partie de
prairies naturelles que la mer baigne à chaque marée, et où le gibier abonde le printemps et l’automne. Elles sont un des endroits de chasse les plus recherchés.
En 1858, us triste accident arriva sur les battures de l’'Argentenay. C'était au mois d'août, époque de la récolte du foin. Les cultivateurs, dispersés çà et là, travaillaient avec ardeur à enlever le foin que chacun venait de faucher. Déjà la marée montante couvrait une partie de la plage, qu’une rivière serpente en tout sens, sans qu’on puisse en distinguer le cours lorsque la mer l’a couverte de ses eaux. Les travailleurs se hâtaient d’enlever le foin que les eaux menaçaient d’emporter. Dans cet empresse-
‘ment, un jeune homme tomba dans la rivière, qu’il
ne voyaït pas, et disparut dans les tlots. Son père, qui travaillait à ses côtés, s’élance à son secours. Il reparaît au-dessus des ondes, tenant son fils dans ses bras. Les plus rapprochés s’avancent pour secourir- ces deux infortunés. L’un d’eux devance les autres, et reconnaît son maître se débattant contre la mort. Ce brave jeune homme n'hésite pas un instant à exposer sa vie, et se précipite avec ardeur dans la rivière. Ce noble dévouement, par malheur, n’eût pas de succès. Ils devaient tous succomber dans ce gouffre fatal, avant l’arrivée des secours nécessaires. Plusieurs travailleurs arrivent sur cette scène de désolation. L’un d’eux, infortuné fils, veut se précipiter à tout prix dans l’abime pour secourir son malheureux père ; mais il est retenu par ses compagnons, persuadés qu'il est impnssible de les
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sauver. Tout le monde gagne alors le rivage, et le. jeune homme se dirige à la demeure paternelle pour annoncer cette triste nouvelle à sa pauvre mère. Quelques heures après, les flots se retiraient, et laïssaient à découvert les corps des trois victimes, qui furent retirés du fond de la rivière. Voici leurs noms: Xavier Plante, Siméon Plante, son fils, et Hubert Blanchet, brave serviteur qui se sacrifla pour le salut de son maître. |
. À une époque très-reculée, une jeune fille de St. François exécuta une action singulière, et en même temps héroïque, qui mérite d’être consignée ici. Nous empruntons ce fait à l'intéressant Voyage autour de l'Ile d'Orléans, par le Dr. F. A. H. LaRue.
« Une jeune fille de St. François s’est rendue tristement célèbre autrefois dans l’histoire de la colonie. On était alors en 1695 ou 1696, et le gouverneur de ia Nouvelle-France, M. de Frontenac, se préparait à une expédition cuntre les Iroquois. |
«A cet effet, les miliciens avaient été convoqués, et parmi ces derniers, se trouvaient plusieurs jeunes hommes de St. François, entre autres le frère et l'amant de notre héroïne. L
« Cette jeune fille était âgée de seize ans. Les idées belliqueuses du gouverneur étaient donc loin d’être
partagées par cette Philaminte, et voici le stratigème
qu’elle crut devoir adopter pour faire avorter le projet du gouverneur, et empêcher, par là, le départ de son amant.
« Après avoir échangé son habillement de ‘femme pour les vêtements de son frère, et s'être travestie en homme, elle se rend à pied au bout de l'Ile.
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« Là, elle trouve un canotier qui consent à la traverser, en vue des nouvelles importantes qu’elle prétend avoir à communiquer au gouverneur.
« Durant le trajet, elle raconte au canotier qu’elle vient des prisons de Boston, où elle a été détenue pendant trois ans, et d’où elle est parvenue à s’échapper. Elle lui dit qu’elle a passé par chez le sieur de St. Castin, lequel lui a remis un paquet de lettres à l'adresse du gouverneur, et a bien voulu mettre à sa disposition un canot et un sauvage pour la conduire à Québec ; qu’elle a passé la nuit en bas de l'Ile où son canot lui a été enlevé, et que dans l’espoir de le retrouver, elle a monté par le nord de l'Ile, le sauvage, par le côté opposé.
« À tous ces détails, elle ajoute que le Sieur de Villebon est mort de maladie, que d’Iberville étant allé se battre devant Boston même, avec ses deux bâtiments, a été fait prisonnier et brûlé, et qu'’ellemême a été forcée Ge prêter la main à cette barbare exécution. Surtout, elle ne manque pas de faire sonner bien haut que les Anglais, au nombre de 10,000, à 11,000, se dirigent vers le Canada; qu’en passaut à la Rivière-du-Loup, elle a vu quatre frégates anglaises à la hauteur de Tadoussac, et que quarante autres doivent partir incessamment de Boston.—En faisant redouter une attaque du côté de Québec, il était clair, pour la jeune iille, que le gouverneur renoncerait à son projet, ec qu’elle, de son côté, ne serait pas séparée de son amant.
‘«Rendue à Québec, elle n’a rien de plus pressé que de répandre toutes ces nouvelles qui ne man-
quent pas de jeter le plus grand émoi dans toute la ville.
« Elle se rend ensuite chez le gouverneur ponr y débiter les mêmes sornettes ; mais heureusement qu'ici, on ne tarda pas à découvrir son stratagème. Elle fut couduite en prison ; et les détails manuscrits de ce curieux procès sont en la possession de la Société Historique de Québec, où je les ai puisés. »