Mémoires de S. Girardin. Ibid
grecques, Tattention de Tambassadeur de Turquie, avec lequel il parcourait le bal^
Il fut moins gracieux et moins galant pour une femme déjà célèbre non par sa beauté mais par son esprit Depuis le retour du général Bonaparte, Mme de Staël, partageant l'universelle admiration, accrue chez elle d'une exaltation poétique qui ne la quittait jamais, et d'un penchant très-décidé pour son héros, cherchait à nouer avec lui, a dit plus tard Napoléon % une liaison que celui-ci refusait avee autant d'empressement qu'elle lui était ofiTerte. Dans l'hôtel de l'ambassadeur de Suède , son mari, la fille de l'honnête mais inâpuissant ministre de liOuia XVI, avait organisé une influente coterie, presque un parti, dont Benjamin Constant était le coryphée , qui faisait des ministres, témoin M. de Talleyrand, et, plus par caprice qu'au nom de principes bien arrêtés, tantôt accordait et tantôt refusait son appui au gouvernement. La conquête du populaire général eût été pour le salon de Mme de Staël une belle victoire.
En se rendant au bal du ministre des Relations extérieures, elle s'était évidemment promis de se trouver sur le passage du héros qui la fuyait, et d'y provoquer avec lui un de ces entretiens d'apparat où elle avait la douce habitude de dominer. Mais le général Bonaparte refusa de se prêter à un dialogue public qui allait peu à ses goûts comme à sa politique de simplicité , et , dès les premiers mots , par
1. Mémoires de Mme la duchesse d'Abrantès, t. I, p. 357. 3. Mémorial de Sainte-Hélène, V* |>artie, p. 34.
DE LMMPËRATRICE JOSÉPUINE. 5
une bonhomie calculée, que son interlocutrice au ton où elle était montée, dut trouver singulièrement triviale et bourgeoise, il coupa court à cette joute d'éloquence à laquelle on le conviait.
L'anecdote a fait grand bruit : c'est rester dans notre cadre que de la reproduire ici , car elle n'est point étrangère à la biographie de Joséphine. De plus, comme cette première rencontre du futur Empereur et de l'illustre écrivain qui n'aurait peut-être pas demandé mieux que de ne le point haïr, a été fort diversement racontée , nous allons nous borner à copier les souvenirs d'un témoin bien placé pour voir et pour entendre , car c'est celui qui, dans cette circonstance, donnait le bras à Mme de Staël.
c< A peine assis sur une banquette (dit M. Arnault, qui était arrivé avec le général et Mme Bonaparte *) Mme de Staël vint s'asseoir à côté de moi. — « On « ne peut aborder votre général , me dit-elle; il faut « que vous me présentiez à lui. » — D'après une confidence qu'il venait de me faire, et certaines préventions que je lui connaissais contre cette dame, dont il redoutait l'esprit dominateur, craignant qu'elle n'éprouvât quelque rebufTade, je tâchai de la distraire de cette résolution, sans cependant m'expliquer. Il n'y eut pas moyen. S' emparant de moi, elle me mène droit au général , à travers le cercle qui l'environnait et qui s'écarte ou plutôt qu'elle écarte. Forcé de faire ce qu'elle désirait , et voulant toutefois décliner la