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Annales de N.-D. des Anges

de leur emploi à la satisfaction du public jusqu'en 1692, que Monseigneur de Saint-Vallier conçut l’idée de les remplacer par les religieuses de l’Hôtel-Dieu. À la première ouverture que le prélat leur fit de son projet, elles parurent y acquiescer volontiers ; mais, réflexion faite, elles ne tardèrent pas à modifier leurs opinions, jugeant que le dessein de Mgr. de Saint-Vallier était de nature à leur attirer du désagrément et à troubler la paix intérieure dont elles avaient joui jusqu'alors. D'ailleurs, outre le sacrifice de plusieurs religieuses qu'exigeait cet établissement, il n’était pas dans les attributions directes de l'Ordre, dont le but essentiel est le soin des malides et non celui des infirmes.

Après de mûres réflexions, les Hospitalières crurent avoir trouvé un moyen de conciliation, en proposant à l'évêque d'employer le fonds qu'il destinait pour cet établissement à l'érection d'une annexe à leur monastère, laquelle serait spécialement affectée au soin des’infirmes. Ce plan, qui était suivi dans quelques-unes de leurs maisons de France, semblait moins déroger qu'aucun autre à l'esprit de leur règle. Mgr. de Saint-Vallier, qui avait grandement à cœur sa fondation, pour laquelle il avait déjà fait l'achat d’une maison, ne voulut point entendre parler de cette mesure, et il réitéra ses instances. La communauté se vit alors plongée dans de cruelles perplexités, suspendue entre le désir de seconder, autant qu'il lui serait possible, les desseins

charitables du prélat, et la crainte d'altérer leurs constitutions. Les administrateurs du bien des pauvres, qui partageaient les sentiments des Hospitalières, formulèrent une opposition à leur entrée dans l’Hôpital-Général (c'était lenom sous lequel était connu l’hospice des invalides). Tout fut inutile, et l’on finit par conseiller aux religieuses de céder aux désirs de l’évêque, pour éviter de plus grands inconvénients.

Le contrat de fondation fut passé, : et signé par l'évêque, le gouverneur, l'intendant, les administrateurs et tout le chapitre de l’Hôtel- Dieu. Ce contrat fut ratifié dans la suite par la cour de France. Il fut stipulé expressément que l'Hopital-Général serait en tout et toujours dépendant de l'Hôtel-Dieu, dont il ne devait être qu’une succursale, et que la supérieure de la nouvelle maison ne serait toujours qu’une subdéléguée de la supérieure générale. Il est vrai que cette dernière condition dérogeait à la lettre des constitutions ; mais si l’on fait réflexion aux circonstances qui avaient acompagné cette fondation, à la proximité des deux maisons dans un pays fort peu peuplé et où, par suite, il était difficile de recruter des sujets, enfin au danger qu'on pouvait craindre qu'une maison ne se dépeuplât au profit de l’autre, on reconnaîtra sans peine que l’Hôtel-Dieu avait des raisons plausibles d’en agir ainsi.

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