paix de ses labeurs. Loin d'elle une pareille pensée : ce serait la plus dangereuse des illusions, un assoupissement précurseur de la mort. Au contraire, elle doit travailler avec plus de zèle et de ferveur que jamais à l'œuvre de sa perfection, afin de correspondre à l'accroissement des grâces, afin d'être l'édification de la communauté et surtout le modèle des jeunes sœurs qui s'avancent à sa suite dans la carrière de la probation. A l'exemple des vierges sages de l'Evangile, elle doit toujours tenir sa lampe allumée afin de n'être pas prise au dépourvu à l'arrivée de l'Epoux. D'ailleurs comment pourrait-elle s'endormir dans une lâche inaction, à la vue de ses compagnes plus âgées qu'elle qui portent si vaillamment le joug du Seigneur, à la vue surtout de ces vénérables anciennes qui ont blanchie dans les saintes rigueurs de la pénitence, dans les devoirs de l'hospitalité, et qui, courbées sous le poids de leurs années et de

leurs mérites, marchent d'un pas si ferme dans les sentiers du ciel. La limite de sa perfection est de n'en point avoir, comme le divin idéal qu'elle a sous les yeux, et qu'elle cherche sans cesse à reproduire en elle-même, avec l'espérance d'en approcher toujours de plus près, et avec l'humble conviction de ne l'atteindre jamais. Son ardeur est ainsi toujours tenue en éveil et à mesure qu'elle avance dans la vie, elle monte de clartés en clartés, découvrant de nouveaux horizons qui, en élargissant son âme, la font aspirer davantage vers cette complète transfiguration qui ne sera consommée que dans l'Eternité.

Dans la crainte que l'épouse de Jésus se ralentisse dans ses sublimes ascensions, la règle place, à des époques rapprochées, des jours de rénovation et de retraite durant lesquels l'âme se replie sur ellemême, pour scruter et purifier ses moindres intentions, afin de se dilater ensuite avec plus de générosité, d'allégresse et d'amour. Car, il ne faut pas l'oublier, tout ici est marqué du sceau de l'amour ; et c'est pour cela que la vraie religieuse ne marche pas mais qu'elle vole dans la voie des conseils évangéliques, éprouvant chaque jour de plus en plus combien le joug du Seigneur est suave et son fardeau léger. Y a-t-il, en effet, dans le monde, des âmes plus gaies, des esprits plus libres, des figures plus souriantes que parmi les vierges consacrées à Dieu ?

Dans cette puissante législation du cloître, rien n'est omis, tout est prévu, tout est réglé. Les combats de la mort ont leurs lois comme ceux de la vie.

Dès les premiers symptômes de la maladie, l'hos-

pitalière doit faire preuve de générosité, l'accueillant comme un dernier moyen qui lui est présenté pour achever de se sanctifier, " acceptant la maladie comme un don de Dieu ; ne recherchant aucun soulagement superflu, se mortifiant avec courage ; embrassant la croix du Fils de Dieu avec amour ; remettant tout le soin d'elle-même en sa sainte providence et entre les mains de sa supérieure et des infirmières."1 Celles-ci de leur côté, doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour procurer à leur sœur malade les soins propres au rétablissement de sa santé.

Dès que le médecin a prononcé que la maladie peut tourner à la mort, la supérieure se hâte de lui procurer tous les secours spirituels en son pouvoir. Autant que possible, la communauté est présente lorsqu'on lui apporte le Saint- Viatique et qu'on lui administre l'Extrême-Onction. Un moment avant que le prêtre lui présente la Sainte-Hostie, la malade demande pardon des fautes qu'elle a commises en l'observance régulière, puis renouvelle à haute voix ses vœux. Les consolations spirituelles continuent de lui être prodiguées jusqu'à son dernier moment. Toutes ses sœurs demeurent auprès d'elle pendant son agonie ; le chapelain s'y doit trouver aussi, afin de l'assister, de la consoler et de l'encourager en ce dernier combat.

En présence de ce spiritualisme si élevé, dont la religion environne la mourante, les images sinistres de la mort s'évanouissent pour ne laisser place qu'à l'idée du sacrifice suprême qui termine et

A. Constitutions, Traité III. chap. II. p. 99.

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couronne tous les autres. L'infirmerie devient l'antichambre du ciel, ou la fiancée de Jésus-Christ est introduite, au moment de consommer ses noces avec son divin Epoux. Le voici qui vient, Ecce sponsus venil, elle ne meurt pas, elle s'immole et tombe entre les bras de son bien-aimé qui la conduit dans la salle du festin éternel.

Aussitôt que la malade a rendu le dernier soupir, le prêtre commence le répons Subvenite,et toutes prient dévotement pour elle. Peu après, on la revêt de son habit religieux, pieds nus, mains jointes entre lesquelles on met un crucifix et la copie de la cédule de sa profession.

A la tête du lit sur lequel elle est exposée, on dispose une crédence portant une croix entre deux cierges allumés, et à ses pieds de l'eau bénite sur une table. Deux de ses sœurs qui se relèvent d'heure en heure, veillent auprès d'elle, récitant le psautier pour le repos de son âme.

La levée du corps se fait la veille des funérailles, avec les cérémonies prescrites par le rituel. Le corps déposé dans le cercueil, et à demi assis, est porté au chœur par quatre ou six religieuses et placé au milieu sur des tréteaux où il reste découvert jusqu'après le service.

L'office des morts est récité alors en chœur.

Le lendemain ont lieu les funérailles et l'inhumation qui se font conformément au rituel romain. Le clergé entre dans le chœur des religieuses pour l'absoute ; laquelle étant terminée, la supérieure avec quelques-unes de ses sœurs s'approchent et couchent la défunte dans son cercueil sur lequel elles étendent le drap mortuaire.

Le porte-croix accompagné de deux acolytes sort

du chœur suivi de toutes les autres religieuses ayant chacune un cierge en main et le voile naisse ; après elles vient le clergé puis le corps porté par les religienses. La procession fait le tour du cloître pour se rendre au cimetière qui se trouve à l'un des angles de la cour intérieure et entouré de murs.

Les prières terminées et le corps descendu dans la fosse, la procession se sépare : le clergé se rend à la sacristie par la salle des malades et les religieuses retournent au chœur par le môme chemin qu'elles viennent de parcourir.

Gomme le cimetière est fort petit et ne peut contenir qu'un nombre déterminé de tombes, les plus anciennes sont relevées d'époque en époque. On en recueille les ossements desséchés qui sont rangés en ordre dans un ossuaire ouvert dans la paroi contigue du monastère.

Quoique séparée de corps d'avec ses sœurs, la chère défunte qu'on a conduite en terre, n'est pas oubliée. Pendant les trente jours qui suivent son décès, le psaume De profanais doit se dire chaque jour proche du lieu de sa sépulture. De plus la communauté est obligée de faire célébrer, outre le service anniversaire, quatre services qui consistent. en une grand'messe, deux basses et l'office des morts. Elle doit aussi faire dire trente autres messes. Chaque religieuse est obligée de réciter en son particulier trois offices des morts de neuf leçons et trois chapelets. Une circulaire, annonçant la mort de la défunte, est adressée à toutes les communautés de l'ordre, qui se compose de dixhuit maisons eu France et de deux au Canada, sans compter l'Hôtel-Dieu de Québec. Chacune de ces communautés doit faire dire trois liasses

messes et doivent réciter un chapelet pour la défunte. Enfin, tant que l'ordre existera elle aura part à un service solennel qui se chante dans chaque communauté tous les ans, le 13 ou 14 novembre, pour toutes les religieuses de l'Institut qui sont décédées.

On voit par ce court résumé quel est l'esprit de l'Institut des Hospitalières. Ce n'est autre que celui de Jésus-Christ lui-même, esprit d'amour pour son Père céleste, esprit de charité pour le prochain. Ce sont là les deux pôles sur lesquels roule tout le système de la société. L'âme généreuse qui s'y engage, entre dans un monde nouveau, elle fait partie de son orbite, elle devient un de ses astres, qui a son aurore, son midi, et son couchant, qui croît en beauté et en lumière à mesure qu'il se laisse pénétrer davantage par les rayons de la grâce et qu'il les reflète avec plus de fidélité.

Toute la vie de l'hospitalière, depuis son entrée en religion jusqu'à sa mort devient transformée en Dieu. Il n'y a pas jusqu'aux plus obscurs fonctions, jusqu'aux actions les .plus humbles, comme le sommeil, les repas, les recréations qui, après avoir passé à travers ce moule divin, n'en ressortent toutes transfigurées. L'épouse de Dieu peut dire en toute vérité avec l'apôtre : Mihivivere Christus est, ma vie c'est Jésus-Christ. A lui toutes mes pensées, mes désirs, mes mouvements, ma vie, ma mort. L'héroïsme n'est plus qu'une conséquence toute naturelle de cette puissante organisation monastique qui tend sans cesse à détruire partout la nature, pour ne laisser vivre et agir que la grâce. Les obstacles les plus difficiles, les dangers, les

fatigues, les sacrifices ne sont plus que les degrés de l'échelle par où Ton arrive à ce sommet. Là est l'explication de tant d'actes sublimes qu'on rencontre dans le cours de cette histoire. Heureuses les âmes assez élevées pour les comprendre et assez généreuses pour les imiter.

NOTES HISTORIQUES SUR I/hOPITAL-GÉNÉRAL. 1

Il faut remonter au berceau même de la colonie canadienne pour trouver l'origine du monastère de Notre-Dame des Anges. Il fut construit treize ans seulement après la fondation de Québec, par les Pères Récollets auxquels le premier gouverneur de la Nouvelle-France avait confié l'œuvre des missions sauvages. Le site occupé par ce couvent était déjà depuis longtemps un lieu historique : c'est dans cette môme vallée, un peu en aval, au confluent de la petite rivière Lairet et de la rivière Saint-Charles, que Jacques Cartier et ses compagnons avaient passé le premier hiver au Canada.

Ce fut le vingt-cinq mai seize-cent vingt-et-un, qu'eut lieu la bénédiction de l'église de Notre- Dame des Anges.

1. Nous devons ces notes à l'obligeance de la mère de Saint. Félix, secrétaire de la communauté.

La construction des autres bâtiments se poursuivit avec beaucoup d'activité ; et bientôt la maison fut en état de loger les religieux, qui ouvrirent dans le cours de l'année môme un séminaire pour les petits sauvages.

A l'arrivée des Pères Jésuites, en 1625, les Récollets furent heureux de leur offrir l'hospitalité qu'ils n'auraient pu trouver ailleurs. Les enfants de Saint-François et ceux de Saint-Ignace vécurent sous le môme toit pendant deux ans et demi, et le couvent de Notre-Dame des Anges devint ainsi le centre d'où les lumières de la foi s'étendaient sur le reste du pays par les prédications de ces zélés missionnaires.

Lorsqu'on 1629 les Anglais s'emparèrent du fort de Québec, ils emmenèrent en Angleterre les Récollets et les Jésuites ; l'amiral Kertk ne leur avait laissé emporter avec eux que leurs robes et leurs livres.

Trois ans plus tard, (29 mars 1632) le traité de Saint-Germain-en-Laye rendit le Canada à ses anciens maîtres. Sur les premiers vaisseaux qui firent voile pour le nouveau monde, le cardinal de Richelieu voulut qu'on donnât passage à quelques apôtres des missions ; en conséquence plusieurs religieux de la Compagnie de Jésus partirent de Honfleur le 18 avril de cette môme année 1632. Les Récollets songeaient eux aussi à reprendre leur lointaine mission et ils s'adressèrent pour cela aux principaux directeurs de la colonie ; mais on rejeta leur requête sous divers prétextes. Ce ne fut qu'en 1669, après des sollicitations réitérées qu'ils obtinrent enfin la permission de passer au Canada.

A leur arrivée les Pères Récollets reprirent

possession des terres qui avaient appartenu aux religieux de leur ordre, quarante ans auparavant. Mais leur couvent, autrefois l'ornement du pays, ne présentait plus que des ruines. Les Anglais, pendant leur courte domination, s'étaient emparé de tous les objets qui leur avaient paru de quelque utilité, et les Français, bien loin de chercher à conserver cette première maison religieuse, n'avaient

pas peu contribué à son entière décadence " On

laisse à penser, dit le Père Leclercq, avec quel sentiment de douleur et de zèle le Père Allart considéra les tristes débris de notre ancienne

maison On lui marqua tout l'emplacement que

les constructions avaient occupé autrefois ; il fut quelque temps à délibérer mais enfin il résolut de bâtir au même endroit, à une demi-lieue de la ville."

Les religieux se mirent tout de suite à déblayer le terrain, et à préparer les matériaux. La première pierre de la nouvelle église fut posée le 22 juin 1671, par M. l'Intendant Talon.

Le comte de Frontenac se montra le protecteur des nouveaux missionnaires. Il fit élever pour eux à ses frais une aile de soixante pieds de long sur vingt et un de large. Peu après les religieux commencèrent la construction d'un nouveau corpsde-logis. Tous ces bâtiments achevés, le couvent de Notre-Dame des Anges était devenu une des maisons les plus belles et les plus commodes du pays, mais les Pères s'y trouvaient trop éloignés de la ville.

Après avoir souffert de cet inconvénient pendant un certain nombre d'années ils offrirent à l'évêque de Québec leur couvent et toutes ses dépendances. Mgr. de Saint Vallier en acquit la propriété en 1692

et y établit un hospice des invalides. Ce fut Tannée suivante que la direction en fut confiée aux religieuses Hospitalières de Québec.

Après avoir assuré par sa fermeté l'existence de son Hôpital-Général, l'évèque de Québec continua sa protection et ses largesses à cette institution si utile aux malheureux. Il avait formé de vastes plans pour l'agrandissement de l'édifice, mais les obstacles qu'on lui suscita, les pertes qu'il eut à subir, soit par les naufrages, soit par d'autres accidents, l'empêchèrent de réaliser ses projets et il dut se contenter de faire bâtir deux ailes qui formèrent avec l'église et le bâtiment des Récollets un vaste rectangle.

La première pierre des nouvelles constructions fut posée au mois de juin 1710. Ces constructions étaient presque terminées en 1713 lorsque Mgr. de Saint-Vallier revint au Canada après une absence de près de 13 ans. Il choisit alors sa demeure auprès des pauvres infirmes, dans cet hospice qui lui était si cher. Ce fut une des plus douces consolations de sa vieillesse de voir la communauté de l'Hôpital-Général s'affermir et se développer et les religieuses s'employer avec ferveur à servir et à soulager les membres souffrants de Jésus-Christ !

A force de s'imposer à lui-môme des privations et des sacrifices, le prélat parvint à constituer en France une somme suffisante pour la nourriture et l'entretien de trente pauvres invalides. En 1717 il fit bâtir auprès de l'hospice un logement où les personnes atteintes d'aliénation mentale étaient reçues et traitées. Quelques années après, voulant donner un nouvel aliment au zèle des religieuses, il leur psrmit d'ouvrir pour l'éducation des jeunes

filles un pensionnat qui subsista jusqu'en 1868. Les clames qui désiraient vivre retirées du monde trouvaient aussi dans l'institution des chambres à leur usage.

Mgr. de Saint-Vallier mourut à l'Hôpital-Général le 26 décembre 1727 dans sa 75ème année. Il avait gouverné pendant 43 ans avec un zèle vraiment apostolique, son vaste diocèse, s'opposant toujours aux abus, quel que fût le rang ou la qualité des personnes qui les autorisaient, fondant ou restaurant des églises, ouvrant des écoles pour la jeunesse, convoquant des synodes pour le maintien de la discipline ecclésiastique, ne laissant pas à d'autres la visite des paroisses et clés missions échelonnées le long du Saint-Laurent, et faisant sentir la bienfaisante influence de sa sollicitude pastorale depuis le Cap -Breton jusqu'à la Louisiane qui étaient les limites extrêmes de son immense diocèse.

Les successeurs de Mgr. de Saint-Vallier conti nuèrent à l'Hôpital-Géneral leurs soins et leur vigilance. D'autre part, les gouverneurs et les intendants l'entourèrent de leur haute protection.

Après les pertes subies par l'Institut à l'époque de la conquête anglaise, la communauté se trouva à deux doigts de sa ruine ; elle ne dut sa conservation et sa restauration qu'à la sollicitude paternelle de Mgr. Briand et au généreux dévouement de M. l'abbé des Bergères de Rigauville.

L'invasion américaine causa de nouvelles alarmes aux religieuses et à leurs zélés protecteurs. Le couvent se trouva à la merci des troupes ennemies qui s'y cantonnèrent pendant plusieurs mois. Toutefois les officiers de la naissante république se montrèrent pleins de respect pour les religieuses ;

ils ne voulurent jamais occuper ou faire occuper par les leurs aucun des appartements appropriés exclusivement à la communauté.

A l'exemple de l'ancien gouvernement, les autorités anglaises octroyèrent à l'Hôpital-Général un subside pour la nourriture et l'entretien d'un certain nombre d'invalides et d'insensés. Ces derniers restèrent sous les soins des Hospitalières jusqu'à l'ouverture de l'Asile de Beauport en 1846.

De tout temps les religieuses ont suppléé par un travail assidu à l'insuffisance des revenus de rétablissement ; et, aux époques d'une plus grande pénurie, on les a vues se livrer aux rudes labeurs des champs pour faire valoir le patrimoine des pauvres. Par ce moyen, malgré les vicissitudes des temps, malgré la guerre et la disette, malgré la perte des sommes qu'elles percevaient en France, les Hospitalières réussirent à conserver l'œuvre de Mgr. de Saint-Vallier ; et à lui donner même de l'extension. Dans le premier quart de ce siècle le nombre des invalides variait de cinquante à soixante ; moins de vingt-cinq ans après il s'élevait à cent.

L'hospice donne actuellement asile à cent soixante personnes pauvres, âgées ou infirmes. Sur ce nombre vingt-huit sont aux frais du gouvernement provincial. Il n'y a pour les hommes qu'une salle de trente trois lits. Pour les femmes il y a huit salles de différentes grandeurs, outre les réfectoires et les salles de travail. Les moins infirmes parmi ces invalides suivent un règlement établi pour le bon ordre ; ils sont occupés, selon leur aptitude, à divers ouvrages, tels que tricots, couture, etc. On confectionne dans la maison une

partie de la flanelle et de l'étoile qui servent aux usages domestiques.

Il y a un chapelain résidant dans l'institution. Deux médecins font à tour de rôle la visite des salles qui servent d'infirmerie.

Les religieuses se chargent de tout ce qui regarde l'alimentation, les médicaments, la surveillance et les soins à donner aux pauvres malades, tant de nuit que de jour.

La communauté se compose aujourd'hui de 48 professes de chœur et de 17 professes converses.

Il y a quatre ans, l'Hôpital-Général fournissait six fondatrices à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Jésus situé au faubourg Saint-Sauveur de Québec.

Cette nouvelle maison de la Miséricorde de Jésus qui prend un développement rapide compte déjà dix-huit religieuses professes et six novices.

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