‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 48 sur 551 · VÉNALITÉ DE LA CURIE ROMAINE · texte numérisé non relu

VÉNALITÉ DE LA CURIE ROMAINE

toriales et locales, que les fonctions judiciaires des évêques étaient limitées à leur propre diocèse, de sorte que tout homme pouvait savoir devant qui il était responsable, la juridiction* universelle de Rome donnait lieu tout naturellement à des abus de la pire espèce. Le pape, en sa qualité de juge suprême, pouvait déléguer à n'importe qui une partie de son autorité reconnue en tous lieux ; de plus, la chancellerie pontificale ne choisissait pas avec beaucoup de discernement les individus auxquels elle remettait des lettres les autorisant à exercer les fonctions judiciaires et à assurer l'exécution de leurs arrêts par la menace de l'excommunication. S'il faut en croire les témoignages contemporains, ces lettres étaient ouvertement vendues par la ^9 chancellerie romaine à ceux qui étaient en état de les payer. L'Europe était sillonnée par une multitude de gens munis des armes les plus redoutables, dont ils se servaient sans scrupule pour extorquer de l'argent. Les évêques, d'autre part, ne se faisaient pas faute d'affirmer leur juridiction plus limitée, et, dans la confusion qui en résultait, il se trouvait trop aisément des aventuriers pour prétendre être en possession de ces pouvoirs délégués et s'en servir en vue des intérêts les plus vils.

Ces lettres donnaient, à ceux qui les possédaient ou prétendaient les posséder, carte blanche pour commettre des injustices, exercer des vengeances ou s'enrichir. Par surcroît, on se mit à en fabriquer. Il était bien malaisé de s'adresser à Rome pour s'assurer de l'authenticité d'un bref pontifical. Lucius III, \prs 1185, ordonna de poursuivre une bande de faussaires opérant en Angleterre, dont la lucrative industrie avait beaucoup nui au respect qu'inspiraient les publications du Saint- Siège. Célestin III parle de faussaires de lettres pontificales qui avaient été récemment découverts à Rome même ; son successeur Innocent III, en montant sur le trône, découvrit un autre atelier de ce genre en pleine activité. Bien qu'il ait pris des mesures pour fermer cette officine, le commerce des faux brefs était trop profitable pour que In vigilance d'un pape honnête pût y mettre fin. Jusqu'au dernier jour de son pontificat, la chasse aux brefs frauduleux fut une do ses préoccupations constantes.

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