Histoire de l'hydroscopie et de la baguette divinatoire
Je prie toutes les personnes qui auraient des documents à me communiquer , des laits à me faire connaitre et des observations à m'adresser, de vouloir bien me les faire parvenir. M'occapant spécialement d'Hjdroscopie et d'Hydraulique , je voudrais faire progresser autant que possible cette importante branche des connaissances humaines. C'est dans ce but que je réclame l'utile concours de tous les hommes d'intelligence et de savoir, bien certain qu'il ne me fera pas défaut.
Chambéry, 20 octobre 1849. G. M.
HYDROSGOPIE
ET
définition' I>E L*HYDROSCOPIE. Oo DODQme h}'-
droscopie la propriété de découvrir les counanls d'eaux souterrains, d'en sentir les émanations par une sorte de frémissement fébrile , d'indiquer avec précision le lieu où coulent les sources , et d'apprécier plus ou moins exactement la profondeur à laquelle elles se trouvent. Les bydroscopes manifestent ordinairement leur faculté au moyen d'un instrument; les uns , ce sont les plus nombreux, se servent d'une baguette qui fourne entre leurs mains quand ils pas*
sent au-dessus d'une source ; les autres font usage d'un corps pesant placé à l'extrémité d'un cordon, c'est par ses oscillations, que ce corps indique les courants d'eaux souterrains. Ces deux instruments ser^^ent également à découvrir les métaux « les filons métalliques et les mines de charbon de terre.
l'hydroscopie était-elle connue dans l'antiquité ? — La baguette a joué un grand rôle dans l'antiquité: sous les noms de caducée, tbyrse, sceptre, bâton, verge, etc., elle se trouve entre les mains des dieux , des rois , des prêtres , des devins , des magiciens : elle fut toujours considérée comme un signe de puissance.
Les peuples de l'Asie , de même que ceux de l'Eu* rope , les Juifs ^ aussi bien que les Gentils , les Grecs et les Romains comme les Barbares , tous se sont servis de baguettes , de flèches et de petits morceaux de bois pour deviner l'avenir. Ces devinations, connues sous les noms de rhabdomantie , belomantie , xylomantie , paraissent cependant n'avoir aucun rapport avec la baguette qui sert à découvrir les sources. Deux faits seulement peuvent s'y rapporter; l'un se trouve dans la Bible^: Les enfants d'Israël
' Je ne citerai qu'un passage à l'appui de mon assertion. Le prophète Osée parlant au nom de Dieu , dit : « Mou peuple a interrogé du bois, et son bâton lui a prédit Ta venir. » Ch. iv, y. 12.
* Exode , ch. xvii ; Nombre y ch. xx.
fuyaient à travers le désert pour échapper^ à la tyrannie égyptienne , le manque d'eau les faisait cruellement souffrir, Moïse saisit sa baguette, en frappa le rocher, et fit jaillir une source tellement abondante qu'elle suffit aux besoins de tous; l'autre est conté par Ovide, dans ses Fastes^ : Janus, qui nous est toujours représenté un bâton à la main, voyant Rome prête à tomber entre les mains des Sabins , fit jaillir incontinent force sources d'eau , inonda tous les passages , et , par ce moyen , chassa l'ennemi et délivra la ville. Pour compléter ce dernier fait, nous ajouterons ce qu'on lit dans Albricus: « Janus portait dans sa main gauche un bâton avec lequel il frappait les rochers et en faisait jaillir de l'eau. * »
Malgré ces fait^ , il est probable que l'bydroscopie est restée inconnue aux anciens. Vitruve, qui donne avec détails tous les moyens employés par les Romains pour découvrir les eaux souterraines, n'en fait point mention. Pline n'enffparle pas , pourtant il a recueilli , sans critique ni discernement , tous les faits vrais ou faux qui sont parvenus
* Liv. I, vers 261 et suivants.
. * In sinistra vero babebat bacnlom , qno saxum percutere , et ex^ illo aquam prodocere yidebatur. Mythographi latinij 1681 , Albricus, de deorum imaginibus t cb. xiv. Cet ouvrage a été écrit dans le xi** siècle ; l'abbé Le BoMif le fait môme remonter au viii^ siècle, et de Jtivet le croit encore plus ancien.
à sa connaissance. L*opinion contraire s*appuierait sur une seule ligne de Gicéron , dans laquelle il nomme la baguette à trouver les trésors S' et sur le titre d'une satire de Varron : In virgula divina. Cette satire , malheureusement , ne nous est pas parvenue, nous ne la connaissons que parce qu'elle est citée dans Vétranius Maurus et Nonius Marcellus. Ce ne sont point là des preuves assez fortes , pour l'emporter sur les conséquences déduites du silence de Vitruve et de Pline.
BASILE VALENTIN LE PREMIER PARLE DE LA BA- GUETTE. — Le premier auteur qui a parlé de la baguette divinatoire est un religieux bénédictin , nommé Basile Valentin : il florissait vers l'an 1490. Dans son Testament ^ , ouvrage latin , dont il existe des traductions françaises , il nous apprend que depuis longtemps les ouvriers travaillant à la recherche des raines, emploient pour les découvrir une branche de noisetier. Cette branche doit être fourchue , elle tourne entre les mains de certains hommes quand ils se trouvent sur des filons métalliques. Fort adonné à l'astrologie, Basile Valentin expliquait ce phénomène par le moyen des actions célestes; il donne , dans son ouvrage , sept tableaux qui représentent les différents états du ciel sous lesquels on
* De officiis , liv. I , vers la fin.
■ Ch. xxu, xxm, XXIV, xxv, xxvi, xxviiet xxviiidu ÏP liv^
doit couper les baguettes pour découvrir les diverses espèces de mine. Ces tableaux ont eu un grand succès y ils furent reproduits par le baron de Beausoleil et par Tabbé de Vallemont , dans des ouvrages dynt il sera question plus loin.