Lettre du 15 mars. Mémoires^ t. II, p
CHAPITBE VIL
Seconde campagne d'Allemagne. — L'Impératrice se rend à Mtfeooe. — Bataille d'iéna. — Nouvelles lettres de Napoléon à Joséphine. — L'Empereur s'établit en Pologne. — L'Impératrice demande à aller le rejoindre; obligation de retourner à Paris; tristesse.— Mort du prince royal de Hollande; douleur de sa famille. — Bataille d'Eyiau. — Victoire de Friedland. — Retour de Napoléon.
Une Douvelle coalition s'était formée à Tinstigation de TAngleterre, entre la Prusse et la Russie, celle-ci ardente à venger sa défaite de Tannée précédente, et la Prusse, entraînée par un parti de cour à la tète duquel étaient placés la jeune reine et le prince Louis-Ferdinand, frère du roi. Ils se persuadaient qu'il était réservé à leur armée de venger l'Allemagne par la ruine du conquérant de rAutriche, et ils prêchaient comme une croisade, la guerre contre la France. Le 25 septembre 1 806, Napoléon quitta Saint-Cloud dans un grand état d'irritation , contre la Prusse surtout, qui se déclarait aussi gratuitement son ennemie, et contre sa reine, qui oubliait le rôle d'une femme pour pousser avec une ardeur inouïe son pays à la guerre.
Joséphine avait demandé à l'Empereur la permission de s'établir le plus près possible du théâtre de la guerre, afin d'être plus tôt renseignée ; non qu'elle eût des doutes sur les résultats de cette campagne, car, après Austerlitz, elle avait, comme la France entière, du reste, une pleine assurance dans le génie et dans Tétoile de son époux. Napoléon lui avait assigné Mayence, l'engageant, pour se distraire et faire une figure convenable, à y tenir sa cour.
C'est ce dont Joséphine avise sa fille quelques jours avant de partir avec l'Empereur, en lui exprimant sa double joie de n'être point laissée à Paris et de pouvoir, pendant quelque temps , la posséder en Allemagne : oc Toutes tes lettres, ma chère Hortense, sont charmantes, et tu es bien aimable de m'en envoyer souvent. J'ai aussi des nouvelles d'Eugène et de sa femme; je vois qu'ils sont heureux, et je le suie beaucoup moi-même, surtout en ce moment, car j'irai avec l'Empereur et je fais mes apprêts de voyage. Je t'assure que cette nouvelle guerre, M elle doit avoir lieu, ne me donne aucune crainte ; mais, plus je serai près de l'Empereur, moins j'en aurai, et je sens que je ne vivrais pas si je restais ici. Un autre sujet de joie pour moi est de te revoir à Mayence. L'Empereur me charge de te dire qu'il vient de donner une armée de quatre-vingt mille hommes au roi de Hollande, et que son commandement s'étendra tout près de Mayence. Il |)ense que tu viendras rester avec moi à Mayence : juge, ma chère Hortense, si c'est là une nouvelle agréable pour une mère qui t'aime aussi ten-
drement. Chaque jour, nous recevrons des nouvelles de l'Empereur et de ton mari; nous nous en réjouirons ensemble. Le grand-duc de Bei^ m'a parlé de toi et de tes enfants; embrasse-les pour moi jusqu'à ce que je puisse les embrasser moi-même, ainsi que ma chère fille, et j'espère que ce sera bientôt. Mille amitiés bien tendres au roi^ >
Après avoir installé l'Impératrice à Mayence, Napoléon, le 1 *' octobre ^ se met en campagne contre la Prusse, dans l'intention d'en finir avec elle avaol l'arrivée de l'armée russe, comme il avait fait Tannée précédente pour TAutriche. Il tient Joséphine au courant de sa rapide marche, et lui communique l'assurance qui est en lui : « Mon amie , je pars ce soir pour Cronach ( niande-t-il de Bamberg le 7 octobre). Toute mon armée est en mouvement. Tout
marche bien ; ma santé est parfaite Mille baisers et
bonne santé. » Le 13, dans la nuit, à Géra, à quelques lieues d'iéna, et peut-être au milieu des combinaisons d'un plan'qui inmfiortalisera la journée du lendemain, car il ne veut pas faire languir l'ennemi, Napoléon trace à sa fenmie ces lignes prophétiques : a Je suis aujourd'hui à Géra, ma bonne amie; mes affaires vont fort bien, et tout comme je pouvais l'espérer. Avec laide de Dieu, en peu de jours , cela aura pris un caractère bien terrible , je crois, pour le pauvre roi de Prusse, que je plains personnellement, parce qu'il est bon. La reine est à Erfurth avec le roi.