Ibid., t. I", p. 46, et t. Il, p
quatre personnes. « Joséphine , dit-il , avait reçu de Constantinople un châle magnifique qu’elle mettait pour la première fois : « Permettez, lui dis-je, que je « vous en fasse l’observation , votre châle n’est pas « mis avec cette grâce qui vous est habituelle». Elle me pria, en riant, de le ployer à la manière des dames égyptiennes. Pendant cette singulière opération, on entendit Napoléon qui s’éloignait. « Dépê- « chez-vous, ma sœur, dit Mme Murat, impatiente d’arriver au spectacle; voilà Bonaparte qui s’en va. » Nous montâmes en voiture, mais nous étions à peine sur la place, que la machine fit explosion*. »
En même temps que cette détonation terrible se faisait entendre , une sinistre clarté remplit le Carrousel. Les chevaux, effrayés, refusent d’avancer; les glaces de la voiture avaient été entièrement brisées. On juge de l'effroi de ces trois femmes! Joséphine, ayant le pressentiment que c’était à la vie de son mari qu’on en voulait, et voyant, en outre, sa fille blessée au bras d’un éclat de verre, fut sur le point de s’évanouir. Pendant ce temps, sur le Carrousel et dans les rues adjacentes, ce n’étaient que cris et confusion. Tout le monde fuyait avec les signes de la plus grande épouvante. Rapp, sur le coup de l’explosion, avait sauté en bas de la voiture, et s’était mis à courir de vant , passant sans s’arrêter au milieu des blessés et des décombres de la rue Saint-Nicaise, pour se rendre plus vile à l'Opéra, et voir si son général y était par-
1. Mémoires du général Rapp, écrits par lui-méme, et publics par sa famille. Paris, 1823, p. 20.
venu sain et sauf’. Mais au bout de quelques minutes, un garde de l’escorte étant venu donner à Mme Bonaparte l’assurance qu’il n’était rien arrivé au Premier Consul, et que celui-ci l’attendait dans sa loge, Joséphine continua sa route par une autre rue, et, en peu d’instants, elle fut rendue au Théâtre-Français, où jouait l'Opéra.
Rapp venait d’y pénétrer. 11 trouva le Premier Consul assis dans sa loge, calme , impassible, et occupé à lorgner les spectateurs, tout en échangeant quelques paroles avec le ministre de la police Fouché, qui, probablement déjà dans la salle, s’était empressé d’accourir auprès de lui. Joséphine ? dit Bonaparte à son aide de camp en l’apercevant : à ce moment elle entrait, suivie d’Hortense et de Mme Murat*. Le Premier Consul les accueillit avec un sourire qui indiquait toute sa satisfaction après ses craintes. Mme Bonaparte qui se doutait de la vérité sans rien savoir encore de précis, avait conservé toute son émotion. Son mari chercha à la rassurer, disant que cette explosion n’était, sans doute, que le résultat d’une imprudence. Mais au même instant, survint le préfet de police, Dubois , apportant les affreux détails qu’il venait de recueillir sur les lieux : plus de quinze personnes tuées, un bien plus grand nombre grièvement blessées, et une quarantaine de maisons fortement endommagées , tels étaient les effrayants résultats qu’avait causés l’explosion d’un baril rempli de poudre et