MARTIN ET MARTINE
d’après une image de la fabrique de Cambrai.
PRÉFACE
magasinement dans les musées ne protège pas contre l’action du temps.
L’imagerie populaire des derniers siècles est déjà de toute rareté ; c’est pourquoi il importe de sauver les quelques planches gravées qui ont échappé au feu du poêle des imprimeries.
J’ai vu jadis, dans le musée archéologique du Mans, des bois curieux sur lesquels l’humidité développait ses lichens et ses mousses.
Dans d’autres musées, le temps avait produit une action telle sur des planches déjà minées par les vers, qu’il n’en restait plus que l’épiderme. Le dessous n’était que ruines et cavernes. Un coup de rouleau d’imprimerie eût suffi à enlever le travail du graveur.
On restaure tous les jours de précieux tableaux qui restent à jamais déshonorés par des retouches et des agents chimiques. Les bois n’ont rien à craindre du travail des clicheurs. Ainsi serait conservée l’imagerie.
— Pauvres images, dira-t-on.
11 n’y a pas de pauvres images pour des yeux curieux. Longtemps le peuple a été intéressé
PRÉFACE
par ces estampes ; nous connaissons son sentiment intime en pénétrant dans ces enluminures.
Ceux qui étudient l’imagerie populaire ne prétendent pas qu’on ouvre un cours sur ce sujet à l’École des beaux-arts.
Ce n’est point de l’art académique. 11 a pourtant sa gravité, sa tenue. Qu’importe que les délicats en fassent fi :
Les délicats sont malheureux,
Rien ne saurait les satisfaire,
dit avec une douce ironie La Fontaine.
Les grands esprits des siècles passés, Montaigne, Molière, sont pleins de sympathie pour les manifestations de l’esprit populaire. Ils s’en préoccupent, et s’intéressent quelquefois davantage à une chanson de carrefour qu’à un poème didactique.
Tant de commentateurs nous fatiguent de leurs ressassées sur Raphaël, qu’il sera peutêtre permis à un conteur de s’occuper des images à un sou.