‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 210 sur 317 · Bourrienne et ses erreurs. Paris · texte numérisé non relu

Bourrienne et ses erreurs. Paris

dénaturés , non-seulement opposés à la vraisemblance , mais encore démentis par rafféction notoire et persistante des deux frères. Afin d'accréditer son récit , M. Miot se pare de la confiance exceptionoelle que lui aurait accordée le frère aîné de TEmperear, et se fait fort de confidences épanchées dans le secreK le plus profond et, on le voit, bien gardé, d'une intimité sans réserve. C'est donc sous Tinvocation da dévouement le plus pur que Tami du roi Joseph npporte ces conversations qui entacheraient sa mémoire. Il le déshonore affectueusement.

Quant aux sœurs de Napoléon, leur jalousie malheureusement trop réelle non-seulement contre Joeéphine, mais contre sa fille et son fils, n'avait rien perdu de cette vivacité que les femmes apportent dans les hostilités de famille. Les approches de TEmpire devaient rendre nécessairement ces sentiments plus vifs encore. Prévoyant qu'en vertu de la tradition salique , leurs enfants ne seraient point appelés à la succession impériale, elles reproduisirent tous les efforts déjà tentés par elles, lors du Consulat à vie , pour pousser leur frère à se séparer de sa femme, et à se rendre libre avant son élévation au rang suprême, afin d'épouser alors, pouvant choisir. Tune des princesses de TEurope qui lui donnerait des héritiers directs. Cette éventualité devait évidemment les froisser moins que de voir passer aui enfants de leurs autres frères , au préjudice des leurs, cette couronne que la nation allait placer dan? leur famille.

Napoléon s'inquiétait grandement aussi de cette question d'hérédité , et Tidée d'une autre union plus féconde, même en dehors de toute pression, devait naturellement lui venir, à la veille de monter sur le trône. Un héritier de lui , aurait coupé court à toute discussion, à toute compétition de famille. Dans les arguments en faveur d'undivorce^ avant la proclamation de TEmpire, il y avait donc une certaine force politique faite pour le frapper. Mais dans le langage dont on Tentourait , il apercevait une passion qui lui déplaisait. Et d'ailleurs, il faut le dire à sa louange, son affection pour sa femme était, à cette date, plus forte que les considérations politiques. Il ignorait, il ne voulait pas rechercher ce que pourraient demander les nécessités futures de la monarchie qu'il allait fonder. Pour le moment, il entendait rester uni à cette femme qu'il avait tant aimée, qu'il chérissait encore , et qui avait pour lui un si sincère attachement. Il déclara d'un ton qui ne permettait plus de réplique, que s'il était Empereur, Joséphine serait Impératrice.

Quant à la question d'hérédité , elle fut résolue d'une façon qui semblait concilier les convenances du présent avec les nécessités de l'avenir, les justes prétentions de la famille Bonaparte, avec les sentiments et même les intérêts de Joséphine. A défaut d'enfants de l'Empereur, la dignité impériale fut déclarée héréditaire dans la famille du Premier Consul, c'est-à-dire dans les lignes de Joseph et de Louis , les deux autres frères se trouvant exclus, par

suite de leurs mariages ; maia on donna à N^oléoa la faculté de choisir un sucoeaaeiir par la toie de l'adoption parmi les enfiints de ses frères. On fan attribua, en outre, un pouvoir àbabln surlesmflBbres de sa famille dont il dcTenait le chef, afin iê faire respecter ses volontés. Telle fut cette coBdnsion qui était pour Joséphine un nouveau soecèi remporté dans le cœur de son époux.

Le public et la plus grande partie do monde ps* litique applaudirent à cette double solution. D y a, en France, un sentiment de générosité, une déliatesse innée, une chaleur de cœur qui ne pouvaieol faire défaut à une femme placée dans une tdla situation, et d'ailleurs, déjà généralement ainéi à cause de son caractère, et pour services mdns iê toute sorte i bons offices constants à ceux qui appitchaient du Premier Consul, bienfaita sans comptff à ceux qui, placés plus loin, lui faisaient connaître leurs besoins. On voyait ensuite avec plaisir, et cela par dévouement pour lui, Napoléon faire ce qw , le cœur conseillait. Quant à Joséphine , malgré son peu d'ambilioQ personnelle, elle avait lutté pour maintenir sa place dans le cœur de son époux • ti son rang auprès de sa personne. C'était pour elle une question d'afTection et de dignité; 1 épouse j était intéressée et la mère aussi, car de la positioB qui lui serait faite dépendaient celle de sa fille et so^ tout celle de son fils.

Le 1 8 mai 1 804, le Sénat, organe de la nation, ^ transporta en corps à Saint-Cloud, apportant le le

\)E L'IMPÉRATRICE JOSEPHINE. tki

nalus-consulte qui proclamait Napoléon Empereur des Français, et Joséphine Impératrice. « Napoléon, debout, en costume militaire, calme comme il savait Tètre quand les hommes le regardaient , sa femme tout à la fois satisfaite et troublée, reçurent le Sénat que conduisait l'archichancelier Cambacérès*. » Après son discours à TEmpereur, s'adressant à la nouvelle Impératrice, et reproduisant en quelques lignes pleines d'éloges et de vérité, le langage même de Topinion publique, Tarchichancelier s'exprima ainsi :

« Madame,

« 11 reste au Sénat un devoir bien doux à remplir, « celui d'oEFrir à Votre Majesté Impériale, Thommage ff de son respect et Texpression de la gratitude des a Français. Oui , madame , la renommée publie le »< bien que vous ne cessez de faire. Elle dit que tou- « jours accessible aux malheureux, vous n'usez de « votre crédit auprès du chef de TEtat, que pour sou- « lager leur infortune, et qu'au plaisir d'obliger, a Votre Majesté ajoute cette délicatesse aimable qui (c rend la reconnaissance plus douce et le bienfait « plus précieux. Cette disposition présage que le nom « de l'Impératrice Joséphine sera le signal de la con- « solation et de l'espérance; et comme les vertus « de Napoléon serviront toujours d'exemple à ses « successeurs, pour leur ai»[)rendre l'art de gouver-

Page 1