‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 164 sur 317 · Mémoires de Bourrienne, t. UI, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Bourrienne, t. UI, p

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tièrement restauré et successivement orné à l'égal d'un palais, mais on ne toucha pas aux constructions. Rien, pas même sous l'Empire, n'indiquait au dehors une demeure princière. Seulement , à la grille d'entrée du parc, sur la route de Paris, furent élevés, dès l'abord , deux pavillons d'ordre dorique , servant de corps de garde aux troupes de service*. Une longue allée de platanes qui existe encore conduisait de cette grille d'entrée à la porte de l'habitation.

Tout ce château se composait d'un rez-de-chaussée et d'un étage. On y entrait par un porche semblable à une tente, qui servait de péristyle. Le grand vestibule, soutenu par quatre fortes colonnes en stuc et allant de la porte d'entrée à celle du jardin située en face , partageait en deux le rez-de-chaussée. D'un côté étaient les salons de réception, la salle de billard et une galerie ; de l'autre, la salle à manger, une grande pièce dont le Premier Consul fit une salle du conseil et son cabinet de travail. Ce cabinet avait la forme d'une tente militaire; il était meublé dans le même goût. Plus tard, on construisit à chaque extrémité de la façade deux petites ailes avançant sur la cour d'arrivée ; mais cette addition fut plutôt pour le service des communs que pour celui des habitants du château '.

Au premier étage se trouvaient la chambre à coucher et l'appartement particulier du Premier Consul et de Mme Bonaparte , ainsi qu'une grande galerie

1. Rueil, le Chdleau de Richelieu et la Malmaison ^ par MM. Jacquin et Duesbergf p. 128.

2. Rueil, etc., p. 128. Mme la duchesse d'Abrantès, t. Hl, p. 213.

i !£() HISTOIRE

pour les réunions d'apparat, qui régnait dans toute la longueur du bâtiment. Au-dessus, dans un demiétage formant le couronnement du château, on ayaît disposé une série de petits appartements et de chambres pour les officiers du général et ses invités.

Les hommes les plus habiles du temps furent employés à la décoration extérieure et intérieure de la iMalmaison. On cite, outre M. Lenoir, MM. Percier, Fontaine et Bertault. Pour ce travail, on mita contribution les restes des châteaux voisins, dévastés par la Révolution : à titre d*achat, bien entendu, non i titre de dépouilles. La façade donnant sur la conr d'arrivée fut ornée, par les soins de M. Alexandre I^noir, d'une suite de statues en marbre, copiées d'après Tantique et provenant de la destruction di parc de Marly. M. Lenoir décora encore le péristyle et le vestibule de bustes en marbre et en bronze, représentant des dieux de la Fable et des grands hommes de l'antiquité, recueillis dans la démolition du château de Richelieu'.

L'agencement de la plupart des pièces intérieures éclmt à M. Percier. 11 fit peindre la salle à manger |>ar Liffitte. On y voyait, sur un fond de stuc , descnwpes de figures allégoriques chargées de rapj>eler la guerre, Tindustrie et les arts. Le salon qui préc^lait cette pièce et le grand salon reçurent une ornementation sobre et sévère conforme au goût de ré|)oque. Dans le premier, on remarquait, sous TEmpire. le?

1. M. Lenoir, article Malrmiisony dans le DicUonnatrt de i-i 0^ versation.

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deux beaux tableaux de Gérard ^ représentant, l'un, rimpératrice Joséphine assise sur un divan de velours jaune, Tautre, la reine Hortense et ses enfants : dans le salon de réception figurèrent, dès le Consulat, deux autres peintures de pi*emier ordre , dont le sujet était emprunté aux poésies d'Ossian, alors la passion littéraire de Bonaparte , et dues aux pinceaux rivaux de Gérard et de Girodet. M. Percier donna à la salle du conseil un aspect tout militaire ; on ne peignit sur les murs que des trophées de guerre. Ce fut pareillement d'après ses dessins et sous sa direction que la bibliothèque attenante au cabinet du Premier Consul, fut construite et disposée. « L'intérieur de cette bibliothèque, ajoute M. Lenoir, d'un style sévère et orné de colonnes, le tout en bois d'acajou, fut confié à M. Démalterre, qui s'en acquitta avec la pureté et le goût qu'il met dans tout ce qu'il fait en ébénisterie*. »

Plus tard, Joséphine fit construire, par M. Bertault, au premier étage de l'aile droite, une spacieuse galerie pour loger les tableaux et les objets précieux qu'elle recueillait avec un empressement sinon une science d'artiste. On y distinguait, entre autres chefsd'œuvre des écoles flamande et hollandaise, la Ferme d'Amsterdam de Paul Potter, la Chasse que les hommes font aux animaux et la Représaillc des animaux exercée $ur l'homme^ par le même; une Entrée de forêts par Berghem , et surtout l'un des ouvrages les plus es-

1. [Hctionnaire de la Conversation y ot l'ouvrage de MM. Jacquin et DuBâberg, p. 253 el 255.

timés de David Téniers, rArquebtise, remarquable, en outre, par le nombre et la grandeur des figures haoles de quinze pouces, chose bien rare chez ce maître. Parmi les productions françaises des deux derniers siècles, on voyait les Quatre heures du jour^ de Claode Lorrain , et le Pacha faisant peindre sa mat tresse, de Carie Vanloo. Mais la plus grande place était réservée à la peinture moderne, témoignant ainsi delà généreuse protection de la maîtresse du logis pour les artistes vivants. Il serait trop long d*énumérer cee œuvres contemporaines ; contentons-nous de citer les Nymphes , de Mme Mayer, la Mort de Raphaël, de Bergeret, un fort beau tableau de Granet , SUUa dans k prison de r Inquisition de Rome, et une Vue de la salle d$ im* siècle, au Musée des monuments français ^ chetd'œuvre de Bouton. Quelques-unes de ces peintara étaient d'un grand prix ; on le vit bien lorsqu^àlamort de rimpératrice Joséphine ses héritiers furent obligés de vendre le château de la Malmaison et les colleclions qu'il renfermait. L'empereur de Russie vouUit avoir les six premiers tableaux que nous venons de citer, et il ne crut pas les payer trop cher, en y joijrnanl toutefois deux sculptures de Canova, par la somme de 800 000 fr.'.

Outre les peintures, la galerie de la Malmaisoo contenait des statues et des antiques de toute sorte. Canova y brillait surtout par deux de ses plus gracieui ouvrages, la Danseuse et le Paris que la Russie nous

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