Collection Didot, l. II, p
mier Consul arriva enfin à Bruxelles , où il se proposait de tenir sa cour, sûr d'attirer à lui , par la séduction de leur capitale, ces populations belges conquises, mais point encore entraînées. Quinze jours suffirent pour changer quelques dispositions qui se réservaient : l’ascendant de son génie, ses actes respectueux et protecteurs envers la religion et le clergé , y furent sans doute pour la plus grande part, mais l’aide de son épouse lui fut aussi fort utile. Les manières de Joséphine , son désir et sa facilité de plaire , sa piété simple mais sincère, firent, sur les habitants de Bruxelles^, une impression qui lui valut leur sympathie.
En entrant dans le pays , à Anvers , elle avait déjà reçu du populaire archevêque de Malines, M. de Roquelaure, la bienvenue en termes faits pour la flatter et lui procurer un bon accueil : « Madame (lui avait dit ce prélat, homme d'esprit et de tact, car il devinait les deux grandes préoccupations de Joséphine), après vous être unie au Premier Consul par les nœuds sacrés d’une alliance sainte, vous vous trouvez aujourd’hui environnée de sa gloire. Cette situation est due aux agréments de votre esprit, à l’artiénité de votre caractère et aux charmes de votre société. Continuez, madame, à mettre en exercice ces aimables qualités que vous tenez de l’auteur de tout don parfait ; elles seront pour votre auguste époux un agréable délassement des immenses et pénibles travaux auxquels il se dévoue chaque jour par amour pour la patrie. Si nos prières et nos vœux fixent vos
mutuelles destinées , vous serez heureux l’un par l’autre, et nous le serons nous-mêmes de votre mutuel bonheur1. » Kn faisant ainsi allusion à une union religieuse qui n’avait point eu lieu, mais après laquelle Joséphine soupirait de tout son cœur , l’archevêque de Malines, qu’il sût ou qu’il ignorât la vérité, pouvait contribuer à y décider Napoléon ; et, en souhaitant aux époux même existence heureuse dans un commun avenir, il semblait protester contre ces idées de séparation qui s’étaient produites lors du Consulat à vie, et qui allaient surgir de nouveau aux approches de l’Empire. A ce double titre, Mme Bonaparte voua à M. de Roquelaure une reconnaissance dont elle chercha à lui donner des preuves.
Laissant la capitale de la Belgique éblouie et charmée , le Premier Consul reprit le chemin de Paris par Liège, Namur et Sedan , et, dans la première quinzaine d’août, il se retrouva à Saint-Cloud avec plus de force morale , et surtout plus de confiance en son expédition gigantesque , dont les préparatifs déjà fort considérables, demandaient cependant encore six ou huit mois avant d’être amenés à leur perfection ; et le reste de l’année fut employé par lui à cette œuvre mémorable , allant souvent à Boulogne, dont il avait fait son quartier général, et s’occupant en même-temps, par un travail diplomatique habile et suivi , à bien fixer et à assurer ses rapports avec les puissances du continent.