‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 179 sur 317 · T. ni, p · texte numérisé non relu

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Mais la grande affaire à la Malmaison , c'était la comédie. Les habitués formaient une troupe complète, et le Premier Consul, qui prenait le plus grand plaisir à ces exercices , leur avait fait disposer une véritable salle- avec tous ses accessoires. n leur désignait lui-même les pièces à jouer, et faisait la guerre aux négligents qui ne savaient pas bien leurs rôles. Les acteurs les plus habituels étaient M. Didelot, Lauriston, Isabey, Bourrienne, Junoty les deux frères du Consul, Louis et Jérôme, et Eugène Beauharnais. Parmi les dames on citait : Hortense , Mme Murât , ainsi que Mmes Junot , Savary, Ney et Lavallette.

M. de Bourrienne s'est constitué Thistorien de cette troupe : « Le Premier Consul, dit-il*, nous avait fait construire une fort jolie petite salle de spectacle. Nos comédiens ordinaires étaient t Eugène Beauharnais, Hortense, Mme Murât, Lauriston, M. Didelot, quelques autres personnes de la maison du Premier Consul, et moi. Les pièces que le Premier Consul aimait le plus à voir représenter par nous étaient : le Barbier de Séville et Défiance et Malice. Dans le Barbier de Séville f Lauriston jouait le rôle du comte Almaviva; Hortense, Rosine; Eugène, Basile; Didelot, Figaro; moi, Bartholo; et Isabey, TÉveillé. Notre répertoire se composait encore des Projets de mariage, de la Gageure , du Dépit amoureux , où je jouais le rôle du valet, et de V Impromptu de Campagne^ où je

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représentais le Baron , ayant pour baroone U jeune et jolie Caroline Murât.

a Hortense jouait à merveille , CaroUne médioen. ment, Eugène très bien, Lauristoo était un peu bnidi Didelot passable, et j'ose assurer que Je n'étais paik plus mauvais de la troupe. Si d'aiUeo'ra nous n'étion pas bons, ce n'était pas faute de bonnes leçons et de bons conseils : Talma et Michot venaient nous Un répéter tantôt en commun, tantôt séparément... Nous avions , comme on dit en termes .de coulisseï» un matériel très-bien organisé ; Bonaparte nous avait donné à chacun une collection de pièces de théâtie très-bien reliées, et, protecteur-né de la troupe, fl nous avait fait faire des costumes riches et éléguits. Bonaparte prenait un très-grand plaisir à nos rquésentations ; il aimait à voir des comédies jouées pir des personnes de son intimité ; quelquefois même, il nous adressait des compliments. Quoique cela mV musât autant que les autres, je fus plus d'une fois obligé de lui faire observer que mes occupations ne me laissaient guère le temps d'apprendre mes rôles; alors il prenait ses manières caressantes et me disait : « Allons, laissez-moi donc tranquille; toqs « avez tant de mémoire! Vous savez que cela « m'amuse ; vous voyez bien que ces réunions anirc ment et égayent la Malmaison ; Joséphine les aime « beaucoup.... Allons, Bourrienne, faites cela pour « moi ; vous me faites tous rire de si bon cœur! V (c me privez pas de ce plaisir là; je n'en ai pas trop, « vous le savez bien. — Ah! parbleu, ce n'estf^w

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c( moi qui vous en priverai. Je suis ebarmé de pou- « voir contribuer à vous égayer. » Et cela dit, je me remettais à étudier mes rôles. »

Ces détails d'intérieur nous ont paru autant appartenir à la biographie de Joséphine qu'à celle de Napoléon ; nous espérons qu'ils auront trouvé grâce devant le lecteur, car nous ne sachions pas qu'ils aient été jusqu'ici de la sorte réunis en un seul tableau.

CHAPITBE IV.

Réveil de la société. — Salon de Mme de Montesson. — avec Joséphine. — Mariage de Mlle de Beauhamais. — Coonlil à vie. — Cour de SainUCloud. — Voyage en Normandie. — Ripture de la paix d'Amiens.

Dès la première moitié du Consulat , la société se reforme, les salons se rouvrent. A Timitation du Premier Consul, et sur son instigation, sa famille, les principaux fonctionnaires, le monde officiel, en un mot, se mirent à recevoir soit à Paris, soit à la campagne. Celui qui tenait le plus grand état de maison était Joseph Bonaparte. Dans son hôtel de la rue du Rocher ou à sa helle terre de Morfontaine, on vonil affluer de préférence le corps diplomatique, les membres des deux assemblées et du Conseil d'État. On j trouvait aussi quelques écrivains et surtout Mme de Staël, le plus illustre et le mieux accueilli. Le Premier Consul, qui persistait à son égard dans une réserre systématique, voyait sans déplaisir la liaison, lamiiié presque, qui existait entre Mme de Staël et son frère-

La littérature s'empressait plutôt auprès de Lucien, d'abord au ministère de Tintérieur» puis dans son salon de la rue Verte et à sa terre du Plessis-Cbamant. Il y avait dans cet entourage plus d'animation, de jeunesse et d'ardeur. La politique s'y ingéniait à échauffer, pour les outre-passer parfois sous l'inspiration trop hâtive du maître du logis, les mouvements d'opinion qui devaient infailliblement porter le Premier Consul au souverain pouvoir. Mais les combinaisons politiques se cachaient sous les divertissements littéraires : à Paris, on faisait des lectures; on jouait des pièces au Plessis-Ghamant , et Lucien, appelé à composer un poëme épique, s'étudiait à l'art des vers en apprenant nos grands rôles tragiques dont il ne s'acquittait pas sans succès.

Mme Murât réunissait à Neuilly les brillants camarades de son mari et une partie des jeunes femmes qui figuraient aux Tuileries et à la Malmaison. Chez Mme Bacciochi, Élisa Bonaparte, on rencontrait quelques hommes de lettres choisis, M. de Fontanes, le plus intime et, ce qui n'était pas pour un salon un mince honneur, l'auteur du Génie du Christianisme ^ ^ qui y faisait la lecture de sa touchante et si nouvelle Ataluy et acceptait le patronage avoué de la maîtresse de la maison.

Venaient ensuite les réceptions plutôt politiques qu'amusantes des deux Consuls et des ministres : les plus fréquentées étaient celles de MM. Cambacérès, de Talleyrand et François de Neufchàteau. Après on

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citait le salon du gouverneur de Paris ^ Imioty oà k vif esprit et la parfaite distinction de sa jeane femne cherchaient à faire revivre tout ce que le fenumaà du jour permettait d*empmnter aux tradition dW trefois, dont la maison maternelle lui avait donaéh connaissance et le goût.

Enfin cette résurrection dn monde ae eomjkfHAjm quelques sociétés ou amies, ou donteasea^ cio ImmAi . qui, chaque jour» se dessinaient plus nettement. Tdto étaient celles que Ton rencontrait ch^ Mmes delkstesson , de Genlis , Récamier , de Staël et de Lajaek Pressé par l'espace, nous ne pouvons qoe diisia quelques mots du salon de la première, et il comMl de le faire à cause de la liaison intime qui rnnÎMità Mme Bonaparte.

Joséphine, nous Tavons vu, la connaissait dspa les premiers temps de son arrivée en France. Le vicomte de Beauharnais Tavait conduite dans une liaison où venait alors tout Paris. On disait que Hmede Montesson était véritablement mariée au duc d*Or léans , aïeul du roi Louis-Pbilippe ; que Louis ST avait permis ce mariage, mais avec la réserve de ne le reconnaître publiquement qu'au cas où il en mltrait un enfant, ce qui n*eut point lien. Quand vioreot les épreuves de la royauté, et le jour où le roi Louis XVI se vit en quelque sorte prisonnier dan son palais, Mme la comtesse de Montesson sollidii rbonneur qu'elle n'avait pas réclamé de l*heureii Louis XV, d'être reçue aux Tuileries. Touché d*ttBf telle démarche, le roi lui fit répondre qa*il la i»*

cevrait avec plaisir comme sa cousine ; elle fut annoncée sous le titre de duchesse douairière d'Orléans, et ce prince Tadmit à faire sa partie de trictrac*. Désignée par cette conduite et sa qualité à la suspicion du temps, elle fut incarcérée au commencement de la Terreur, et, comme Mme de Beauharnais et tant d'autres, n'échappa que par miracle au sort qui lui était réservé. Lorsque le 18 brumaire fut venu restaurer la société française, le souvenir de son noble et courageux procédé, joint à la faveur toute particulière dont l'entoura le Premier Consul et à Taffection déférente que lui témoignait Joséphine, donnèrent à Mme de Montesson, pendant toute la durée du Consulat et le commencement de TEmpire, une position vraiment exceptionnelle. Aucun salon, pas même celui de Mme la baronne de Staël, ne pouvait lutter avec le sien d'importance et d'attrait. La pension que lui avait rendue le Premier Consul et ce qu'elle put recouvrer de sa fortune personnelle lui faisaient un revenu de plus de deux cent mille francs, ce qui lui permit de reprendre son ancien état de maison, dans le bel bôtel qui lui appartenait, rue du Mont- Blanc '.

Mme de Montesson recevait tous les soirs et, chaque semaine, elle donnait un grand dîner très-fas-

1. Mémoires sur ilmpératrice Joséphine, la Ville, la Cour et les Salons de Paris sous V Empire, par Mme Ducrest. Ed. Barba, p. 7. Nous laissons à l'auteur la responsabilité de ces détails.

2. L'hôtel Montesson allait de la rue du Mont-Blanc à la rue de Provence, et était situé où est aujourd'hui la cité d'Antin.

tueusement servi. La société chez elle était fort diversifiée. C'était un terrain neutre, plue acceMMe et plus libre que le salon du chef du gouTememeDl, ta se rencontraient les nobles qui n^avaient pmnt quille la France et ceui qui rentraient de rémigratknp Im nouveaux riches, les gens d'affaires bien fiuiiéi,lBi célébrités de tout genre, les étrangers de distinetios, et, assure sa nièce, les plus jolies femmes de Fuis S Dans son salon, Mme de Montesson s'associait haolt* ment à la politique de fusion du Premier GoosoL 1 n'y avait pas là place pour Topposition. C'était wm maison amie , une sorte de succursale des Toilmoif dont le ton habituel était Téloge ; mais, sons nn got» vernement vierge de fautes, la louange c'était h jaitice. Mme Bonaparte qui , d'après les intenfioDS di son mari , visitait peu de monde , venait sauiai avec sa fille à l'hôtel Montesson, el s'y plaisait 8a^ tout en des déjeuners intimes et choisis, donnéi à son intention. La maîtresse de la maison, qai,i cause de son âge et de quelques infirmités, recevait tout le monde assise sur un canapé et les pieds ivcouverts par un petit tapis , se levait pour aller audevant de la femme du Premier Consul et poorb reconduire.

Mme de Montesson , dont on avait cité la beauté, comptait alors soixante-trois ans. Elle était très-petite et d'une extrême maigreur; mais cette exiguïté de u personne n'excluait point chez elle la dignité des on-

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