‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 145 sur 317 · Mme d'Abrantès, t, Ul, p · texte numérisé non relu

Mme d'Abrantès, t, Ul, p

tacle. La musique recommençait lorsque JoBéphine entra. Mais bientôt la sinistre réalité ne tarda pas à ètie connue. Une agitaticm extrême s'empare de la «aDe, et l'exécution de l'œuvre d'Haydn est de nomreau interrompue. Mais nous donnons la parole à un témoin oculaire, qui se trouvait à l'unisson des sentimoitB de cette foule , passant, en peu d'instants, par tous les degrés d'une indignation croissante, pourarrinr à une explosion d'enthousiasme qui se reproduisit plus d'une fois dans la soirée.

if Un bruit sourd (dit Mme la duchesse d'Abramtèi à qui ce souvenir a inspiré une page éloquente^ commença à se répandre du parterre à rorche8lre,à l'amphithéâtre , puis aux loges. Bientôt la iumirife véritable circula dans la salle. A l'instant même, ei par un coup vraiment électrique , une même acehmation se fit entendre, un même regard sembla couvrir Napoléon d'un amour protecteur. Ce que y rapporte ici , je l'ai vu , et je ne l'ai pas vu seule.... Quelle agitation précéda l'explosion de la colère nationale qui était représentée, dans ce premier qutrt d'heure, par cette foule dont la fureur pour un attantii si noir, ne peut être exprimée par des mots ! Od voyait des femmes pleurer à sanglots, des hommes frémissant d'indignation , quelle que fût la bannière qu'ils suivissent, et s'unissant du cœur et du bras dans cette circonstance pour prouver que les diflerences d'opinion n'apportent pas avec elles de diffé-

rence dans la manière de comprendre Thonneur. Je regardais, pendant ce temps^ dans la loge du Premier Consul. Il était calme et paraissait seulement ému toutes les fois que le mouvement lui apportait quelques paroles fortement expressives ^ relativement à ce qui venait de se passer. Mme Bonaparte n'était pas aussi maîtresse d'elle-même. Sa figure était bouleversée, son attitude mème^ toujours si gracieuse^ n'était pas la sienne. Elle semblait frissonner sous son châle, comme sous un abri; et^ dans le fait, c'était ce châle qui avait été la cause de son salut personnel. Elle pleurait; quelque effort qu'elle fît pour retenir ses larmes, on les voyait le long de ses joues pâles, et, lorsqu'elle regardait le Premier Consul, elle frissonnait de nouveau. Sa fille était aussi fort troublée. Quant à Mme Murât, le caractère de la famille paraissait en elle; elle fut parfaitement maîtresse d'ellemême dans toute cette cruelle soirée. »

Le Premier Consul n'attendit pas la fin du spectacle pour rentrer aux Tuileries. Une fois hors de cette cruelle contrainte que lui avaient imposée l'œil du public et les recommandations de son mari , Joséphine donna un libre cours à sa douleur, et la nature reprit ses droits : « Est-ce vivre, s'écria-t-elle, que de trembler sans cesse! » faisant allusion à toutes les tentatives qui , depuis six mois , empoisonnaient sa vie.

Le lendemain matin, lorsque Paris eut connu toute l'atrocité du crime, la foule envahit les abords des Tuileries, afin de s'assurer que le soutien de la pa-

trie était bien réellement vivant, et de lui témoignera la fois son allégresse et son indignation. Rentré daoi ses appartements, où tous les corps ^'étaient réunis, Bonaparte y trouva les mêmes acclamations, etdaoi les félicitations publiques son épouse obtint aussi la part. Douloureuse coïncidence, il y a peu de mois, i la porte aussi d'un théâtre, la cité épouvantée a entendu Texplosion d*une semblable machine infemak. Dans cet affreux moment, Napoléon Ifl, protégé pir la même Providence , a déployé le sang-froid , le fioorage et l'humanité de son oncle , et l'on a vu l'imp^ ratrice Eugénie , plus près encore du péril que Jos^ phine, se révéler aussi touchante, aussi dévouée» mais, il faut le dire, plus intrépide et plus forts. Ia France, comme en 1 800 , s'est levée tout entière eô^ tre un hideux attentat : dans sa douleur, elle a en m moins une consolation nationale, c'est que les asau^ sins n'étaient pas Français.

Dans le premier moment, Bonaparte avait rejeté l0 crime de nivôse sur les terroristes, et il refusa lon^ temps de croire son ministre de la police qui n'avait pas hésité à en accuser les royalistes. La répugntnat du Premier Consul à se rendre aux indications de Foih ché , indiquait combien il croyait peu capable un ld parti d'avoir recours à d'aussi abominables moyens Cependant, lorsque les vrais coupables eurent M arrêtés, il fut bien forcé de s'avouer que là encore il y avait une minorité, une fraction perverse^ prête i tout, mais désavouée, flétrie même par la masse do parti, reconnaissante des actes du Consulat à ion

égard et même des services rendus par Bonaparte à la patrie. Aussi le Premier Consul ne se départit points toutefois en y apportant plus de précautions et de choix, de la politique de fusion dont il avait fait son système, et Mme Bonaparte put sans scrupule continuer à protéger d'anciens amis.

Le résultat de la machine infernale fut une plus grande popularité et une plus grande force pour Bonaparte, et pour la femme associée à ses périls comme à sa grandeur, un accroissement de cette affection publique, que la connaissance chaque jour plus répandue de son caractère, commençait à lui acquérir. Châtiment ordinaire des assassins politiques, ce crime ne contribua pas peu à fonder cette autorité suprême à laquelle nous verrons, trois ans après , la volonté nationale porter l'homme qui devait à la fois réunir le génie de César et la fortune d'Auguste.

L'atlnée 1800 se termina sur cette épouvantable affaire. L'année suivante procura enfin à la France le fruit de tant d'efforts et de sacrifices prodigués depuis dix ans, le prix surtout des victoires décisives de l'homme héroïque qui faisait aujourd'hui ses destinées. On peut l'appeler l'année de la paix. Successivement les Parisiens charmés entendirent publier notre alliance fraternelle avec les États-Unis d'Amérique; le glorieux traité de Lunéville qui arrachait à l'Autriche la reconnaissance de nos grandes frontières; la paix avec les rois de Naples et de Portugal; les traités avec la Bavière, la Russie et la Turquie; enfin, comme couronnement de l'œuvre, le

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canon des InvalideB put annoncer lei prâimiDaira» de la paix avec la tenace ÂngLatarfe, peadant fw im négociations déjà fort avancées avec. Borne proml* talent la pacification procbaine des conscieiiees et k restauratbn du culfaa. Époque radienae ! e'eat alon que Napoléon a été véritablemenl. Tidole de la Franea

Maintenant donc plus de guerres. Le Gonaulat le d^loiè dans toute sa force et sa splendear. De M»* rengo à Austerlitz , pendant cinq années , Bonapsife ne quilte plus la Franoe pour aUbr aux arméeiw B peut se Uvrer à tcmtes les inapiiatiotte de son fiw civil, et ponrsoivre le développeamit da taoa Isa éK» ments de prospérité et de relief naiieaal^ iadeslrii, commerce , luxe, arts^ mœurs et maniteesL

Le moment nous semble vemi de peindra Is rf* gime intérieur du gouvernement eonauIaiM ; de Um connaître en un seul tableau les habitudes^ les ge^ le caractère du Premier Gonsul et de Jos^faîM, de venue un personnage dans cette rénovation i laquelle ne suffisait point le génie profond du poétique y mais où il fallait eucore le tact exercé d'nv femme : et ceci rentrait dans la mission spéciale fV son époux semblait lui avoir départie, de restanor les traditions et 1^ usages sociaux de la Fraiiee. Nstf allons donc étudier Tintérieur du Premier Coasel» 4 voir rhomme sous le béros^ sa vie plua pnbl^Bi^ plus brillante aux Tuileries, plus intime et plus fâmt lière à la Malmaison. Ge sera le si^et du chapiliv euivant*

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