‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 253 sur 551 · PAUVRES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

PAUVRES CATHOLIQUES

soustraire en aucune façon à la juridiction régul ière des pré lats.

Cette institution des Pauvres Catholiques — comme ils s'appelèrent eux-mêmes, par contraste avec les Pauvres de Lyon ou Vaudois — contenait le germe de tout ce qui fut conçu et exécuté plus tard par Saint-Dominique et Saint-François. Ce fut l'origine ou du moins la première ébauche des grands Ordres Mendiants, conception féconde qui opéra des effets prodigieux. S'il n'est pas vraisemblable que Saint-François, en Italie, ait emprunté son idée à Durân, il est plus que probable que Saint-Dominique, en France, où il devait être informé de ce mouvement, fut conduit par l'exemple des Pauvres Catholiques à son grand projet similaire des Frères Prêcheurs.

Toutefois, bien que les débuts de Durân aient été plus favorisés par les circonstances que ceux de Saint-Dominique et de Saint-François, l'insuccès de sa tentative ne tarda pas à se dessiner. Dès 1209, il avait établi des communautés en Aragon, à Narbonne, à Béziers, à Uzès, à Carcassonne et à Nimes; mais les prélats du Languedoc, pris de méfiance, se montraient tous activement ou secrètement hostiles. On éleva des chicanes sur la réconciliation des hérétiques convertis ; on se plaignit que les conversions fussent simulées, que les convertis manquassent de respect pour l'Église et ses observances. La croisade était déjà sur pied; il semblait plus facile d'écraser que de persuader et les humbles méthodes préconisées par Durân et ses frères semblaient presque ridicules à cette époque de passions surexcitées et de violences. En vain Durân fit appel à Innocent; en vain le pape, qui envisageait son projet avec la lucidité d'un homme d'État chrétien, l'assura de la protection pontificale, écrivit lettres sur lettres aux prélats pour leur ordonner de seconder les Pauvres Catholiques, leur rappelant que les brebis égarées devaient être reçues avec joie au bercail, que les âmes devaient être gagnées par la douceur et la charité, leur enjoignant enfin de ne pas insister sur des vétilles. Il alla jusqu'à concéder à Durân que les membres séculiers de sa société ne pourraient pas être contraints à prendre les armes contre

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